INFOGRAPHIE, procédé ou produit?

Que signifie donc Infographie?

 

Un correspondant me demande s’il existe un mot français pour désigner à la fois un procédé et son produit, un mot qui lui permettrait de faire d’une pierre deux coups : un seul mot, deux acceptions. Un peu comme épicène le fait : il désigne indifféremment un mâle ou une femelle (ex. la perdrix, le papillon) ou encore un mot, adjectif, pronom ou substantif, dont la forme ne varie pas selon le genre (ex. aveugle; je; élève).

Ce qui l’amène à m’adresser cette demande, c’est qu’il est agacé, pour ne pas dire outré, par l’utilisation, abusive à ses yeux, de infographie, pour désigner non seulement le procédé mais aussi son produit. Outré, mais quand même dubitatif, car il se demande si sa position, qu’il défend bec et ongles, est fausse ou trop catégorique. L’hésitation est le début de la sagesse, et de toute évidence il le sait.

Son argumentation (voir http://blogs.wefrag.com/faelnor/2013/04/06/stop-infographie/) soulève des interrogations, auxquelles je vais tenter de répondre.

                Mon correspondant écrit : « Utiliser l’anglicisme infographie pour décrire une représentation visuelle d’informations ou de statistiques n’a aucun sens… » Cet  énoncé m’intrigue doublement.

1-   Infographie est-il vraiment un anglicisme?

               Comme l’anglais est reconnu pour créer non pas des mots signes, mais bien des mots images (1) , la simple idée que ce terme – clairement un mot signe –  puisse être un anglicisme ne me serait jamais venu à l’esprit. J’hésiterais donc à le qualifier d’anglicisme. Et ce, pour diverses raisons, toutes circonstancielles.

 Qualifier un mot d’anglicisme, c’est dire qu’on l’a emprunté. Il était anglais avant d’être français. C’est une condition sine qua non. Mais est-ce bien le cas? Mes recherches en ce sens ont toutes été vaines. Et cela, dans les dictionnaires aussi bien français qu’anglais.

Dans le NPR 2010, on trouve infographie comme mot-vedette :

infographie [ɛ̃fɔgʀafi] nom féminin 

Étym. v. 1970 ◊ nom déposé, de info(rmatique) et -graphie

  • Techn. Procédé de création d’images assistée par ordinateur; image ainsi créée.
  • N. infographiste (1986) ou infographe; adj. infographique.

Il n’y est aucunement question d’origine anglaise (ou américaine), ce qui serait normalement indiqué par la présence de Anglic. ou mot anglais.

               Dans le Merriam-Webster (ci-après M-W), infographics (substantif) ou infographic (adjectif) brillent par leur absence, mais informatics, apparu vers 1967, lui, s’y trouve. Étant donné que le dictionnaire est le reflet de l’usage, comment expliquer une telle absence? Ce mot serait-il apparu, voilà de cela quelques décennies, puis disparu aussitôt? Difficile à imaginer. À moins que… à moins que cette réalité ne porte en anglais un autre nom. Qui sait? Et si tel est le cas – nous verrons ce qu’il en est plus loin –, on ne peut vraiment pas parler d’anglicisme.

Le Petit Robert et le Larousse nous disent que infographie est un nom déposé. Ce nom aurait donc appartenu à une firme commerciale (nom propre) avant de devenir un nom commun. Comme cela fut le cas apparemment pour frigidaire : Étym. 1920 ◊ nom déposé, du latin frigidarium « glacière » (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Frigidaire).

J’aurais aimé pouvoir vérifier qu’il s’agit bel et bien, dans le cas d’infographie, d’un nom déposé. Dans quel pays? En quelle langue? Ce nom commercial aurait-il, par hasard, été francisé? Il va sans dire que des réponses à ces questions jetteraient un éclairage particulier sur le problème qui m’intéresse. Si jamais la marque avait été déposée en France, comme je l’ai lu quelque part, l’idée qu’il puisse s’agir d’un anglicisme perd encore plus de terrain, pour ne pas dire qu’elle n’a plus aucun sens.

Bref, si c’est un anglicisme, la preuve n’est pas facile à faire. Si ce n’en est pas un, il est impossible de dire qu’il « est mal traduit ».

