Continuer À / Continuer DE (1 de 2)

 Quand utiliser À?  Quand utiliser DE?   

(1)

 

En lisant L’Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafόn (traduction de La sombra del viento, 2001), je  suis tombé sur le passage suivant, qui m’a interpellé :

Nous nous mariâmes, Bea et moi, deux mois plus tard à l’église de Santa Ana. M. Aguilar, qui ne me parlait encore que par monosyllabes et continuera DE le faire jusqu’à la fin des temps, m’avait accordé la main de sa fille devant l’impossibilité d’obtenir ma tête sur un plateau. Sa fureur l’avait quitté avec la disparition de Bea, et il semblait vivre désormais dans un état d’alarme perpétuelle, résigné à avoir un petit-fils qui m’appellerait papa et à perdre, volée par la vie à cause d’un individu sans vergogne réchappé d’une fusillade, la fille que, malgré ses lunettes, il continuait À voir comme au jour de sa première communion et pas un de plus.

J’avais noté, en cours de lecture, qu’après continuer – tout comme après commencer – le traducteur avait utilisé tantôt à, tantôt de. Jusque-là, rien d’anormal. Il ne faisait que respecter ce que Grevisse (Le Bon Usage, 1980, # 1857) m’a appris : « Un certain nombre de verbes construisent l’infinitif complément avec à ou de indifféremment : c’est l’oreille qui décide. Tels sont commencer, continuer… » Comme ces deux constructions sont dites interchangeables, je n’avais aucune raison d’être étonné. Pourtant je l’étais. Rencontrer ces deux constructions à quelques lignes d’intervalle ne m’était jamais arrivé auparavant! Il y a un début à tout, me direz-vous!

Pourquoi donc le traducteur était-il passé, dans ce paragraphe, de continuer de à continuer à? Était-ce un choix arbitraire ou réfléchi?

Serait-ce une question d’oreille, d’euphonie? Pour le savoir, j’ai interchangé (1) les prépositions et observé ce que mon oreille en disait :

  • M. Aguilar, qui ne me parlait encore que par monosyllabes et continuera À le faire jusqu’à la fin des temps, m’avait accordé la main de sa fille… 
  • à perdre […] la fille que, malgré ses lunettes, il continuait DE voir comme au jour de sa première communion et pas un de plus.

À la lecture de ces deux phrases – à voix haute évidemment –, mon oreille ne souffre pas; elle s’accommode très bien du changement. Continuera À ou continuera DE me semblent être du pareil au même. Tout comme, dans la deuxième phrase, continuait DE ou continuait À. Certaines oreilles délicates pourraient invoquer, dans continuera à, la présence de deux a consécutifs à l’appui de leur penchant pour le de. Serait-ce ce qui a motivé le traducteur dans ce cas-ci? A-t-il voulu éviter l’hiatus qu’aurait occasionné l’utilisation du À?

Si tel est le cas, le traducteur n’a fait que s’aligner sur ce que certains dictionnaires de difficultés avancent :

  1. Le Colin (collection Les Usuels du Robert) : « Elle continua DE me regarder quelques instants (Gide) et Quand elle s’arrêta, l’ombre lumineuse du tilleul continua de flotter sur le mur (Bernanos). Dans les deux derniers exemples, de permet d’éviter l’hiatus continua À. » 
  2.  Le Girodet (Bordas) : « Continuer de permet d’éviter l’hiatus : il continua D’aller mieux. On évitera Il continua À aller mieux. Inversement, on emploiera continuer À devant un verbe commençant par de- : Ils continuaient À deviser joyeusement (plutôt que Ils continuaient DE deviser…). » 
  3. Le Péchoin & Dauphin (Larousse): « Ainsi dit-on plutôt je continue D’avancer, pour éviter le hiatus À avancer, mais je continue À demander, pour éviter le redoublement DE demander. » (2)

Il me semble entendre les régents clamer en chœur :

