Œuf, cœur, moelle… (3 de 3)

Papi, pourquoi…?   (3)

Prononciation de la ligature œ

 

Pour terminer ce tour d’horizon de la ligature œ, commencé voilà deux billets, je m’attarde, cette fois-ci, sur sa prononciation. Est-elle singulière ou plurielle?

  • S’il n’y a qu’une seule et unique façon de la prononcer, il suffit de connaître le son qui lui est associé, et le tour est joué.
  • S’il y a plus d’une façon, il y a là une difficulté, qui fera dire à tout allophone que la langue française est difficile à apprendre. Et il n’aurait pas tort, car il lui faudra, à lui et à tout francophone qui découvre un nouveau mot, mémoriser la « bonne » prononciation de chacun des mots visés.

Voyons si sa prononciation est influencée par la lettre qui la suit.

Œ suivi d’une voyelle 

Dans le NPR, on trouve 72 mots répondant à cette condition. Et la voyelle en question ne peut être qu’un u (comme dans œuf) ou un i (comme dans œil).

Le i n’existe que dans les mots de la famille de œil (ex. œil-de-bœuf, œillet). Ce mot n’ayant  qu’une seule prononciation, les 15 mots de cette famille ne posent aucun problème. On sait prononcer œil, on sait prononcer tous les  autres.

Le u se rencontre dans des mots de plus d’une famille étymologique (ex. bœuf, cœur, œuv...), mais la prononciation de ce œu n’est pas toujours la même. Il n’y a peut-être  que deux sons associés à cette ligature, mais encore faut-il savoir auquel recourir pour que la prononciation du mot soit correcte.

  • Le son le moins courant est eu comme dans peu, deux [ø] :  nœud [nø], vœu [vø], bœufs [bø], œufs [ø].
  • Le son le plus courant est eu comme dans peur, meuble [œ] : œuf [œf], bœuf [bœf], cœur [kœʀ], chœur [kœʀ], sœur [sœʀ], mœurs [mœʀ(s)], œuvre [œvʀ].

D’où vient cette différence de son? On pourrait penser, à première vue, que la consonne qui suit le œu y est pour quelque chose. En effet, chaque fois que c’est un f, le son est le même : œuf [œf] et  et bœuf  [bœf]. Il en est de même si c’est un r : cœur [kœʀ], chœur [kœʀ], sœur [sœʀ], mœurs [mœʀ(s)]. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Il n’y a qu’à comparer bœuf [bœf] et bœufs [bø], œuf [œf] et œufs [ø] pour déchanter. Mais quand le pluriel se fait par addition d’un x, la prononciation n’est pas modifiée : vœu se prononce comme vœux. Au fait, pourquoi le pluriel de ce mot ne se fait-il pas par addition d’un s? Ça, c’est une autre histoire.

Bref, pour bien prononcer les mots où la ligature est suivie d’une voyelle, il faut encore une fois se servir de sa mémoire. Car la logique derrière cette prononciation, si logique il y a, est plutôt obscure.

Et si c’était une consonne, serait-ce plus simple? C’est à voir.

Œ suivi d’une consonne

Bien des mots répondent à cette exigence. Et nombre d’entre eux sont d’une même famille étymologique. Je pense, entre autres, à fœtus (fœtal, fœticide, fœtoscopie, fœtoscopique). Ou encore à  œn(ologie), œso(phage); œst(re), cœl(ioscopie) et leurs smalas.

La prononciation de tous ces œ varie-t-elle selon le mot visé? Voyons d’abord ce que mon plus récent Nouveau Petit Robert (NPR 2010) prescrit comme prononciation :

  • Dans bien des cas, le œ se prononce é; ce son, dans l’alphabet phonétique international, est indiqué par un [e] :  aller, blé, chez (e fermé).  Exemples :  assa-fœtida [asafetida],cœlacanthe [selakɑ̃t], cœliaque [seljak], monœcie [mɔnesi], myxœdème [miksedɛm], œnanthe [enɑ̃t], stœchiométrie [stekjɔmetʀi], fœtal [fetal], etc.
  • Mais ce n’est pas le seul son qui lui soit associé. On rencontre également :

[ɔ]          fort, donner, sol (o ouvert)       ex. : grœnendael [gʀɔ(n)ɛndal]

[œ]         peur, meuble                              ex. : œrsted [œʀstɛd]

[ø]         peu, deux                                     ex. : lœss [løs]; …

[ɛ]          merci, lait, fête (e ouvert)        ex. : œstrus [ɛstʀys].

