Stylist. comparée 8- Le mot

Sa place en stylistique
Sa place en stylistique comparée

                Qui dit langue dit mot. C’est un incontournable. Même si mot n’est pas toujours défini de façon limpide (ex. Élément de la langue composé d’un ou de plusieurs phonèmes, susceptible d’une transcription écrite individualisée et participant au fonctionnement syntacticosémantique d’un énoncé!), il est reconnu comme l’élément constituant le code d’une langue. C’est la plus petite suite de sons (ou de lettres, à l’écrit) à avoir un sens et une fonction dans une phrase donnée. On s’en sert donc pour communiquer avec un membre de sa communauté linguistique. En plus de s’en servir, on peut l’étudier en tant que tel. Cela se fait sous différents angles, dépendamment des intérêts de chacun.

 Étude du mot pour le mot

Étudier le mot en tant que mot, c’est chercher à répondre à des questions telles que :

  • D’où vient-il?
  • Que désigne-t-il?
  • A-t-il toujours eu le sens qu’on lui attribue?
  • Est-il monosémique ou polysémique?
  • A-t-il donné naissance à d’autres mots?
  • Quel est son genre?
  • Sa graphie a-t-elle changé avec le temps?
  • Est-il encore en usage?…

Ces questions méritent certes d’être étudiées, mais ce ne sont pas des questions qui intéressent la stylistique.

Étude du mot en stylistique

Le fait d’utiliser des mots différents ne signifie pas que le message véhiculé n’est pas le même.  Il ne faut pas être un spécialiste de la langue pour reconnaître que « Comment ça se dit en français? » et « Comment exprime-t-on cette idée dans la langue de Molière? » véhicule exactement le même message. Seuls les mots diffèrent. Il n’en est pas autrement en anglais :

  • My grand son is currently in my house where he is spending a week.
  • My daughter’s son is, at this point in time, in my dwelling and he is here for seven days.

Pour dire qu’une personne regarde à la dépense, le francophone aura le choix entre: avare, avaricieux, chiche, ladre, mesquin, pingre, près de ses sous, radin, rapiat, rat; regardant, séraphin. On pourrait même ajouter économe. Le mot qu’un rédacteur choisira dépendra de son vouloir dire, car il y a des nuances entre chacun de ces mots, nuances traduites, entre autres, par les marques d’usage qu’on leur attribue. Je reprends ici ce qu’en dit le NPR : avare (mod.); avaricieux (vx ou plaisant); chiche (vieilli); ladre (vx ou litt.); mesquin (spécialt); pingre (sans marque d’usage); radin (familier); rapia/rapiat (fam. et vieilli); rat (fam.); regardant (moderne); séraphin (région.).  Il en est de même dans d’autres langues. Par exemple, le Merriam-Webster, dictionnaire unilingue anglais, nous fournit pas moins de 10 synonymes de AVARICIOUS : acquisitive, greedy, avid, coveting, covetous, grabby, grasping, mercenary, moneygrubbing, rapacious.

L’auteur, anglophone ou francophone, en choisissant l’un de ces adjectifs laisse sa marque dans le texte. Étudier la marque de l’auteur, i.e. sa façon particulière de s’exprimer, c’est précisément étudier le style de cet auteur. Mais, savoir reconnaître le niveau de langue en français, et chercher le mot anglais correspondant à ce même niveau de langue, cela n’a rien à voir avec le style de l’auteur. Ce n’est que savoir traduire.

Il est bien certain que le traducteur, dans l’exercice de sa profession, se posera bien des questions relatives aux mots (faux-amis, synonymes, anglicismes, paronymes, etc.), mais ce questionnement ne ressortit pas à la stylistique.

                Savoir qu’en français window se dit « fenêtre », que  frog se dit « grenouille », ce n’est pas faire de la stylistique, encore moins de la stylistique comparée.  Pas plus que ne l’est le fait de savoir qu’un mot sosie peut désigner selon la langue des choses différentes (to demand ≠ demander; pamphlet ≠ pamphlet; entrée ≠ entrée). Pas plus que ne l’est le fait de savoir qu’un mot n’a pas toujours la même extension dans les deux langues; il peut être polysémique dans l’une et monosémique dans l’autre ( beau-père = stepfather ou father-in-law; window = fenêtre, vitrine, guichet, passe-plat; se promener = to walk, to ride, to drive…). Tout cela n’a rien à voir avec la stylistique.

Étude du mot en stylistique comparée

Compte tenu de ce qui vient d’être dit, il y a lieu de se demander si l’étude du mot a vraiment sa place en stylistique comparée. On pourrait le croire étant donné que Vinay & Darbelnet  lui ont consacré une section complète (p. 57-90) dans leur ouvrage. Je ne partage toutefois pas ce point de vue, car je ne me place pas, comme eux le font, dans une perspective résolument traductionnelle. Si je compare l’anglais et le français, ce n’est pas pour savoir comment se dit la chose en français (i.e. savoir traduire), mais pour mettre en évidence la façon française de dire la chose, en l’illustrant par la façon de dire la même chose dans une autre langue, qui se trouve être l’anglais. Rien de plus. Cette connaissance améliorera certainement les compétences du traducteur, mais tel n’est pas l’objectif visé. Ce que je cherche à mettre en évidence, c’est la façon française de dire la chose (par conséquent, de la penser), par comparaison avec la façon anglaise. Autrement dit, ce n’est pas tant l’équivalence du mot qui m’importe que les autres aspects que la comparaison peut faire ressortir. Ces divers aspects constituent ce que j’appellerais sa composante psychologique. Car, cela revient à s’interroger sur ce qui se passe dans la tête du locuteur (anglophone vs francophone) pour qu’il privilégie telle ou telle façon de dire la réalité et non telle autre.

                Même si l’étude du mot n’a pas formellement sa place en stylistique comparée, je vais quand même m’y attarder. Et ce, pour une raison fort simple : ce qui s’observe au niveau lexical ne peut qu’influer sur l’organisation de la pensée et, par conséquent, sur son expression. Ce sont précisément ces répercussions que je veux mettre en évidence.

Nous allons donc dans le prochain billet commencer à examiner le rôle du mot dans la langue. D’abord et avant tout, nous allons nous demander ce que désigne ce terme, outre le fait d’être « la plus petite suite de sons (ou de lettres, à l’écrit) à avoir un sens et une fonction dans une phrase donnée ». Une fois cela bien établi, nous pourrons voir quels en sont les corollaires.

 MAURICE ROULEAU

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