« Cachez ce hiatus que je ne saurais ouïr,

Par de pareils objets, mon oreille est blessée,

Et cela fait venir de pénibles nausées. » (3)

Le hiatus en question blesse-t-il à ce point l’oreille de tout bon entendant? Si oui, je n’en suis pas. Qu’a donc de si offensant  Il continua à me regarder (Gide n’aurait apparemment pas osé l’écrire) que n’a pas Il parlera à ses amis (ou il m’aida à réparer la porte), pour que le premier soit critiqué et le second accepté dans l’indifférence générale? Les deux a qui se suivent sont assez différents phonétiquement parlant pour que mon oreille n’ait pas l’impression d’entendre parler un bègue. Invoquer l’euphonie pour décrier une telle construction me semble, à moi du moins, un peu forcé. Et je pourrais continuer… (sans vilain jeu de mot). Qu’a donc de si choquant Ils continuaient de deviser… (Girodet se refuse à l’écrire) que n’a pas Il acceptait de demander à son ami, pour que le premier soit décrié et le second accepté sans mot dire? N’y a-t-il pas, là aussi, exagération, ou hypersensibilité de l’oreille?

Si jamais le traducteur de La sombra del viento pensait comme moi, son choix des prépositions ne serait aucunement conditionné par un besoin d’euphonie. Alors… quoi d’autre pourrait-il invoquer pour se justifier?

Serait-ce l’attribution d’un sens particulier à chacune de ces constructions?

Si tel est le cas, tout dictionnaire de langue devrait en faire mention. Si non, de deux choses l’une : ou bien il n’y a jamais eu de différence, ou bien elle n’est plus actuelle. Voyons donc ce que nous disent les deux dictionnaires de langue les plus courants : Le Nouveau Petit Robert 2001 et Le Petit Larousse 2000. J’ai choisi le NPR 2001 et non celui de 2010, parce qu’une comparaison ne vaut que si l’on compare des comparables – et je n’ai que ce Petit Larousse sous la main. C’est donc l’usage consigné au tournant du XXIe s. que reflètent ces ouvrages.

  •  NPR 2001  V. trans. ind. Continuer à, continuer de (et inf.). Continuer À parler, DE parler.
  • Petit Lar. 2000   V. intrans. (4) Persister dans une manière d’être; répéter une même action. Continuer À mentir, ou litt. Continuer DE mentir.

Le Larousse est le seul à utiliser une marque d’usage (litt.). Serait-ce que le NPR attribue à cette marque un sens différent? Il est difficile de répondre par la négative, car les deux acceptions sont très voisines. Dans Le Petit Larousse, litt. est attribué à un « mot que l’on rencontre surtout dans les textes écrits »; dans le NPR, littér. « désigne un mot qui n’est pas d’usage familier, qui s’emploie surtout dans la langue écrite élégante. Ce mot a généralement des synonymes d’emploi plus courant ». Est-ce que le fait de qualifier la langue écrite d’élégante est suffisant pour interdire l’emploi de la marque d’usage littér. dans le cas qui nous intéresse? Euh… Le silence du NPR sur l’emploi particulier des prépositions À ou DE après continuer signifie-t-il que cette distinction n’a plus sa raison d’être, qu’elle n’est plus actuelle? Je le parierais. À peu de chose près, on peut dire que les deux dictionnaires de langue s’accordent.  En passant, je me demande ce qui amène les gens à utiliser à l’’écrit continuer de, mais à l’oral continuer à (Larousse dixit).

Qu’en disent les dictionnaires des difficultés du français? Si difficulté il y a, ils devraient, à coup sûr, en faire mention. Voyons ce qu’il en est.

Dans deux de ces dictionnaires, le Colin 1994 ou 2006 (coll. Les usuels, du Robert) et le Hanse-Blampain 2000, on ne fait mention d’aucune différence d’emploi. Dans le premier, « C’est l’oreille ou le goût personnel de chacun qui choisit entre continuer À et continuer DE … »; dans le second : « À ou DE devant un infinitif; on a le choix. » Donc, si différence il y avait, différence il n’y a plus!

