Préfixe de, dé, des (2 de 3)

 

faire / Faire
tremper / Tremper
truire / Truire??
dier / Dier?? 

 

Quand je rédige mon billet « L’emploi du préfixe de-, dé-, des- », en novembre 2010,  je n’ai qu’une idée en tête : illustrer à l’aide du verbe défenestrer, sur lequel je viens de buter, à quel point la langue française peut être capricieuse, voire même illogique.

Mes connaissances en langue me font lui attribuer le sens de « enlever une fenêtre », fenêtrer ne signifie-t-il pas percer de fenêtres. Mais la phrase où se trouve ce verbe, phrase dont le sens m’échappait totalement à la première lecture, n’en a maintenant plus aucun à la relecture. De toute évidence, ce verbe n’a pas le sens que je lui attribue. Je dois donc consulter mon dictionnaire. J’y apprends qu’étymologiquement défenestrer signifie « enlever les fenêtres » – je n’ai donc pas tort –, mais qu’aujourd’hui il signifie « précipiter (qqn) d’une fenêtre ». OUF!… Comment est-on passé de l’un à l’autre?… C’est ce qui me fait sous-titrer ce billet : Et la logique dans tout cela?

À ce moment-là, je suis loin de soupçonner l’intérêt que suscitera ce billet. C’est, après pallier/pallier à, celui qui est le plus consulté.  Ce que les statistiques ne révèlent toutefois pas, c’est la question que se pose le lecteur quand il le consulte. Ni d’ailleurs son degré de satisfaction après l’avoir lu. Autrement dit, y trouve-t-il ce qu’il cherche? La raison de ce grand intérêt reste longtemps pour moi un mystère. Jusqu’à ce que…, un jour, le hasard m’amène à lire, sur un site de discussions, le commentaire suivant :

I was wondering why these two verbs seem to mean basically the same thing and not the opposite of each other.  (les verbes tremper et détremper)  (Michael Lomax)

Et là, une lueur se fait jour. Dans ce commentaire, trois éléments m’interpellent tout particulièrement :

  1. These : On semble se demander, sans le dire formellement, si ces deux verbes sont les seuls à poser problème.
  2. Same : On s’étonne qu’un verbe ainsi composé puisse avoir presque le même sens que son parent non préfixé.
  3. Opposite : On semble attribuer à tout verbe commençant par de- le sens contraire du verbe qui sert de radical.

Se pourrait-il qu’en consultant ce billet l’on cherche à comprendre pourquoi des verbes qui commencent par de– (ou une de ses variantes dé-, des-, dés), comme tremper, ne désignent pas le contraire du verbe non préfixé?faire est le contraire de faire. Pourquoi alors tremper n’est-il pas le contraire de tremper? Euh… J’aurais pu me poser cette même question, au moment où je découvre le sens de fenestrer, mais son étymologie m’en empêche. En effet, dans le NPR, on lit : étym. 1863; « enlever les fenêtres » xvie ◊ d’après défenestration. Je n’ai donc pas à pousser plus loin mon interrogation. Ce verbe a, ou plutôt a eu, le sens que sa morphologie me laisse clairement entendre, mais cela, c’est de l’histoire ancienne. En serait-il de même pour détremper?…

                Si la raison de cet intérêt pour mon billet publié en novembre 2010 est bien celle que je soupçonne, il me faut revoir le problème avec, cette fois, un grand-angle.

La présence d’un de- ne pose-t-elle problème qu’au seul non-francophone?

                Cette question se justifie par le fait que le commentaire de Michael Lomax est en anglais. De plus, détremper/tremper ne pose pas problème à un francophone. Non pas que, pour ce dernier, la question ne se pose pas. Il ne se la pose tout simplement pas. Il n’a pas à se la poser. Il connaît le sens de ce verbe depuis sa tendre enfance. Il n’a pas à en débusquer le sens à partir de sa morphologie. Le non-francophone, lui, doit le faire. Et pour ce, rien de tel que l’analyse des éléments de formation du mot (ici de- + verbe). [Ceux qui regardent le Scripps National Spelling Bee, à la télévision américaine, peuvent en témoigner (1).]

