Stylist. compar. 7- Origine des langues


Comment expliquer la diversité des langues?

             L’homme primitif a, à ne pas en douter, recouru à des gestes et à des sons pour transmettre des informations essentielles à sa survie. Par exemple, pour informer ses congénères de la présence d’une proie sans alerter cette dernière (les chasseurs, les soldats utilisent, même de nos jours, un code pour communiquer entre eux en silence sur un théâtre d’opérations); pour indiquer les limites de son territoire; pour exprimer sa suprématie face à un autre mâle, etc. Ces activités s’accompagnaient certainement de cris, de gestes. L’animal n’en faisait et n’en fait toujours pas moins.  

Ce n’est que plus tard que l’homme s’est servi de son appareil phonatoire pour émettre des sons articulés, les sons qu’il émettait au départ n’étant sans doute plus suffisants pour exprimer toute l’information désirée. La langue parlée venait de naître. Par la suite, et bien plus tard, l’homme a senti le besoin de conserver par écrit son dire. La langue écrite est alors apparue.

Comment expliquer alors qu’il y ait tant de façons de transmettre un même message? (Voir   https://rouleaum.wordpress.com/2013/11/08/) Quiconque s’intéresse à la communication entre les gens ne peut qu’être étonné de la diversité des langues. Et la première question qui lui vient à l’esprit concerne leurs origines.

La langue est-elle apparue en un ou plusieurs endroits de la Terre, pour ensuite se répandre au gré des migrations de l’homme? Y a-t-il eu au départ une seule langue, dont toutes les autres auraient dérivé, ou, au contraire, plusieurs foyers de formation, d’où proviendraient les différentes langues que l’on connaît aujourd’hui? Autrement dit, y a-t-il eu une ou plusieurs langues originelles?

Des chercheurs se sont penchés sur le sujet. Ils ont comparé le lexique et la grammaire de différentes langues (vivantes et mortes) dans l’espoir de trouver réponses à leurs questions. Voici le genre de résultats obtenus :

LANGUE                      Trois                     Mère                   Cœur (1)

  • allemand                     drei                       Mutter                 Herz
  • anglais                         three                    mother                 heart
  • français                       trois                      mère                    cœur
  • irlandais                      tri                         mathair                cride
  • latin                             tres                       mater                   cor
  • lituanien                      trips                      motyna                sirdis
  • polonais                       trzy                       matka                  serce
  • russe                            tri                          mat’                     serdce
  • sanscrit                        travas                  matar                   hrd-, hrdaya

Ces études comparatives ont amené les chercheurs à considérer que les ressemblances entre des langues aussi différentes que le français, l’allemand, le russe, l’irlandais et même l’arménien, le persan et l’hindoustani (langues que l’on appellera plus tard langues indo-européennes) étaient trop nombreuses pour n’être dues qu’au hasard. Alors est née le concept de « famille de langues », i.e. ensemble de langues ayant une même origine.

Cette famille de langues indo-européennes (2) exigeait une langue mère, celle dont se seraient détachées, à des époques indéterminées, sous des influences diverses et inconnues, les langues filles, celles que les comparatistes avaient étudiées. On a alors donné à cette langue mère hypothétique, le nom de proto-indo-européen (i.e. l’indo-européen primitif).

Quelle filiation les chercheurs ont-ils pu établir entre ces différentes langues indo-européennes? Voici, présenté de façon succincte, ce qui fait consensus parmi les spécialistes.

 FAMILLE INDO-EUROPÉENNE

               Le proto-indo-européen a donné naissance à plusieurs langues indo-européennes. Il y a, entre autres, le germanique, l’hellénique, l’indo-iranien, l’italique, le slave.

Les deux langues  qui nous intéressent tout particulièrement sont l’italique et le germanique, pour des raisons qui seront bientôt évidentes.

ITALIQUE

La plus importante des langues italiques, c’est le latin. Son évolution a donné naissance à ce qu’il est convenu d’appeler les langues romanes. Parmi ces dernières, on compte l’italien, l’espagnol, le portugais, le roumain et le français.

               Les spécialistes distinguent différentes étapes dans cette évolution : gallo-roman → roman → ancien français → moyen français  → français classique →français moderne. (Voir  https://rouleaum.wordpress.com/2013/09/27/le-francais-langue-vivante-1-de-4)

GERMANIQUE

On distingue 3 branches de langues germaniques : la nordique, l’orientale et l’occidentale. Chacune d’elles a donné naissance à des langues distinctes, dont certaines sont aujourd’hui disparues :

  • La branche nordique : islandais, norvégien, féroïen, danois, suédois…
  • La branche orientale : gotique, vandale…
  • La branche occidentale : longobard, francique, bas-allemand, haut-allemand et anglais.

Je l’ai déjà mentionné, les deux langues qui m’intéressent sont l’anglais et le français. Deux langues qui sont distinctes tout en étant parentes. Comme l’a si bien dit Henriette Walter :

En réalité, les langues anglaise et française s’étaient déjà rencontrées, si l’on peut dire, avant même leur naissance, puisque leurs origines lointaines étaient communes : toutes deux appartiennent à la grande famille indo-européenne.  (Honni soit qui mal y pense. L’incroyable histoire d’amour entre l’anglais et le français, Robert Laffont, 2001, p. 15)

Mais ces deux langues, bien qu’initialement apparentées, ont subi au cours des siècles tellement de modifications qu’elles sont devenues des langues distinctes. C’est la raison pour laquelle le français (qui vient de l’italique) se rapproche plus des langues romanes que de l’anglais. Et l’anglais (qui vient du germanique) se rapproche plus de l’allemand que du français.

Nous verrons bientôt la portée de cette différence de filiation.

 MAURICE ROULEAU

 (1)    « Le mot qui désigne le cœur permet de constater qu’au /k/ du grec, du latin et des langues celtiques correspond un /h/ dans les langues germaniques et en sanskrit, et un /s/ dans les langues slaves. »

(2)    Pour en savoir plus sur le sujet, consulter l’ouvrage d’Antoine Meillet, Introduction à l’étude comparative des langues indo-européennes, (Hachette, Paris, 1903, 434 p.). Il y décrit les concordances observées entre les diverses langues indo-européennes et présente les conclusions qu’on peut en tirer.

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