Genre des noms

 

Le genre des noms…

Problématique, pour vous?

                Cette question me ramène quelques décennies en arrière. Quand mes enfants me demandaient si un ami pouvait rester à manger, ce n’était que pure formalité, car elles savaient que je dirais oui. Mais je prenais soin de poser à l’ami (le masculin qui inclut le féminin) une seule question, toujours la même : « Y a-t-il des choses que tu ne manges pas? » On me répondait sans hésitation : « Je mange de tout. »

Il ne m’a pas fallu bien longtemps pour comprendre le sens « réel » de cette réponse. Il était vrai que l’ami mangeait de tout, mais son « tout » ne correspondait pas à mon « tout ». Il mangeait TOUT ce que sa mère lui servait, mais elle lui servait UNIQUEMENT ce qu’il aimait. Alors… l’ami avait parfois des surprises quand il s’approchait de la table.

C’est un peu la même chose avec la langue. Si je vous demande si le genre des mots vous crée des difficultés, vous allez sans doute me répondre que non. Simplement parce que les mots que vous utilisez couramment ne vous pose aucun problème. Mais qu’en est-il des autres? Je ne parle pas ici des mots rares, que Bernard Pivot prenait un malin plaisir à glisser dans ses dictées. Non, je parle des nombreux autres mots qui font partie de votre vocabulaire passif. Ceux que vous comprenez, mais que vous n’utilisez pas. Certains, parce qu’ils ne vous viennent jamais à l’esprit; d’autres, parce que les circonstances ne s’y prêtent pas.

Que répondriez-vous donc à la question en titre? Pour le savoir, rien de tel qu’un petit test. Voici quelques mots qui devraient faire partie de votre vocabulaire, sinon actif, du moins passif. Quel genre leur donneriez-vous, spontanément – pas question ici de vous aider de votre dictionnaire? Il n’est évidemment pas plus question de jouer à pile ou face. Point n’est besoin de vous mentir; vous serez seul à connaître le résultat.

  • 1.     abîme                        m         f
  • 2.     acné                           m         f
  • 3.     aérogare                  m         f
  • 4.     agora                         m         f
  • 5.     agrafe                        m         f
  • 6.     alcôve                        m         f
  • 7.     amiante                    m         f
  • 8.     amnistie                   m         f
  • 9.     apostrophe             m         f
  • 10.  argile                          m         f
  • 11.  armistice                   m         f
  • 12.  asphalte                    m         f
  • 13.  baklava                     m          f
  • 14.  cellophane               m         f
  • 15.  décombres               m         f
  • 16.  ébène                         m         f
  • 17.  écritoire                   m         f
  • 18.  équinoxe                  m         f
  • 19.  hécatombe              m         f
  • 20.  hémisphère            m         f
  • 21.  immondice              m         f
  • 22.  insigne                      m         f
  • 23.  jute                             m         f
  • 24.  mandibule               m         f
  • 25.  orbite                         m         f
  • 26.  otage                          m         f
  • 27.  pétale                         m         f
  • 28.  spore                          m         f
  • 29.  stalactite                  m         f
  • 30.  termite                       m         f
  • 31.  ulcère                         m         f
  • 32.  vêpres                         m         f
  • 33.  viscère                        m         f
  • 34.  vivres                          m         f
  • 35.  volte-face                  m         f
  • 36   météorite                  m         f
  • 37   oasis                            m         f
  • 38   omoplate                   m         f

Une fois le test complété, pourquoi ne pas vérifier le genre que votre dictionnaire donne à ces mots – pas uniquement de ceux dont vous êtes incertains, mais de tous les mots. Car votre certitude n’est pas garante de l’exactitude de votre réponse.

Vérification faite, diriez-vous toujours que le genre des mots ne vous cause aucun problème? Moi, j’en suis incapable. Je dois constamment vérifier le genre de certains d’entre eux. J’aimerais bien avoir un moyen, quel qu’il soit, qui me guiderait dans l’attribution d’un genre à tel ou tel mot, mais je n’en ai pas trouvé. J’ai lu quelque part que le genre des mots est ce qu’il y a de plus arbitraire en langue. Et je ne suis pas loin de le croire.

J’ai reçu récemment par courriel (ailleurs on dirait mail, e-mail ou mel, mais pas au Québec) un texte qui se voulait une explication du genre des mots français. Je vous le transmets, tel que reçu. À vous d’en apprécier la valeur :

Le genre grammatical

                    Pourquoi, dès que c’est UNE galère, c’est tout de suite au FÉMININ? LA pluie, LA neige, LA grêle, LA tempête, tout ça, c’est pour vous les FEMMES!

                    Nous, c’est LE soleil, LE beau temps, LE printemps, LE paradis! Vous, vous n’avez vraiment pas de chance: LA vaisselle, LA cuisine, LA bouffe, LA poussière, LA saleté, LA balayeuse.

                    Nous, c’est LE café dans LE fauteuil avec LE journal en écoutant LE hockey. Et ça pourrait être LE bonheur si vous ne veniez pas semer LA discorde et LA chicane.

                    Pour retrouver LE calme, je crois que nous devrions laisser LE genre décider. Vous pouvez regarder LA télé, mais nous choisissons LE poste. Même si LA télécommande vous appartient, nous avons LE contrôle.