               Est-ce à dire qu’un francophone n’a jamais de problème avec les verbes commençant par de-? Que non! Rappelez-vous celui que m’a posé le verbe fenestrer. Avec le résultat désastreux que l’on sait. La difficulté rencontrée n’est donc pas le propre du non-francophone. Si, pour ce dernier, le problème se pose plus souvent, c’est qu’il utilise de tels verbes depuis moins longtemps que moi. Autrement dit, le problème se pose, même à un francophone, mais pour d’autres verbes, comme nous allons le voir.  

Est-ce que tous les verbes qui commencent par de- sont susceptibles de poser problème?

Non. Tout dépend de l’étendue du vocabulaire de chacun, francophone ou pas. Cette variable, subjective, est difficile à incriminer. Mais existent-ils des variables objectives qui, elles,  pourraient jouer un rôle dans cette problématique? La réponse est oui.

Il y a d’abord les verbes dont le de- initial provient d’un nom ou d’un adjectif de la langue courante. Si quelqu’un ne connaît pas le sens de dédicacer (étym. 1819 ◊ de dédicace), c’est qu’il ne connaît pas le mot dédicace, dont il est issu. S’il ne connaît pas le sens de dépiter (étym. v. 1200 ◊ de dépit), c’est qu’il ignore le mot dépit, qui lui a donné naissance. Il en est de même pour tous les verbes qui tirent leur origine d’un mot (adjectif ou substantif) français. J’aurais pu tout aussi bien citer densifier (étym. 1896 ◊ de dense), penser (étym. xiiie ◊ de dépense), pister (étym. 1560 ◊ de piste), denteler  (étym. 1584 ◊ de dentele « petite dent »), etc.

Il y a aussi les verbes que le commun des mortels ne saurait décomposer. Par exemple, qui sait que débagouler vient de dé- et de bagouler (= parler inconsidérément, en ancien français)? Que demeurer vient de dé- et du verbe latin morari (= rester, séjourner)? Que descendre vient de dé- et du verbe latin scandere (= monter)? Que destituer vient de dé- et du verbe latin statuere (= établir, fonder)? Plus personne, sauf peut-être le latiniste. Ne pouvant dire si le de- initial est un élément de formation, le francophone, comme le non-francophone, n’est pas intrigué par le sens de ces verbes. Ceux qui lui posent problème sont, comme nous le verrons bientôt, ceux dont le radical a une existence propre, ceux qui, une fois privés de leur de-, sont reconnaissables (ex. déléguer / léguer; détremper / dé-tremper).

 Quelle est donc la nature de ce de- initial?

Voilà une question que je ne m’étais jamais posée. Elle s’impose pourtant, car toute tentative pour trouver le sens d’un mot, en croyant que le de- initial est un préfixe, est vouée à l’échec. À noter qu’ici nous ne nous intéressons qu’à la forme, à la morphologie de ces verbes et non à leur sens, qui, lui, sera abordé plus loin.

On trouve, dans le NRP, quelque 800 verbes commençant par de- (51 sont intransitifs; 22, pronominaux;  et 650, transitifs) de toute origine. Autrement dit, quelque 800 occasions de se demander si ce de- initial est vraiment un préfixe. Pour le savoir, la consultation de la rubrique « étym. » des verbes concernés devrait nous être d’un grand secours. Voyons ce que, directement ou indirectement, nous dit le dictionnaire.

1-               Le de- initial est parfois la première syllabe du mot, grec ou latin, qui lui a donné naissance. Deux exemples me viennent à l’esprit :

  • corer              : étym. xive ;  ◊ de DEcus, oris « ornement »;
  • mocratiser    : étym. 1792; ◊ grec dêmokratia, de mos « peuple ».

Ce de-, n’étant pas un élément de formation, n’est pas analysable séparément.

2-               Le de- initial est parfois tout simplement passé sous silence. Je pense, entre autres, à

  • verser   : étym. 1755          ◊  de verser;
  • tirer      : étym. milieu xiie  ◊  de tirer.

