Préfixe de, dé, des (3 de 3)

faire/ Faire
tremper / Tremper
truire / Truire??
dier / Dier??

 

Depuis quelques années, le préfixe de- se voit attribué, dans le Nouveau Petit Robert (NPR), une valeur dite intensive, valeur que l’on avait jusque-là passée sous silence :

1. Élément, du latin dis-, qui indique l’éloignement (déplacer), la séparation (décaféiné), la privation (décalcifier), l’action contraire (décommander, défaire, démonter).

2. Élément, du latin de-, à valeur intensive : débattre, découper, détailler.

Une valeur intensive!  Vraiment?

Examinons les verbes cités en exemple : débattre, découper et détailler. Quand on bat, est-ce qu’on bat de manière plus intensive? Quand on coupe, est-ce qu’on coupe de manière plus intensive? Quand on taille, est-ce qu’on taille de manière plus intensive?…  Je n’en suis pas convaincu. La même question se pose pour les verbes cités par le Grand Robert : débagouler et délaver. Je reconnais volontiers que, dans ces verbes, le de- n’ajoute pas l’idée d’action contraire ou inverse, prise au sens large. Mais de là à dire qu’il leur confère l’idée d’intensité, il y a une marge. À moins que l’on accorde à « intensif » un sens autre que celui qu’on lui reconnaît en linguistique : Qui renforce la notion exprimée. Qui sait?

Intrigué par cette valeur ajoutée, j’ai voulu savoir quel(s) rôle(s) pouvaient bien jouer les préfixes de- et dis- dans leur langue d’origine, pour qu’en français on attribue à chacun d’eux un rôle particulier, et qu’on réserve la valeur « intensive » au seul préfixe latin de-.

Mon dictionnaire latin-français m’apprend que :

En composition, dis- marque l’idée de :

  1.  division, séparation : disto (dis/sto, are) = se tenir loin [donc distancer];
  2.  négation : difficilis (dis/facilis) = pas facile [donc difficile];
  3.  intensité : diffluo (dis– fluo) = couler de façon intensive [donc affluer, surabonder].

En composition, de- marque l’idée de :

  1. augmentation : deamo [aimer passionnément], defatigo [épuiser];
  2.  cessation, privation : dedisco [désapprendre, oublier], desarmo [désarmer], deformis [déformé], desperatus [désespéré].
  3. mouvement d’un lieu à un autre, de haut en bas : decido [tomber de haut en bas, de/cado, ere]; decurro [descendre en courant, de/curro, ere].

Deux conclusions s’imposent d’emblée :

1-     Le préfixe latin de- n’a pas que la valeur « intensive ». Il peut également conférer l’idée de cessation ou de mouvement. Le NPR ne le précise pas.

2-     L’idée d’intensité n’est pas véhiculée uniquement par le préfixe latin de-; elle l’est aussi par le préfixe dis-. Le NPR n’en fait pas mention.

Il ne faut donc pas interpréter de façon trop restrictive les informations que nous fournit le NPR. D’autant plus que la valeur « intensive » qu’on attribue aux verbes cités en exemple est loin d’être évidente. Du moins pour moi. D’autres verbes auraient sans doute mieux illustré cette valeur, à la condition toutefois qu’ils existent. Si la valeur « intensive » ne convient pas à ces verbes, quelle autre valeur pourrait-on leur attribuer? Euh… Assurément aucune de celles qu’indique le dictionnaire.

Et s’il n’en conférait aucune?… Si ce dé- français n’avait aucun sens, la question ne se poserait pas. Rassurez-vous, l’idée ne vient pas de moi. Je l’ai empruntée à nul autre que Oscar Bloch. Dans son Dictionnaire étymologique de la langue française, à l’entrée dé-, il écrit (c’est moi qui souligne) :

préfixe latin dis-, qui marquait l’éloignement et la séparation. Toutefois, dans des emprunts tels que déclarer, etc., ou des mots latins conservés tels que défendre, dé- n’a  aucun sens.

Il y aurait donc des verbes où le de- ne serait qu’une simple garniture! Une fioriture, quoi! Voilà une possibilité fort troublante pour qui veut à tout prix saisir le sens d’un verbe à partir de sa morphologie!

