Adverbes en –ment (1 de 5)

Gaiement, Gaîment, Gaiment
Vraiement, vraîment, vraiment
Induement, indûment, indument

 

  •  Martin, dit l’institutrice, comment écris-tu le mot accès?
  •  A-x-è-s
  •  FAUX.  La bonne réponse est…
  • Vous ne m’avez pas demandé la bonne réponse, madame, vous m’avez demandé  comment, MOI, je l’écris

C’est mon tour, maintenant. Comment écririez-vous certains adverbes… en –ment? Le savoir, c’est maîtriser la graphie de près de 95 % des adverbes mis en entrées dans le Nouveau Petit Robert 2010 (NPR), à savoir 1264 sur un total de 1334!

Un adverbe, nous dit Grevisse (Bon Usage, 1980, #2026), « s’obtient en ajoutant le suffixe –ment au féminin de l’adjectif », que le féminin soit ou non différent du masculin : vague/vaguementbéat/béatEment; vif/viVEment, etc.

Pourquoi, vous demandez-vous, faut-il ajouter -ment au féminin plutôt qu’au masculin de l’adjectif? Grevisse (Bon Usage, 1980, # 2027) nous explique que ce suffixe, qui donne à l’adjectif sa forme adverbiale, vient du latin mens, mentis, nom féminin, et que l’adjectif s’accorde en conséquence : devota mente = dans un esprit dévot, d’une manière dévote. Simple, n’est-ce pas? J’irais même jusqu’à dire « presque un (ou presqu’un) jeu d’enfants.

Fort de cette connaissance, vous devriez pouvoir, sans difficulté et sans hésitation, remplacer, dans les cas que je vais vous proposer, le pointillé par l’adverbe approprié. Par mesure de sécurité, je vous conseillerais de vérifier ce que votre dictionnaire vous impose. Vous pourriez avoir des surprises. Celui qui me sert de référence, c’est le Nouveau Petit Robert (NPR 2010). Si pour vous c’est le Larousse, les surprises pourraient fort bien ne pas être les mêmes. Voyez ce qu’il en est.

  1. D’une manière hardie, avec hardiesse.          S’exposer … aux dangers.
  2. D’une manière infinie.                                       Dieu est … bon.

D’après la règle, les adverbes devraient être hardiement et infiniement. Mais tel n’est pas le cas. Ce sont hardiment et infiniment. Sans e! Où donc est le féminin dont nous parle la règle? Euh… Deux exceptions, direz-vous. C’en sont plutôt deux parmi tant d’autres. Il suffit de penser à étourdiment, impoliment, indéfiniment, joliment, poliment, quasiment, uniment, vraiment. Ces adverbes ne vous semblent-ils pas formés par ajout de –ment au masculin plutôt qu’au féminin de l’adjectif? On pourrait le penser. Mais si ce que la grammaire dit est vrai, il faut en conclure que ces adverbes ont perdu leur féminité au cours des ans. Vérification faite, ces adverbes se sont effectivement déjà écrits avec un e : hardiement, infiniement, estourdiement, joliement, vraiement… Mais, plus maintenant!

Pourquoi les écrit-on aujourd’hui sans e?

Jusqu’au XVIIe siècle, nous dit Grevisse (# 398 et #701), le e s’entendait à la fin des mots; on distinguait, par exemple, aïeul de aïeule, ou encore subtil de subtile. Aujourd’hui, ce e final ne se prononce plus. Alors… pourquoi ne pas l’enlever s’il est inutile? Aussitôt dit, aussitôt fait. C’est ainsi que seraient apparues les graphies hardiment, infiniment, etc. On a voulu que la prononciation et la graphie se correspondent. Bravo! On ne peut qu’applaudir à une telle initiative, que remercier les régents d’avoir voulu nous simplifier la vie (1). Mais ont-ils vraiment réussi leur coup? N’auraient-ils pas plutôt créé des exceptions  avec ces adverbes provenant d’adjectifs en i? Ces 12 adverbes, car il n’y en a que 12 dans le NPR, font ainsi bande à part. En passant, est-ce que tous les adjectifs en i font leur adverbe sans e? Presque, devrais-je répondre. Un seul se démarque : gai. Lui, on ne sait pourquoi, suit la règle générale : gaiement! Pourtant le e final de gaie ne se prononce pas plus que le e de hardie…. Il y a donc une exception aux exceptions! Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué? À noter qu’ici simple et compliqué ont une valeur adverbiale (de manière simple/de manière compliquée).

