Décade / Décennie (1 de 2)

 Faut-il dire décade ou décennie

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               Quand utiliser décade? Quand utiliser décennie? « Euh… », serait ma réponse immédiate. Ce sont deux mots que j’utilise très, très rarement. Décade encore moins que décennie. Et l’on ne m’a jamais signalé que j’en faisais un mauvais usage. Cela ne prouve rien, j’en conviens. Mais si l’on me pose la question, c’est que, derrière cette paire, doit se cacher une chausse-trape. Mais laquelle? Voyons ce que nous dit le Nouveau Petit Robert (NPR) 2010.

DÉCADE  n. f.  étym. 1355; lat. decas, adis, du gr. dekas, ados, de deka « dix »

I.     1. Période de dix jours.

2. Anglic. critiqué Période de dix ans. → décennie.

II. Chacune des parties d’un ouvrage composée de dix livres ou chapitres.

DÉCENNIE,  n.f.  étym. 1888 ◊ de décennal

■ Période de dix ans.→ décade (critiqué).

                Le danger est là, clairement identifié : il ne faut pas utiliser décade au sens de décennie. Pas plus, sans doute, que décennie au sens de décade. Si, pour une raison ou pour une autre, vous devez faire preuve d’une grande maîtrise de la langue française, mieux vaut ne pas les confondre. Sinon, on critiquera votre façon de faire. Décade doit signifier uniquement « période de dix jours »; et décennie, uniquement  « période de dix ans ». Telle est la consigne. « La consigne, c’est la consigne », dit l’allumeur de réverbère au Petit Prince, qui le bombardait de questions. Autrement dit, une consigne, c’est fait pour être respecté et non pour être contesté. Même si je ne me sens pas particulièrement visé par la mise en garde du NPR – je ne me rappelle pas avoir déjà utilisé décade –, je ne peux m’empêcher de me demander comment on en est venu à utiliser l’un pour l’autre. Et j’ai voulu savoir…, car, moi, je ne suis pas l’allumeur de réverbère.

Quand décade et décennie apparaissent-ils dans la langue ou mieux dans le dictionnaire?

Pour moi, « apparition dans la langue » et « apparition dans le dictionnaire » ne sont pas synonymes, même si, dans l’esprit de plusieurs, ils peuvent l’être. En effet, la datation d’un mot (année de parution du plus ancien document dans lequel on trouve ce mot) ne dit absolument rien de l’USAGE qu’en faisaient les gens à cette époque. Ce n’est qu’une attestation isolée (un hapax, dirait le linguiste). Rien de plus. Quand le mot apparaît dans le dictionnaire, c’est, selon la théorie, qu’il est en USAGE. Avec, il va sans dire, quelques années de retard sur son entrée réelle dans la langue.

D’après le NPR, c’est dans un ouvrage datant de 1355 qu’on trouve décade pour la première fois; dans un datant de 1888 qu’on trouve décennie.Il se serait donc écoulé plus de 500 ans avant que décennie vienne apparemment concurrencer décade! – Vous comprendrez bientôt pourquoi j’utilise cet adverbe. – C’est dire que cette méprise lexicale est, ou serait, un phénomène relativement récent.

Que signifiaient décade et décennie à leur apparition dans la langue?

Il est bien difficile de répondre à cette question, car les ouvrages auxquels font référence les datations fournies par le NPR (à savoir 1355 et 1888) ne sont pas listés dans « Correspondances des principales datations de mots ». Il faut donc se rabattre sur le premier dictionnaire à les avoir admis  dans sa nomenclature.

DÉCADE             

Décade ne figure pas dans le Thresor de la langue françoyse, tant ancienne que moderne, de Jean Nicot (1606). On le trouve par contre dans la 1ère édition du Dictionnaire de l’Académie française (DAF, 1ère éd., 1694), défini de la façon suivante :

 s. f. Dixaine. Il ne se dit guere que d’un ouvrage d’esprit, contenant dix livres. Premiere, seconde, troisiesme decade. cette histoire est partagée en tant de decades. les décades de Tite-Live.

Il y a là deux éléments bien distincts. Le premier est son acception (son sens); le deuxième (ou second), un remarque sur son emploi.

1-   Décade veut dire « dixaine » (aujourd’hui dizaine), lui-même défini comme une « collection de 10 unités ». C’est ainsi qu’on l’utilisait : une décade ou une dizaine d’écus = 10 écus; deux décades ou deux dizaines d’ouvriers = 20 ouvriers. (1)

2-   Mais, en 1694, ce mot n’est plus couramment utilisé dans ce sens. Décade a cédé sa place à dizaine, comme nous le dit D’Alembert (2), sauf quand il est question d’un « ouvrage, contenant dix livres », comme celui de Tite-Live. C’est le seul emploi qu’on lui reconnaît alors. Il n’est donc plus nécessaire de préciser la nature de la dizaine en question, car décade s’emploie de manière absolue, son complément du nom, sous-entendu, étant obligatoirement « livres ou chapitres ». C’est ainsi que l’utilise Baptiste Legrain, en 1614 : Decade contenant la vie et gestes de Henry Le Grand Roy de France et de Navarre IIII (sic) du nom (Imprimé aux despends de l’Auteur, Paris, 1614).