Mais sur quoi se base donc Oscar Bloch pour affirmer qu’à l’occasion « dé- n’a aucun sens »? Même s’il ne fournit aucune explication, il n’a certainement pas sorti cela de son chapeau. Il devrait donc être possible de le vérifier. Pour ce faire, il suffirait de trouver un verbe dont le sens ne soit pas modifié par l’adjonction du préfixe de-. Comme si, par exemple – cas purement hypothétique, vous en conviendrez –, clarer et clarer signifiaient la même chose! Mes efforts pour en trouver un ont été vains. Je me suis alors dit que je devrais sans doute aborder le problème sous un autre angle.

En relisant attentivement le commentaire de Bloch, une nouvelle idée s’est fait jour. Il est vrai qu’il cite des verbes français, mais ce sont des verbes non décomposables. Par exemple, déclarer n’est pas formé de dé- et de clarer, il le fait venir du verbe latin declarare (mot latin conservé, d’après Bloch). Si le dé- initial du verbe français n’est pas un préfixe, pourquoi recourir à ce verbe pour illustrer son point de vue? Serait-ce que, sans toutefois le préciser, il a en tête le verbe latin, et non pas le verbe français? À défaut de pouvoir certifier que tel est bien le cas, rien ne nous empêche de vérifier la validité de cette hypothèse, du moins avec les deux verbes qu’il utilise pour illustrer son point de vue : déclarer et défendre. Voyons voir!

Déclarer    En latin, les verbes declarare et clarare existent bel et bien. Ils signifient :

  • clarare         =  rendre clair, rendre célèbre
  • declarare    =  faire connaître ouvertement, mettre en lumière

Peut-on vraiment dire que la présence du de- ajoute une valeur particulière au verbe de départ? Moi, je n’y arrive pas.

Défendre     En latin, les verbes defendere et fendere existent également. Gaffiot nous dit que fendere est la forme primitive inusitée de defendere. C’est donc dire que defendere a remplacé fendere, sans qu’il y eût modification du sens.

Bloch a donc choisi de bons exemples. Leur de- est clairement vide de sens. Mais quand il dit cela, il a fort probablement en tête le verbe latin, et non le verbe français. À remarquer que Bloch, dans son commentaire, fait suivre déclarer de etc. Il nous indique par là qu’il aurait pu appuyer son dire sur d’autres verbes. Assurément des verbes dont on ne fournit pour étymologie que le verbe latin d’origine, comme la méthodologie le veut. Quels seraient donc ces verbes? Je me suis mis à en chercher d’autres. Et j’en ai trouvé. Beaucoup plus que je ne le croyais. En effet, Bloch aurait pu faire appel à :

1-   Dénommer  étym. xiielatin denominare

  • de/nominare : désigner par un nom, dénommer
  • nominare         : nommer, désigner par un nom

2-   Dénombrer étym. xiielatin dinumerare

  • di/numerare : compter, dénombre complètement
  • numerare : compter, énumérer

3-   Délimiter  étym. 1773 ◊ latin delimitare

  • de/limitare : délimiter
  • limitare         : délimiter, borner

4-   Déguster  étym. 1802 ◊ latin degustare;

  • de/gustare : goûter, déguster, essayer
  • gustare        : goûter, essayer en goûtant

5-   Dédier  étym. 1131 ◊ latin ecclésiastique dedicare

  • de/dicare : consacrer, dédier
  • dicare        : consacrer, dédier

6-   Déblatérer  étym. 1798 ◊ latin deblaterare

  • de/blaterare : déblatérer, bavarder
  • blaterare        : babiller, dire des sottises

7-   Dénigrer  étym. 1358 ◊ latin denigrare

  • de/nigrare : teindre en noir
  • nigrare : être noir, rendre noir

8-   Détenir  étym. 1176 ◊ de tenir, d’après le latin detinere

  • de/tinere : tenir éloigné, empêcher, retenir
  • tenere       : tenir, retenir

9-   Dévorer étym. 1120 ◊ latin devorare

  • de/vorare : avaler, dévorer avidement
  • vorare : avaler, dévorer, manger goulûment

10-    Demander étym. début xie ◊ du latin demandare

  • de/mandare : confier à
  • mandare        : charger de, mander, assigner, confier

11-    Demeurer étym. fin xielatin demorari

  • de/morari : demeurer, s’arrêter
  • morari        : s’attarder, demeurer.