Étant donné que infographics ne figure pas dans le M-W, j’ai soulevé la possibilité que  la nouvelle réalité, connue en français sous le nom de infographie, porte un nom différent en anglais. J’ai trouvé computer graphics. Il me fallait vérifier que ce mot désigne la même réalité que infographie? Tel est le cas, si l’on se fie à la définition, empruntée à la Encyclopædia Britannica Concise, qu’en donne le M-W. (ou d’autres dictionnaires anglais : American Heritage, Random House, Collins English Dictionary) : « Use of computers to produce visual images, or the images so produced ». Ce terme anglais désigne donc à la fois le procédé (use of) et son produit (images so produced). Bref, infographie = computer graphics, mais ce dernier aurait-il comme synonyme infographics? C’est à voir.

2-   Infographie désigne-t-il vraiment une « représentation visuelle d’informations ou de statistiques »?

OUI, si l’on en croit Wikipedia. En effet, il y est dit que information graphics (ou infographics) désigne des « graphic visual representations of information, data or knowledge intended to present complex information quickly and clearly ». Mais est-ce une source fiable? Personnellement, je ne crois qu’après avoir vérifié, c’est là un de mes défauts.

Si ce que dit Wikipedia est vrai, force est d’en conclure que information graphics (ou infographics) n’est pas un synonyme de computer graphics, car, pour ce dernier, l’emploi d’un ordinateur est un élément définitoire, un élément essentiel de sa définition. Comme les définitions (de Wikipédia et du NPR) ne se correspondent pas, infographics ne peut être l’équivalent anglais de infographie. Ni un synonyme de infographics. Du moins, d’après ce qu’en dit Wikipédia.

Que désigne donc infographie en français?

La définition attribuée à infographie par mon correspondant ne colle pas à la réalité décrite dans les dictionnaires français (NPR ou Larousse). Pour qu’il ait raison, il faudrait que ce mot résulte du collage de deux noms : info (n.f. abrév. de « informations ») et de graphie (n.f. « Toute représentation écrite d’un mot ou d’un énoncé »). Mais cela n’a rien à voir avec la signification reconnue de infographie : Application de l’informatique à la représentation graphique et au traitement de l’image. Ce néologisme résulte de l’union non pas de deux noms, mais bien de deux éléments, dits de formation : info- et –graphie (2).

Ici, info– est la forme raccourcie de info(rmatique) et non pas la forme tronquée de information (les infos) ou de informatif (!); quant à –graphie, ce n’est pas un nom, mais un  élément de formation, qui vient du grec. Autrement dit, une infographie n’est pas formellement « une représentation à vocation informative ». Si tel était le cas, ce terme n’aurait aucune raison d’exister, car le français a déjà d’autres mots pour désigner une telle réalité : graphique, diagramme, tableau, schéma, etc. Ce qui distingue essentiellement cette « représentation » des autres, c’est qu’elle a été créée par ordinateur. Ce trait est essentiel à sa définition.

Mon correspondant écrit également : « Il [le terme infographie] a déjà un sens bien différent. Y ajouter une définition ne fait que semer la confusion. »

Voilà un second énoncé qui m’intrigue autant que le premier. Je ne reviendrai pas sur le sens différent que mon correspondant attribue à infographie. Je m’attarderai plutôt sur ce qu’implique son emploi de déjà.

Il est vrai que donner à un mot un sens autre que celui qu’il a DÉJÀ ne fait que brouiller les cartes, que « semer la confusion ». Dire Prenez votre tome ne peut signifier Prenez votre dictionnaire » que si, et seulement si, pour tous les locuteurs, tome a acquis un nouveau sens, celui de dictionnaire. Ce qui n’est évidemment pas le cas.

Est-ce à dire que le sens d’un mot est immuable, qu’il est fixé à jamais au moment de son entrée dans la langue? Que, si un mot a deux acceptions, c’est qu’il les a toujours eues? La réponse à cette question est évidemment NON, car la langue est vivante, et son vocabulaire est soumis, comme tout ce qui vit, à l’évolution. Des mots naissent. Des mots meurent. Ils peuvent naître à partir de rien ou à partir d’un changement de forme (évolution, morphologique) ou de sens (évolution sémantique). J’aborderai bientôt ce problème de « la vie et la mort des mots ».

