Ponctuation (qualité + nom propre)

Ponctuation d’une autre suite

2 –  Qualité  + nom propre

 

Récemment, nous avons vu comment ponctuer une suite : titre/fonction + nom propre. Cette semaine, nous abordons la ponctuation d’une autre suite : qualité + nom propre.

Supposons que vous ayez à traduire ces deux extraits : 1- Veteran actor Kirk Douglas has opened up about the deep respect and pride he feels for his son Michael Douglas as the Fatal Attraction star fights cancer (phrase tirée d’un article paru sur Internet); 2- Family man: Michael Douglas with his daughter Carys and son Dylan last year (légende d’une photo accompagnant ce texte). Respecteriez-vous la ponctuation du texte de départ? Seul un accro des potins d’Hollywood – ce que je ne suis pas – pourrait répondre à cette question, car il faut savoir combien d’enfants ou de fils ont eu Kirk Douglas et Michael Douglas. Comme il s’agit d’une question purement académique, je ne me suis pas donné la peine d’aller fouiner dans la vie de chacune de ces stars. Mais le problème est posé : quand faut-il mettre une virgule devant un nom propre précédé d’une qualité?  Par qualité, j’entends ce qui, outre un titre et une fonction,  permet d’identifier qqn ou qqch. Exemples : acteur,  fille, marchand, agence, capitale, etc.

Prenons la phrase suivante : Ma fille(,) Emy(,) travaille au Cemagref. La ponctuation  devrait renseigner le lecteur sur le nombre d’enfant(s), fille(s) ou garçon(s), que j’aurais.

a-     Si je n’avais qu’une seule fille, il faudrait que j’encadre son nom de virgules, car la phrase devrait se lire ainsi : ma fille, dont le nom est Emy (proposition relative explicative; information non essentielle)…  Ma fille travaille au Cemagref, est aussi vrai que Ma fille, Emy, travaille au Cemagref.

b-  Si j’avais au moins deux filles et que l’une d’elles s’appelait Emy, la phrase devrait se lire : ma fille dont le nom est Emy, pas les autres. La relative implicite est alors une relative déterminative; donc pas de virgules.

c-      Si j’avais deux enfants : une fille et un garçon, que me faudrait-il faire? Le nom d’Emy ne serait alors qu’explicatif et non déterminatif, car je n’aurais qu’une seule fille – l’autre serait un garçon. Donc, la présence de virgules s’imposerait, car l’information ne serait pas essentielle.

En supposant que j’aie trois enfants et que je dise : « Mon gendre(,) Dominic(,) travaille à Ottawa », devrais-je ou non encadrer son nom de virgules? Quel facteur doit-on prendre en considération pour décider de la ponctuation à utiliser dans un tel cas? Il suffit, comme toujours, de se demander si l’ajout de ce nom propre est une information essentielle à la compréhension de la phrase. Si oui, cela signifierait que j’ai au moins deux filles et que les deux sont mariées. J’ai donc deux gendres, et celui dont je parle s’appelle Dominic. La relative effacée « dont le nom est… » serait une déterminative. Donc pas de virgules. Il me faudrait mettre des virgules si je n’avais qu’un gendre et que le fait qu’il se nomme Dominic n’est vraiment pas essentiel à la compréhension de la phrase. Mes deux autres enfants seraient soit deux garçons, soit un garçon et une fille non mariée.

Si, par ailleurs, je vous disais : « Il y a maintenant 3 mois, j’ai perdu ma petite-nièce / ma fille de 10 ans(,) Élyse, dans un accident stupide », la ponctuation serait-elle la même selon qu’il s’agirait de ma petite-nièce ou de ma fille? Non. Je peux avoir plus d’une petite-nièce, et plus d’une peut avoir 10 ans. Fournir son nom est donc absolument essentiel à la compréhension de cette phrase (donc, pas de virgules).  Par contre, je peux avoir plus d’une fille. Et là, le problème se complique. Si Élyse a une sœur jumelle, l’ajout de son nom devient important (donc, pas de virgules). Si elle n’a aucune sœur jumelle, elle serait alors la seule à avoir 10 ans. Son nom serait purement informatif; il n’y serait pas que le sens de la phrase n’en serait pas modifié (donc, avec virgules).

Il en serait de même si je vous disais : « Voici le journal d’un père qui a accompagné, jusqu’à son dernier souffle, son fils(,) Josh(,) atteint d’une maladie dégénérative.» Les virgules encadrant « Josh » pourraient signifier que je n’ai qu’un fils. Mais, même si j’en avais plus d’un, la virgule aurait toujours sa raison d’être, car le facteur déterminant, ici, n’est pas son nom mais bien sa maladie. Un seul de mes fils est gravement atteint, et c’est Josh. Autrement dit, « dont le nom est… Josh » est une relative explicative et non déterminative :  accompagné son fils atteint d’une maladie dégénérative, dont le nom est Josh. Ne pas mettre de virgule laisserait entendre que j’aurais au moins un autre fils souffrant de la même maladie!

Bref, ponctuer une suite (qualité + nom propre) n’est pas une tâche impossible. Il suffit simplement de se poser les bonnes questions, et cela est à la portée de tous.

Maurice Rouleau

P.-S. – 1. Il en est de même quand le nom propre désigne autre chose qu’une personne. Ex. « à l’agence de presse de son pays, Belga ».  Si l’agence en question est la seule qui existe au pays, la virgule s’impose. Si non, la virgule est de trop. Dans « la capitale, Port-au-Prince, », les virgules s’imposent, car il n’y a qu’une capitale et c’est Port-au-Prince.

P.-S. –  2. La semaine prochaine, je traiterai du zeugme, ou zeugma : ce qu’il est vraiment, ce qu’il fait, etc.

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