Comme vous pouvez le constater, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Et il y en bien d’autres : déplorer, désigner, détériorer, dévouer, dénoter, définir, décevoir, décider, décerner

Comment expliquer que, dans mon dictionnaire latin-français, il ne soit pas fait mention de ce rôle de garniture que peut jouer le préfixe de-? En était-on seulement conscient? Je douterais fort qu’on ne le fût pas. Dans ce cas, on aurait fait ce que le NPR a fait, pendant près de 40 ans, avec la valeur « intensive » : on l’a tout bonnement passée sous silence.

Étant donné la facilité avec laquelle j’ai débusqué ces verbes, je me demande si tous les verbes français dont le NRP ne donne comme étymologie que le verbe latin n’auraient pas un de- initial vide de sens! Disons que l’idée est séduisante. Mais en existe-t-il vraiment? J’en ai, non sans peine, trouvé quelques-uns. Mon hypothèse ne tiendrait donc pas la route, sauf si l’on accepte de considérer ces verbes comme des exceptions à une règle générale! – Le français n’a jamais vu les exceptions d’un mauvais oeil! – Et, dans chacun des trois verbes suivants, l’idée exprimée est, encore là, celle d’action contraire :

1-   démolir étym. 1458 ◊ latin demoliri,

  • de/moliri  : démolir, abattre
  • moliri         : construire, entasser

2-   déflorer étym. xiiielatin deflorare

  • de/florere : perdre ses fleurs
  • florere        : fleurir

3-   dégrader  étym. 1190 ◊ bas latin degradare, de gradus « degré »

  • de/gradare : dégrader, priver de son rang
  • gradus          : marche, degré.

Mais où sont donc ces verbes à « valeur intensive »?

Vous aurez remarqué qu’il n’a jamais été possible, jusqu’à présent, d’attribuer une « valeur intensive » à un verbe commençant par de-. On dirait que cette étiquette ne correspond à aucune réalité! Le problème relèverait-il du choix de mot? Un autre qualificatif aurait-il été plus approprié? Je ne saurais dire. Ce que je sais par contre, c’est ce que Littré disait, voilà presque 150 ans, de l’étymologie du verbe détremper – autrefois destremper – (au sens de faire perdre sa trempe) : « On a aussi des exemples où destremper n’a que le sens du simple tremper ; alors …. est AUGMENTATIF ». OUF… Une telle affirmation dépasse mon entendement. Comment peut-on faire du de- initial un préfixe augmentatif, quand du même souffle on déclare que les deux verbes ont le même sens? Je m’y perds.

Ces verbes à valeur intensive, je les cherche toujours.

Que dire à celui qui veut à tout prix déterminer le sens d’un verbe commençant par de-?

  Je lui dirais d’être prudent, car bien des pièges l’attendent.

1-     Ce de- initial pourrait ne pas être un élément de formation, ou préfixe (ex. décorer), autrement dit le verbe ne serait pas décomposable.

2-     Même non décomposable, un verbe français (ex. dédierde + dier) peut provenir d’un verbe latin, qui, lui, est décomposable (dicare, dedicare).

3-     Ce de- du verbe latin peut conférer une valeur au verbe qui lui sert de radical (ex. florere, deflorere), valeur qui se retrouve en français (fleurir, défleurir).

4-     Ce de- du verbe latin peut, tout aussi bien, et très souvent, n’avoir aucun sens (ex. denominare = nominare), ce qui se répercute inévitablement dans la langue emprunteuse (dénommer = nommer).

5-     La valeur « intensive » que le NPR attribue au de- initial de certains verbes français ne semble pas refléter à la réalité (débattrebattre de façon intensive).

