MISE EN GARDE

Ne vous faites pas PIÉGER

 

J’ai récemment eu des remords. Les dictionnaires de difficultés auxquels je me réfère constamment remontent à quelques décennies. Il serait bon, me suis-je dit, de les renouveler. Ce que je fis, non sans quelques hésitations. Et l’avenir m’a donné raison. Non pas de les avoir renouvelés, mais d’avoir hésité.  J’aurais dû suivre mon gut feeling, comme on dit en grec.

Éditions Larousse

J’ai remplacé mon Dictionnaire des difficultés de la langue française, de A. V. Thomas, qui datait 1971, par celui de 2007.

J’hésitais à faire cet achat, car A. V. Thomas a rendu l’âme voilà de cela bien des lunes, en fait depuis de très nombreuses lunes. D’ailleurs, en 2001, la maison Larousse avait publié un Dictionnaire des difficultés du français, signé Daniel Péchoin et Bernard Dauphin, où il était dit, à la fin de l’avant-propos :

«Puisse ce Dictionnaire des difficultés du français d’aujourd’hui (1), successeur du Dictionnaire des difficultés de A.V. Thomas, ne pas leur sembler indigne de son illustre aîné.

J’en avais conclu que le Thomas avait été remplacé par le Péchoin & Dauphin. Cela m’avait convaincu de la nécessité de me le procurer.

J’ai appris  tout récemment, avec stupéfaction, qu’il existait un Thomas 2007. Qu’est-ce qui pouvait bien distinguer cet ouvrage de la vieille édition que j’avais?

Sur la page du © de cet ouvrage, il n’est aucunement fait mention de l’ancien Thomas.  J’en ai conclu qu’il s’agissait d’un ouvrage récent, remanié, un peu à la manière du Bon Usage, qui porte maintenant la signature de Grevisse-Goosse. Je l’achète donc, car je veux être à la page!

Rendu chez moi, je me mets à l’examiner attentivement. J’y trouve une préface de Michel de Toro, non datée, que je n’avais jamais remarqué dans mon vieil exemplaire. Le reste, par contre, me semblait du déjà vu. Même typographiquement. Je m’attelle donc à comparer les deux ouvrages. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que c’était une copie, une simple réimpression de ce que j’avais déjà sur mes rayons!  Y compris, la préface de Michel de Toro. Je m’étais donc fait piéger.

J’ai même comparé avec l’édition 1956, qu’un de mes amis a dans sa collection. Croyez-le ou non, le Thomas 2007 est, en tous points, identique à celui de 1956! Alors pourquoi republier un ouvrage qui est passé date, sans prendre soin d’en informer le lecteur?

Conseil de pro : ne vous achetez pas cet ouvrage, à moins que vous ne vous intéressiez à l’histoire de la langue. Allez plutôt à l’adresse suivante :

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais-monolingue

Vous y trouverez, sous l’onglet Difficultés, au mot que vous consultez,  le contenu du Péchoin & Dauphin.

Le Robert

J’ai aussi remplacé mon Dictionnaire des difficultés du français, de Jean-Paul Colin (1994) par celui de 2006, le plus récent qu’offre la maison Robert.

Fort de ma mauvaise expérience avec le Thomas, je me mets aussitôt à vérifier quels sont les changements apportés. Je me dis qu’on devait certainement les avoir mentionnés quelque part. Quoi de mieux comme argument publicitaire que de dire ce en quoi le nouvel ouvrage est supérieur à l’ancien!  Je cherche, mais en vain. Le contenu est le même; le nombre de pages est identique. Pas un seul mot ne diffère. Une copie conforme en tous points. Je m’étais donc, encore une fois, fait piéger.  Je dois toutefois préciser que, sur la page du ©, en petits caractères – cela va sans dire –, on peut lire Nouvelle présentation Mai 2006. La réalité reste la même : je me retrouve avec deux exemplaires du même livre, sauf pour la page couverture (d’où sans doute la nouvelle présentation!).

