Le choix des mots

Le poids des mots

 

L’autre jour, en lisant mon journal, une anecdote m’est revenue en mémoire. Elle remonte aux années 1960 – époque des relations plutôt froides, pour ne pas dire très tendues, entre l’ex-URSS et les États-Unis. Il s’agit du résultat d’une course automobile fictive : Les Américains sont arrivés en deuxième position; les Russes, en avant-dernière!

Il est clair que les Américains avaient été meilleurs que les Russes. C’est ce que les mots disent. Ou plutôt c’est ce que les mots nous amènent à conclure. Dans les faits, c’est tout le contraire : les Russes avaient eu le dessus. Minute papillon! direz-vous. Le rédacteur de cette nouvelle aurait-il menti?…  Absolument pas. Alors, comment expliquer que le libellé soit exact, tout en rendant compte de façon inexacte de la réalité? C’est très simple : il n’y avait que deux participants à cette course! Les Russes étaient effectivement arrivés avant-derniers, tout en étant les premiers!

Le concepteur-rédacteur de cette anecdote – un Américain, cela va sans dire – avait joué sur les mots. Il avait eu recours à des mots qui, à coup sûr, allaient éveiller chez son lecteur l’idée qu’il voulait faire passer. Arriver deuxième, c’est plus honorable qu’arriver avant-dernier, vous en conviendrez. Donc le rédacteur n’avait rien dit de faux, même s’il avait tout de travers. Il avait fait exprès de choisir deuxième et avant-dernier, car il voulait délibérément amener le lecteur à croire à la supériorité des Américains. Autrement dit, il voulait sciemment confondre son lecteur. Et cela, sans mentir!

Il arrive aussi qu’un rédacteur ou un traducteur (i.e. un auteur en mal d’idées), et parfois même un réviseur, fassent un mauvais choix de mots sans pour autant avoir de mauvaises intentions. Autrement dit, non sciemment. C’est l’impression que j’ai eue en lisant, dans La Presse (31 mars 2012), un articulet (1) intitulé : « Des chercheurs établissent un lien entre la dépression et la malbouffe » (texte emprunté à la Canadian Press). Le choix de certains mots n’a pas été sans ME poser problème  – je me suis limité à cet aspect du texte –; ces mots, je les ai mis en vert dans le texte, pour vous en faciliter le repérage. Voici donc, présenté phrase par phrase, ce fameux articulet (le texte complet se trouve en Addendum).

Phrase 1 : « Les gens qui consomment de la malbouffe sont 51 pour cent plus à risque de souffrir de dépression que ceux qui n’en mangent pas, affirme une nouvelle étude. »

Affirmer, qui signifie donner pour vrai, porte le lecteur à croire que ce qui est dit est incontestable, que c’est LA vérité. Mais il n’est pas dans la nature d’une étude d’affirmer. Elle sert à vérifier une hypothèse, et les conclusions ne sont pas une certitude; elles ne sont qu’une interprétation possible des résultats présentés. Ici, le verbe conclure aurait été un bien meilleur choix.

À remarquer que c’est la  « conclusion » d’une nouvelle étude! Pourquoi parler d’une nouvelle étude si l’on ne dit rien de celle qui n’est pas « nouvelle »? Un façon de justifier la présence de cet adjectif aurait été de choisir un autre verbe que conclure. Par exemple, confirmer (si les résultats vont dans le même sens que l’étude antérieure) ou infirmer (dans le cas contraire). Mais il n’en est rien. Nouvelle est ici superflu.

Phrase  2 : « Les conclusions de l’étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Las Palmas de Gran Canaria, aux îles Canaries, et leurs collègues de l’Université de Grenade sont publiées dans les pages de la revue Public Health Nutrition. »

Est-ce que seules les conclusions ont été publiées? C’est ce que les mots disent. Mais cela n’est certainement pas le cas, compte tenu de la nature du périodique en question. Il aurait été plus pertinent de dire que l’étude a été publiée. Un article scientifique ne se résume pas aux conclusions, qui sont par définition l’interprétation des résultats qu’en fait le chercheur. Dans une étude, ce qui importe, ce sont les faits. D’ailleurs un chercheur ne dira jamais « mes conclusions ont été publiées dans telle revue », mais bien « mes résultats ont été publiés dans telle revue ». Car ces mêmes données pourraient être interprétées autrement par un autre chercheur.

