Le français, langue vivante (4 de 4)

 LA MORT DES MOTS

 

La langue française est, à ne pas en douter, une langue vivante. À preuve, son lexique ne cesse d’évoluer. De nouveaux  mots apparaissent régulièrement; d’autres par contre disparaissent. On dit des premiers qu’ils naissent; des seconds qu’ils meurent. Dans ce billet, nous allons examiner comment se fait ce passage de vie à trépas.

J’aimerais d’abord attirer votre attention sur 3 mots que vous avez rencontrés dans mon billet illustrant l’évolution du français. Ils me serviront, pour ainsi dire, à mettre la table.

  • olifan    (Chanson de Roland, de Turolde)
  • pieça     (Ballade des pendus, de F. Villon)
  • poêle     (Discours de la méthode, de R. Descartes)

Si vous n’avez que le Larousse sous la main, vous pourrez savoir ce que signifie olifan(t), sans plus. Si vous avez le NPR, vous saurez, en plus, ce que signifie poêle. Mais pieça restera pour vous un mystère, car vous ne le trouverez ni dans l’un ni dans l’autre. Vous pourriez le trouver par contre dans le Littré (sous la graphie piéça). Soit. Mais qui, de nos jours, utilise le Littré comme dictionnaire d’usage?

Ce sont donc trois mots que personne, ou presque, n’utilise ni ne connaît. Malgré cela, ils font toujours partie de la langue française, mais pas de la langue courante. Ce sont des mots, pour ainsi dire, sortis de l’usage, tombés en désuétude.

La mort des mots

Vous vous rappelez sans doute que, à propos de la naissance des mots, nous avons distingué l’apparition d’un mot nouveau (néologisme de forme) et celle d’une nouvelle acception (néologisme de sens).  Nous devons faire de même pour ce qui est de la mort des mots. Distinguer la disparition du mot lui-même de celle d’un de ses sens. Et quand on parle de « disparition du mot », il faut faire une sous-distinction : disparition dans l’usage et disparition dans le dictionnaire. Les deux ne vont pas obligatoirement  de pair.

[Mots sortis du dictionnaire]

Comment savoir qu’un mot est sorti du dictionnaire? Mission impossible, ou presque, cela tombe sous le sens. Cette recherche n’est toutefois pas aussi compliquée qu’on pourrait le croire, car d’autres avant nous se sont penchés sur le problème. Je pense, entre autres, à Fréderic Godefroy, qui a publié (entre 1881 et 1895) son « Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle ».

En début d’ouvrage, l’auteur nous dit : « Ce fragment [!!], qui ne formera pas moins de dix volumes in-4°, contient les mots du moyen âge que la langue moderne n’a pas gardés. » Pour savoir si tel ou tel mot est disparu et quel sens il avait de son vivant, c’est un ouvrage à consulter.

On y trouve, par ex., des mots aujourd’hui incompréhensibles, et cela, pour diverses raisons : leur graphie a changé (ex. : aacement → agacement); leur graphie ne présente aucune ressemblance, aussi éloignée soit-elle, avec des mots d’aujourd’hui (ex. : engenave pour « enclin »; pieça – rencontré dans le texte de Villon – pour « naguère, il y a du temps, depuis longtemps »). Il y en a d’autres qui, bien que sortis de l’usage, ne sont pas tout à fait hermétiques (truandise pour « troupe de truands, canaille »; piscoteur pour « pêcheur » (latin piscis : poisson). On en trouve même qui sont parfaitement compréhensibles (ex. engendrable), leur seul défaut étant de ne plus être d’un emploi courant. Ils sont périmés.

 [Mots sortis de l’usage, ou presque]

                S’il est vrai que tous les mots sortis du dictionnaire sont périmés, peut-on dire que tous les mots périmés sont sortis du dictionnaire? La réponse devrait être oui, si, comme on le prétend, le dictionnaire est le reflet de l’usage. Mais dans les faits, la situation est tout autre. Sans doute les rédacteurs de dictionnaire donnent-ils à « usage » un sens duquel la notion de nombre d’utilisateurs est totalement absente.

