Quitter, v. intransitif (3 de 3)

Quitter peut-il s’utiliser sans complément?

-3-

Sur quoi se base-t-on pour dire que quitter est intransitif?

Fort probablement sur le sens qu’il a. Il serait plus juste de dire sur le sens qu’on veut bien lui donner ou qu’on a bien voulu lui donner, à une certaine époque, car il ne faut oublier que cet emploi est dit Vx. Mais qui lui a donné ce sens? Quels sont ces Vx auteurs qui l’auraient utilisé avec le sens de partir, s’en aller? Le Petit Robert 2010 n’en mentionne  aucun. Le Grand Robert, par contre, en cite deux : Rousseau (1712-1778) et Voltaire (1694-1778).

Effectivement, cela fait un bail que ces deux auteurs ont passé l’arme à gauche. Ce sont donc de Vx auteurs. Mais est-ce suffisant pour dire que l’emploi qu’ils font du verbe quitter est, lui aussi, Vx? Pas nécessairement. Alors, qu’est-ce qui fait dire au Robert que ce sens est Vx? Serait-ce parce qu’il est possible de paraphraser quitter dans ces deux citations, en recourant à partir, s’en aller, qui eux n’exigent pas de complément (1)? Difficilement défendable, car, si tel était vraiment le cas, nous pourrions paraphraser « Ne quittez pas » par « Ne partez pas ». Pourtant, le Petit Robert le dit transitif, dans ce cas.

Voyons donc de plus près ces deux citations. D’abord celle de Jean-Jacques Rousseau :

                       « Faut-il quitter impoliment sans lui rien dire? »

Il est vrai qu’on peut paraphraser et dire : Faut-il impoliment partir (ou s’en aller) sans lui rien dire? Mais Rousseau n’a pas écrit une phrase isolée, il a écrit un texte, d’où cette phrase est tirée. Si on la replaçait dans son contexte, pourrions-nous toujours considérer quitter comme intransitif? En vrai « Thomas » que je suis – je dois voir pour croire –, je suis allé aux sources. Cette phrase est tirée de Julie ou La Nouvelle Héloïse :

[…] mais comment me retirer décemment d’une maison dont la maîtresse elle-même m’a offert l’entrée, où elle m’accable de bontés, où elle me croit de quelque utilité à ce qu’elle a de plus cher au monde ? Comment frustrer cette tendre mère du plaisir de surprendre un jour son époux par vos progrès dans des études qu’elle lui cache à ce dessein ? Faut-il quitter impoliment sans lui rien dire ? Faut-il lui déclarer le sujet de ma retraite ? Et cet aveu même ne l’offensera-t-il pas de la part d’un homme dont la naissance & la fortune ne peuvent lui permettre d’aspirer à vous ?

Clairement, grâce au contexte, il est possible de paraphraser cette phrase différemment – et peut-être même plus justement – par  « Faut-il quitter (cette maison) sans lui rien dire? ». Il s’agirait donc d’un cas d’emploi absolu de quitter, verbe transitif. Une telle interprétation est d’ailleurs en parfait accord avec ce qu’est une construction absolue, telle que définie par Grevisse. Alors utiliser cette citation pour illustrer l’emploi de quitter en tant que verbe intransitif me semble fort risqué.

Voyons maintenant la citation de Voltaire :

« Il faut absolument que tous ceux qui ont travaillé avec vous quittent avec vous. »

En déclarant quitter intransitif, on considère qu’il signifie, ici aussi, partir, s’en aller. Cette interprétation demeure dans le domaine du possible, mais… Mais si l’on ajoutait le contexte, les choses seraient-elles différentes? Je suis donc parti à la recherche du texte d’origine et j’ai trouvé (suis-je fautif en ne mettant pas ici de complément?). Cette phrase est tirée d’une lettre de Voltaire à D’Alembert, que l’on trouve dans Œuvres complètes de Voltaire, Tome LIV. Correspondance avec d’Alembert.