Les chercheurs en question travaillent dans deux universités : l’Université de Las Palmas de Gran Canaria et l’Université de Grenade. Dans le texte de la Canadian Press, le nom de ces universités devait fort probablement être en anglais. Une question se pose ici : faut-il traduire les noms d’institutions qui, dans leur pays, ne sont connus que dans la langue officielle du pays? Ne pourrait-on pas traduire uniquement le générique?  Et dans ce cas, faut-il, comme on l’a fait ici, mettre une majuscule à université? Autrement dit, comment faire? Là-dessus, les opinions divergent. Et les règles qu’on nous force parfois à respecter ne sont pas toutes des exemples de simplicité. Le moins que l’on puisse exiger d’un traducteur-rédacteur-réviseur, c’est qu’il applique rigoureusement la règle qu’il dit suivre. Pourquoi, par exemple, n’a-t-il pas traduit Las Palmas de Gran Canaria, quand du même souffle il traduit le nom de la seconde université (université de Grenade)? Euh…

On prend soin de nous informer que l’université de Las Palmas de Gran Canaria se trouve aux îles Canaries. Pour certains lecteurs, c’est l’évidence même; pour d’autres, ce l’est beaucoup moins. Cette information est assurément bien accueillie par ces derniers, même s’ils sont incapables de situer les îles Canaries sur la carte. Rien ne dit toutefois que les premiers le pourraient… Pourquoi ne pas en avoir fait autant avec Grenade? Si l’on me demandait où se trouve Grenade, je ne saurais répondre. Et ceux qui prétendent le contraire pourraient regretter de s’être commis de la sorte. Le nom français Grenade désigne deux réalités très différentes et très éloignées l’une de l’autre : une île des petites Antilles et  une ville d’Espagne (Andalousie). De laquelle s’agit-il ici? Euh… Le réviseur, si réviseur il y avait, aurait dû, selon moi, intervenir. N’est-ce pas sa responsabilité de s’assurer que le texte traduit sera compris par le destinataire? C’est du moins ce qu’on m’a enseigné.

Cette imprécision dans le texte est le fait du traducteur. Rien de cela ne se serait produit s’il n’avait pas traduit ce nom propre. Comment cela? direz-vous. Parce que, en anglais, l’île s’appelle GrEnada, et la ville, GrAnada. Ne pas traduire le nom de cette université n’aurait-il pas été la solution la plus simple? Et la plus claire? L’autre aurait été de faire suivre Grenade de (Andalousie, Espagne) ou (Antilles).

Et les résultats de cette étude auraient été publiés dans les pages de la revue Public Health Nutrition! L’étude n’est certainement pas publiée sur la couverture. Je dois reconnaître que cette formulation se rencontre, mais c’est, je dirais, très littéraire. Donc, pas de mise dans un texte technique. Pourquoi ne pas avoir dit tout simplement : « publiées dans la revue Public Health Nutrition … » ou de façon encore plus économique « dans Public Health Nutrition… », si le texte s’adresse à des gens qui sont familiers avec le domaine?               

Phrase 3 : « Aux fins de cette étude, la malbouffe désigne des mets préparés commercialement — comme les beignes et les croissants — et des aliments comme la pizza, les hot-dogs et les hamburgers. »

Aux fins de cette étude nous porte à croire que malbouffe pourrait, dans un autre contexte, désigner autre chose que ce dont on parle ici (2). Si tel n’est pas le cas, son utilisation est inappropriée. Si ce que l’on énumère n’est qu’une liste incomplète de malbouffe, sa présence constitue de l’enflure verbale. Dans un cas comme dans l’autre, Aux fins de cette étude pourrait avantageusement être éliminé.