Il y a donc des mots qui, bien que sortis de l’usage, trouvent encore leur place dans le dictionnaire. C’est le cas de olifan(t), qui, comme nous l’avons précisé ci-dessus, se retrouve dans le NPR et dans le Larousse. Ce n’est toutefois pas le cas de poële. Ce mot ne se trouve que dans le NPR (sous la graphie poêle). Le Larousse, lui, l’a tout simplement relégué aux oubliettes. Pourquoi, direz-vous,  une telle différence de traitement? Parce que les rédacteurs n’ont pas de leur ouvrage la même vision. C’est dire que le choix des mots est une opération très subjective. Ou si elle répond à des critères précis, le lecteur n’en est pas informé. C’est également dire qu’un mot sorti de l’usage n’est pas ipso facto condamné à jamais. Il peut à l’occasion revivre. Mais à l’occasion seulement. J’en veux pour preuve les récits historiques.

Au moment où Jeanne Bourin décide d’écrire La Chambre des dames (Éd. de la Table ronde, 1979), elle n’a d’autre choix que d’employer des mots en usage au moment où l’action se déroule, i.e. au XIIIe siècle. Elle ne peut appeler un « hennin » autrement qu’un hennin; un « pourpoint » autrement qu’un pourpoint. Cela va de soi. Et pour qui veut lire cet ouvrage, la présence, dans le dictionnaire, de ces mots sortis de l’usage est essentielle. Sinon, la lecture de cette chronique médiévale ne serait réservée qu’aux rares initiés.

Le même problème se pose à celui qui voudrait lire le roman, plus récent, de Jean-Christophe Rufin, L’Abyssin. Relation des extraordinaires voyages de Jean-Baptiste Poncet, ambassadeur du Négus auprès de Sa Majesté Louis XIV, (Prix Goncourt du premier roman, 1997). L’action se passe au XVIIe siècle.

Qui, de nos jours, sait ce que désigne Négus? Plus personne ne porte ce titre, et ce, depuis 1974, année de la déposition du dernier à l’avoir porté, i.e. Haïlé Selassié 1er. Négus est donc un mot sorti de l’usage, mais quand même présent dans le NPR et le Larousse. Poussons un peu plus loin. Qui saurait dire le sens des mots soulignés dans les trois phrases suivantes, mots rencontrés dans les premières pages de ce roman?

1.    « Pour comble malheur, ni au Caire ni dans d’autres échelles du Levant raisonnablement proches ne se comptait pour l’heure de peintre habile. » (p. 3)

2.    « M. de Maillet choisit pour opérer un droguiste établi dans la colonie franque et que l’on disait habile à la restauration des toiles altérées par le climat. » (p. 4)

3.    « Ceux qui venaient d’en être diplômés étaient, comme lui, envoyés en ambassade avant de devenir diplomates ou drogmans. » (p. 7)

Il y a, dans ce genre d’ouvrage, tout un lexique qui, mis sous les yeux du lecteur, fait revivre une tranche du passé. À la condition toutefois que ce lexique se retrouve dans un dictionnaire d’usage courant. C’est là sa seule utilité.

Une question se pose : comment savoir qu’un mot est sorti de l’usage, s’il figure toujours au dictionnaire?

Les rédacteurs contournent généralement cette difficulté en recourant à divers procédés : un temps de verbe (ex. Cor d’ivoire dont les chevaliers se servaient à la guerre ou à la chasse); des données temporelles (ex : Haut bonnet pointu porté par les femmes au XVe s., en Occident) ou à des marques d’usage (Vx Fiançailles).