Dans d’autres dictionnaires du même genre, le Thomas 1956 ou 2007 (Larousse),  le Girodet 1988 ou 2008 (Bordas), le Péchoin & Dauphin  2001 (successeur du Thomas), on fait mention d’une différence, mais chacun d’eux la formule différemment. – De plus, c’est l’oreille qui, d’après ces dictionnaires, auraient le dernier mot (5).

1.    Le Thomas recourt non pas à l’indicatif, mais au conditionnel, comme s’il laissait planer un doute sur la réalité de ce qu’il avance :

Continuer À indiquerait la persistance dans un acte commencé (continuer à boire, continuer à chanter) et continuer DE, la persistance dans une manière de se conduire ou signifierait « ne pas cesser » (Cet homme continue de boire. La rivière continue de couler.)

2.    Le Girodet reconnaît l’existence d’une nuance, mais en théorie seulement.  

En principe, continuer À signifie « prolonger l’exécution d’un acte commencé » ou « persister à être dans un état : « Continuer à travailler ainsi pendant six mois et vous serez prêt pour le baccalauréat ». Continuer DE signifie « faire une action, être dans un état sans qu’il y ait interruption » : « Pendant des siècles, le paysan français continua de vivre attaché à la glèbe. »

3.    Le Péchoin & Dauphin, lui, recourt à l’indicatif, mode qui « situe l’action sur le plan des faits constatés et affirmés ».

 Une nuance de sens sépare ces deux constructions.

1-Continuer À se dit lorsque l’action commencée se prolonge ou que l’état précédent persiste : ils ont continué à parler sans s’occuper de moi.

2-Continuer DE se dit pour insister sur l’absence d’interruption dans une action ou sur la permanence d’un état pendant une période donnée : ils ont continué de l’aider jusqu’à la fin de leur vie.

Ces trois dictionnaires reconnaissent l’existence d’une différence, mais l’affirment en y mettant des gants. Si l’on admet qu’elle existe et que l’on veuille à tout prix en tenir compte, il faudrait que ces trois ouvrages s’entendent sur la nature de cette différence. Si non, comment employer judicieusement ces deux constructions? C’est là que la situation se complique, car dégager de ces trois dictionnaires une notion claire n’est pas chose aisée.

En première approximation, on pourrait penser que :

  • continuer À se dit s’il y a persistance d’une action commencée (l’action est faite sans interruption; on ne cesse pas de faire ce qu’on est en train de faire);
  • continuer DE se dit s’il y a persistance d’une habitude (l’action est faite avec interruption, elle est reprise de temps à autre).

Mais tel n’est pas le cas. Il y a, dans la formulation de chacun de ces dictionnaires, un élément qui ne concorde pas avec cette vision.

  •  Dans le Thomas, le fait de « ne pas cesser » commande tantôt le À, tantôt le DE. Est-ce que l’emploi du à ne vaudrait que si le sujet du verbe est une personne? Ou inversement, celui du de, si le sujet est une chose (la rivière continue de couler)? Qui sait?
  • Dans le Girodet, « persister à être dans un état » commande tantôt le À, tantôt le DE. Quelle différence faut-il voir entre « Continuer à travailler ainsi pendant six mois et vous serez prêt pour le baccalauréat » et « Pendant des siècles, le paysan français continua de vivre attaché à la glèbe »? Serait-ce une question de temps? Six mois vs des siècles? Euh… Dans les deux cas, il s’agit d’un acte qui est repris à intervalles plus ou moins réguliers.
  • Dans le Péchoin & Dauphin, « ne pas cesser une action » commande tantôt le À, tantôt le DE. Comment peut-on parler d’ « absence d’interruption de l’action » dans la phrase : ils ont continué de l’aider jusqu’à la fin de leur vie?