Son argumentation soulève bien des interrogations, ai-je dit au début de ce billet. En m’exprimant ainsi, j’étais certain de me faire comprendre. Mais mon choix de mots n’était pas innocent. Loin de là. Que signifie argumentation et interrogation? Une action : action d’argumenter (le début de son argumentation…) et action d’interroger (l’interrogation des témoins…). Puis ces mots ont été utilisés pour désigner autre chose, plus spécifiquement le résultat de l’action : ensemble d’arguments (les preuves et argumentations dans les sciences…); question ou série de questions (interrogation écrite prévue pour bientôt…). On a, dans ces deux cas-ci, comme dans tant d’autres en français, donné un nouveau sens à ces mots. Ils ont fait l’objet d’une évolution sémantique. La plupart du temps, nous ne sommes pas conscients de ces changements de sens, car ils se sont produits voilà de cela bien des années. Ces mots, nous les avons toujours connus avec leur double signification. Nous les utilisons donc sans y prendre garde. Au fait, que pensez-vous de mon emploi du verbe dire, dans la première phrase de ce paragraphe  « ai-je dit au début de ce billet »? N’aurait-pas été plus approprié que j’utilise le verbe « écrire », car c’est précisément ce que j’ai fait? OUI et NON.

Oui, car, d’après le DAF, 1ère éd. (1694), dire signifie : « Exprimer, énoncer, expliquer, faire entendre par la parole ». Rien d’autre. Comme vous m’avez pas entendu dire quoi que ce soit, j’aurais apparemment mieux fait d’utiliser écrire.

Non, parce que le verbe dire a acquis avec le temps une signification nouvelle : « exprimer par écrit »! Signification que plus personne ne remet en cause. Peut-être n’aviez-vous même pas remarqué cet emploi qui, à un certain moment donné de son histoire, a certainement dû faire jaser. C’est quand un terme est nouveau dans la langue qu’on conteste sa prétendue dérive sémantique. Et mon correspondant ne fait pas exception à la règle.

L’objection qu’il apporte à l’emploi de infographie pour désigner le produit tient au fait, dit-il, que :

« le terme désigne une discipline, et qu’on lui a apposé le suffixe -ie le rapprochant de la structure générique des disciplines : biologie, économie, psychologie, musicologie, etc. et surtout géographie

L’infographie désigne bel et bien une discipline et rien d’autre. Aurait-on l’idée de dire « une géographie » pour désigner une représentation liée aux terres et ses populations? »

                Sur ce tout dernier point, mon correspondant a parfaitement raison. Le terme géographie n’a jamais désigné un produit. Mais est-ce parce que tel n’est pas le cas avec géographie que cette façon de faire n’est pas possible? Par exemple, ce n’est pas parce que l’on ne peut féminiser médecin que la féminisation des titres est à condamner. Géographie n’a peut-être pas acquis le sens de produit, mais son sens a quand même évolué. Au départ (DAF, 1ère éd., 1694), il signifiait : « Science qui enseigne la position de toutes les régions de la terre, les unes à l’égard des autres, & par rapport au Ciel ». Ce n’est que depuis 1935 (DAF, 8e éd.) que ce terme a pris du galon, qu’il a acquis un nouveau sens :

Science qui a pour objet la Description totale ou partielle du globe, des accidents et des phénomènes physiques qu’offre sa surface terrestre ou marine ET AUSSI l’Étude de la dépendance de l’homme à l’égard de ces phénomènes; de la distribution des races humaines; des conditions d’existence des êtres vivants sur la terre.

Si géographie n’avait acquis ce nouveau sens, on ne pourrait pas parler, comme on le fait aujourd’hui, de géographie humaine, politique, linguistique, etc. Géographie ne désigne donc plus uniquement l’étude de la terre. Il a pris un nouveau sens, en réponse aux besoins des locuteurs. Ont-ils bien fait ou mal fait? Là n’est pas la question. L’usage n’a rien à voir avec la morale.