Par malbouffe, on entend donc deux choses : des aliments préparés commercialement  ET  d’autres aliments… Que vient faire cette conjonction de coordination? Si les premiers sont préparés à la maison, ils ne feraient pas partie de la malbouffe. Pas plus que si ces derniers étaient préparés commercialement? Euh… C’est du moins ce que les mots nous portent à croire. D’après ce texte, on met au banc des accusés non seulement des aliments préparés commercialement, mais aussi toutes les pizzas, tous les hamburgers, tous les hot-dogs. Sans distinction. Une pizza végétarienne, un hamburger au tofu, un hot-dog avec saucisse au canard seraient de la malbouffe! C’est ce que les mots disent, mais… Pour définir malbouffe, on a donc utilisé des mots qui ne rendent pas justice à l’idée qu’on veut exprimer. Il y a ambiguïté en raison du choix de mots.

Phrase 4 : « Plus la consommation de malbouffe était importante, plus le risque de souffrir de dépression était élevé, a expliqué un des auteurs de l’étude, Almudena Sanchez-Villegas. »

Pourquoi l’imparfait (était)? Il n’en serait plus de même aujourd’hui? La conclusion ne valait qu’à la fin de l’étude? Non-sens. L’emploi de l’indicatif présent s’impose, quand on fait état des résultats d’une analyse : plus la consommation est grande, plus le risque est élevé. Et ce, jusqu’à preuve du contraire. Galilée n’a-t-il pas démontré que la Terre tourne (et non tournait) autour du Soleil? Et ce, jusqu’à preuve du contraire!

C’est ce qu’un des chercheurs a expliqué! Pourquoi attribuer ces propos à l’UN des auteurs quand on sait que l’article en question est signé par plusieurs auteurs? On comprendrait aisément s’il s’agissait d’une conférence de presse, mais on parle d’un article scientifique. Le verbe est donc très mal choisi. À moins que ce soit le sujet du verbe!

Phrase 5 : « De plus, l’étude a déterminé que les plus grands consommateurs de malbouffe étaient fréquemment célibataires et sédentaires, et que leur alimentation comprenait peu de fruits, de légumes, de noix, de poisson et d’huile d’olive. »

Déterminer n’est pas un verbe qu’utiliserait spontanément un chercheur pour parler de ses résultats. Il dirait plutôt : « d’après notre étude, les grands consommateurs… seraient des… ».

Fréquemment. Voilà un adverbe absent de la bouche d’un chercheur. Sa signification varie trop d’un utilisateur à l’autre. C’est comme l’adverbe encore. Si je dis : « Je me suis encore brûlé », cela peut n’être que la deuxième fois! Ce qui n’en fait pas un accident fréquent. Alors quel est le sens donné, ici, à fréquemment? Ce mot aurait avantage à être éliminé, car il porte le lecteur à tirer une conclusion qui pourrait ne pas être celle que les chercheurs veulent transmettre.

La présence du ET me laisse doublement perplexe.  Deux interprétations sont possibles : 1) parmi les plus grands consommateurs, on trouvait des célibataires ET des sédentaires; 2) ces grands consommateurs étaient à la fois célibataires ET sédentaires. Mais laquelle de ces deux possibilités le lecteur doit-il considérer comme étant LE bon message?

La première laisse entendre que le fait d’être marié OU encore de faire de l’exercice suffit à protéger contre l’apparition d’une dépression. Selon la seconde, seuls les célibataires qui sont sédentaires risquent  d’être déprimés. Pourquoi alors avoir mis cette conjonction de coordination, ce ET? Autrement dit, le mariage serait, en soi, un médicament contre la dépression! J’en connais plusieurs qui ne partagent pas cette idée!

De plus, comme il n’est nullement question du sexe des participants, j’en conclus que ce risque devrait concerner aussi bien les hommes que les femmes. Mais l’emploi du masculin (genre neutre en français) laisse entendre qu’on parle des hommes, sans toutefois le dire clairement. La compréhension pourrait alors varier selon le lecteur.