Les seuls verbes qui posent vraiment problèmes sont ceux qui sont décomposables en de- + verbe, quand ce dernier a une existence propre (ex. faire/faire, mêler/mêler, commander/commander, etc.). Dans de tels cas, la valeur exprimée est très souvent celle d’action contraire, prise au sens large [Ex. placer/placer (éloignement); saler/ dessaler (séparation); cuivrer/cuivrer (privation)]. Très souvent, certes, mais pas toujours. La valeur que confère alors ce de- ne figure pas parmi les valeurs généralement attribuées au préfixe dé- français. Ce de- est, ou était, vide de sens! (ex. nommer/nommer; limiter/limiter; noter/noter, etc.). Sa valeur n’est assurément pas « intensive ».

Bref, vouloir expliquer le sens des verbes commençant par de- à partir de leur morphologie n’est pas chose facile. J’irais même jusqu’à dire : « Mission impossible ».

Maurice Rouleau

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10 commentaires pour Préfixe de, dé, des (3 de 3)

  1. Thierry Martin dit :

    C’est un projet ambitieux auquel vous vous êtes attelé sur ces trois billets. Faire un tour d’horizon des préfixes de, dé, des tant du côté du français que du côté du latin n’est pas une mince affaire.
    Le de latin utilisé en tant que préverbe (ce peut être également une préposition) permet de créer nombre de composés dont nous n’avons pas forcément la correspondance ou les nuances en
    français, exemple : deamare, deambulare etc…
    Quand ce préverbe donne une idée d’achèvement, d’accomplissement comme dans devincere, vaincre définitivement, nous n’avons pas davantage de verbe correspondant en français.
    Un exemple révélateur est le couple périr – dépérir. Dépérir marque un affaiblissement progressif une détérioration, un sens moins fort que périr. Les dictionnaires le disent venir du verbe latin deperire. Mais le deperire latin qui est très classique, a bien le sens de périr, de disparaître totalement. Le préverbe de conserve bien ici sa valeur intensive.
    Le deperire latin n’a point le sens du dépérir français qui une fois de plus, si j’ose dire, n’en a fait qu’à sa tête.

  2. antoine mercier dit :

    J’aimerais rebondir sur les notions de ‘vide de sens’ et de ‘valeur intensive’, comme vous en faites état, notamment sous le chiffre 5- :
    ‘La valeur « intensive » que le NPR attribue au de- initial de certains verbes français ne semble pas refléter à la réalité (débattre ≠ battre de façon intensive).’ Et plus loin: ‘Ce de- est, ou était, vide de sens! (ex. nommer/dénommer; limiter/délimiter; noter/dénoter, etc.). Sa valeur n’est assurément pas « intensive ».’

    Reprenons l’exemple de limiter/délimiter; pour ma part, j’y vois une différence de sens:
    Limiter = poser une limite, sans plus;
    Délimiter = définir précisément (toutes) les limites, dessiner le contour exact d’une chose ou d’un espace.

    C’est peut-être le terme ‘intensification’ qui pose problème. A mon sens, Il s’agit plutôt d’une continuation de l’action décrite par le verbe de base (limiter) ; ‘délimiter’ parachève l’action de ‘limiter’, en direction d’un résultat recherché.

    D’autre couples de verbes me semblent permettre la même lecture ou compréhension de sens:
    Laisser = quitter momentanément, ne pas retenir, ne pas toucher ou modifier;
    Délaisser = négliger, abandonner, quitter définitivement ou durablement.

    Tremper = mouiller, diluer, plonger dans l’eau;
    Détremper = tremper de manière à obtenir un résultat bien défini (en atelier d’art par exemple).

    De même, toujours par rapport à ce que je perçois:
    montrer/démontrer – léguer/déléguer – goûter/déguster
    terminer/déterminer – finir/définir – faillir/défaillir – manger/démanger
    laisser/délaisser – couper/découper – tailler/détailler – nommer/dénommer
    pleurer/déplorer – mander/demander – (com-)battre/débattre – …etc.

