Écoper DE (Pallier À)

ÉCOPER  ou  ÉCOPER DE

 

            Récemment, je suis tombé sur deux manchettes où le verbe écoper était construit différemment. Dans la première, le verbe était transitif indirect : GlaxoSmithKline écope d’une amende record de 3 milliards; dans la deuxième (ou seconde), transitif direct : Thomas Lubanga va écoper 30 ans de prison […].

La lecture de la première manchette ne m’a pas fait tiquer, car c’est de cette façon que, moi, je me serais spontanément exprimé. Mais, à ne pas en douter, le rédacteur de la deuxième manchette, lui, en avait fait tout autant. Qui a raison? Lui ou moi? Lui et moi?

Pour en avoir le cœur net, j’ai, comme d’habitude, consulté mes dictionnaires de difficultés du français [Péchouin & Dauphin (ci-après P&D), Colin, Girodet, Hanse-Blampain, Thomas].

Les trois derniers n’abordent pas le sujet. La raison d’un tel silence est probablement la même pour Girodet et Thomas que celle mentionnée par Hanse-Blampain : « Ce dictionnaire des difficultés est avant tout un choix qui repose sur l’expérience des auteurs et des usagers. Seuls les mots qui correspondent à une difficulté réelle ont été retenus. »

Les deux seuls ouvrages à en parler le font de manière différente :

  • P&D  (Larousse, ©2001): Écoper de ou écoper […] v.t. ind. ou v. t. : il a écopé d’une amende (ou, moins courant, il a écopé une amende) pour excès de vitesse. Registre familier.
  • Colin (Les Usuels du Robert, ©2006) : Emploi – Le verbe au figuré est familier : écoper une amende.

D’après le P&D, les deux constructions seraient admises. Selon le Colin, une seule le serait. C’est du moins la lecture que j’en fais. Est-ce que la construction de ce verbe dépendrait de l’ouvrage consulté? Euh… C’est alors que je me suis rappelé (de) mon professeur de révision, qui nous répétait sans cesse : « Je crains le réviseur d’un seul dictionnaire ». Par cette phrase lapidaire, il voulait nous conditionner à toujours assurer nos arrières, car nous pouvions nous faire mettre sous le nez une source qui dirait exactement le contraire de ce que nous prétendrions, doctement, être LA vérité. Mais qui a raison? Le Colin ou le P&D?

Comme la langue est affaire de consensus, c’est l’usage qui devrait nous fournir la réponse. Mais comment le connaître cet usage, où est-il consigné ? Le Littré (1872-1877), dans son introduction, nous le dit clairement, et ce qu’il disait alors est certainement encore vrai de nos jours :

L’usage contemporain est le premier et principal objet d’un dictionnaire. C’est en effet pour apprendre comment aujourd’hui l’on parle et l’on écrit, qu’un dictionnaire est consulté par chacun.

 La consultation d’un seul dictionnaire devrait donc théoriquement suffire, car tous ces ouvrages ont la même prétention : décrire l’usage contemporain. Comment alors expliquer le manque de consensus des deux sources mentionnées? Elles s’entendent certes sur le registre : familier, mais pas sur la construction. Le P&D va même jusqu’à préciser que son emploi comme v. tr. dir. est « moins courant». Sur quoi se base-t-il pour dire cela? Et le Colin, sur quoi se base-t-il pour ne reconnaître qu’une seule construction? De toute évidence, ces deux ouvrages s’y sont pris différemment pour évaluer l’usage. Tâche malaisée, reconnaissait déjà Littré :

 Il importe de constater cet usage aussi complètement qu’il est possible; mais cette constatation est œuvre délicate et difficile.

Mais quelle méthode utilisent les rédacteurs d’un dictionnaire pour évaluer l’usage d’un mot? La dictionnairique n’a-t-elle pas une méthodologie établie, reconnue par tous? Si oui, comment expliquer la divergence des résultats? Les rédacteurs se basent-ils sur des relevés statistiques ou sur leur « pif »? Décrivent-ils la langue parlée localement (p. ex. l’Île-de-France), dans leur pays (p. ex. la France) ou, plus globalement, dans la francophonie? Quelques dictionnaires seulement le précisent dans leur titre (ex. Dictionnaire québécois d’aujourd’hui), comme pour s’excuser… À moins que ce soit les autres qui ne le précisent pas pour ne pas avoir à s’excuser…

Les deux constructions, écoper et écoper de, n’ont pas toujours été en usage. On peut donc se demander depuis quand elles le sont. Depuis quelques décennies seulement ou depuis beaucoup plus longtemps? Voyons ce qu’il en est.