Phrase 6  : « Ce groupe était aussi caractérisé par le tabagisme et des semaines de travail de plus de 45 heures. »

L’emploi de tabagisme et semaines me pose problème. Ce qui m’agace, c’est le manque de parallélisme. Ici, on coordonne deux mots qui n’appartiennent pas au même champ sémantique. Le tabagisme n’est pas une durée; et semaine n’est pas une intoxication. Ce qui caractérise les personnes les plus susceptibles de faire une dépression, c’est le fait qu’elles fument (sans plus) et qu’elles travaillent plus que la norme. Mais ces deux caractéristiques ont-elles la même importance? Si oui, pourquoi ne pas avoir indiqué le nombre de cigarettes au-delà duquel la dépression attend son fumeur? Si non, il faut en conclure que le simple fait de fumer, même modérément, suffit à déclencher une dépression, mais qu’il faut travailler un minimum de 45 heures par semaine pour en souffrir.  – Il ne faudrait pas que les syndicats sachent cela! – Est-ce vraiment ce que les chercheurs disent? Je ne sais pas, mais c’est ce que le résumé nous dit.

Ouvrons ici une parenthèse sur l’emploi du « leurre » en publicité.

Sur l’emballage de la margarine Nuvel, on peut lire :  huile Canola & Olive oil. En voyant cette information, le consommateur en conclut que cette margarine est composée à parts égales d’huile de canola et d’huile d’olive. Ce n’est pas dit explicitement, mais la grosseur des caractères le laisse entendre. La typographie a une charge sémantique. C’est un outil fort connu des publicitaires. Comme l’huile d’olive a maintenant la cote, il est donc très important de signaler au consommateur que cette margarine en contient; il sera, l’espère-t-on, plus porté à l’acheter.

Mais dans les faits, qu’en est-il? En petits caractères – cela va sans dire  –, on peut lire :  Fait de 83 % d’huile de canola, 10 % d’huile d’olive, 7 % d’huiles végétales. C’est loin du 50-50 que la typographie laisse entendre! L’image véhicule donc une idée, qui peut être erronée – tout dépend évidemment de l’interprétation qu’on en fait. Mais pas les mots. À remarquer que les huiles de canola et d’olive sont toutes deux, elles aussi, des huiles végétales! Mais ça, c’est une autre histoire.

À remarquer qu’on n’a rien dit de faux. Le grand coupable, c’est à coup sûr le consommateur.  C’est lui qui a mal interprété! Il aurait dû lire attentivement l’étiquette… C’est vrai, mais la typographie utilisée était-elle vraiment innocente? Ne voulait-on pas, de façon déguisée, berner le consommateur, i.e. l’amener à croire que la teneur en huile d’olive est aussi importante que celle en huile de canola?  En misant, évidemment, sur la forte probabilité que ce consommateur ne lira pas les petits caractères!

Fermons la parenthèse.

Phrase 7 :  « Un peu moins de 9000 personnes n’ayant jamais souffert de dépression ou pris des antidépresseurs ont été analysées, en moyenne pendant six mois, aux fins de cette étude. »

Je vois une différence entre un peu moins de 9000 et près de 9000. Une différence de connotation (i.e. Sens particulier d’un mot, d’un énoncé qui vient s’ajouter au sens ordinaire selon la situation ou le contexte, NPR 2010). Ici, un peu moins a, à mes yeux, une connotation négative : on aurait voulu un plus grand nombre de participants, mais on a dû se contenter de moins!  Près de a, lui, une connotation positive : le nombre est très élevé, il atteint presque 9000. Une façon de dire : les conclusions sont à coup sûr bien fondées. À remarquer que, mathématiquement parlant, les deux formulations sont équivalentes : le nombre est inférieur à 9000. Alors, pourquoi avoir choisi un peu moins de? Le traducteur était-il payé au mot?

Que comprendre de l’utilisation de la conjonction de coordination ou?  Que, pour participer à cette étude, il fallait ou bien n’avoir jamais souffert de dépression, ou bien avoir souffert de dépression mais ne pas avoir été traité, ou encore ne pas prendre d’antidépresseur au début de l’étude (la dépression n’ayant pas été diagnostiquée)? Comment pourrait-on diagnostiquer une dépression causée par la malbouffe si la personne en souffre déjà à son entrée dans l’étude? La formulation est plus que maladroite.

Les participants ont été analysés! J’ignore comment on fait cela, mais, à coup sûr, les participants ne se sont pas faits psychanalyser. C’est pourtant le seul sens qu’en donne le dictionnaire (quand le sujet de ce verbe, au passif, est une personne).  Analyser est donc mal choisi. Ce que l’on essaie de dire, c’est que près de 9000 personnes ont participé à cette étude. Rien de plus.