Poursuivons l’exercice.

  1. D’une manière prétendue.                 … mariés.
  2. D’une manière éperdue.                     Être … amoureux.

Les adverbes devraient être prétenduement et éperduement. Mais vous vous imaginez bien que ce n’est pas la bonne façon de les écrire. C’est prétendument et éperdument. Il n’y a pas, là non plus, trace de féminité. Pas plus d’ailleurs que dans absolument, ambigument, ingénument ou encore résolument. Ces adverbes ont eu, dans leur passé, une forme féminine : esperduement, absoluement, ambiguement, ingénuement, résoluement, etc., mais ils ont, tout comme ceux qui viennent d’adjectifs en i, perdu leur e, sans doute parce qu’il était inutile. Selon Vaugelas (p. 442-443), ce serait pour que le mot soit plus doux! Quelle que soit la véritable explication, on a, là aussi, voulu nous simplifier la vie. Curieuse façon, tout de même, que de le faire en augmentant le nombre d’exceptions!

               Feraient donc exception tous les adverbes issus d’adjectifs qui se terminent non seulement en i (sauf gaiement) mais aussi en u. Cela n’est toutefois vrai que si tous les adjectifs en u respectent cette particularité. Mais, est-ce bien le cas? Oui et non! Sur les 15 adverbes concernés, seuls les 6 adverbes mentionnés ci-dessus ont vraiment perdu leur e! Pour ce qui est des 9 autres, ils l’ont perdu sans vraiment le perdre, comme nous allons le voir. 

  1. D’une manière assidue.        Pratiquer … un sport.
  2. D’une manière indue.           S’ingérer … dans les affaires de qqn.

Les adverbes devraient être, d’après la règle, assiduement et induement. Mais vous seriez bien avisé de les écrire de la bonne façon, à savoir assidûment et indûment. Ces deux adverbes ont non seulement perdu leur e, mais leur u a été coiffé d’un accent circonflexe. Que vient donc faire cet accent? Il indique, nous dit Littré, la suppression d’un e! Ces deux adverbes n’ont donc pas vraiment perdu leur féminité; ils la cachent sous l’accent. Ce ne sont d’ailleurs pas les deux seuls à être ainsi accoutrés. Il y en a 7 autres : congrûment, continûment, crûment, dûment, goulûment, incongrûment, sans oublier nûment. Un grand total de 9. Ce sont les 9 dont je disais plus haut qu’ils avaient perdu leur féminité sans la perdre. Quelle délicatesse, de la part des régents, que de nous rappeler la règle générale par cette astuce typographique!

Bref, quand un adjectif se termine en u, l’adverbe se forme en ajoutant –ment, soit  à la forme féminine (!!) dont on a supprimé définitivement le e, soit à la forme féminine (!!) que l’on cache sous l’accent circonflexe. Mais pourquoi ne mettre un accent que sur 9 des 15 adverbes provenant d’adjectifs en u? Ce faisant, n’ajoute-t-on pas 9 exceptions aux 6 exceptions déjà existantes? Poser la question, c’est y répondre.

N’allez surtout pas croire que je suis le premier à m’interroger à ce sujet. Déjà, en 1872, Littré s’étonnait de ce manque de cohérence :

On remarquera l’accent circonflexe que met l’Académie, tandis qu’elle n’en met ni à absolument, ni à ambigument, etc. Il vaudrait mieux qu’elle suivît un système, et mît partout l’accent circonflexe ou le supprimât partout.

A-t-on alors pris bonne note de la remarque de Littré? Absolument pas. Une centaine d’années plus tard, Grevisse, dans son Bon Usage (# 2029, 1980) s’en plaint toujours :

Il y a dans cet accent circonflexe maintenu par la 8e éd. du dictionnaire de l’Académie [1935], une de ces anomalies qui compliquent inutilement l’orthographe française. – On se demande pourquoi l’Académie impose le circonflexe aux adverbes en –ument cités plus haut, alors qu’elle écrit résolument, ingénument, éperdument, etc.