Les principales marques d’usage employées par le NPR et le Larousse sont :

  • ANC./ANCIENNT; Vx; VIEILLI et HIST. Voici comment chacune d’elles est définie dans le dictionnaire :
  • ANC. (pour ancien, anciennement) signale un mot dont l’emploi n’est ni vieux ni vieilli, mais qui désigne une réalité aujourd’hui disparue ou devenue rare : aumônière.
  • VIEILLI  caractérise un mot qui tend à sortir de l’usage, mais qui reste compris de la plupart des locuteurs : indéfrisable (le nom, pas l’adjectif).
  • Vx (pour vieux) indique que ce mot n’est généralement plus compris ni employé : accordailles.
  • HIST. (pour terme d’histoire).

Même si le sens accordé à ces marques par le NPR et le Petit Larousse est, à peu de choses près, identique, voyons comment ces deux ouvrages traitent les quelques mots sortis de l’usage mentionnés précédemment, à savoir drogman, droguiste, échelles du Levant, hennin, Négus, olifant, poêle,  pourpoint.  [Les tirets indiquent l’absence de marque d’usage; nil, l’absence de l’acception.]

NPR 2010                  Petit Larousse 2000

  • drogman                                           Vx                                        HIST.
  • droguiste                                          —                                         —
  • échelles (du Levant)                       Vx ou hist.                         HIST.
  • franc/franque                                  Vx                                        nil
  • hennin                                               —                                         ANC.
  • négus                                                —                                         HIST.
  • olifan(t)                                             —                                         HIST.
  • poêle                                                 Vx                                        nil
  • pourpoint                                        Anciennt                             —

Cet échantillonnage nous permet de voir que le traitement varie selon la source consultée. L’absence de marque ne signifie pas pour autant que le terme n’est pas identifiable comme un mot sorti de l’usage. Les rédacteurs ont utilisés d’autres artifices dont nous avons parlé ci-dessus (ex. temps de verbe). Il y a même parfois

  • soit surenchère : le NPR dit du pourpoint : Anciennt Partie du vêtement d’homme qui couvrait le torse jusqu’au-dessous de la ceinture. Mais il n’en a pas fait autant pour olifant;
  • soit indécision :  III. Vx ou hist. (1654 ◊ du lieu où l’on pose l’échelle pour débarquer) Place de commerce, sur certaines côtes. Loc. Les échelles du Levant.

Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a aucun doute sur le fait que le mot est sorti de l’usage.

Une autre question se pose : y a-t-il gradation dans la désuétude entre ancien, vieux et vieilli? Faut-il voir dans l’emploi de ces marques une indication que les mots qui en sont accablés sont sur la voie de sortie de la langue? Difficile à dire.

Outre les mots sortis de l’usage parce que la chose qu’ils désignaient n’existe plus (perte de fait  = perte de mot), il y a des mots qui cèdent leur place à d’autres mots mieux adaptés pour désigner une réalité durable. Je pense à daguerréotype que photographie (photo) a remplacé. La réalité (enregistrement d’une image sur un support) existe toujours, mais sous une forme différente, d’où la disparition du mot rappelant le procédé primitif. Ici, il n’y a pas perte du fait, mais il y a perte du mot. Ce mot est sorti de l’usage, mais pas du dictionnaire. Là aussi, ce n’est qu’à la lecture de la définition qu’on comprend le sort qui lui a été réservé. De nos jours, des daguerréotypes, ça ne se trouve plus que dans les musées ou dans les livres d’histoire.

[Acception sortie de l’usage]

De même qu’au cours des âges un mot a pu acquérir une acception, un mot peut aussi en avoir perdu une. Une acception qu’il avait acquise avec le temps ou une acception qui avait motivé son apparition dans la langue. Il arrive même, quoique rarement, qu’un mot change complètement de sens.