Faisons une mise en contexte : D’Alembert, irrité par les attaques dont il est alors l’objet, veut abandonner la co-direction de l’Encyclopédie – l’autre co-directeur était Diderot. Voltaire essaie de l’en dissuader :

 Quand je vous ai supplié de reprendre l’Encyclopédie, j’ignorais à quel excès de brutalité on avait poussé les libelles, et j’étais bien loin de soupçonner qu’ils fussent autorisés.  […]

Il serait triste qu’on crût que vous quittez l’Encyclopédie à cause de l’article Genève, comme on affecte d’en faire courir le bruit; mais […] » (p. 42)

Non, il n’est pas possible que la saine partie du public ne vous redemande à grands cris; mais il faut absolument que tous ceux qui ont travaillé avec vous quittent avec vous. Seront-ils assez indignes du nom de philosophes, assez lâches pour vous abandonner?… » (p. 43)

Le contexte est suffisamment clair pour pouvoir dire qu’il s’agit, ici aussi, d’un emploi absolu du verbe quitter. Le complément sous-entendu est, à ne pas en douter, Encyclopédie. Nous ne l’inventons pas, c’est Voltaire lui-même qui nous le dit. Alors utiliser cette citation pour illustrer l’emploi de quitter en tant que verbe intransitif me semble, là encore, fort risqué. J’irais même jusqu’à dire un peu « biaisé ».

Que cherche-t-on à démontrer en prétendant que quitter y est utilisé comme verbe intransitif? Je ne saurais dire. C’est presque de la mauvaise foi – uniquement si c’est fait sciemment, ce qui n’est fort probablement pas le cas. Alors comment expliquer l’utilisation de ces deux phrases par le Grand Robert? La seule explication qui me vienne à l’esprit serait que le Robert aurait emprunté le tout (exemples et classement comme v. intr.) à une source non identifiée. Et l’erreur, qui pourrait être celle de la source, si cette dernière avait été mentionnée, devient ipso facto celle du Robert.

Il est reconnu qu’on peut faire dire n’importe quoi à n’importe qui, si on le cite hors contexte. Parlez-en aux politiciens : ils sont toujours mal cités par les journalistes!  Compte tenu des contextes présentés, Rousseau et Voltaire auraient raison de se plaindre, eux aussi, d’avoir été mal cités par le Grand Robert. À moins que ce ne soit par quelque autre ouvrage dont le Robert se serait fortement inspiré, sans toutefois le préciser? Quel pourrait bien être cet ouvrage? Même si j’en trouvais un, cette source ne pourrait être qu’hypothétique. Voyons tout de même ce qu’il pourrait en être.

En 1950, Paul Robert écrit, dans l’introduction au 1er volume  du Grand Robert (1re éd.) :

Un dictionnaire doit toujours beaucoup à ceux qui l’ont précédé; celui-ci, plus qu’un autre, peut-être, en certaines de ses parties. […] Fautes de les citer tous je mentionnerai ceux auxquels je dois le plus.

Ce sont : pour l’étymologie […]   pour la nomenclature, le classement des sens, les définitions, les dictionnaires généraux de Littré, de Hatzfeld et Darmesteter, de Larousse, et plus particulièrement, de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française […]   (C’est moi qui mets en évidence.)

Voilà donc des pistes intéressantes à explorer. Voyons ce qu’en disent ces ouvrages.

  • Dans le DAF (8e éd., 1935), nous trouvons : « QUITTER s’emploie intransitivement dans le sens de S’en aller, se retirer de  quelque travail, de quelque engagement. Tout le monde quittait. Tous les employés de l’établissement quittèrent à la fois. Ne quittez pas : on va vous parler. »

C’est peut-être de là que vient le « Ne quittez pas » (v. intr.) que donne le Grand Robert. Qui sait? Chose étonnante, l’Académie ne fournit aucun exemple d’auteur. Chose encore plus étonnante, elle ne condamne absolument pas cet emploi intransitif. Cette  condamnation ne peut donc être imputée aux Immortels. Cela, c’était dans la 8e édition (1935). Qu’en sera-t-il dans la 9e édition (1985)? Pour le savoir, il faudra attendre, car l’Académie a pris du retard (l’ouvrage devait initialement être prêt avant 2010); elle n’est rendue, en 2012, qu’au mot quadrivium.