    Dans certains cas, la construction n’est plus repérable en français, il faut faire appel au latin:
    ferre (porter)/déférer – numerare (compter)/dénombrer – ambulare (marcher)/déambuler

    Ce qui est certain, c’est qu’aucun de ces verbes n’implique une notion de contraire (armer/désarmer), bien au contraire! Et personnellement, j’y vois plus qu’un élément décoratif ou une redondance vide de sens.

    Au plaisir de vous lire.

  3. Thierry Martin dit :

    Avec votre permission, j’aimerais revenir sur le verbe détruire et sa traduction en latin .
    Monsieur Mercier a parlé, à juste titre, du verbe destruere.
    Donnons plus de détails. le verbe d’origine est struere dont le sens est disposer en piles, empiler (strues signifie pile, amas).
    Par extension ce verbe a pris le sens d’entasser, de dresser, puis de bâtir.
    De nombreux préverbes peuvent y être adjoints comme ad-struere qui signifie bâtir à côté, construire en outre.
    Le latin est une langue d’une grande acuité (j’emploie ce mot à dessein), et pour en revenir à destruere, il ne peut avoir le sens global de delere.
    Il n’est utilisé que par opposition à construere qui signifie bâtir, édifier. En voici des preuves ;

    C’est en vain que vous chercherez dans les écrits de César le verbe destruere, il ne l’emploie JAMAIS. Et Dieu sait pourtant que César fait souvent état de destruction !

    Tout le monde connait la célèbre expression, attribuée à Caton l’Ancien, « Carthago delenda est », Carthage doit être détruite, là encore le verbe destruere n’a pas été utilisé.

    En résumé si je veux parler de destruction d’une armée, comme César, ou de destruction d’un idéal, je ne vais pas employer le verbe destruere. Mais il est vrai, comme toujours, que le français n’a pas la précision, les nuances du latin.

    • antoine mercier dit :

      On devrait donc dire parfois: « Censeo etymologia delenda est. »
      Il est vrai que l’étymologie peut être très mauvaise conseillère quand il s’agit de trouver non pas l’origine sémantique d’un mot, mais la meilleure traduction qu’on puisse en faire. Au cours de l’histoire du français, allez savoir pourquoi, le ‘delere’ latin a disparu. Il n’en reste qu’une trace, sous forme de l’adjectif délébile/indélébile, qui renvoie d’ailleurs au premier sens de ‘delere’ qui était: effacer, d’une tablette d’argile, par exemple. Par la suite, les Romains ont ‘effacé’ bien d’autres choses: des armées, des villes entières, des civilisations… Une gomme très radicale.
      Donc oui, dans la plupart des cas, le détruire français se traduit par le delere latin; s’il s’agit de démonter ou démolir un mur, ou un navire, on pourra choisir destruere, comme Cicéron (De senectute): « Ut navem, ut aedificium idem destruit facillime, qui construxit. »

      • Thierry Martin dit :

        Vous avez tout-à-fait raison. Je voulais juste ajouter que lorqu’un César, dont la pureté de la langue n’est plus à démontrer n’emploie pas destruere, c’est tout simplement parce, ce qui nous échappe de prime abord et qui est automatique pour lui, il voit le sens
        « désempiler », « désentasser » de par la formation de ce verbe sur le nom strues (pile, amas)., par extension détruire, certes,mais avec quelque nuance.
        Un bon exemple d’usage de ce verbe serait dans la traduction d’une phrase comme :
        « D’un revers de main, il a détruit mon château de cartes », ou encore : »Nous avions entassé de nombreux matériaux pour faire ce barrage mais les flots l’ont détruit’.
        Ce serait faire justice au latin si j’ose m’exprimer ainsi.