Croyez-vous que ce cri du cœur a, cette fois-ci, été entendu par les Académiciens? Absolument pas! Dans la 9e édition du DAF, dont la publication a débuté en 1985, rien n’est changé. Et vingt-cinq autres années plus tard, en 2010, que fait le NPR? Il reprend exactement ce que l’Académie dit. Ce faisant, se veut-il respectueux de l’autorité suprême en langue, qu’est l’Académie? Je me permets d’en douter. Car, si tel est le cas, comment expliquer que, contrairement à l’Académie, le NPR accepte portemonnaie et porteplume? Si, à l’occasion, le NPR agit à sa guise, n’aurait-il pas pu, dans le cas qui nous intéresse, se dissocier de cette autorité et enlever, à tous ces adverbes en –ument, l’accent dont ils sont affublés? Oui, mais il ne l’a pas fait. Que conclure si ce n’est qu’il endosse ces graphies?

Si l’on ne veut pas se faire taper sur les doigts par les défenseurs de l’orthodoxie, dont font partie les professeurs et les réviseurs, il faut continuer à (ou de) mettre un accent circonflexe sur ces 9 adverbes et ne pas en mettre sur les 6 premiers. Et surtout, ne pas se demander pourquoi.

Et cette perte de féminité dont il vient d’être question, a-t-elle été progressive? Autrement dit, a-t-on commencé par ajouter l’accent circonflexe, puis fini par l’enlever, éliminant ainsi toute trace de féminité? Une telle démarche paraîtrait logique. Mais entre paraître et être, il y a souvent, surtout en langue, une grande différence. J’ai donc cherché, dans les dictionnaires, l’année d’apparition  de différentes formes adverbiales. Voici quelques résultats :

adjectif                -uement   →       –ûment            –ument

assidu                                                  1798               1694

continu                                                1835               1798

cru                                                        1798               1762

Il est clair que la logique est battue en brèche : les formes en –ûment examinées sont apparues APRÈS les formes en –ument. Comme si les Académiciens s’étaient repentis d’avoir enlevé drastiquement (adverbe absent du dictionnaire) toute trace de féminité!

Tout compte fait, ne serait-il pas plus approprié de dire que l’adverbe se forme par addition du suffixe –ment à la forme masculine de l’adjectif? Formuler la question me fait déjà passer, aux yeux de bien des gens, pour un iconoclaste. Moi, je me contente de poser la question, mais il en est qui, dans le passé, l’ont affirmé. Je pense, entre autres, à Girault-Duvivier, qui, dans sa Grammaire des grammaires (9e éd., 1840, tome 2, p. 913), disait :

Quelques grammairiens […] prétendent que c’est sur le féminin de l’adjectif terminé par une simple voyelle que doit se former l’adverbe; d’autres sont d’avis que c’est sur le masculin : cette dernière option, qui est la plus générale, est fondée sur ce que le e muet du féminin, se trouvant précédé d’une voyelle et ayant un son muet et nul, ne pourrait avoir dans l’adverbe qu’un son pénible et difficile : qu’on en fasse l’essai sur quelques adjectifs, tels que poli, vrai, ingénu, assidu, et l’on verra le mauvais effet que produirait l’e muet du féminin entre la voyelle dont il se trouverait précédé, et la finale ment : Poli, polie, poliement. – Vrai, vraie, vraiement. – Ingénu, ingénue, ingénuement. – Assidu, assidue, assiduement.

Pour se conformer à l’usage, on serait obligé d’ajouter que l’e muet entre la voyelle précédente et la finale ment ne doit pas s’y trouver.

Mais après tout, cette idée, dont fait état Girault-Duvivier, est-elle si saugrenue? Peut-être pas. Surtout si la liste des exceptions continue de s’allonger. C’est à suivre.

MAURICE ROULEAU

(1)      Si l’on en avait fait autant avec tous les mots de la langue française, cette dernière serait aujourd’hui beaucoup plus facile à maîtriser. Et se retrouveraient à court de munitions tous ceux qui,  aujourd’hui encore, à l’instar de Bouhours, célèbrent sa beauté par ses bizarreries.  Dans ses Remarques nouvelles sur la langue françoise (p. 85-86), le bon père Bouhours écrivait : « C’est une bizarrerie étrange qu’un mot soit masculin & feminin dans la mesme phrase; mais ce sont des sortes d’irrégularitez qui font en partie la beauté des Langues. » 

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10 commentaires pour Adverbes en –ment (1 de 5)

  1. Marc81 dit :

    Précisons que les Rectifications orthographiques de 1990 ont pris en compte une partie de ces anomalies : « On écrit désormais [sans accent circonflexe] ambigument, assidument, congrument, continument, crument, dument, goulument, incongrument, indument, nument (comme déjà absolument, éperdument, ingénument, résolument) ». Reste à savoir quand l’Académie se mettra à la page… Prochainement ?