Aux fin de cette étude est, encore une fois, inutile, car il s’agit évidemment des participants de cette étude et non ceux d’une autre. C’est de l’enflure verbale.

Phrase 8 : « Environ 500 participants ont reçu un diagnostic de dépression ou ont dû commencer à prendre de la médication pendant cette période. »

Environ signifie « à peu près, un peu plus, un peu moins ». Le nombre réel est pourtant connu; il est soit inférieur, soit supérieur à 500. Pourquoi être vague ici, et ne pas l’être quand on parle du  nombre de participants (un peu moins de 9000)? Choix douteux.

La présence du ou m’intrigue. Faut-il comprendre qu’une partie des 500 participants a reçu un diagnostic de dépression (sans qu’on les traite) et l’autre a commencé à prendre des médicaments (sans qu’il y ait eu diagnostic)? Formulation pour le moins ambiguë. Se pourrait-il qu’en raison des mots mal choisis on n’ait pas réussi à dire tout simplement que, au cours de cette étude, quelque 500 participants ont dû être traités par antidépresseurs?  Qui sait?

Et des participants ont commencé à prendre de la médication pendant cette période. En français (Voir NPR 2010), tout comme dans les dict. médicaux d’ailleurs, médication a le sens de: Emploi de médicaments dans un but thérapeutique déterminé. Il est donc pléonastique de dire : prendre une médication. Il faut savoir toutefois que medication, en anglais, a plus d’un sens – dont celui de « médicament –, mais pas en français. Il s’agit donc ici d’un anglicisme.

La période en question désigne, à ne pas en douter, la durée de l’étude. On ne sait toutefois pas ce qu’il est advenu de ces participants dépressifs. Ont-ils été exclus de l’étude? Les données les concernant ont-elles été conservées pour les analyses statistiques? On ne le dit pas. Alors pourquoi avoir fourni cette information si elle n’apporte aucun éclairage particulier? Et cela, c’est sans parler du fait que les participants n’étaient pas dépressifs au début de l’étude et qu’ils le sont devenus en moins de 6 mois! Comment donc a été faite la sélection des participants? Les critères de sélection étaient-ils si vagues?

Phrase 9 : « Une étude précédente, publiée en 2011, et qui s’appuyait sur plus de 12 000 participants, en était venue à des conclusions similaires. »

Une étude ne sappuie pas sur des personnes. Ce verbe est très mal choisi.

Apparemment,  « Une étude précédente … en était venue à des conclusions similaires »… Le verbe est, encore une fois, très mal choisi. Il ne s’agit pas ici d’un manque d’idiomaticité, mais bien d’une erreur de sens. En venir à signifie, si l’on en croit le NPR, finir par faire, par arriver là. Le rédacteur voulait sans doute dire que l’étude antérieure était arrivée aux mêmes conclusions et non pas qu’elle avait fini par arriver aux mêmes conclusions. Car une telle formulation laisserait clairement entendre qu’il y a eu de la magouille dans l’analyse des résultats. Pour qui connaît le sens de en venir à, cette affirmation est suffisante pour discréditer cette étude.

Même une fois corrigée, cette phrase me laisse perplexe. C’est comme si l’étude antérieure, celle de 2011, était arrivée aux mêmes conclusions que l’étude actuelle. Ne serait-ce pas plutôt l’inverse? Comme on dit en grec : It’s the other way around! Cela me rappelle un texte que l’auteur, un confrère de classe, m’avait demandé de relire. Un problème similaire s’était posé. L’auteur disait, le plus humblement du monde, que Claude Levi-Strauss, célèbre anthropologue et ethnologue français,  était de son avis! OUF… Ce n’était la modestie qui l’étouffait! L’auteur du texte a accepté de reformuler sa phrase. Dans le cas qui nous intéresse, les conclusions sont semblables à celles publiées dans l’étude de 2011! Et non l’inverse, comme cela est écrit.