XIXe siècle 

Le verbe écoper est absent du Littré (1872-1877), mais présent dans le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, (Larousse, 1870, vol. 7, p. 146), au sens propre et comme verbe transitif : « Marine. Vider d’eau avec une écope  Écoper un bateau ».

XXe siècle  

Dès 1905, le Petit Larousse lui reconnaît un emploi figuré, mais en tant que v. intr. (à l’époque, on disait neutre) : v. a. Vider l’eau avec une écope. V. n. Pop. Recevoir des reproches, des coups, etc. Et il en était encore de même dans l’édition de 1922, (p. 314).

En 1935, l’Académie (DAF, 8e éd.) le dit  v. tr. au sens propre, utilisé aussi intransitivement dans la langue familière. (Dans la 9e éd., cet emploi est devenu populaire. Il aurait perdu du galon!) Nulle trace toutefois de sa construction avec la préposition de; écoper de ne pourrait donc se dire, parce que non reconnu.

Dans les années 1950, le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (1953-1964), plus tard appelé le Grand Robert, reprend la définition qu’en donnait  le DAF (8e éd.).

En 1967, le Petit Robert reproduit ce que son grand frère disait. À un détail près, mais un détail non négligeable. La phrase de M. Proust qui illustrait, dans le Grand Robert, son emploi comme v. intr. est devenu un exemple d’emploi de ce verbe comme v. tr. employé  Absolt! Serions-nous en présence d’un phénomène de transsubstantiation?… Comment expliquer ce changement de nature, d’intransitif à transitif?

De 1967à 1992, écoper est toujours dit, par le Petit Robert, v. tr., employé à l’occasion Absolt. Donc, la construction avec de n’est pas encore reconnue, pas encore admise. Puis, soudain, en 1993, année de parution du premier Nouveau Petit Robert, une surprise nous attend : écoper (de) y fait son apparition. En tant que v. tr. direct et v. tr. ind., employé à l’occasion Absolt. La reconnaissance de la construction écoper de date donc de cette année-là, si l’on en croit le NPR. Mais comme le Robert ne suit pas toujours fidèlement l’Académie, j’ai voulu savoir ce que cette dernière en disait, en 1985, dans la 9e éd. de son DAF, toujours en préparation (1). –  Soit dit en passant, le Bélisle (v. Addendum) consignait déjà cette construction dans les années 1950 

L’Académie reconnaît les deux constructions : écoper et écoper de. J’imagine, peut-être à tort, que, si les Immortels avaient voulu montrer l’équivalence de ces deux constructions, ils aurait eu recours à la même phrase pour les illuster. Mais tel n’est pas le cas. Une différence, subtile si différence il y a, semble exister entre les deux emplois : « écopé trois ans de prison », mais « écopé D’un mois d’hôpital ». Comme si le premier était évitable, mais pas le second!

L’exemple Le malheureux a écopé d’un mois d’hôpital illustre un emploi intransitif, nous dit l’Académie! Moi, je l’aurais dit tr. ind., mais « qui suis-je? » pour  contester l’Autorité suprême en matière de langue. À moins que j’aie mal saisi cette notion. Ou encore, que les Immortels aient de l’intransitivité une conception différente de celle qui a cours aujourd’hui. Qui sait?… Je vérifie donc comment, dans la 9éd., les Académiciens définissent intransitif. Une surprise, une autre, m’y attendait. On y apprend que intransitif

Se dit d’un verbe qui, exprimant une action ou un état ne concernant que le sujet, n’appelle pas de complément d’objet ou n’accepte que des compléments d’objet introduits par une préposition (dans ce cas, on appelle aussi ce verbe transitif indirect).

OUF… Un verbe pourrait donc être dit indifféremment intransitif ou tr. ind., selon l’inspiration du moment! Je sens que j’en perds mon latin. Abstraction faite de la nature – plutôt douteuse – de écoper de, son existence est, elle, reconnue par l’Académie. Mais à partir de 1985 seulement. C’est donc un phénomène récent.

Cette définition d’intransitif n’est toutefois pas un copier-coller de celle de la 8e éd. (1935). C’est une toute nouvelle mouture, pourrait-on dire. Celle de la 8e éd. correspondait mieux à l’enseignement que j’ai reçu et qui est encore actuel : « se dit des Verbes dont l’action est limitée au sujet et ne porte pas sur un objet. Dîner, souper, marcher, parler (2) sont des verbes intransitifs. »

Morale de l’histoire

Que nous apprend donc ce survol de l’emploi et de la construction du verbe Écoper?