Comme on peut le constater, prononcer des mots ainsi construits n’est pas chose facile. Il faut, encore et toujours, recourir à sa mémoire.

VARIANTES PHONÉTIQUES

Il arrive même que le NPR 2010 associe, à un même mot, deux prononciations (donc deux transcriptions phonétiques). Par exemple : œdème [edɛm; ødɛm];  œdipe [edip; ødip]; œcuménique [ekymenik; øky-].

L’ordre de présentation de ces variantes phonétiques est-il porteur de sens? A-t-il la même signification que pour les variantes orthographiques, dont il a été question dans le billet précédent? Seuls les rares qui ont lu les fameuses pages liminaires du dictionnaire pourraient savoir de quoi il retourne. Faisant partie de ces rares, je peux vous dire qu’on n’y trouve pas de réponse claire à la question. Les variantes phonétiques seraient apparemment présentées de façon aléatoire. Je dis « apparemment », car je ne saurais prouver ce que j’avance. Mais je peux quand même, en lisant entre les lignes, me faire une idée. Par exemple, dans ces pages liminaires, j’ai lu :

Le Nouveau Petit Robert a fait l’objet d’une révision intégrale de la phonétique. Une comparaison avec le Petit Robert de 1967 et le Grand Robert permet d’évaluer le chemin parcouru tant sur le plan de l’évolution de la prononciation que sur celui des principes théoriques qui ont guidé notre travail. La comparaison nous a permis de constater que certains points du système phonétique français étaient stables et d’autres en mutation. De même que l’enrichissement du vocabulaire donne l’image d’une langue vivante, de même le réajustement de certaines prononciations selon l’usage actuel peut sensibiliser le lecteur du dictionnaire aux tendances évolutives des sons du français. (C’est moi qui souligne.)

Il est donc possible, en comparant les transcriptions phonétiques du Petit Robert 1967 ou encore celles du Grand Robert 1964 avec celles du NPR 2010, de voir l’évolution de la prononciation des mots, celles du NPR 2010 se voulant le reflet de l’usage actuel. (1)

Deux questions me viennent alors à l’esprit : L’usage actuel de qui? et Depuis quand ces variantes phonétiques existent-elles?

L’usage actuel de qui?

Les pages liminaires du NPR nous fournissent la réponse :

Dans le cas de réalisations phonétiques multiples, nous avons choisi de noter une seule des variantes possibles, de préférence la plus conforme à la prononciation récente des locuteurs urbains éduqués d’Île-de-France et de régions voisines, en espérant ne pas choquer les utilisateurs d’usages plus anciens, ruraux ou de régions où subsiste soit un bilinguisme, soit l’influence d’une autre langue ou de dialectes (par ex. Occitanie, Bretagne, Alsace…).

Pourquoi craint-on de choquer les utilisateurs d’autres prononciations? Serait-ce parce qu’on veut que la prononciation présentée SOIT la vraie, l’unique façon de prononcer tel ou tel mot? N’y aurait-il donc que les gens de l’Île-de-France et des environs qui sachent prononcer correctement les mots français? Et tous les autres francophones devraient impérativement les imiter? Euh…

Depuis quand ces variantes phonétiques existent-elles?

Par exemple, le mot œdème s’est-il toujours prononcé de deux façons, à savoir [edɛm] et [ødɛm]? Si non, depuis quand cela est-il possible? Pour le savoir, j’ai consulté différentes éditions du Robert : Grand Robert (ou GR) (1964; 1986; 1990), Petit Robert (ou PR) (1967-1992); Nouveau Petit Robert (ou NPR) (1993-2010). Et j’ai comparé les variantes phonétiques consignées.

Œdème

GR    (1964)                                                        [edɛm]

PR     (1967 → 1992)                                         [edɛm]

GR     (1986)                                                       [ødɛm; edɛm]

GR    (1990)                                                        [ødɛm; edɛm]

NPR  (1993→2010)                                           [edɛm; ødɛm]

Ma curiosité venait d’être piquée par ce que j’y avais trouvé. J’ai décidé d’en faire autant pour d’autres mots. Je voulais savoir si cette valse dans la présentation des variantes phonétiques répondait à une certaine logique. Voici donc quelques résultats :

Œdipe

GR    (1964)                                                        [edip]

PR     (1967 → 1992)                                         [edip]

GR     (1986)                                                       [edip; ødip]

GR     (1990)                                                       [edip; ødip]

NPR  (1993→2010)                                          [edip; ødip]

Œcuménique

GR  (1964)                                                          [ekymenik]

PR   (1967 → 1992)                                           [ekymenik]

GR   (1986)                                                         [ekymenik]

GR   (1990)                                                         [ekymenik]

NPR (1993-2010)                                             [ekymenik; økymenik]

Œstrus

GR   (1964)                                                         nil

PR    (1967-1992)                                              [ɛstʀys]

GR    (1986)                                                        [østRys; ɛstRys] n. m.