CONCLUSION

Quand on veut transmettre une idée, à l’oral comme à l’écrit, il faut savoir choisir ses mots. Trop souvent, on oublie leur poids. Ce qui est clair pour le rédacteur ne l’est pas ipso facto pour le lecteur. Les mots utilisés doivent être à la hauteur de la mission qu’on leur confie. Si l’on n’est pas attentif à cet aspect de la rédaction, le message ne passe pas ou il passe tout de travers.

Ne me demandez pas de vous expliquer, à partir de ce seul résumé, les conclusions de cette étude. J’en serais absolument incapable. Trop de mots sont mal choisis. Trop de questions restent sans réponse. Je serais prêt à parier qu’en lisant ce résumé Rivarol se retournerait dans sa tombe. De toute évidence, « ce qui n’est pas clair… » peut être français!

MAURICE ROULEAU

(1)      Ce mot n’est pas un barbarisme. Il est vrai qu’il ne figure pas dans le Petit Robert, mais vous le trouverez dans le Larousse. Preuve, s’il en fallait une, que se fier à un seul dictionnaire n’est pas sans risque. Autrement dit, mieux vaut en consulter deux avant de pontifier sur la valeur d’un mot, d’une expression…  Sinon, le réviseur risque de se faire faire la leçon par celui-là même qu’il veut corriger.

(2)      Les définitions de malbouffe que donnent les dictionnaires (NPR, Lar.) sont pour le moins intrigantes. Par ex. celle du NPR : Aliments dont les conditions de production et de distribution nuisent à la qualité et à la sécurité de l’alimentation (pollution, épizooties, hormones, OGM…). Aurait-on confondu aliments impropres à la consommation (avariés) et aliments propres à la consommation, mais dommageables à la santé? À moins que l’on considère tout ce qui est dommageable à la santé comme impropres à la consommation…Ça, c’est une autre histoire.

Prochain billet

Nous allons prochainement essayer de comprendre pourquoi les régents ont admis l’ajout de la préposition de au verbe écoper, et cela, sans tambour ni trompette. Pourtant ces mêmes régents ne cessent de crier haro sur pallier à. N’a-t-on pas, dans les deux cas, fait la même chose : ajouter à un verbe transitif une préposition, qui en change le sens? Y aurait-il donc deux poids deux mesures? C’est à voir.

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ADDENDUM

Des chercheurs établissent un lien entre la dépression et la malbouffe

Les gens qui consomment de la malbouffe sont 51 % plus à risque de souffrir de dépression que ceux qui n’en mangent pas, affirme une nouvelle étude.

Les conclusions de l’étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Las Palmas de Gran Canaria, aux îles Canaries, et leurs collègues de l’Université de Grenade sont publiées dans les pages de la revue Public Health Nutrition.

Aux  fins de cette étude, la malbouffe désigne des mets préparés commercialement — comme les beignes et les croissants — et des aliments comme la pizza, les hot-dogs et les hamburgers.

Plus la consommation de malbouffe était importante, plus le risque de souffrir de dépression était élevé, a expliqué un des auteurs de l’étude, Almudena Sanchez-Villegas. De plus, l’étude a déterminé que les plus grands consommateurs de malbouffe étaient fréquemment célibataires et sédentaires, et que leur alimentation comprenait peu de fruits, de légumes, de noix, de poisson et d’huile d’olive. Ce groupe était aussi caractérisé par le tabagisme et des semaines de travail de plus de 45 heures.

Un peu moins de 9000 personnes n’ayant jamais souffert de dépression ou pris des antidépresseurs ont été analysées, en moyenne pendant six mois, aux fins de cette étude.

Environ 500 participants ont reçu un diagnostic de dépression ou ont dû commencer à prendre de la médication pendant cette période.

Une étude précédente, publiée en 2011, et qui s’appuyait sur plus de 12 000 participants, en était venue à des conclusions similaires.

La dépression touche plus de 121 millions de personnes dans le monde. Le lien avec l’alimentation est encore mal compris, mais des études attribuent un rôle préventif à la vitamine B, aux acides gras oméga 3 et à l’huile d’olive.

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Un commentaire pour Le choix des mots

  1. pendis dit :

    Je pense que le choix des mots en français est la cause de tous les maux.Comment utiliser un mot sans hésiter.PArfois c’est la tournure à employer qui nous retarde ou nous fait douter.Merci de ces conseils et du courage.

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