  • Dans le Littré (1872-1877), par contre, nous retrouvons – ô surprise! – les deux exemples que donne le Grand Robert. Et quitter y est dit neutre (terme utilisé à l’époque pour dire intransitif).
  1.  J. J. ROUSS., Hél. I, 1: Faut-il quitter impoliment sans lui rien dire ? faut-il lui déclarer le sujet de ma retraite ?
  2. VOLT.,  Lett. d’Alembert (2), 5 févr. 1758: Il faut absolument que tous ceux qui ont travaillé avec vous [à l’Encyclopédie] (3) quittent avec vous.

C’est peut-être là que le Grand Robert a puisé son inspiration. Qui sait? Si tel est le cas, il faut reconnaître que le Grand Robert a emprunté (suis-je fautif en ne mettant pas ici de complément?) sans se méfier. Il a tout simplement cru que, si Littré le disait, c’était nécessairement vrai… J’ai à une certaine époque penser de même. Mais plus aujourd’hui.

Chose certaine, le Grand Robert et le Littré  ne se sont pas inspirés du BescherelleEn effet, dans son Dictionnaire national (4e éd., 1856, p. 1062, bas de la 3e colonne), Bescherelle donne, comme exemple d’emploi ABSOLU du verbe quitter, une phrase qui ressemble étrangement à celle de Rousseau (4) – je dis qui ressemble, parce que Bescherelle n’attribue la paternité de cette phrase à aucun auteur; elle serait donc de son cru! Qui a raison? Le Bescherelle, qui le  dit transitif en emploi absolu,  ou le Grand Robert et le Littré, qui le disent intransitif?

S’il est une leçon à tirer de ces « divergences », c’est que si l’on ne veut pas préciser la source de son emprunt,  mieux vaut s’assurer que ce que l’on emprunte n’est pas sujet à caution, car, dans un tel cas, c’est l’emprunteur, et lui seul, qui se voit crédité de la faute.   

Ouvrons ici une parenthèse.

Voilà quelques décennies, les éditeurs de journaux scientifiques, constatant que bien des références étaient fausses – on copiait bêtement la référence fournie par un autre article, sans la vérifier –, exigèrent que les auteurs fournissent dorénavant non seulement la première, mais aussi la dernière page de l’article cité. Les auteurs ont donc dû vérifier leurs références plutôt que de les copier. La conséquence directe a été que le lecteur pouvait par la suite être assuré de l’exactitude de l’information fournie.

Rien  ne dit que les références n’ont pas, depuis lors, « subi des ans l’irréparable outrage » et ne sont pas re-devenues parfois inexactes. Mais, à un moment donné, on a corrigé le tir.

Peut-être serait-il bon que les rédacteurs de dictionnaires s’inspirent de cette politique éditoriale, car s’il est un domaine où l’on s’inspire fortement les uns des autres sans nécessairement le préciser, c’est bien en dictionnairique.

Fermons la parenthèse.

Ce recours à des sources non vérifiées et non identifiées peut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En sciences, le recours à des sources différentes pour attester la réalité d’un phénomène va de soi. La crédibilité d’une observation augmente avec le nombre de chercheurs qui l’ont faite – et qui l’ont publiée. Pour faire, disons, un peu  plus « scientifique », les langagiers n’hésitent pas à faire de même. Ils croient, mais à tort, qu’appeler en renfort le Grand Robert, le Littré, le DAF, ou encore le Trésor de la langue française, etc. ajoute ipso facto du poids à la preuve présentée. Il n’y a rien de moins sûr. Pour que ces sources aient du poids, il leur faudrait être indépendantes, ce qu’elles ne sont pas nécessairement. Malgré les apparences, il se peut fort bien qu’il ne s’agisse que d’une seule source, à laquelle les autres ont « emprunté » sans le mentionner. Alors la démonstration vaut ce qu’elle vaut. Cela me rappelle un ami qui disait : « Je me suis consulté et je suis d’accord avec moi-même. Il y en a donc deux qui sont du même avis. » Mais, lui, le disait à la blague…

Est-ce une « faute » que d’utiliser quitter sans son complément?