Pourquoi ne pas avoir parlé du de- initial? Serait-ce que, dans ces deux verbes, le de- n’a aucune raison d’être?… Ce ne sont d’ailleurs pas les deux seuls verbes à avoir reçu ce traitement. J’aurais pu recourir à : dessiller, se mener, se patouiller, 2-tacher, visager…  Impossible de connaître la nature de ce de- initial, car on l’ignore complètement.

3-               Le de- initial n’est pas, à proprement parler, ignoré, mais c’est tout juste. À preuve,

  • clarer     : étym. xiiie   ◊ latin  declarare;
  • florer      : étym. xiiie   ◊ latin  deflorare;
  • ifier         : étym. 1265 ◊ latin  deificare.

Encore là, impossible de savoir la nature de ce de-. Tout ce qu’on dit, c’est que ces verbes le tiennent du mot latin qui leur a donné naissance. On pourrait en dire autant de bien d’autres : cerner, clarer, falquer, guster, limiter, montrer, nigrer, etc.

Faut-il s’étonner que le NPR n’en dise pas plus? Absolument pas. Il fait exactement ce qui semble être la norme dans le domaine. Oscar Bloch, dans son Dictionnaire étymologique de la langue française (1932), nous dit, en parlant de l’histoire des mots :

Une histoire est nécessairement comprise entre deux dates. Ici, l’on n’envisage l’histoire des mots qu’entre le latin et l’époque actuelle, sans envisager l’histoire des mots latins avant l’époque romane; pour rendre compte de chien on prend pour point de départ le latin canis, sans se demander comment ce mot est parvenu en latin.    (p. XX) 

Le NPR s’en est donc tenu à la façon classique de procéder : ne pas remonter dans le temps plus loin que le latin. L’information fournie ne nous est donc d’aucun secours pour déterminer la nature du de- initial dans ce genre de verbe.

Le latin n’est pas la seule langue à laquelle le français a fait un emprunt direct. Il y a aussi l’anglais :

  • tecter     : étym. 1923  ◊ anglais to detect « découvrir »;
  • boguer   : étym. 1983 ◊ anglais to debug.

J’aurais pu recourir à briefer, forester, tecter, cimaliser. Il ne faut toutefois pas se méprendre sur la véritable étymologie de tels verbes. Que l’on dise que détecter vient de to detect n’est peut-être pas faux, mais cela ne dit pas tout. Le français l’a peut-être copié de l’anglais. Mais, lui, d’où le tient-il? Du latin de- et tectum (part. passé de tego = couvrir). Mais cela, le NPR n’a pas à le préciser, car il n’est pas un dictionnaire étymologique.

4-     Il arrive même que l’étymologie présentée soit douteuse. Je pense, par exemple, à :

  • débiner      : étym. 1790 ◊ peut-être de biner; cf. bêcher;
  • décaniller   : étym. 1791 ◊ peut-être de dé- et lyonnais canille « jambe », de canne.

Vous n’en disconviendrez certainement pas, ce n’est pas sur des « peut-être » que l’on peut argumenter. Encore là, l’information fournie ne répond pas à nos attentes.

C’est dire que, dans de nombreux verbes, le de- initial reste un mystère. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Il arrive très souvent que le de- initial est explicité :

  • déployer        : étym. xiie     ◊ de dé- et ployer;
  • décrier            : étym. xiiie    ◊ de et crier;
  • débrancher   : étym. 1409   ◊ de et brancher.

Le fait qu’on l’explicite, contrairement à ce qu’on fait pour verser, tirer, nous porte à croire qu’on lui reconnaît une raison d’être, qu’on lui attribue un certain rôle. Et qui dit rôle dit sens. Voyons donc ce qu’il en est du vrai problème, celui de sens de ces verbes.

Quel sens acquiert un verbe quand on lui adjoint (2) le préfixe de-?