                    Mais ne voyez aucun sexisme là-dedans, oh non! D’ailleurs, entre parenthèses, je vous signale que LE mot sexe n’a pas de FÉMININ. On ne dit pas LA sexe mais bien LE sexe d’une FEMME. Par définition, LE plaisir est donc pour les HOMMES. Car si les préliminaires sont rapides, c’est qu’ils ne sont qu’UN préliminaire. Plus que ça, c’est UNE perte de temps. Après avoir obtenu UN orgasme, les HOMMES se retournent pour trouver LE sommeil pendant que les FEMMES vivent UNE frustration.

                    D’ailleurs dès que c’est sérieux, comme par hasard, c’est tout de suite au MASCULIN. On dit UNE rivière, UNE marre d’eau mais on dit UN fleuve, UN océan. On dit UNE trottinette, mais UN avion ! Et quand il y a UN problème dans UN avion, c’est tout de suite UNE catastrophe. C’est toujours la faute d’UNE erreur de pilotage, d’UNE panne d’essence, d’UNE mauvaise visibilité, bref toujours à cause d’UNE connerie. Et alors là, attention mesdames, dès que LA connerie est faite par UN homme ça ne s’appelle plus UNE connerie, ça s’appelle UN impondérable.

                    Enfin, moi, si j’étais vous les FEMMES, je ferais UNE pétition. Et il faut faire très vite parce que votre situation s’aggrave de jour en jour. Y’a pas si longtemps, vous aviez LA logique, LA bonne vieille logique FÉMININE. Ça ne nous a pas plu, nous les HOMMES, et nous avons inventé LE logiciel. Mais vous avez quand même quelquefois des petits avantages : nous avons LE mariage, LE divorce; vous avez LA pension, LA maison. Vous avez LA carte de crédit, nous avons LE découvert. Mais en général, celui qui a inventé LA langue française ne vous aimait pas beaucoup…

Cette explication est-elle vraiment crédible? L’est-elle moins que celle dictée par l’usage? Moi, j’ai parfois de la difficulté à faire la part des choses… Vous ne voudriez certes pas vous voir attribuer la paternité de cette explication. Amusante, certes, mais très sexiste, direz-vous. N’allez pas vous imaginer que le sexe n’a rien à voir avec le genre. Voyez ce que Grevisse nous dit: « Dans sa fonction sémantique, le genre du nom est, en principe, une indication du sexe des êtres : c’est alors le genre naturel. » (Le Bon Usage, 1980, # 393). Mais le sexe n’est pas le fin mot de l’histoire. Grevisse ajoute : « Quant aux noms d’êtres inanimés ou de notions abstraites, l’attribution du genre n’a rien à voir avec la distinction des sexes. Ainsi pour les noms d’êtres inanimés, et souvent aussi pour les noms d’êtres animés, l’attribution du genre s’explique par des raisons de forme, d’analogie ou d’étymologie. »

C’est vous dire que le genre des mots en français tient à bien des choses, mais que, devant un mot dont on ignore le genre, nul ne sait à quel outil recourir pour le découvrir, sauf évidemment à son dictionnaire – à la condition que celui qu’il consulte s’entende avec les autres sur le genre, ce qui n’est pas assuré.

Certains pourtant croient détenir la clé du mystère. Du temps que j’étudiais à McGill, un doctorant originaire d’Israël, qui se débrouillait assez bien en français, m’a un jour dit que l’attribution du genre à un mot français ne lui causait aucun problème : est masculin tout ce qui entre dans quelque chose; est féminin tout ce qui reçoit quelque chose. Façon comme une autre de voir le problème. Il est vrai que l’on dit un tiroir et une commode. Mais il est également vrai que l’on dit une vis et un écrou. Alors… son explication serait plus justement qualifiée de « simpliste ».

Il n’en demeure pas moins que l’attribution d’un genre à un mot français est une des nombreuses difficultés auxquelles le locuteur francophone ou francophile est confronté et à laquelle il n’existe pas de remède.

La langue française n’est pas une femme facile : avant de leur dévoiler ses beautés multiples, elle exige de ses soupirants un grand effort, leur tend mille pièges, leur présente de faux amis, les plonge dans l’embarras orthographique, leur fait croire qu’on peut en prendre à son aise avec elle, alors qu’elle exige d’eux un aveugle respect. Mais ceux qui sont enfin acceptés parmi les amoureux élus ont droit à de grandes récompenses.  

C’est en ces termes, sexistes (ou machistes) aux yeux de certains, que la langue française a été décrite dans Introduction au langage de la médecine (Flammarion, 1982), par l’académicien Jean Hamburger (1909-1992)  , professeur de médecine et néphrologue réputé (1).

Mais pourquoi faut-il que la langue soit si ardue à maîtriser? Pour pouvoir afficher sa supériorité devant ceux qui ne la maîtrisent pas?

Maurice Rouleau

(1)             Jean Hamburger est le père de Jean Michel Hamburger, mieux connu sous le nom de Michel Berger (compositeur de la musique de Starmaniaopéra rock franco-québécois).

Prochain billet

Dans mon prochain billet, je me penche sur le genre à donner au complément déterminatif. Faut-il écrire, par exemple, huile d’olive ou huile d’oliveS.  J’essaierai de faire le partage entre les tenants des deux écoles de pensée.

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2 commentaires pour Genre des noms

  1. Mouche dit :

    Une petite question (qui me permet de vous dire au passage combien j’apprécie vos billets, toujours très riches et enrichissants) :
    En 5e position dans la liste de mots, un(e) « agraphe » que je ne connais pas. Ne vouliez-vous pas écrire « agraphie », ou « agrafe » ?

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