GR    (1990)                                                        [ɛstʀys]

NPR  (1993-2010)                                            [ɛstʀys]

L’examen de ces données met au jour plus d’un phénomène inattendu. Prenons le cas de œdème. On l’a toujours prononcé [edɛm] i.e. édème. Puis en 1986, le Grand Robert nous fournit la variante phonétique [ødɛm] ou eudème, qu’il met en première place : [ødɛm; edɛm]. Malgré ce que le GR fait, le Petit Robert, lui, persiste à n’afficher qu’une seule transcription : [edɛm]. Il faudra attendre 7 ans, c’est-à-dire la publication du premier Nouveau Petit Robert, en 1993, pour voir se pointer la variante. Non seulement le NPR a-t-il tardé à l’afficher, mais il la présente dans l’ordre inverse : [edɛm; ødɛm]! Même si le NPR nous présente, et ce, depuis 1993, les deux transcriptions phonétiques, [edɛm; ødɛm], le dérivé myxœdème [miksedɛm] n’a, lui, jamais subi de modification. Sa prononciation n’a pas évolué! Allez savoir pourquoi…

Dans le cas de Œdipe, la variante phonétique, apparue dans le Grand Robert 1986, est présentée dans le même ordre. Pourquoi ici dans le même ordre et dans l’ordre inverse pour œdème? Le NPR se comporte comme un ado rebelle, qui veut faire à sa tête, qui veut prouver à son aîné qu’il est capable de penser par lui-même.

Avec œcuménique, on observe un phénomène différent. Le NPR présente une variante phonétique que le Grand Robert ne reconnaît pas. Est-ce encore une réaction d’ado? Ou y aurait-il eu changement entre 1990 (date de publication du GR) et 1993 (date de publication du premier NPR)? À remarquer que le NPR présente la variante en deuxième place [ekymenik; økymenik], comme pour ødɛm.

Dans le cas de œstrus, mot absent du Grand Robert (1964), la variante phonétique que nous donne l’édition de 1986 n’a pas vécu longtemps. Quatre ans plus tard, i.e. en 1990, la variante disparaît. On ne trouve plus dans le GR qu’une seule transcription : [ɛstʀys]. Comment expliquer cette apparition et cette disparition? L’usage aurait-il changé en aussi peu de temps? Euh… Se serait-on leurré sur l’usage? Euh…

Bref, la « bonne » prononciation de la ligature œ, suivie d’une voyelle ou d’une consonne, est affaire de mémoire. Je ne peux que plaindre l’allophone qui désire apprendre le français. Il a du pain sur la planche. Et quand il aura maîtrisé toutes ces bizarreries, il affichera un air gourmé.  Il pourra alors prétendre qu’il maîtrise le français, alors que, dans les faits, il est surtout maître de toutes ses incongruités.

Faut-il croire mordicus à ce que son dictionnaire dit? Certains n’en démordent pas; pour eux, le dictionnaire, c’est la bible. Pour d’autres, il en est autrement. Et là, je ne parle pas de moi – j’ai déjà abordé ce sujet dans L’Actualité langagière (2) – mais bien de l’Académie française elle-même, qui, sous la plume de son secrétaire perpétuel,  disait, dans la Préface de la 7e éd. de son dictionnaire :

De bonnes leçons et de bons exemples, c’est tout ce que l’on pouvait raisonnablement demander à l’Académie, et ce que l’Académie n’a jamais refusé. Il ne lui appartenait pas de traiter la langue en sujette; contre une pareille prétention la révolte eût été générale. L’Académie n’a fait qu’un dictionnaire, et un dictionnaire est le moins impérieux des maîtres; s’y soumet qui veut. S’il se fait obéir c’est en obéissant tout le premier, quoique avec mesure et discrétion. Il n’invente pas, il choisit; il cède beaucoup au public pour que le public lui cède quelque chose. (C’est moi qui souligne.)