Je suis loin d’en être convaincu – comprendre : non, ce n’en est pas une. Mais, n’étant pas régent, je ne peux qu’exprimer mon point de vue, et non l’imposer. Comme chacun le sait, hors contexte, on peut faire dire n’importe quoi à n’importe qui. Et dans tout dictionnaire, les citations d’auteurs sont toujours, toujours… utilisées hors contexte. Donc, l’interprétation qui en est faite n’est pas nécessairement fausse, mais elle est, à coup sûr, sujette à caution : nous en avons fait la démonstration avec les citations de Rousseau et de Voltaire. Il en est de même des exemples créés, de toutes pièces, pour illustrer un emploi ou sa condamnation.

Selon la BDL, utiliser quitter sans COD est une construction fautive. Ce jugement est sans appel. Pas de discussion possible. « En français moderne, le verbe quitter est toujours transitif, c’est-à-dire qu’il doit être accompagné d’un complément qui exprime le lieu que l’on quitte … » La BDL crée donc des exemples qui vont nécessairement illustrer son propos « dogmatique ». La possibilité d’un emploi absolu ne peut même pas être envisagée, car cela irait à l’encontre du dogme proclamé.

Il serait, par exemple, fautif, toujours selon la BDL, de dire : Ils ont quitté plus tôt pour assister au vernissage. Il faut dire : Ils ont quitté le travail plus tôt pour assister au vernissage. Hors contexte, il est bien évident qu’on ne sait pas ce qu’ils ont quitté et que l’ajout du COD se révèle nécessaire pour clarifier le message. Mais, en contexte, on saurait ce qu’ils ont quitté. Donc nul besoin de le préciser. Dupré, dans son Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, se montre un peu plus permissif à propos de l’emploi de quitter intransitif : « cet emploi appartient à la langue familière : Il quitte à cinq heures ( Il cesse son travail à 5 heures ». Ça se dirait donc entre amis, mais pas en public! Un peu de tenue, messieurs dames!

Il serait également fautif, toujours selon la BDL, de dire : M. Tremblay a quitté. Il faudrait dire : M. Tremblay est absent. Mais c’est encore hors contexte. Toujours hors contexte… Supposons que je téléphone au bureau où travaille M. Tremblay et demande à lui parler. On me répond : M. Tremblay a quitté. Devrais-je péter les plombs, à cause de la « faute » abominable  qu’on vient de faire – c’est du moins ce que les régents de la langue prétendent? On aurait dû me répondre, pour être conforme à l’orthodoxie : M. Tremblay est absent! Mais cette réponse est ambiguë. Dois-je comprendre  qu’il a déjà quitté son travail ou qu’il ne s’est pas présenté au bureau cette journée-là en raison de… d’un vilain rhume? Cette réponse, supposément parfaite, n’est pas aussi limpide que les régents le disent. Quand on me répond : M. Tremblay a quitté, point n’est besoin d’être un esprit supérieur pour savoir que M. Tremblay a quitté (le bureau), car je téléphone précisément au bureau où il travaille. Pourquoi faudrait-il qu’on répète le complément?