    • rouleaum dit :

      Il est vrai que la Nouvelle orthographe (Recomm. de 1990, du Conseil supérieur de la langue française) favorise la disparition de l’accent circonflexe.
      Mais il est également vrai que, près de 25 ans plus tard, les dictionnaires n’ont pas encore emboîté le pas. Sur cette recommandation et sur bien d’autres.
      Il est aussi vrai que, si vous cherchez la bonne graphie, c’est votre dictionnaire que vous consulterez et non la liste des Recommandations.
      Et ce que j’analyse dans mes billets, c’est ce que le NPR présente. On peut le déplorer, mais on ne peut rien y changer.

  2. Jacques Roger RAYMOND dit :

    Comme toujours, votre analyse critique des irrégularités graphiques est rigoureuse et oh combien pertinente. En l’occurrence, à l’instar de maints usagers, j’ai de longue date relevé ces incohérences. Toutefois — à tort ou à raison — j’aborderais le problème.différemment. La linguistique contemporaine se garde de confondre prononciation et code écrit — a fortiori pour une langue comme le français. Laissons VAUGELAS opiner sur la « douceur » des -E- devenus muets…. D’autre part (et ici il n’est pas nécessaire d’invoquer la « mondialisation »), le « mente » ajouté à la forme féminine de l’adjectif étant commun à toutes les langues romanes, la cohérence voudrait que l’on généralisât le -E-, qu’il s’entende ou non à l’oral ! À l’extension d’une graphie réduite qui isole notre langue de ses soeurs (et que je me permettrais de qualifier d’obscurantiste), l’usager conscient de notre latinité — il en reste !– opposera la restitution de formes orthographiquement FÉMININES, « mens », « mentis », « mente » étant irrévocablement du féminin: un francophone apprenant l’italien, l’espagnol ou le portugais aura tout à y gagner….
    Ajouterais-je que rien n’est pire qu’un régent confiné dans son idiome et qui, sacralisant des errements graphiques arbitraires sédimentés au cours des siècles, au détriment de nos origines latines, ignore superbement les langues romanes alors même que notre latinité commune est l’un de nos possibles remparts contre le rouleau compresseur du tout-américain et du « business-globish » !

  3. Luys Josiane dit :

    Je viens de vous découvrir et j’ai beaucoup aimé.

  4. Jacques Roger RAYMOND dit :

    Permettez-moi d’abord de corriger, dans mon mel du 14/06/2013, une double erreur de saisie: * prière de lire « ô combien pertinente » (et non « oh combien » !);
    * et de rectifier la ponctuation du segment « j’aborderais le problème différemment ».
    Sur le fond je souhaiterais à la fois nuancer et synthétiser une contribution qui se voudrait modeste malgré son ton un brin péremptoire….

    Permettez-moi d’abord de corriger, dans mon mel du 14/06/2013, une double erreur de saisie: * prière de lire « ô combien pertinente » (et non « oh combien » !);
    * et de rectifier la ponctuation du segment « j’aborderais le problème différemment ».
    Sur le fond je souhaiterais à la fois nuancer et synthétiser une contribution à l’objectif modeste malgré un ton parfois péremptoire…..
    — Nuancer: Raymond ROULEAU a eu diantrement raison de recenser, avec une rigoureuse minutie, les incohérences des graphies que la tradition prétend imposer à l’usager de la langue. Les rendre compatibles serait déjà um réel progrès. Aligner tous les adverbes em –MENT sur la seule forme masculine ou la seule forme féminine impliquerait une réforme radicale des plus improbables. Je m’en tiens donc à une pétition de príncipe.
    –Synthétiser.
    — À l’évidence il est impossible d’adopter dans tous les cas la forme masculine de l’adjectif: nul francophone ne s’en accommoderait dans “longment”, “grasment” ni “étroitment”…. Même si on se limite aux formes masculines à finale vocalique, et aux formes des deux genres homophones, sinon homographes, l’on achoppera sur la voyelle nasale /ã/ [ –ANT/–ENT] : cf. “brillant”, “brillamment” – “violent”, “violemment”, mais aussi “lent”, “lentement”…. Donc, étendre au maximum l’usage de la forme non-marquée – masculine – ne mettra pas um terme à la dualité du système.
    — En THÉORIE, la solution la plus simple et la mieux fondée serait de revenir aux graphies dérivées du latin et en harmonie avec celles des grandes langues romanes: espagnol, portugais et italien; tout francophone régulièrement scolarisé sait écrire le féminin des adjectifs et saurait le reproduire dans le segment adjectival de l’adverbe. Certes, ajouter um –E– à ce premier segment semblerait compliquer la graphie (mais l’accent circonflexe pourrait ainsi disparaître).
    — Utopie ? Sans doute, à une époque où la majorité de nos concitoyens respectifs rêvent de se délivrer des diacritiques et des lettres muettes. Vive les claviers anglo-américains ! à bas les lettres zombies ! Faudra-t-il nous joindre au choeur ?…