De toute évidence, la notion n’est pas très bien campée. Il n’y a donc pas à s’étonner que l’on ne fasse plus de distinction entre continuer à et continuer de. Les régents qui admettent une différence n’arrivent pas à bien cerner la notion. Ou à la bien formuler.

Mais cela n’empêchera pas quelqu’un d’y recourir à l’occasion. Si le cœur lui en dit (6). Mais le cas échéant, rien ne dit que le lecteur saisira la différence que l’auteur veut bien y mettre. Serait-ce le cas du traducteur de La sombra del viento? Voyons ce qu’il en est.

Dans les deux phrases originales en question :

  1. M. Aguilar, qui ne me parlait encore que par monosyllabes et continuera DE le faire jusqu’à la fin des temps, […]
  2. et à perdre […] la fille que, malgré ses lunettes, il continuait À voir comme au jour de sa première communion et pas un de plus.

 continuer signifie persévérer dans une habitude. Pour traduire cette idée, le traducteur recourt tantôt à la préposition à, tantôt à la préposition de. Aurait-il employé un de dans la première phrase pour éviter l’hiatus que causerait l’utilisation d’un à? Pourquoi a-t-il utilisé un À dans la seconde phrase, quand, pour indiquer la persistance dans une habitude, c’est le DE que les régents recommandent? Difficile à dire, avec seulement deux phrases. En voici donc quatre autres, tirés du même ouvrage :

  1.  L’écho des coups s’abattant sur Fermin continuait de me marteler les oreilles. (p. 383)
  2.  C’est ainsi que, plaisir ou faiblesse, Sophie continuait à jouer avec les sentiments du chapelier… (p. 504)
  3.  Francisco Javier Fumero était entré dans la Brigade criminelle où il y avait toujours un emploi pour un personnel qualifié capable d’affronter les affaires les plus difficiles et les plus ingrates, où la discrétion était de rigueur pour que les gens respectables puissent continuer de vivre avec leurs illusions. (p. 513)
  4.  Il m’emmenait faire du lèche-vitrines dans la rue Fernando, puis nous rentrions à la maison où il continuait de travailler jusqu’à minuit passé. (p. 519)

Comment expliqueriez-vous son choix des prépositions? Par l’euphonie? Par le sens?  À moins que ce ne soit simplement par goût personnel, comme le suggère le Colin. Qui sait ?

À SUIVRE

Maurice Rouleau

 (1)   Interchanger n’a jamais eu droit de cité dans le Robert. Mais on le trouve dans le Larousse en ligne. Donc, point besoin de le guillemeter, comme s’il s’agissait d’un usage personnel.

(2)  Je serais curieux de voir ce que le Péchoin & Dauphin aurait à proposer si la phrase était Il continuera à demander. Éviter le hiatus causé par le à en crée un autre causé par le de! Un terrible dilemme, n’est-ce pas? Presque cornélien, je dirais.

(3) Vous aurez reconnu, sous ce pastiche, la réplique de Tartuffe, dans la pièce du même nom, de Molière (Acte III, Scène ii) :

Couvrez ce sein que je ne saurais voir;
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

(4)   Les notions de v. intrans. et de v. trans. ind. semblent poser quelques problèmes aux rédacteurs d’un des deux dictionnaires, du moins en ce qui concerne continuer à/de. Comment expliquer que le NPR le donne trans. ind. et le Petit Larousse  intransitif? Lequel a raison, lequel dois-je croire?…

(5)   Le Thomas : « En fait, c’est surtout l’oreille qui guide dans l’emploi de ces prépositions… »

Le Girodet : « Dans la pratique, continuer à est plus fréquent surtout dans la langue parlée et familière. »

Le Péchoin & Dauphin : « Cette nuance n’est guère perceptible qu’à l’écrit et dans le registre soutenu. À l’oral et dans le registre courant, c’est surtout l’oreille qui guide le choix de la préposition. »