Cette condamnation trouve écho dans d’autres ouvrages qui s’intéressent à la langue et qui ont « emprunté ». Écho parfois amplifié, comme c’est le cas dans 400 capsules linguistiques, de Guy Bertrand (Lanctôt éditeur, 1999), où il est dit :

L’utilisation du verbe quitter sans complément d’objet direct est toujours considérée comme fautive. En réalité, il s’agit d’une tournure archaïque. En français moderne, il n’existe qu’un seul cas où le verbe quitter peut s’utiliser seul et c’est dans l’expression téléphonique : ne quittez pas! Dans tous les autres cas, on doit étoffer en ajoutant un complément d’objet direct. […] En bon français, il faut toujours préciser ce qu’on quitte.(1)

Plus catégorique que cela, tu meurs! Quiconque ferait autrement se mériterait, à ne pas en douter, l’opprobre des bien-pensants. Les bien-pensants, ce sont évidemment les régents de la langue qui se copient les uns les autres, sans se demander si ce qu’ils copient est défendable.

Bref, l’animateur du Club des ex n’avait pas raison, selon moi, de rouspéter contre  l’emploi de quitter sans COD. Il s’est cru sur un terrain solide – n’avait-il pas l’appui du conseiller linguistique de Radio-Canada, qu’on qualifie d’ayatollah –, mais il se trouvait en fait sur un terrain mouvant. J’avais l’habitude de dire à mes étudiants : « Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit, pas même ce que JE vous dis. Faites-vous votre propre idée; cessez d’être des perroquets ». Je n’enseigne plus, mais je n’ai toujours pas changé d’idée. Après consultation avec moi-même, je peux dire qu’il y en a deux qui sont de cet avis… Sont-ce les deux seuls?

MAURICE  ROULEAU

(1)      Je me demande pourquoi il faut absolument  préciser l’endroit que l’on quitte, mais jamais celui d’où l’on part ou d’où l’on s’en va? Pas plus d’ailleurs que celui où l’on s’en va. Ne serait-ce pas parce que l’interlocuteur connaît l’endroit en question et n’a pas besoin qu’on le lui précise? Les régents n’abonderaient certainement pas dans mon sens.

(2)     Il faudrait lire : Lettre à D’Alembert et non Lettre d’Alembert. Une malencontreuse coquille.

(3)      Remarquez bien l’endroit où Littré a mis le mot Encyclopédie. C’est là qu’il faut le sous-entendre si l’on veut que quitter soit intransitif. Mais Voltaire l’avait, lui, utilisé précédemment comme COD. Qui a raison? Voltaire qui  a écrit la lettre ou Littré qui l’a interprétée en fonction de ce qu’il voulait lui faire dire?

(4)      À remarquer que Bescherelle rapproche les deux phrases qui s’éclairent l’une l’autre : « Absol. Comment me retirer décemment d’une maison dont la maîtresse elle-même m’a offert l’entrée, où elle m’accable de bontés,  – faut-il quitter impoliment sans lui rien dire ? »

P.-S. –  Dans le prochain billet, je vous expliquerai pourquoi je dois me faire violence chaque fois que vient le temps d’utiliser le mot mozzarella : il me faut dire LA mozzarella, moi qui ai toujours dit LE mozzarella.

Si vous désirez être informé par courriel de la publication de mon prochain billet, vous abonner est la solution idéale. N’oubliez surtout pas de cocher :  Avertissez-moi par courriel lors de la parution de nouveaux articles. C’est le second choix qui vous est offert sous la boîte où vous aurez tapé INSCRIPTION.

Advertisements
Cet article a été publié dans Verbe (type et emploi). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Quitter, v. intransitif (3 de 3)

  1. RG dit :

    J’ai particulièrement aimé l’aspect concernant les citations hors contexte. Ayant travaillé dans les médias, je sais que des paroles isolées et utilisées sans établir le contexte précis peuvent parfois être porteuses d’ambigüité et servir à dire ce que l’on veut, à étayer une thèse, une idée ou une opinion – très souvent, les « déclarations » dans les médias sont, en réalité, une réponse à une question, et non pas une véritable déclaration.