  5. Martin Thierry dit :

    Puisque la langue latine a été évoquée, je me permets de dire quelques mots à propos des adverbes latins. On peut faire les remarques suivantes :

    -1) Ils sont plus nombreux qu’en français (j’en ai dénombré plus de 3200)

    -2) Ceux tirés d’adjectfs, essentiellement des adverbes de manière, et qui correspondent aux adverbes français en -ment ne sont formés ni à partir du masculin, ni à partir du féminin, ni à partir du neutre. Ils sont formés à partir du radical de l’adjectif.
    Exemples : avidus, a, um (avide) ==> radical avid- forme l’adverbe avide (avidemment)
    piger, gra, grum (paresseux ==> radical pigr- donne l’adverbe pigre (paresseusement)

    Pour les adjectifs de la seconde classe, comme acer, acris, acre on trouvera, sur le radical acr-
    l’adverbe acre (vivement) et aussi l’adverbe acriter (violemment). Les adverbes en -ter ont un sens plus soutenu que ceux en -e. Encore des nuances qui me manquent en français.

    – 3) Les adverbes tirés d’adjectifs possèdent la plupart du temps un comparatif et un superlatif, voire même un diminutif ce qui est très intéressant au niveau de l’acuité de la langue latine et que je cherche vainement dans les langues modernes.

    Exemples : acerrime (adverbe au superlatif), d’une manière très vive
    cruentius (adverbe au comparatif), plus cruellement, en versant plus de sang
    acutule (diminutif d’adverbe), d’une manière un peu piquante

    • Jacques Roger RAYMOND. dit :

      — Votre commentaire résume avec bonheur la formation des adverbes tirés d’adjectifs en latin CLASSIQUE. Mais les adverbes en -MENT(E), communs à toutes les langues romanes (sauf le roumain), sont issus du « sermo vulgaris », où, dès le Iº siècle avant notre ère, les suffixes dérivationnels de la langue classique furent remplacés par l’ablatif FÉMININ singulier de l’adjectif, précédant le substantif « mente ». Née sans doute d’ablatifs absolus, cette construction apparaît même plusieurs fois chez CATULLE, par exemple in CAT. 8, vers 11: « sed obstinata mente perfer, obdura ». Les deux mots se soudèrent en « romance ».
      — Il existe, en ISLANDAIS contemporain (langue qui m’est très chère), des adverbes courants qui conservent un comparatif et un superlatif flexionnés. La question est traitée (en islandais) sur les sites: malfar.arnastofnun.is/?p=3901 [« stigbreyting atviksordha »];
      is.wikipedia.org/wiki/Stigbreyting [« Stigbreyting »: « 2 Stigbreyting atviksordha », avec 6 exemples doubles (« daemi »)]. Si vous me communiquez une adresse-courriel où je puisse vous joindre, je vous en enverrai le texte complet accompagné, si vous le désirez, d’une traduction partielle ou complète.