  1. Qu’écoper, en tant que v. transitif, figure au dictionnaire depuis déjà belle lurette. Au sens propre seulement.
  2. Que ce n’est que récemment que les Immortels ont accordé OFFICIELLEMENT à Écoper de le droit à l’existence. Et du même coup, forcé les réviseurs à ranger leur crayon rouge. Il n’était plus permis de considérer cette construction comme un barbarisme.
  3. Qu’aujourd’hui les constructions  Écoper et Écoper de sont toutes deux admises dans la langue, du moins par la majorité des dictionnaires. Elles figurent au dictionnaire!

Attardons-nous donc à ces quelques derniers mots : « figurer au dictionnaire ». Littré nous a appris qu’un dictionnaire reflète l’usage contemporain de la langue. Son corollaire obligé : si un mot ou une construction n’y figurent pas, ils ne font pas partie de l’usage; à la limite, les employer serait contrevenir à la pureté de la langue – à la condition toutefois que le dictionnaire consulté soit complet, ce qui n’est jamais le cas. Donc l’usage a fait passer un verbe transitif dans le camp des v. intransitif (DAF) ou trans. indirect. Et ce, sans tambour ni trompette. Sans protestation de qui que ce soit. Les régents se sont tus, ils sont restés muets comme des carpes.

L’apparition dans un dictionnaire d’un nouveau mot ou d’une nouvelle construction ne signifie pas que leur emploi est récent. Elle signifie seulement que leur emploi est assez  courant pour qu’on reconnaisse implicitement qu’ils sont entrés dans l’usage.

L’équipe du Robert a donc attendu 1993 pour reconnaître la légitimité de cette construction (v. tr. ind.). Avant, on ne l’aurait donc rencontrée qu’à l’occasion, puis, en 1993, beaucoup plus souvent. C’est alors qu’on a décidé qu’elle méritait une place dans la langue! Soit. Mais un tel énoncé n’est pas sans me chicoter (3).

Combien faut-il d’occurrences pour qu’on dise d’un mot, ou d’une construction, qu’il est « entré dans l’usage »? Autrement dit, sur quoi se base-t-on pour décider que c’est un mot, ou une construction, d’usage courant?

Qui doivent être les utilisateurs du mot pour qu’un dictionnaire l’accepte? Seulement les « bons auteurs » ou la population en général? Et combien d’entre eux? Autrement dit, qui dicte le BON USAGE? La question du nombre s’impose, car Grevisse nous fournit, dans son Bon Usage, après chaque règle – ou presque –, une liste, souvent très longue, d’exemples de bons auteurs qui se permettent une certaine liberté avec la langue, i.e. qui n’appliquent pas la règle énoncée. Et cela, sans qu’on les condamne. Comme si tout écart à la règle fait par ces auteurs, des « bons » auteurs, il va sans dire, était délibéré, constituait un pied-de-nez aux régents de la langue!… On n’est jamais allé jusqu’à dire que c’était des fautes intelligentes. Pourtant…

Si l’on en juge d’après la source des exemples cités de nos jours par le Robert, ce ne sont plus uniquement de grands auteurs qu’on appelle à la rescousse. On cite des périodiques, des journaux, donc ce que le « peuple » emploie. Mais quel peuple? L’examen des citations nous force à reconnaître que les périodiques sont français. Et uniquement de France. Celui de la France en général? Du sud de la France? De l’Île-de-France ? Qui sait? Aucun dictionnaire ne fournit une telle information. Sauf que Mme Josette Rey-Debove s’en est ouverte (4) à Jacques Folch-Ribas, journaliste à La Presse.

En visite au Québec, dans le cadre de la promotion du NOUVEAU Petit Robert (1993), Mme Rey-Debove, interrogée avec insistance sur ce qu’est l’usage reflété dans son dictionnaire, finit par répondre clairement au journaliste : « Je vais être très franche avec vous, le français que nous décrivons est le français parisien, c’est vrai. » (5) Cela ne veut pas dire que ce dictionnaire n’inclut pas des emplois d’ailleurs, mais ils sont systématiquement classés comme régionalismes. Il faut donc en conclure que la construction écoper de était devenue suffisamment courante, en 1993, à Paris, pour que le NPR décide de l’inclure dans sa nomenclature!