Changement complet de sens

Le fait qu’un mot n’a plus sa raison d’être ne signe pas nécessairement son arrêt de mort. Ce mot peut être récupéré pour désigner autre chose. Mélancolie, par exemple. Ce mot, créé à partir de (melas) noire et de (kholê) bile, est apparu dans la langue au moment où toute maladie trouvait son explication dans un changement d’humeur, la bile noire étant l’une des 4 humeurs reconnues (à savoir : bile, bile noire, flegme et sang). L’amélioration des connaissances a fait perdre à ce terme sa motivation première, i.e. sa « relation entre le mot et la réalité désignée ». Cela n’a pas empêché les médecins de continuer à (continuer de) s’en servir. Ils lui ont tout simplement attribué un sens différent. Ce  mot a perdu d’un côté ce qu’il a gagné de l’autre.

Je pourrais également citer le verbe délirer, dont le sens actuel n’a plus rien à voir avec une « sortie de sillon »!   (Étym. 1772 ◊ latin delirare « sortir du sillon », de lira « sillon »)

Perte d’un sens acquis

Prenons comme exemple le mot poêle. Ce mot désignait déjà, en 1694 (Voir DAF, 1e éd., dans Dictionnaires d’autrefois, trois choses distinctes : un ustensile de cuisine (poële à frire); une sorte de fourneau utilisé pour chauffer une pièce (allumer un poële); et, par extension, la pièce où se trouve ce fourneau (entrer dans le poële). Devant la phrase de Descartes « ie demeurois tout le iour enfermé seul dans vn poëſle », on ne peut qu’esquisser une sourire d’incrédulité. De toute évidence, ce sens est disparu parce qu’il ne répondait plus au besoin des locuteurs. Le NPR consigne cette acception, mais pas le Petit Larousse.

Ce mot a donc perdu une acception qu’il avait acquise avec le temps.

Perte de la motivation d’un mot

Un mot est créé en réponse à un besoin bien précis. Et sa morphologie est en rapport , plus ou moins rapproché, avec la chose que l’on veut dire. C’est cette relation entre le signe linguistique (le mot) et la réalité qu’il désigne que l’on appelle motivation.

La perte de motivation n’est souvent plus perçue par le locuteur contemporain. À preuve, les énoncés suivants : Il arrive à la maison; elle a accouché d’un garçon; il est depuis longtemps trépassé; on a démantelé un réseau d’espionnage; Prenez garde de meurtrir ces fruits. Ces phrases ne posent aucun problème de compréhension. Vous savez exactement ce que l’on veut dire. Mais sauriez-vous expliquer le sens qu’ils ont? Un examen méticuleux nous fera voir que les mots en gras ne sont pas motivés, ou plutôt qu’ils ne sont plus motivés.

 Arriver

Ce mot est composé de ar-, variante de ad (qui indique le but à atteindre) et de rive. Arriver veut donc dire, étymologiquement parlant, atteindre la rive. Mais plus personne n’utilise ce verbe dans ce sens. Selon Bloch et von Wartburg (Dictionnaire étymologique de la langue française, PUF, 1932), ce sens propre « n’est plus senti depuis le XVIe siècle ». Aujourd’hui arriver ne veut plus dire qu’atteindre. Il a perdu sa spécificité (atteindre la rive) pour acquérir un sens plus général (atteindre un endroit). Il a perdu d’un côté ce qu’il a gagné de l’autre. Il est passé de « spécifique » à « générique ».

Accoucher

Ce mot est composé, lui aussi, de deux éléments. De ac-, autre variante de ad (qui indique le but à atteindre) et de couche, qui veut dire lit. Étymologiquement parlant, accoucher signifie aller au lit. Mais plus personne n’utilise accoucher dans ce sens. Toujours d’après Bloch et von Wartburg, ce verbe  a subsisté, dans son sens propre se coucher, jusqu’au XVIe s. Il a par la suite perdu sa généralité pour acquérir une spécificité : enfanter (ce qui se faisait une fois que la femme était au lit). Ce verbe a perdu d’un côté ce qu’il a gagné de l’autre. Mais cette fois-ci, le passage s’est fait dans le sens inverse; il est passé de « générique » à « spécifique », car, vous vous en doutez certainement, on peut aller au lit pour faire bien d’autres choses qu’enfanter!