                Il est un autre facteur à prendre en considération. C’est l’aspect technique du terme  infographie. Ce terme est d’abord apparu dans la bouche des spécialistes; ils éprouvaient un besoin, tout à fait légitime, de dire, en peu de mots – idéalement en un seul –, la nouvelle réalité qu’ils venaient de découvrir ou de mettre au point. Ces spécialistes des techniques ne sont pas des spécialistes de la langue. C’est dire qu’il peut leur arriver de créer des termes dont la composition et le sens ne semblent pas se correspondre à la perfection. Mais à y regarder de plus près, il y a toujours une explication. J’en veux pour preuve l’emploi du fameux élément de formation –graphie, en langue médicale, sujet que j’ai déjà abordé dans un de mes ouvrages publiés chez Linguatech. Voici essentiellement ce que j’en disais.

Ce suffixe, utilisé depuis fort longtemps pour désigner la description de qqch (ex. géo-graphie, démo-graphie, ethno-graphie), a été récupéré par les spécialistes de la médecine. Ils s’en sont servis pour désigner la description du foie (hépato-graphie), la description des reins (néphro-graphie), etc. Telles sont les définitions qu’en donnait É. Littré, dans son Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, de l’art vétérinaire et des sciences qui s’y rapportent  (17e éd., Librairie J.-B. Baillière et fils, Paris, 1893).

La découverte des rayons X et leur application à la médecine ont marqué un tournant dans l’utilisation de ce suffixe. Il a cessé d’être l’élément de formation qu’on connaissait pour devenir une troncation (par aphérèse, diraient les linguistes; ex. car pour  autocar;  bus pour autobus). Les médecins ont procédé à une « amputation » majeure : ils ont fait disparaître radio- et ont donné à –graphie, l’élément restant, le sens qu’avait au départ le terme complet, i.e.  « photographie par rayons X ». Hépato-graphie désigne donc maintenant l’examen radiologique du foie effectué après opacification; néphro-graphie, l’examen radiologique du rein après opacification, etc. Donc rien à voir avec la définition originelle. Soit dit en passant, les utilisateurs ne se sont pas contentés d’amputer radiographie de radio-, ils ont aussi procédé à l’ablation de –graphie (par apocope, diraient les linguistes; ex. télé pour télévision; auto pour automobile). De nos jours, on rencontre plus souvent radio que radiographie. Il  y a donc eu évolution morphologique; le mot s’est raccourci, tout en désignant  la même réalité.

Par la suite, des termes finissant par -graphie ont commencé à désigner l’image obtenue par la technique en question. C’est ainsi qu’aujourd’hui le médecin vous fera passer une radiographie (examen), mais que le radiologiste interprétera votre radiographie (cliché obtenu). Des médecins peuvent toujours critiquer cet emploi (3), mais ceux qui l’utilisent dans ce sens surpassent en nombre ceux qui le déplorent. Ce changement est entré dans l’usage, d’abord dans celui des médecins, puis dans celui du grand public, qui l’a emprunté à la langue médicale.

Les termes en -graphie ne désignent toutefois pas tous l’examen et le cliché. Par exemple, électrocardiographie ne désigne que la technique servant à enregistrer l’activité du cœur; le tracé obtenu, lui, est un électrocardiogramme (plus couramment, un ÉCG). Il ne faudrait pas non plus s’imaginer que les termes en -gramme désignent toujours le tracé obtenu par la technique dont le nom se termine par -graphie. Aussi surprenant que cela puisse vous sembler, un myélogramme n’a rien à voir avec une myélographie (4)! Le premier désigne la formule indiquant le pourcentage des différentes cellules de la moelle osseuse; le second, l’examen radiologique du canal rachidien et de la moelle épinière après injection d’un produit de contraste. Il ne faut pas être très « bollé » (5) en biologie pour savoir que moelle épinière et moelle osseuse désignent des réalités qui n’ont rien en commun, sauf la première partie de leur appellation.

De plus, tous les termes médicaux en -gramme ne renvoient pas à une technique ou à un examen dont le nom se termine par -graphie. Par exemple, le tracé qui permet d’apprécier l’état fonctionnel des canaux semi-circulaires (de l’oreille interne) s’appelle cupulogramme et la méthode d’exploration fonctionnelle de ces canaux porte le nom de cupulométrie et non celui de cupulographie.