Un francophone n’a sans doute aucun problème avec le sens des verbes faire, boucher, détremper, brancher, composer, laver, favoriser, conner, etc. J’irais même jusqu’à dire qu’il ne soupçonne même pas qu’il puisse y avoir un problème. Il en connaît le sens depuis tellement longtemps… Le problème surgit quand on lui demande de justifier le sens d’un tel verbe d’après sa morphologie. Il cherche alors à lui appliquer ses connaissances du préfixe de-. C’est là qu’il frappe un nœud (ailleurs on dirait : il se heurte à un mur). L’idée d’action contraire ou inverse, la seule qu’il semble connaître, ne s’applique pas. Quand on trempe, on ne fait pas le contraire de tremper; quand on décerne, on ne fait pas le contraire de cerner; quand on double, on ne fait pas le contraire de doubler. Que vient donc faire ce de-? Que confère-t-il au verbe qui lui sert de radical? De toute évidence, ce de- n’a pas le sens qu’on lui attribue généralement. Pourquoi les gens, moi y compris, ont-ils tendance à n’accorder à ce préfixe que la valeur de « action contraire, inverse », prise au sens large? J’ai voulu savoir.

Je suis donc retourné à mon Petit Robert, celui que j’utilisais du temps que j’étais étudiant. Dans l’édition de 1967, tout comme dans celle de 2001, de- (et ses variantes : dé-, des-, dés-) est défini comme suit : « Élément du latin dis-, qui indique l’éloignement, la séparation, la privation » [C’est ce que j’entends par « action contraire, inverse », prise au sens large.] Ma mémoire ne m’avait donc pas joué de vilains tours. Dans le Larousse en ligne, on trouve essentiellement la même information : « (du préfixe latin dis-) entrant dans la composition de nombreux mots pour exprimer la cessation d’un état ou d’une action, ou l’état, l’action inverses : défaire, dessouder, désintéresser. »

Comment, après avoir lu la définition donnée par ces dictionnaires, ne pas se demander pourquoi détremper ne signifie pas « assécher », i.e. le contraire de tremper! C’est le seul sens que le dictionnaire donnait, de ce préfixe, à tous ceux qui étudiaient entre 1967 et 2001.  Mais que répondre alors à la fameuse question : que vient faire le de- dans de tels verbes?

Un de mes bons amis, à qui j’avais signalé cette particularité, m’informe par courriel que, dans son NPR (éd. 2006), l’entrée de- n’est pas tout à fait celle que je prétends, qu’il y a un ajout. Ah!… Je m’empresse de consulter mon plus récent NPR (éd. 2010). Ô surprise, j’y trouve l’ajout en question. Qui aurait pu s’imaginer que la description de ce simple élément de formation, inchangée depuis  une quarantaine d’années, pût être modifiée au début du XXIe siècle! Pas moi, de toute évidence. J’avais encore en mémoire ce que mon dictionnaire m’avait appris. Et là, je découvre que ce préfixe a MAINTENANT deux origines et deux sens différents (NPR dixit) :

  • 1. Élément, du latin dis-, qui indique l’éloignement (déplacer), la séparation (décaféiné), la privation (décalcifier), l’action contraire (décommander, défaire, démonter).
  • 2. Élément, du latin de-, à valeur intensive : débattre, découper, détailler.

                Si je décrypte bien ce qui est dit, le de- des verbes à valeur intensive serait la copie du préfixe latin de- et de lui seul. Quant aux verbes à valeur autre (i.e. éloignement, séparation, privation, action contraire), leur de- viendrait du latin dis-. Voilà qui est intéressant! Mais pas d’un très grand secours, comme nous allons le voir. Examinons les verbes cités en exemple :

  • déplacer              : étym. 1404 ◊ de dé- et place;
  • décaféiné            : étym. début xxe ◊ du v. décaféiner (1911), de dé- et caféine;
  • décalcifier           : étym. 1911 ◊ de dé- et radical de calcium;
  • décommander   : étym. milieu xive ◊ de dé- et commander;
  • débattre              : étym. xie    ◊ de dé- et battre;
  • découper            : étym. 1190 ◊ de couper;  
  • détailler               : étym. xiie   ◊ de dé- et tailler.

On fait partout état d’un dé- comme élément de formation. Exception faite pour découper, où on l’ignore complètement, allez savoir pourquoi! Le préfixe indiqué, dé-, est français. Il est donc impossible de savoir si ce dé- vient du latin dis- ou du latin de-. Cette information nous serait-elle fournie que la présence de ce dé- initial ne poserait plus problème. Nous saurions exactement quelle valeur il ajoute au verbe qui lui sert de radical. Du moins, nous le supposons. Mais on ne l’a pas fait. Le lecteur reste donc sur sa faim.