(6)    Il en est de même pour l’emploi des prépositions durant et pendant. Elles sont aujourd’hui dites synonymes. Le Hanse-Blampain explique fort bien la différence qui a déjà existé : « L’étymologie permet certes d’opposer durant, réservé à l’expression de la durée entière, à pendant, qui ne concerne qu’un laps de ce temps: Il est resté debout durant la cérémonie. Il est sorti pendant la cérémonie. Mais cette distinction est généralement abandonnée au profit de pendant. Il s’est relevé pendant la nuit. Pendant (ou durant) la journée peut vouloir dire pendant toute la journée ou à un moment de la journée. Syn.: pendant » (C’est moi qui souligne.)

Même si c’est pendant qui gagne en popularité, rien n’empêche d’utiliser durant et de lui attribuer le sens que cette préposition avait, si l’on juge que la clarté du texte l’exige. C’est ce que je fais, sans toutefois m’illusionner sur mes chances de succès. Le lecteur n’y verrait fort probablement que du feu.

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Prochain billet

Bientôt je retracerai le chemin parcouru par continuer à et continuer de depuis le début du XVIIe siècle.  Je voulais y voir clair, car, à lire certaines sources, je m’y perdais, j’avais l’impression de n’y rien comprendre. Vous verrez que je n’avais pas tout à fait tort. La vie de ces constructions rappelle celle d’une diva : elle a eu des hauts et des bas.

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12 commentaires pour Continuer À / Continuer DE (1 de 2)

  1. Martin dit :

    Si vous me permettez de faire le parralèle avec le latin, on peut dire déjà que le verbe continuare n’était pas vraiment employé dans le sens de notre continuer. Son premier sens étant mettre à la suite, faire succéder immédiatement.
    Il impliquait par contre la notion de continuer sans interruption, par exemple des pertes continuant, arrivant coup sur coup lors d’une bataille. Sinon le latin employait le verbe pergere lorsqu’il disait par exemple : « continue à nous parler de César » mais on trouvera aussi « continue donc de m’expliquer ces quatre parties du discours ».
    On trouve encore des phrases que nous traduisons tantôt avec « à » et tantôt avec « de » comme dans : « Il continue de me décrier » ou « ils continuent à combattre ».
    On peut également utiliser le verbe perseverare qui a le sens de continuer obstinément et qui admet l’accusatif (le COD) comme dans : « Il continua ce qu’il avait entrepris », ou la proposition infinitive comme dans « il continuait à leur faire la guerre ».

  2. Antoine Mercier dit :

    Une fois de plus, un article aussi riche et fouillé que subtil, et il répond à une question que je me suis posée maintes fois.
    Une chose m’a interloqué: le verbe ‘déviser’, que vous utilisez plusieurs fois comme dans:
    Le Girodet (Bordas) : « Continuer de permet d’éviter l’hiatus : il continua D’aller mieux. On évitera Il continua À aller mieux. Inversement, on emploiera continuer À devant un verbe commençant par de- : Ils continuaient À déviser joyeusement (plutôt que Ils continuaient DE déviser…). »
    Je me suis retrouvé comme un alpiniste qui dévisse en pleine ascension…! S’agit-il d’une particularité de la Belle Province? Ou est-ce une malice du correcteur automatique?

    Antoine Mercier

    PS – J’adore deviser des caprices de la langue française avec vous…

    • rouleaum dit :

      Vous avez tout à fait raison.

      Je ne peux même pas invoquer le correcteur automatique. J’en suis le seul et unique responsable.

      Je corrige sur-le-champ.

      Merci de votre vigilance.

  3. Jean-Paul Deshayes dit :

    Très intéressant.
    Je note les occurrences concurrentes de « l’hiatus » et « le hiatus ».
    Le « h » de « hiatus » étant muet, seule la forme « l’hiatus » est correcte.
    Idem pour « cet hiatus » (comme « cet hôpital ») et non « ce hiatus » dans le pastiche des vers de Molière.