Alors faut-il faire comme le secrétaire perpétuel nous y invite, i.e. ne nous soumettre au dictionnaire uniquement si le cœur nous en dit? Je vous laisse ruminer cette possibilité.

Après avoir fait le tour de la question du œ, je dois reconnaître que la réponse faite à mon petit-fils, Laurent, ne pouvait être autre. C’est bien, malheureusement, « parce que c’est comme ça ».

MAURICE ROULEAU

(1)  Quiconque serait tenté de consulter un dictionnaire de difficultés (le Thomas, le Colin, le Girodet, le Péchoin & Dauphin, ou encore le Hanse/Blampain) pour y voir plus clair sera décu. Leurs rédacteurs n’ont pas tous copié les uns sur les autres.

(2)  Mon rapport au dictionnaire : http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2guides/guides/chroniq/index-fra.html?lang=fra&lettr=indx_autr8O-Cww1W6Hm8&page=9Kp62z2iWFR4.html#zz8O-Cww1W6Hm8

http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2guides/guides/chroniq/index-fra.html?lang=fra&lettr=indx_autr8O-Cww1W6Hm8&page=9KPMmz2iWFR4.html#zz8O-Cww1W6Hm8

PROCHAIN BILLET

La distinction que certains font entre continuer à et continuer de a-t-elle sa raison d’être? Comment expliquer qu’un auteur utilise les deux? C’est ce que nous allons essayer de clarifier.

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15 commentaires pour Œuf, cœur, moelle… (3 de 3)

  1. Martin dit :

    Bonjour,
    Je ne sais si cela peut vous apporter quelque chose mais nous trouvons en latin 82 mots, essentiellement des noms propres, débutant avec la ligature Œ, ce qu’on m’a appris en ces termes « le e dans l’o ». Tous ces mots proviennent du grec.
    La langue latine n’aime pas beaucoup les diphtongues comme on l’a vu avec la transformation de l’archaïque mOErus en mUrus.
    A propos du mot foetus, le latin a les 2 graphies, foetus et fetus mais la dernière est de loin la plus appropriée, la forme fOEtus provenant vraisemblablement d’une erreur de transcription. Fetus désigne en latin la grossesse, la portée, l’action de mettre bas puis est devenu par métonymie, le petit d’un animal.
    Le dictionnaire étymologique de la langue latine d’Alfred Ernout, qui est une référence, ne cite même pas la graphie foetus. Les autres dictionnaires comme le Gaffiot ou le Forcellini citent la graphie foetus mais en renvoyant à fetus où le mot se trouve décrit.

    • rouleaum dit :

      Loin de moi l’idée de vous contestez. Je ne suis pas latiniste, mais biochimiste.
      Il est vrai que des mots latins qui s’écrivaient avec un œ l’ont perdu. Je pense à cœna qui est devenu, toujours en latin, cena. Et il serait facile d’en trouver d’autres.

      Le latin peut ne pas aimer l’e dans l’o, mais il s’en sert quand même. Et il ne l’a pas toujours transformé. Dans mon petit dictionnaire latin-français, j’y trouve : œnothera, œnophorum. J’y trouve aussi œstrus, stœchologia, fœdus, fœdo, as, are, fœtor. Et bien d’autres.

      Ce qui m’intrigue, ce n’est pas tant le nombre de mots affichant cette ligature que le passage du oi grec à un œ latin. Mais je n’en fais pas d’insomnie.

  2. Martin dit :

    Je vais devoir changer de lunettes car j’ai beau me relire je ne vois pas où j’ai prétendu que le latin n’avait pas de mots utilisant la ligature œ ou que cette ligature avait totalement disparu. J’ai même précisé que 82 mots débutaient avec cette ligature. J’ai parlé du mot fœtus ou fetus car vous le citez sur cette même page.
    Puisque ce troisième volet de votre billet est consacré à la prononciation, je désirais simplement apporter peut-être quelque précision à ce sujet, concernant le latin. Si cette prononciation a connu plusieurs variantes, elles sont toutes d’accord sur un point : pas de e muet et le e a toujours le son é, qu’il soit final ou pas (bene se lit béné).
    Concernant ae ou oe, il y eut, en particulier en France une tradition faisant abstraction de la voyelle autre que le e, c’est-à-dire que vae se prononçait « vé » et poena, « péna ».
    Si maintenant on désire se rapprocher d’un latin plus classique, il est d’usage de se conformer à la prononciation de l’âge d’or de la littérature latine, à savoir le Ier siècle avant JC.
    Dans ce cas on FAIT ENTENDRE chaque lettre. Ainsi vae se dit « va-é » et poena se lit « po-é-na ».