Trépasser 

Ce mot [anciennement trespasser (tres = au-delà; et passer)] signifiait, d’après Godefroy (tome 8, p. 56-57) : passer au-delà, franchir, dépasser. Il s’utilisait à l’époque avec différentes compléments, entre autres avec en l’autre monde. Il signifait alors « aller dans l’autre monde », donc mourir. Puis son emploi s’est rétréci, s’est spécialisé, pour ainsi dire. Ce mot n’a plus signifié que mourir, et cela même sans complément ! Ce verbe a perdu partiellement son sens originel.

Démanteler 

À l’origine, ce verbe signifiait : ôter le manteau. C’était son sens propre. Mais de nos jours il n’est plus du tout utilisé dans ce sens, nous dit Littré. Ce verbe signifie : Démolir les murailles d’une ville, les fortifications d’une place; détruire ce qui est organisé, structuré (ex. démanteler un réseau d’espionnage). Force est de reconnaître que le lien, si lien il y a, entre enlever un manteau et désorganiser un réseau ou détruire un mur est plutôt subtil. Certains pourraient avancer qu’une muraille, c’est un peu comme le manteau d’une place fortifiée. OUF…  Pour dire cela, il faut vraiment s’être creusé les méninges, et vouloir à tout prix justifier le sens de ce verbe. Je n’en suis pas encore rendu là.

Meurtrir

Dans le tome 5 (p. 405) du Dictionnaire de l’ancienne langue française  (du IXe au XVe siècle), de Fredéric Godefroy, meurtrir renvoie à mordrir, qui signifie tuer, assassiner. Rappelez-vous que mourir se conjugue : je meurs, tu meurs…  On y apprend également qu’à compter du xvie s. le verbe a signifié « Blesser* (qqn) par un choc ou une forte compression, au point de laisser sur la peau une marque livide ou une ecchymose »! Comment s’est fait ce passage reste pour moi un mystère.

À la fin du XVIIe s., l’Académie française (DAF, 1ère éd., 1694) confirme cette dérive sémantique :

Meurtrir. v. a. Tuer. Il n’est plus guere en usage en ce sens, & on ne s’en sert ordinairement que pour signifier, Faire une contusion. Il est tout meurtri de coups.

Il se dit non seulement des hommes, mais également des fruits. Prenez garde de meurtrir ces pommes. Il fait alors office de synonyme de cotir (verbe présent dans le Petit Larousse, mais absent du NPR).

De tuer, le verbe meurtrir en est venu à ne plus signifier que blesser! Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’action a perdu de son effet. Un phénomène analogue s’observe avec le verbe électrocuter. Si je vous dis : « cet ouvrier s’est électrocuté en travaillant sur une ligne de haute tension », allez-vous en conclure qu’il est mort ou qu’il a simplement subi un choc électrique? Tout dépend du dictionnaire que vous consulterez. D’après le Petit Larousse, il peut être mort ou fortement secoué.  D’après le NPR (1), il ne peut être que mort. C’est précisément ce que disait le DAF, 8e éd. (1935). Mais qu’il ne dit plus dans la 9e éd. (1985). Là on y trouve les deux acceptions. Alors dire  « il est mort électrocuté par un câble électrique » serait, selon certains, pléonastique; pour d’autres, grammaticalement correct! Mais que signifie la forme abrégée : « il a été électrocuté »? Chose certaine, c’est sémantiquement ambigu. Tout dépend du dictionnaire utilisé par son auteur. Est-ce que la personne a été simplement secouée ou si elle est morte? Tout compte fait, Rivarol avait peut-être tort quand il a écrit : « Ce qui n’est pas clair n’est pas français… »  

Voilà présenté à grands traits ce qui peut arriver à un mot français quand les locuteurs n’apprécient plus son utilité. C’est une autre façon pour la langue d’évoluer.