    Cordialement
    Jean-Paul Deshayes

    • rouleaum dit :

      Vous avez raison, mais je n’ai pas tort.

      Il est vrai que dans, le DAF 8e éd. (1932-5), le h de hiatus est aspiré.

      Il est également vrai que, dans le dictionnaire Robert, le h de hiatus est donné comme aspiré ou muet, et cela, depuis la toute première édition du Petit Robert (1967)

      Voici ce que je donne le NPR 2010 à l’entrée hiatus :  » Ling. Rencontre de deux voyelles, de deux éléments vocaliques, soit à l’intérieur d’un mot (ex. aérer, géant), soit entre deux mots énoncés sans pause (ex. tu as eu). L’hiatus, le hiatus. »

      Qui faut-il croire, direz-vous? Je ne saurais dire.

  4. Jean-Paul Deshayes dit :

    Dictionnaire de l’Académie française, 8th Edition (1932-5)
    hiatus

    HIATUS. (On prononce l’S.) n. m. Terme emprunté du latin. Ouverture de la bouche produite par la rencontre, par la succession immédiate de deux voyelles sonores. Il désigne particulièrement la Rencontre de deux voyelles dont l’une finit un mot et dont l’autre commence le mot suivant. Les hiatus font souvent un mauvais effet dans la prose. Cet hiatus blesse l’oreille. L’hiatus d’un mot à un autre a été interdit dans notre poésie par Malherbe.

  5. Jean-Paul Deshayes dit :

    Je viens de lire votre excellent article « La langue et Pavlov ». Ces aberrations/ inconséquences/ singularités, etc. de notre langue s’inscrivent dans une évolution historique tout à fait passionnante. Vouloir les rayer, les abolir, les lisser afin que la langue soit plus facile, plus « logique » ne me semble pas forcément souhaitable. La modernisation du français est tout aussi incohérente : un facteur, une factrice (quel mot horrible), alors un docteur, une doctrice ? Un chanteur, une chanteuse. Alors un docteur, une docteuse ? Une cantatrice, alors un cantateur ? On pourrait multiplier les exemples, anciens ou modernes, pluriels étonnants : un cheval/chevaux un festival/festivals, etc.
    En anglais, la prononciation de « ough » est un casse-tête pour ceux qui apprennent cette langue « rough/through/though/thorough » etc. mais on ne songerait pas à imposer le même phonème.
    Parons cela du joli et nullement normatif qualificatif de « coquetteries. »

  6. Martin dit :

    Pour apporter une précision à propos du mot « hiatus ». La racine primitive « hi » faisait référence à quelque chose d’ouvert, ce qui a donné le verbe hio, hias, hiare en latin dont le sens est s’ouvrir et par extension ouvrir la bouche, bailler.
    Quintilien et Cicéron employaient déjà ce mot dans le sens que nous lui connaissons pour indiquer la rencontre de deux voyelles et bon nombre de mots en latin ont subi une altération dans leur déclinaison uniquement pour éviter ce hiatus.

  7. Martin dit :

    J’ai omis de préciser pour le non latiniste que le mot hiatus est bien un mot 100% latin. Il a été formé sur le supin du verbe hiare (hiatum). Pour éviter le hiatus, on rajoutait souvent une consonne, par exemple pour les mots au nominatif terminé d’une voyelle.
    Les latins n’aimaient pas du tout le hiatus et le participe présent hians, ntis avait d’ailleurs le sens de décousu, sans suite à propos d’un discours ou du style.

  8. Martin dit :

    Des mots français comme turbine ou l’adjectif léonin viennent en fait du hiatus ou plus exactement du fait qu’on en pas voulu. Par exemple leo (lion) s’est vu pourvu d’un « n » au génitif pour faire leo-n-is et éviter un leo-is. Idem pour le mot turbo qui a donné turbinis (avec transformation du i en o) pour éviter turbo-is etc…
    Ce qui prouve une fois de plus à quel point les Romains aimaient peu les diphtongues.

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