Pourquoi le NPR n’a-t-il apporté que récemment cette modification à l’entrée de-? Les verbes qu’il cite à l’appui de cette seconde acception ne datent pourtant pas d’hier : débattre (étym. xie), découper (étym. 1190) et détailler (étym. xiie)! Comment expliquer que le Nouveau Petit Robert (1993-2001), tout comme sa première mouture, le Petit Robert (1967-1992), n’ait jamais mentionné cette valeur « intensive »? Il ne pouvait pas ne pas en connaître l’existence : elle figure dans le Grand Robert, publié au début des années 1960. Alors…

Le NPR fait donc revivre, au début du XXIe siècle, ce que son grand frère, le Grand Robert, avait déjà consigné, quelque 50 ans plus tôt. Cet « oubli », dans les éditions précédentes du Petit Robert, se justifie-t-il par l’économie d’espace qu’il génère? Qui sait?… Comme je l’ai mentionné précédemment, le Larousse en ligne ne donne, lui aussi, qu’une acception, celle d’action contraire – toujours prise au sens large – (dans le Petit Larousse 2000, le préfixe de- n’a même pas droit à une entrée). Se pourrait-il que le Larousse ait, tout comme le Petit Robert, choisi de ne pas mentionner cette deuxième acception, tout en la connaissant? Je ne saurais dire. Ce que je sais par contre, c’est que, dans le Larousse universel (1922), publié voilà bientôt un siècle, on ne trouve que l’acception généralement attribuée : « qui marque la privation de l’état ou de l’action que comporte le mot auquel il est joint, l’origine ou le commencement de l’action ». Force est de reconnaître que cette deuxième acception n’a eu et n’a toujours, aux yeux des rédacteurs des dictionnaires courants, qu’une importance secondaire, pour ne pas dire négligeable.

Dans le prochain billet, nous allons nous pencher sur cette seconde acception, qui n’est apparue que récemment dans le NPR. Nous nous interrogerons sur la pertinence du choix de l’adjectif utilisé pour la décrire, à savoir « intensive ». Autrement dit, cette étiquette décrit-elle bien l’action de certains verbes qui ont un de- comme préfixe? Vous l’ignorez, mais des surprises vous attendent.

À SUIVRE

Maurice Rouleau

(1)   The Scripps National Spelling Bee is an educational promotion sponsored by The E.W. Scripps Company in conjunction with sponsoring newspapers and organizations around the world. Its purpose is to help students improve their spelling, increase their vocabulary, learn concepts, and develop correct English usage that will help them all their lives. 

Tout participant (obligatoirement âgé de moins de 15 ans) doit  épeler correctement le mot prononcé par le modérateur, docteur en phonétique. Les seules questions que le jeune peut poser touchent le ou les sens du mot, sa langue d’origine et la nature de ses éléments de formation (racines, préfixes).

(2)   Joindre/adjoindre. Ici aussi, on pourrait se demander s’il y a une différence de sens entre les deux formes. Qu’ajoute le préfixe ad-? On pourrait se poser la même question à propos du préfixe re-. Y a-t-il une différence de sens entre faire/refaire ou encore  lier/relier? Est-ce que la présence d’un re- implique obligatoirement l’idée de répétition? Rien n’est moins sûr. Avez-vous déjà pensé à doubler/redoubler? Quand on redouble, est-ce qu’on double deux fois (i.e. quadrupler)? NON. Les deux veulent dire : rendre double!

  P-S. — Si vous désirez être informé par courriel de la publication de mon prochain billet, vous abonner est la solution idéale.

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9 commentaires pour Préfixe de, dé, des (2 de 3)

  1. Thierry Martin dit :

    Une précision à propos du latin que je pratique depuis un demi-siècle et qui, comme chacun sait, est une langue bien plus structurée et précise que le français, qui est pour moi ce que je nomme une langue-amalgame et qui limite ma pensée, notamment de part ses nombreuses ambigüiités.