Il n’y a là rien de trop étonnant, même si je trouve la façon de faire un peu trop « nombriliste ». Ce qui, par contre, m’étonne au plus haut point, c’est la vitesse à laquelle la construction écoper de a été admise dans la langue sans qu’elle n’ait jamais été condamnée par quelque régent que ce soit. On s’est contenté de l’ignorer, même si les locuteurs l’utilisaient. Cette passivité des régents face à un emploi non reconnu détonne, contraste avec l’agressivité qu’is ont manifesté – et manifestent encore aujourd’hui – à l’égard de la constrution pallier à. Cette dernière est condamnée depuis des lustres. Elle est toujours dite « incorrecte et critiquée ». Comme si cette construction ne s’utilisait pas à Paris! Du moins pas assez fréquemment pour que le NPR reconnaisse OFFICIELLEMENT qu’elle est entrée dans l’usage! Euh…

Si, à Paris, tel est vraiment le cas, il en est tout autrement ailleurs en France. J’en veux pour preuve ce qu’en disent les dictionnaires des difficultés (tous publiés en France sauf le Hanse-Blampain). Si les rédacteurs de ces dictionnaires se donnent la peine de faire une entrée, c’est que l’emploi de ce verbe présente une « difficulté » et que cette « faute » est suffisamment fréquente pour qu’on la stigmatise. Si non, on l’aurait ignorée tout simplement, comme on fera plus tard avec écoper de. Mais au lieu de cela, on la critique, on la condamne  depuis au moins 1956 (V. le Thomas). En 1980, Grevisse, dans son Bon Usage, nous disait qu’elle sera éventuellement admise dans la langue, que ce n’est qu’une question d’années. Mais 32 ans plus tard, on attend toujours!

C’est donc dire que, depuis plus d’un demi-siècle, on crie haro sur pallier à. Ceux qui osent l’utiliser se font toujours crier après. Certains plus prudents, se rappelant sans doute les coups reçus sur les doigts quand ils étaient jeunes, ne cessent de se demander s’il est, encore et toujours, fautif d’utiliser pallier à. À preuve – une preuve bien indirecte, il faut bien l’admettre –, mon billet sur pallier, pallier à est de loin celui qui, au cours des deux dernières années, est le plus consulté (4725 visites sur un grand total de 41 600, i.e. près de 12 %). C’est dire, je crois bien, que la construction pallier à est sur le bout de la langue de bien des utilisateurs, mais qu’une certaine hésitation se manifeste au moment de l’employer. Ne faut-il pas, si l’on veut être bien coté en tant que rédacteur, montrer patte blanche, faire preuve qu’on respecte les autorités? Nous ne sommes pas, nous, de « bons auteurs »… Nous ne pouvons nous permettre un écart à la règle, imposée par les régents.

Mais qu’a donc écoper de, que n’a pas pallier à, pour que les régents l’accueillent  dans la langue, sans tambour ni trompette, mais refusent, encore et toujours, le même privilège au second? Dans les deux cas, n’a-t-on pas transformé un verbe tr. direct en un verbe tr. indirect, tout en en modifiant le sens? C’est clair comme de l’eau de roche. Ça saute aux yeux. Pourtant, le premier a reçu la bénédiction des régents. Le second, lui, l’attend toujours. Hélas!

Se pourrait-il que ceux qui persistent à condamner pallier à ne cherchent qu’à faire étalage de leur grande connaissance des « subtilités » de la langue française?…  Je ne les condamne pas pour autant. Ils ne font que répéter ce qu’ils ont appris à la dure. Eux, l’ont mémorisé. Et ils se font fort d’en faire la démonstration. Et en tant qu’enseignants, c’est ce qu’on attend d’eux. Ils doivent transmettre la « bonne » parole!  Ils ont été conditionnés à mémoriser  ces particularité; c’est à leur tour maintenant de conditionner leurs élèves à en faire autant. C’est là leur mission.

Devrais-je, par conséquent, crier sur tous les toits que : « Le français est illogique, subtil, paradoxal, c’est sa richesse ». CERTAINEMENT PAS. Ça, j’en suis totalement incapable. Pour moi, être illogique, paradoxal, ce n’est pas une qualité – « sa richesse », comme disait l’autre –, c’est son pire défaut.

« Deux poids, deux mesures » restera toujours à mes yeux « deux poids, deux mesures ».

Maurice Rouleau

(1)  v.tr. 1. (Marine) Écoper un bateau; 2. Fig. et fam. Être frappé d’une peine pour une infraction, un délit. Le malfaiteur a écopé trois ans de prison. Écoper une forte amende. Intranst. Pop. Subir des reproches, endurer des épreuves, recevoir des coups sans pouvoir se défendre. Le malheureux a écopé d’un mois d’hôpital. Absolt. Il a écopé, il a beaucoup souffert.