    À mon avis, votre billet – du moins ce que j’en retiens – montre que ce principe s’applique également pour les citations utilisées dans les dictionnaires pour expliquer le « bon usage ».

    « Quitter », un verbe que l’on devrait pouvoir employer de façon absolue, à mi-chemin entre transitif et intransitif… J’ai tenu des consultations avec moi-même, et nous sommes deux du même avis!

    Au plaisir de vous lire,

    Rolando Gomes

  2. NGOLODIN dit :

    Encore merci. Cela me fait faire plus attention à l’emploi de certains verbes.

  3. Thieri FOULC dit :

    Cher monsieur, tout ce que vous dites est bel et bon, mais je soupçonne que vous n’avez pas mis le doigt sur ce qui a mis l’animateur en fureur : en utilisant quitter sans complément, le politicien commettait un anglicisme. C’est là un trait courant du français parlé au Canada, mais c’est officiellement mal vu. Le politicien utilisait en fait le verbe to quit et voulait dire : « J’ai démissionné. »
    Cela étant, je ne suis expert en rien du tout.
    Thieri Foulc

    • rouleaum dit :

      En tant que Québécois, je suis très sensibilisé aux anglicismes. Beaucoup plus, devrais-je dire, que les Français.

      Il est possible que je n’aie pas mis le doigt sur le vrai problème. Mais encore faudrait-il que le problème soit une réalité et non une hypothèse. Faire dire aux gens ce qu’ils n’ont pas nécessairement dit, c’est trop risqué à mon goût.

  4. Fauchez dit :

    Merci pour cet article.
    En Champagne, il est courant d’employer « quitter » de façon intransitive, les élèves disent couramment: « On quitte. » ou « Je quitte à cinq heures. », et non : « Mon cours finit à cinq heures. ». Grâce à vous je ne leur dirait plus que ce qu’ils disent n’est pas français mais archaïque ou régionaliste.
    J’en avais trouvé un exemple chez Diderot, je ne sais plus dans quelle oeuvre, peut-être Le Supplément.

    • rouleaum dit :

      Si, après avoir lu votre commentaire, je vous disais : « J’aime bien. », je n’aurais pas l’impression d’utiliser le verbe aimer de façon intransitive. Pour moi, l’intransitivité ne se définit pas par l’absence d’un complément, COD ou COI, mais bien par l’impossibilité pour un tel verbe d’avoir un complément.
      Dans « J’aime bien. », je sous-entends « votre commentaire ». Il n’est pas là, c’est vrai. Mais il est implicite. Le contexte le fournit. Son absence, selon moi, ne fait pas du verbe aimer un verbe intransitif. Mais un verbe transitif direct, utilisé de façon absolue.

      Vous pouvez toujours dire à vos élèves que l’emploi de « quitter » sans complément est un archaïsme ou un régionalisme. C’est déjà mieux, selon moi, que de le dire intransitif. Mais pourquoi ne pas leur dire qu’ils utilisent ce v. tr. dir. de façon absolue? On n’insiste peut-être pas suffisamment, dans les cours de grammaire, sur cette notion.

      Dans Le Bon Usage (14e éd., # 274), il en est pourtant question, mais en si petits caractères qu’il est presque assuré que le lecteur moyen ne le verra pas. Voici ce qu’on peut lire :
      « Un mot est construit absolument quand le complément ou la suite qu’il appelle d’ordinaire ne sont pas exprimés, soit que cette indication soit jugée inutile, soit qu’elle ait déjà été donnée (ce qui s’apparente à l’ellipse). »

      Dans Ils mangent à cinq heures; Au nom de la loi, ouvrez! ou encore Cet enfant n’obéit jamais, aucun des verbes n’est intransitif, même s’ils sont tous construits sans complément. Personne ne vous demandera ce qu’ils mangeront à cinq heures; ce qu’il faut ouvrir ou encore à qui l’enfant doit obéir. Le complément attendu, mais non exprimé, tout un chacun le connaît. C’est ça une construction absolue.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s