 MAURICE ROULEAU

 (1) D’après le NPR, le verbe électrocuter vient de to electrocute, sur le modèle (to exe)cute. Soit dit en passant, to electrocute n’a toujours, d’après le Merriam-Webster, qu’un seul sens : mourir.  Autrement dit, to execute est monosémique; son sosie français, exécuter, est bisémique (adj. présent dans le Larousse, mais absent du NPR).

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4 commentaires pour Le français, langue vivante (4 de 4)

  1. Curmudgeon dit :

    On peut considérer « pieça » comme mort, mais pas vraiment les deux autres, maintenus résiduellement en vie par la culture. Le TLF, sauf erreur le plus gros dictionnaire de français, ne répertorie pas « pieça ».

  2. Martin dit :

    A propos du verbe délirer dont vous dites que le sens actuel n’a plus rien à voir avec le delirare latin, je me permets d’apporter quelques précisions. Tout d’abord, le vrai sens de lira n’est pas sillon mais billon, c’est-à-dire la bande de terre formée par deux sillons adossés. On retrouvera ce sens dans notamment dans l’adverbe liratim = en billons.

    En ce qui concerne le verbe latin delirare, le sens propre en était sortir du sillon, s’écarter de la ligne droite. Mais il fut aussi utilisé au sens figuré par Cicéron et d’autres auteurs dans le sens de battre la campagne, radoter, délirer.

    On retrouve d’ailleurs ce sens avec le verbe français très voisin dérailler qui peut s’appliquer non seulement à un train mais aussi avec le sens de délirer dans le langage familier (tu dérailles !).

    Comme quoi, il n’est tout-à-fait juste d’écrire, comme vous le faites supra : « délirer dont le sens actuel n’a rien à voir avec une sortie de sillon ! »

    On pourrait aussi rajouter ici le verbe divaguer qui signifie également errer. Dans tous les cas ces verbes impliquent qu’on s’écarte du sillon, c’est-à-dire de la ligne droite.

    Comme toujours, l’étymologie permet de résoudre bien des questionnements.

    • rouleaum dit :

      Ce que je voulais dire par « le sens actuel [de délirer] n’a plus rien à voir avec une sortie de sillon », c’est qu’aucune des acceptions actuellement reconnues à ce verbe ne fait référence à un sillon. « S’écarter de la ligne droite » est certes donné comme acception de delirare, par Gaffiot,(http://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=delirare) mais ce n’est pas le sens propre, c’est le sens figuré. En français, seul ce dernier a survécu. Il en est tout autrement du verbe « dérailler », avec lequel vous faites un rapprochement, car lui, a encore son sens originel. C’est donc un cas différent de délirer.

      Pour ce qui est du vrai sens de « lira », vous êtes mieux placé que moi pour en parler. Tout ce que je peux dire, c’est que le Gaffiot (http://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=lira), ouvrage que vous connaissez certainement, n’en dit pas moins. Peut-être ce mot ne voulait-il dire initialement que « billon », ça, c’est votre domaine. Pas le mien. Je ne m’y aventurerais jamais.

      L’étymologie est certes très utile pour retracer l’évolution sémantique d’un mot, mais elle l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de dégager le sens d’un mot à partir de sa morphologie. Surtout de nos jours. Car pour la majorité des gens, le latin est une langue morte, une langue qu’ils n’ont jamais étudiée. On peut le déplorer… C’est tout ce qu’on peut faire.

      • Martin dit :

        Loin de moi l’idée de chipoter. Simplement, puisque vous citez le dictionnaire Gaffiot, ke voudrais simplement ajouter que le mot sillon se disait bien plus volontiers « sulcus,i,m », formant aussi le verbe « sulcare » (sillonner, mettre en sillons) http://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=sulcus
        Il ne vous échappera pas qu’à cette entrée du Gaffiot, le mot billon n’est jamais cité mais uniquement le mot sillon.
        L’italien est resté plus proche du latin que nous puisque sillon se dit « solco ».

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