  6. Vincent dit :

    Bonjour,
    Votre article, très intéressant, date déjà d’il y a quelques années. J’espère que vous verrez mon message.
    Je suis arrivé ici en faisant une recherche sur google et peut-être que vous pourrez répondre à ma question. La voici:
    Le mot latin « mens, mentis » a donné un mot dérivé très précis dans pratiquement toutes les langues romanes, sauf en français. On trouve « mente » en espagnol, en italien, en galicien et en portugais, « ment » en catalan et en occitan, « mintea » en roumain, « menti » en corse, etc. Mais rien en français. Enfin, on trouve le mot « esprit » en français. Mais celui–ci est traduit différemment dans les autres langues latines puisqu’il vient de « spiritus ».
    Savez-vous à quel moment dans l’évolution du français, le mot dérivé de mens » a-t-il été abandonné (s’il a jamais été présent) et pourquoi?
    Merci

    • rouleaum dit :

      Il est vrai qu’en français il n’y a aucun mot qui rappelle dans sa forme exacte le mot latin mens, mentis. Mais il y en a qui en dérive : mental. Voici ce que nous en dit le Petit Robert : ◊ bas latin mentalis, de mens, mentis « esprit ». Mais là n’est pas votre question.
      Comme souvent en français – peut-être aussi dans d’autres langues –, on répète ce que qqn qui à nos yeux représente l’autorité en la matière a déjà dit. Dans ce cas-ci, on se réfère immanquablement à Maurice Grevisse, qui dit qu’un adverbe « s’obtient en ajoutant le suffixe –ment au féminin de l’adjectif ». Et tout est dit. Pour le commun des mortels, du moins. Mais pas pour vous. Vous poussez plus loin votre interrogation. Vous vous demandez d’où vient que ce mens, mentis soit devenu uniquement un suffixe. Là, je vous répondrais : « Mystère et boule de gomme ».

      Mais en fouillant un peu plus, je suis tombé sur une note (une apostille, pour parler comme les hommes de loi; ou une glose, pour parler comme les hommes de lettres), une note que l’on retrouve normalement en bas de page, mais que André Goosse a mis dans la marge dans l’édition de 2007 du Bon Usage. Voici ce qu’il dit :

      « Les adverbes en –ment, en dépit de leur apparence de dérivés, sont, à l’origine, des composés. On avait en latin des syntagmes constitués d’un adjectif fém. et de l’ablatif mente (du nom fém. mens, esprit) : sana mente « avec un esprit sensé » (Cicéron, De officiis, III, 25). Peu à peu mente s’est cristallisé et il a perdu, dès le latin vulgaire (comme le montre l’usage des diverses langues romanes), sa signification d’« esprit » pour prendre celle de « manière », si bien qu’il ne fut plus qu’un simple suffixe, apte à s’attacher à toutes sortes d’adjectifs. C’est ainsi que le glossaire de Reichenau (VIIIe s.) traduit singulariter par solamente, d’où le fr. seulement. Comme –ment était, dans le principe, l’ablatif du nom fém., on comprend pourquoi c’est à la forme féminine de l’adjectif qu’il se joint. » (p. 1206)

      Est-ce que cela répond parfaitement à votre question? Je ne le prétendrais pas. Mais c’est mieux que rien.

      • Vincent dit :

        Bonjour, je vous remercie de votre réponse.

        Des dérivés de « mens » se retrouvent effectivement dans beaucoup de vocables français : mentir, commentaire, les adverbes de manière, etc.

        Quant à l’adjectif « mental », il existe également dans les langues qui possèdent le nom commun apparenté : « mente, mental » en espagnol, « mind, mental » en anglais, etc. La lacune existe donc bel et bien en français.

        La disparition du nom commun en français reste donc (du moins pour l’instant) une énigme. Le mot en lui-même n’existe pas. Pourquoi et quand a-t-il disparu ? Mystère et boule de gomme.

        J’ai déjà tenté d’expliquer à des hispanophones et à des anglophones que le vocabulaire français n’avait pas de mot pour « mente » ou « mind » et ils en étaient assez étonnés.

        Chaque langue a, bien entendu, des carences et des atouts pour exprimer certaines idées. Est-ce le côté plutôt cartésien (mon impression) de l’ « esprit » français qui a fait qu’une idée plus impalpable, qui décrit un principe immatériel, n’ait pas trouvé de place dans la langue ou, du moins, se soit confondue avec l’idée tout aussi abstraite d’ « esprit », traduit par « espiritu » en espagnol et « spirit » en anglais ?
        Qui sait ?

        Je vous souhaite une bonne journée !

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