    Il ne faut pas chercher un préfixe latin là où il n’existe pas. Par exemple, détruire vient du verbe delere, défier vient de deificare, mot formé à partir de deus (dieu) et facere (faire)., donc point d’usage de préfixe ici non plus, il n’y a pas un de-i-facere mais deus-facere.

    Le de latin utilisé en tant que préfixe marque à l’origine une idée de séparation, d »éloignement. Par exemple le verbe dearmare signifie retirer les armes, désarmer. Le verbe dedolere signifie cesser de s’affliger.

    Dans un autre sens, ce préfixe « de » marque la globalité; la totalité. Par exemple le verbe deamare signifie aimer à la folie, éperduement. Le verbe depugnare signifie combattre avec acharnement.
    Deambulare a pour sens se promener longtemps etc…
    Ce sont ces précisions qui me manquent cruellement en français.

    • antoine mercier dit :

      « Il ne faut pas chercher un préfixe latin là où il n’existe pas. » Je ne peux qu’abonder dans votre sens. Cependant, et malheureusement, votre leçon se prend les pieds dans le tapis. Vous écrivez en effet: « défier vient de deificare » au lieu de ‘déifier’. Cela défie l’entendement, non…? Et moi qui m’apprêtait à déifier Thierry Martin pour la pertinence de ses contributions.

      • Thierry Martin dit :

        Cher Monsieur Il y a cinquante ans que je pratique le latin, que je l’ai enseigné, que j’ai trois livres à paraître sur le sujet. Je pense que vous avez pertinemment décelé une erreur de frappe.
        Vous ne pensez certainement pas que j’ai pu confondre défier et déifier. La preuve en est que j’explique justement la formation du verbe latin deificare.
        Si cela vous amuse de relever les fautes de frappe dans les commentaires des blogues,
        alors sachez que je vous plains d’en être là, sincèrement.

        • antoine mercier dit :

          Cela s’appelle être piqué au vif, ou j’y perds mon latin… La différence entre nous réside peut-être dans le fait que vous l’avez enseigné, alors que moi, je l’ai appris
          Avec un sourire amusé, sincèrement.

          • Thierry Martin dit :

            En tout cas vous avez mal appris l’orthographe des départements français, les Bouches-du-Rhône que vous citez ci-dessous, de même que le Pas-de-Calais prennent des tirets, que vous avez omis.
            Pour reprendre votre phrase, la différence entre nous, voyez-vous, est que je ne l’avais pas fait remarquer, parce que je n’ai aucune raison de chercher à vous discréditer et surtout parce que ça n’apporte rien à ce blog(ue).

            • antoine mercier dit :

              Vous avez doublement raison: c’est bien moi qui ai dé-terré (pour rester dans le sujet de ce fil) la hache de guerre; je vous avais pris à tort pour un donneur de leçon et du coup, j’en suis de-venu un moi-même. Merci de bien vouloir accepter mes regrets, ne serait-ce qu’au nom de l’amour de la langue que, de toute évidence, nous partageons.
              Et vous avez raison de préciser que quand il s’agit d’orthographier correctement le nom d’un département français, il faut des traits d’union. Je n’en ai pas mis à ‘les bouches du Rhône’ parce que je ne faisais pas allusion au département éponyme, mais aux embouchures de ce fleuve, appelées localement ‘bouches’ depuis bien avant la Révolution; je l’ai donc écrit comme on le fait pour l’estuaire de la Seine, le delta du Mississipi ou la vallée du Rhin.

        • antoine mercier dit :

          …et pendant que nous y sommes: quand vous écrivez: « détruire vient du verbe delere », ne pensiez-vous pas plutôt à ‘destruo’ construit sur ‘struo’ (ériger, bâtir, construire), ce qui en ferait un parfait exemple d’un préfixe latin ‘de’ que l’on trouve si on le cherche au bon endroit? Ou alors, il y aurait plusieurs latins, dont celui que vous pratiquez depuis cinquante ans? Il est vrai que ‘deleo’ est un synonyme de ‘destruo’, mais il n’est en aucun cas sa racine étymologique.
          Mais j’y pense, ce n’est probablement qu’une faute de frappe…