Bordas

J’ai aussi remplacé mon Pièges et difficultés de la langue française, de Jean Girodet (1988), par celui de 2008. Point n’est besoin de vous dire que je craignais de comparer le contenu avec l’édition que j’avais en main, échaudé que j’étais avec mes deux précédents achats.

Sur la page du ©, une seule date 2008. Cela n’avait pas de quoi me rassurer, Larousse m’avait fait le même coup. Le nombre de pages : 1086 comparativement à 896. Indice possible d’un contenu plus important, mais, comme le format de ce nouveau dictionnaire est plus petit que celui que je voulais remplacer, le contenu pourrait être identique et couvrir un plus grand nombre de pages. Alors…

Fort heureusement, j’ai découvert une différence. Dans la Préface, Girodet a ajouté un long paragraphe, où il nous parle des travaux du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), mis sur pied, en 1990, par Michel Rocard, alors premier ministre. Dans ce paragraphe, Girodet nous dit :

C’est pourquoi, concernant les recommandations du CSLF, le présent dictionnaire a adopté une attitude très prudente et très neutre. Nous avons préféré laisser l’usage choisir au fil des ans la graphie qui sera un jour la règle unanimement acceptée et appliquée.

Si les changements apportés à cette édition ne concernent que les recommandations faites par le CSLF, je me serai fait piéger encore une fois. Je ne peux pas l’affirmer catégoriquement, mais j’ai des raisons de le craindre. Seule une fréquentation assidue de ce nouvel achat me permettra d’en être certain.

J’ai pensé vous faire part de ma mauvaise expérience. Vous avez certainement, tout comme moi, autre chose à faire avec votre argent que d’acheter des ouvrages que vous avez déjà. Alors, méfiez-vous des maisons d’édition. Elles veulent vendre à tout prix. Avant de renouveler vos ouvrages de référence, assurez-vous que l’édition que vous voulez acheter répond vraiment au besoin que vous voulez combler. Moi, je ne l’ai pas fait et je m’en mords les doigts.

Maurice Rouleau

1-     Dans l’ouvrage publié en 2001, d’aujourd’hui est disparu du titre.

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7 commentaires pour MISE EN GARDE

  1. Jacques Desrosiers dit :

    Très bon point. J’ai souvent pesté dans le passé pour les mêmes raisons que vous contre le Thomas et ses belles couvertures en cuir censées abriter une « nouvelle édition ».
    Et le Girodet est encore plus rusé, puisqu’il va jusqu’à changer de titre au gré des nouvelles « éditions », sans contenir l’ombre d’un changement à l’intérieur.
    Ces éditeurs sont rusés ! Pour eux, réimpression = nouvelle édition.
    Et, pendant qu’on y est, on commence à se demander si c’est vraiment sérieux d’avoir un nouveau Petit Robert ou Petit Larousse chaque année… La langue évolue-t-elle si vite ?

    • rouleaum dit :

      Il y a bien longtemps que je ne fais plus avoir avec les nouvelles pseudo-éditions du Petit Robert ou du Larousse. Je change habituellement tous les dix ans. Quand j’enseignais, je disais à mes étudiants de se procurer la dernière parution du Robert (je n’ose pas dire édition) s’ils n’en avaient pas déjà un. Aux autres, je leur disais que ce n’était vraiment pas nécessaire de faire la dépense.

  2. LMMRM dit :

    @ Maurice Rouleau
    J’imagine que, dans cette édition du Thomas prétendument actualisée en 2007, l’éditeur a gardé cette vieillerie : « “agriculteur” n’a pas de féminin correspondant », remarque qui déjà dans mon édition de 1971 achetée en 1988 faisait un peu tache ?

  3. Lucas dit :

    Merci de votre article. je en trouve pas l’onglet Difficultés, (dans lequel on pourrait trouver le contenu du Péchoin & Dauphin) dans le lien hypertexte que vous indiquez : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais-monolingue
    Où est-ce ?
    Merci par avance.

    • rouleaum dit :

      Je me suis mal exprimé.
      J’aurais dû dire : l’onglet Difficultés qui apparaît au mot que vous consultez.
      Je m’en excuse.
      Je corrige sur-le-champ.

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