  4. Robert Turgeon dit :

    En ce qui concerne l’idée de « valeur intensive », j’abonde volontiers dans le sens de M. Mercier et j’oserais ajouter que l’idée d’intensité me paraît évidente avec les verbes « tremper » et « détremper ». Ce dernier verbe ne sous-entend-il pas que nous sommes trempés complètement ? J’aimerais bien « entendre » les propos de M. Rouleau suite à ces commentaires très révélateurs…

  5. Margaux B-siMoni dit :

    Merci pour ces éléments de réponses qui m’ont bien aidés dans ma recherche du « pourquoi ces -dé- et à quoi ils servent? ». A la base je recherchais une réponse claire pour une question qui me turlupine depuis quelques temps maintenant. Pourquoi dé-périr? alors qu’il s’agit d’un mot semblable à « périr » ou « mourir ». Lors de mes recherches, j’ai eu quelques éléments de réponses, notamment d’où vient ce terme, la différence entre « mourir » et « dépérir », mais rien sur pourquoi ce « dé »! « Périr » aurait put suffire….

    Bref! sans doute fait-il partie de ces -dé traduisant l’intensité du mot (?) Merci pour cet article en tout cas!

    Bonne continuation! J’admire votre travail!

    • Robert Turgeon dit :

      Déplacer est indiqué comme valeur intensive par M. Rouleau, cependant, pour ma part, j’y vois plutôt un « contraire ». En effet, lorsqu’on place quelque chose, on le fixe à un endroit, on l’immobilise. Par contre, lorsqu’on déplace un objet, on le bouge. C’est état de mouvement montre bien son contraire : de l’immobilisme, il devient mobile avant d’être re-placé, de re-devenir immobile. En ce qui concerne périr et dépérir, j’y vois une valeur intensive, car, bien que ces deux termes signifient la même fin, ils ne donnent pas à penser la même chose. En fait, lorsqu’on dit : il a péri. On indique sa mort imminente. Cependant, lorsqu’on utilise le verbe dépérir, on inscrit celui-ci dans le temps, plus ou moins long j’en conviens, mais dans le temps quand même. Donc, en inscrivant la mort (ou la fin de quelque chose) dans le temps, ne marque-t-on pas l’intensité du processus ?

      « dépérir intransitif 2e groupe (conjugaison)

      1. S’affaiblir graduellement jusqu’à l’anéantissement total.

      L’enfant dépérissait, la mère et la grand-mère se dévoraient d’inquiétude. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans « Trois contes de l’Amour et de la Mort », 1940)
      (Par hyperbole) — Si une semaine s’écoulait sans escapade, on le voyait s’ennuyer, dépérir et fureter dans le logis pour trouver une issue. — (Francis Carco, L’Homme de Minuit, 1938)

      2. (Figuré) Se détériorer graduellement jusqu’à la ruine totale.

      […], depuis la Seconde Guerre mondiale, les nations d’Europe occidentale ont laissé dépérir leur industrie charbonnière, tant il était facile de se procurer, en abondance et à bas prix, le pétrole du Proche et du Moyen-Orient. — (P.J. Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction de Odette Guitard, 1992, p.178)

      3. (Droit) Les effets de la succession dépérissent. – Il ne faut pas laisser dépérir les biens de l’absent.

      (Droit) Devenir plus faible avec le temps.
      Les preuves dépérissent par la longueur du temps. » (http://fr.wiktionary.org/wiki/dépérir : consulté le 28 juin 2014)

      • rouleaum dit :

        D’après vous, j’ai attribué une valeur intensive au verbe déplacer. J’en fus le premier surpris. J’ai donc relu mon texte et n’y ai trouvé aucune indication corroborant votre dire. Aurais-je mal lu?
        Pour ce qui est de périr et dépérir, je ne vois toujours pas de valeur intensive. La durée d’un événement n’ajoute pas, selon moi, à l’intensité de l’action.Ce sont deux aspects qui ne peuvent être confondus.

        • Robert Turgeon dit :

          Désolé, j’ai sûrement confondu avec un autre commentaire. Celui, si ma mémoire ne me joue pas des tours, où il est question des verbes « déplacer », « décaféiner » et décalcifier ». Je ne me souviens plus très bien de l’auteur. Pour ce qui est du verbe dépérir, disons que j’y vois une valeur intensive par extension. En effet, lorsque que quelqu’un ou quelque chose dépéri « graduellement » ne peut-on pas imaginer que son état s’aggrave et donc que sa condition s’alourdit et, qu’en conséquence, il y a là une intensité qui s’accumule, que sa douleur ou sa souffrance s’intensifie ?

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