  2. Thierry Martin dit :

    Une précision à propos de détecter que vous citez supra.
    Effectivement le verbe latin qui en est à l’origine est bien tegere (qui fait tectum au supin). Il est bon de noer que ce verbe est ancien, panroman dans son usage et qu’il comporte de nombreux composés en latin.
    Le sens premier est couvrir, sens qu’on va retrouver dans tectum qui signifie le toit et par extension abri, maison.
    Mais également le mot toge (toga en latin).puisqu’elle permet de couvrir le corps.
    L’adjectif tectus peut avoir le sens de couvert ou de secret, il en est de même de l’adverbe tecte qui signifie en se couvrant ou en cachette, en secret.
    Le composé detegere a le sens de découvrir, mettre à nu, dévoiler.

  3. antoine mercier dit :

    Cher Maurice Rouleau, à l’origine de ce feuilleton, comme vous le rappelez en préambule, il y a ce célèbre ‘défenestrer’ qui vous avait fait sursauter il y a quelques années. Ce qui m’a fait sursauter, c’est votre étonnement…
    Je m’explique: vous avez choisi cet exemple pour illustrer d’une part l’illogisme de la langue française, d’autre part les carences innombrables de votre NPR familier, lequel en prend pour son grade en bientôt toutes circonstances, soit-dit en passant. Par ‘illogisme’, j’entends le fait que vous semblez regretter que tout ne puisse être déduit ou construit logiquement, voire scientifiquement, dans la formation et le devenir des mots de la langue.
    Je suis féru d’histoire, de sémantique, et partant, d’étymologie; féru, mais bien sûr loin d’être compétent… Comme je connaissais l’épisode de la Défenestration de Prague qui a déclenché la Guerre de trente ans, de même que son nom d’origine en allemand ‘Fenstersturz’, je ne me suis jamais posé la question du ‘surprenant changement de sens’ du verbe défenestrer, d’autant que j’ignorais jusqu’à vous lire qu’il pouvait aussi désigner l’action de ‘boucher des fenêtres’, construit sur ‘fenêtrer’, pourvoir de fenêtres. Cette acceptation me semble d’ailleurs très douteuse. On devrait logiquement trouver en français un ‘porter’ (pourvoir d’une porte) et un déporter (condamner une porte), ou même un cheminer (équiper d’une cheminée) et …je m’arrête là. Mais les ressources lexicographiques nous assurant que tel ou tel auteur a bel et bien utilisé ‘fenestrer’ ou ‘fenêtrer’ dans ce sens, je m’incline. Reste que cette acceptation est totalement tombée en désuétude, pour le moins.
    Alors, que dire de ce ‘défénestrer’ dans le sens de ‘précipiter ou jeter par la fenêtre’? Eh bien, je pense que c’est là une jolie trouvaille d’un messager, d’un ambassadeur ou encore d’un chroniqueur de l’époque, qui a relaté un incident peu commun par une expression tout aussi peu commune. Il aurait pu dire ‘assassinat’, ou ‘meurtre’, mais l’allemand ‘Fenstersturz’, très graphique, a dû l’inspirer pour oser cette sorte de néologisme. Bref défenestrer un roi de Bohème est une manière très radicale de le détrôner. Et l’expression a le mérite de répondre à deux questions à la fois: le quoi et le comment.

    Quant à la recherche très fouillée sur le préfixe dé- et ses avatars, elle mérite certainement d’exister. En ce qui me concerne, ce sujet comme les autres est une sorte d’invitation au voyage dans notre belle langue et je ne voudrais pas en être privé.

    Permettez-moi une petite contribution:
    – déboucher et déboucher
    Même verbe? même origine? Même étymologie? Mais deux sens complètement différents? Comment est-ce possible?
    – déboucher = ‘ôter un bouchon’ vient de Busch (all. ou néerl.) dans le sens de sorte de fagot de paille ou de branchages confectionné pour obstruer un orifice.
    – déboucher = ‘sortir d’un lieu resserré, apparaître soudainement’ (il a débouché sur l’avenue)ou ‘aboutir en un lieu plus large’ vient de bouche, comme dans Bouches du Rhône.

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