Ainsi va la langue entre les mains des utilisateurs, spécialistes dans leur domaine. Ils connaissent, eux, le sens des termes – ce sont eux qui les ont créés –, mais le commun des mortels qui essaie d’en dégager le sens à partir de leurs éléments de formation frappe souvent un mur.

Revenons donc à nos moutons. Le NPR définit infoGRAPHIE  de la façon suivante : Techn. Procédé de création d’images assistée par ordinateur; image ainsi créée.

Ces deux acceptions refléteraient donc l’usage que l’on fait présentement de ce mot. Le Larousse, lui, n’attribue à infographie qu’un seul sens : Application de l’informatique à la représentation graphique et au traitement de l’image. Comment expliquer que l’usage relevé diffère d’un dictionnaire à l’autre? Quand, direz-vous, y aura-t-il harmonisation entre les dictionnaires? La question se pose, mais bien malin qui pourrait y répondre.

Y a-t-il, me demandait mon correspondant, un nom pour désigner à la fois un procédé est son produit? Je n’en connais pas. Ce que je sais par contre, c’est que cette façon de faire porte un nom, c’est  métonymie. Si l’on applique à une chose le nom d’une autre chose uni au premier par un rapport logique constant (p.ex. cause → effet; contenant → contenu; signe → chose signifiée; abstrait → concret, etc.), on dit que ce terme a acquis, par métonymie, un nouveau sens (ex. Boire un verre, Toute la salle applaudit, Ameuter la ville). Dans le cas qui nous intéresse, le rapport logique est : procédé → produit. L’octroi d’un nouveau sens à un nom déjà existant est chose courante. Rappelez-vous argumentation, interrogation. On pourrait aussi mentionner autorisation (action et document); accrochage (action et résultat) ou encore photographie, plus couramment photo (par apocope) : faire de la photo ou agrandir une photo. Et combien d’autres encore…

                Bref, moi, je ne monterais pas aux barricades, comme le fait mon correspondant. Car, vouloir empêcher infographie de désigner autre chose que le procédé, c’est fondamentalement s’opposer à la métonymie. Ne risquerions-nous pas alors de déclencher une guerre contre des centaines et des centaines de mots qui ont une double acception? Le Larousse en ligne ne donne encore à infographie que son sens originel (le Petit Larousse 2000 ne le mentionnait même pas). Soit. Mais pourquoi faudrait-il que le Larousse ait raison et le Robert, tort? Poser la question, c’est un peu y répondre.

MAURICE ROULEAU

 

(1)  Dans leur ouvrage Stylistique comparée du français et de l’anglais  (Beauchemin, Montréal, 1977,  p. 58-59), J.-P. Vinay & J. Darbelnet disent :

« # 41  La représentation linguistique peut se faire soir sur le plan du réel, à l’aide de mots images, soit sur celui de l’entendement, à l’aide de mots signes.

Par plan du réel, nous entendons le plan sur lequel la représentation linguistique côtoie la réalité concrète. Le plan de l’entendement est un niveau d’abstraction auquel l’esprit s’élève pour considérer la réalité sous un angle plus général.

# 42 D’une façon générale, les mots français se situent généralement à un niveau d’abstraction supérieur à celui des mots anglais correspondants. Ils s’embarrassent moins des détails de la réalité. »

Voici d’ailleurs quelques exemples qui illustrent mon propos : bagpipe est plus imagé, plus descriptif (moins abstrait) que cornemuse; jellyfish, plus que méduse; melon baller, plus que parisienne; crossbow, plus que arbalète, etc.

(2)   Contrairement au Robert, le Larousse, lui, ne met pas en entrées les divers éléments de formation (ex. –graphe, -graphie, -graphique). Celui qui n’a qu’un Larousse sous la main se voit privé d’une information des plus pertinentes.

(3)  L. Manuila et coll., dans leur Dictionnaire médical (Masson, 8e éd., 1999),  à l’entrée radiographie, disent  : […] 2) Nom donné couramment au cliché obtenu par la technique décrite sous 1 (le terme correct, mais peu usité est radiogramme).