(2)  Parler serait aujourd’hui un exemple moins pertinent. Le DAF (1985) le donne intransitif et transitif. Le NPR 2001 en fait tout autant. À une exception près, Parler de, y est dit trans. ind. alors que l’Académie, fidèle à elle-même, le considère toujours intransitif

(3)  Région. (Canada) Fam. Tracasser, inquiéter. Ça me chicote. chiffonner, turlupiner.

(4)  s’en ouvrir à : Vieilli selon le NPR!  Pourtant, dans le DAF, 9e éd. 1985, on y trouve, à l’entrée plein   « … on sent le besoin de s’en ouvrir à autrui »! Serait-ce que les Immortels ont, eux  aussi, « vieilli »? À moins que le NPR et l’Académie n’évaluent pas l’usage de la même façon…

(5)  Folch-Ribas, J., « La langue vit dans un certain équilibre », La Presse, Montréal, dimanche 19 septembre 1993.

ADDENDUM

 Dans le Dictionnaire Bélisle de la Langue Française au Canada, (Éditions Leland, 1954-1957), ouvrage couronné par l’Académie française, on lit à l’entrée écoper :

v.  n.  (Fleur de lys) Avoir des ennuis. Être obligé de payer, de verser des copes; le chauffeur a écopé dune amende de cinq dollars pour n’avoir pas arrêté à la lumière rouge.

A- v.n. : Bélisle appelle verbe neutre tout verbe 1) qui exprime une action sans régime, i.e. v. intransitif ; 2) qui ne prend son régime qu’à l’aide des prépositions à et de, i.e. v. tr. ind. Dans l’exemple fourni par L.-A.  Bélisle, le verbe est donc tr. ind.

B-  La fleur de lys indique les « canadianismes populaires, et autres termes, définitions ou acceptions que ne donnent pas les dictionnaires d’origine européenne les plus employés au Canada, ou que la langue académique ne reconnaît pas en France. » Dans les années 1950, le Bélisle attribue donc à ce mot un sens que ne lui attribue aucun dictionnaire européen de l’époque.

C- Copes  L’acception donnée, i.e. être obligé de payer des copes (sic) est fort intéressante, mais pour le moins étonnante, même pour le Québécois que je suis. J’ai donc remonté cette piste pour mieux l’apprécier. Chose surprenante, Bélisle ne consigne que coppe (avec deux p) :

coppe (de l’angl. copper, cuivre) n.f.  Sou de bronze : Ne pas avoir une coppe : ne pas avoir un sou en poche; Ça ne vaut pas une coppe : ça ne vaut rien.

Si l’origine du verbe est bien celle que suggère Bélisle, comment expliquer qu’il utilise cope au lieu de coppe? Serait-ce une coquille? Serait-ce que coppe a, avec les années, perdu un p (le TLFi atteste l’existence de la variante orthographique écopper)? Je ne saurais dire. Ce que je sais par contre c’est ce que dit Suzelle Blais, dans Néologie canadienne de Jacques Viger (Manuscrits de 1810)  (Coll. Amérique française,Presses U.Ottawa, 1998, p. 54) :

coppre :  fém. pour Sou, Une coppre, dix ou douze coppres pour Un sou, dix ou douze sous.

Si coppe, consigné dans le Bélisle, est courant, il faudrait en conclure qu’il a perdu un « r » au cours du siècle précédent. De coppre (1810), il serait passé à coppe (1954)! Et il aurait par la suite perdu une autre lettre, un « p »! De coppe, il serait devenu cope! Et ce, avant de disparaître de la langue, i.e. cesser d’être utilisé.

Est-ce que l’origine de écoper est bien celle que le Bélisle lui attribue, en tant que canadianisme? Je vous laisse seul juge. Moi, je me suis fait une idée… non vérifiable. D’où ma retenue à vous la faire savoir.

Prochain billet

Nous allons voir que ce qui nous paraît ridicule sous la plume d’un auteur d’une autre époque ne l’est pas de nos jours. Cela s’explique fort probablement parce que nous sommes des chiens de Pavlov, nous sommes conditionnés à agir de telle ou telle façon, sans nous poser de questions. Mais à partir du moment où l’on s’en pose, la situation change. C’est peut-être de là que vient l’expression fort connue « le ridicule ne tue pas »!

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