  3. Martin dit :

    Ce que j’avais simplement voulu dire c’est que hormis les mots empruntés du grec tels que « mœchia » (adultère, concubinage), les mots latins se servant de la ligature « œ » sont en très grande majorité des formes ARCHAïQUES que la langue a rapidement remplacées.
    Je pourrai à l’occasion faire le compte de tous ces mots. Ce « oe » a évolué en « u » (prononcé « ou »)
    comme par exemple avec « moenera » devenu munera, « mœnire » devenu monire, « mœnimentum » devenu munimentum, « mœrus » devenu murus etc…

  4. Martin dit :

    Une petite précision concernant la prononciation par les latins de mots issus du grec .
    Par exemple ne possédant pas la diphtongue « ei », les Romains la remplaçaient tantôt par un e, tantôt par un i mais en ayant cette voyelle longue comme par exemple dans Iphigenia (le 2e « i » est long), Darius (i long), ou encore l’adjectif Pythagoreus avec un e long.
    Toujours à propos des mots grecs, les particularités de déclinaisons sont le plus ouvent conservées chez les poètes (exemple Delos faisant à l’accusatif Delon pour Delum) mais Cicéron lui-même s’est efforcé de « latiniser » les mots les plus courants.
    Il préférait ainsi dire grammatica ou musica, plutôt que de conserver le e en disant grammatice et musice. De même pour les noms propres comme Creta et Penelopa alors que la forme existait en e (Crete et Penelope).

  5. Martin dit :

    A propos du passage du oi grec au œ latin, on peut dire ceci : la diphtongue grecque a tout d’abord été rendue par oi, qu’on trouve par exemple dans Troia (Troie).
    Elle a ensuite été rendue par oe qu’on trouve dans Phoebus ou dans Croesus (Crésus).
    Il en fut de même pour la diphtongue ai qui devint ae.
    Par la suite, comme on l’a dit, le oe se transforma très souvent en u.

  6. Martin dit :

    Alors comme je sens M. Rouleau me dire : « Oui mais çà n’explique pas le passage de oi à oe », je devance sa phrase à appelant Quintilien et les anciens grammairiens à la rescousse.
    Ils nous font savoir que le ‘i’ et le ‘e’ étaient très voisins dans leur prononciation.
    A tel point que bon nombre de mots latins ont hésité entre les deux lettres, exemple avec les adverbes here et heri (hier), vespere et vesperi (le soir), luce et luci (ablatif de lux, lumière), etc…

  7. Martin dit :

    Je reprécise que le ‘e’ se disait ‘é’ et pour ajouter un exemple supplémentaire à propos des mots hésitant entre le « i » et le « e » je citerai les datif et ablatif pluriel du mot deus (dieu) qui pouvaient prendre 3 formes, à savoir, deis, diis ou dis.

  8. Martin dit :

    Je tombe sur un texte de Chansselle (1843) qui corrobore ce que nous avons vu mais y apporte également quelque précision intéressante. Je me permets donc de vous citer ici un extrait en rapport avec les diphtongues latines.

    « Les vraies diphtongues latines sont ai, au, ei, oi, ou. Mais plusieurs même en se modifiant ont disparu; c’est ainsi que dans ai et oi, la substition de e à i, jugé trop sonore, a formé ae, oe puis æ et œ et même cette dernière a été dans le plus grand nombre de cas remplacée par u (cœra, cura).

    Le latin, obéissant à son aversion pour les diphtongues, dont le système est par suite incomplet et irrégulier, préfère souvent les remplacer par les voyelles simples qu’il se contente d’allonger en les conservant » .

  9. LMMRM dit :

    Excellente série de trois articles bien documentés sur l’« œ ».

  10. LG dit :

    Quelqu’un peut m’expliquer l’évolution phonétique du mot « nœud »? Merci beaucoup!

    • rouleaum dit :

      J’aimerais saisir le sens exact de votre question. J’y comprends que noeud se serait autrefois prononcé différemment et que vous voudriez savoir pourquoi elle a été modifiée. Est-ce bien le sens de votre question?

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