(4) Le Garnier Delamare, Dictionnaire des termes de médecine (Maloine, 25e éd., 1998), est le seul dictionnaire médical à donner à myélographie le sens de : Étude de la moelle osseuse. Tous les autres limitent son sens à celui d’examen radiologique du canal rachidien et de la moelle épinière

(5)  Québécisme pour dire de qqn qu’il très brillant, très doué, très intelligent. Elle est bollée en informatique. V. Dict. québécois d’aujourd’hui,  J.-C. Boulanger (Dictionnaires Le Robert, 1993).

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3 commentaires pour INFOGRAPHIE, procédé ou produit?

  1. Thierry Martin dit :

    Le nom infographie ainsi que son dérivé infographiste, qu’on mentionne moins souvent et qui pourtant est un métier, sont pour moi très mal choisis.
    D’une part il introduit une incertitude, comme vous l’avez signalé, « info » fait-il référence à l’information ou à l’informatique, mais surtout on masque le fait que dans infographie c’est bien l’ordinateur qui est utilisé et non l’informatique au sens général, dans son aspect statistiques par exemple.
    Heureusement, on parle beaucoup plus souvent maintenant de CAO (Conception assistée par ordinateur), de DAO (Dessin assisté par ordinateur), de PAO (Publication assistée par ordinateur) voire même de MAO (Musique assistée par ordinateur).
    J’entends couramment des personnes disant que leur métier consiste à faire du DAO.
    Vous remarquerez que dans ces sigles ont a introduit le mot ordinateur et non informatique.

    • rouleaum dit :

      Les mots infographie et infographiste sont, d’après vous, mal construits. Cette affirmation soulève l’important problème de la motivation d’un mot, i.e. « Relation naturelle de ressemblance entre le signe et la chose désignée ».
      Il est vrai que l’élément « info- », en tant que tel, n’est pas très révélateur; il peut être un raccourci pour information, informatique, informatif. Seul l’initié ne s’y trompe pas. Pour le commun des mortels, il y a une incertitude. Mais cette objection ne peut pourtant pas être généralisée. Avez-vous pensé à autoroute , à automobile , à auto-stop », à autosuffisance, etc.? Seraient-ils eux aussi mal construits parce que le sens de l’élément « auto- » ne saute pas aux yeux? J’hésiterais à le dire.
      Pour vous, l’emploi de informatique masque l’usage obligatoire de l’ordinateur. Mais l’ordinateur fait partie de tout ce qui est informatisé. Il suffit de lire la définition qu’en donne le NPR. Qui dit informatique dit ordinateur.
      Je ne doute pas de la popularité des sigles CAO, DAO, PAO, etc. Mais comment appelez-vous ceux qui travaillent dans ces domaines de pointe? Les appelle-t-on des caoïstes, etc. ou des infographistes? Je ne saurais dire, car c’est un domaine qui m’est totalement inconnu.
      On a fait cégétiste (C.G.T), jaciste (J.A.C.), vépéciste (V.P.C.), jéciste (J.E.C..). On a même créé le verbe pacser (pour « signer un Pacte Civil de Solidarité »). Ce sont des mots utilisés même si leur sens n’est pas apparent. On peut le déplorer, sans plus. Ainsi va la langue.

  2. Thierry Martin dit :

    Je comprends votre raisonnement. Cependant pourquoi aller chercher le terme le plus général ?
    On parle de géographe en référence à la Terre, on n’a pas été chercher un terme englobant celui-ci tel que spatiographe.
    Mieux encore, lorsqu’on a créé le mot « ordinogramme », (Représentation graphique de l’enchaînement des opérations, des décisions ou des fonctions à réaliser à l’aide d’un programme d’ordinateur), on s’est bien servi du mot ordinateur, on ne s’est pas servi du mot très général « informatique », science de traitement de l’information.
    Si cela avait été le cas, au lieu d’ordinogramme nous aurions eu infogramme, c’est là où je voulais en venir.
    Maintenant qu’on puisse ou non y changer quelque chose, c’est une autre question.

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