DÉCENNIE

D’après le NPR, décennie  est apparu en 1888. Mais cette datation ne renvoie, nous l’avons dit, à aucun ouvrage précis. Il faut donc l’admettre sans pouvoir le vérifier.

Une cinquantaine d’années plus tard, plus précisément en 1935, l’Académie ne lui reconnaît toujours pas le droit à l’existence. Il faudra attendre la publication de l’édition en cours (DAF, 9e éd., 1985-…) pour que décennie fasse enfin son entrée officielle (i.e. reconnue par l’Académie) dans la langue (ou dans le dictionnaire). Tout comme une remarque à l’entrée décade : « Ce mot ne doit pas être confondu avec Décennie ».

Supposons donc, faute de mieux, qu’en 1888 décennie a le sens que lui attribue aujourd’hui le DAF : « période de 10 ans ».

Comment expliquer l’apparition de décennie?

Généralement, un mot n’apparaît dans la langue qu’en réponse à un besoin qui se fait de plus en plus pressant. Si décennie apparaît en 1888, c’est qu’il n’existe pas de mot, à cette époque, pour dire « période de dix ans ». Ou s’il en existe un, son emploi pose un sérieux problème. Mais qu’en est-il vraiment?

Ce néologisme est formé sur la racine de l’adjectif décennal  [de decem « dix » et annus « an »] qui, lui, existe depuis au moins 250 ans. C’est en 1762 que l’Académie le consigne pour la première fois (DAF, 4e éd.). Bloch & von Wartburg, dans leur Dictionnaire étymologique de la langue française, le font même remonter au XVIe s. C’est dire que, pendant près de 350 ans [de 1540 (NPR dixit) à 1888], la langue française s’accommode, on ne peut mieux, du seul adjectif décennal : « qui dure ou revient tous les dix ans ».Le manque du substantif ne se fait aucunement sentir.

                Puis, à la fin du XIXe siècle, ce manque se fait apparemment pressant! Dire une « période décennale » ne convient plus. Il faut un substantif, mais il n’en existe pas. Qu’à cela ne tienne! Comme Dieu a dit : « Que la lumière soit! » et la lumière fut; le lexicographe dit : « Que le substantif soit! » et le substantif fut. La langue (ou le dictionnaire) venait de s’enrichir d’un nouveau mot, dont le besoin ne s’était pourtant jamais fait sentir auparavant.

L’a-t-on créé par souci d’économie dans le discours (décennie est plus court que période décennale)? Si oui, il n’y a là rien de bien répréhensible. On peut, tout au plus, se surprendre de ce besoin si long à se manifester. Si non, quelle pourrait bien être la vraie raison?…  Il semblerait qu’on en veuille au caractère apparemment bisémique (Se dit d’un mot qui a deux sens différents selon le contexte) de décade. En effet, on nous dit que décade ne devrait pas avoir deux acceptions, mais bien une seule : « période de dix jours ». Comme si en français les mots étaient tous monosémiques!

Décade est-il vraiment bisémique en 1888?

À son apparition dans la langue, un mot n’a qu’un sens. En effet, pourquoi lui en attribuerait-on deux d’un seul coup quand sa raison d’être est précisément de combler un vide lexical?  Ce n’est qu’avec le temps et en fonction des besoins qu’il en acquerra un ou plusieurs autres (3).

Est-ce bien ce qui est arrivé à décade? Oui, car, au départ, il ne signifiait que « dixaine ». Puis, il a signifié « composé de 10 livres », avant de se voir attribuer, à l’époque de la Révolution française, celui de « période de 10 jours ». Il y a donc eu évolution sémantique. Jusque-là, rien de trop anormal. Puis, soudain, on lui interdit de continuer à évoluer. On n’aime pas le voir désigner une « période de dix ans ». Et ce, même s’il n’est plus utilisé pour dire « période de dix jours »! La solution : créer un mot, et c’est décennie qui aurait apparemment vu le jour. C’est du moins ce que j’en comprends. Mais, en 1888, décade est-il un mot bisémique reconnu? A-t-il les deux sens qu’on veut bien lui attribuer?

Pour le savoir, je consulte trois dictionnaires en usage au XIXe siècle : le Grand Larousse universel (1870), le Bescherelle (1856) et le Littré (1872) (4).

Aucun de ces ouvrages n’attribue à décade le sens de « période de 10 ans »! On ne lui reconnaît que celui de « période de 10 jours ». La supposée apparition de décennie en 1888 ne répondrait donc pas à un usage que veulent consigner les lexicographes. À commencer par É. Littré, lui-même, qui, dans la préface de son ouvrage, nous dit : « […], je dirai, définissant ce dictionnaire, qu’il embrasse et combine l’usage présent de la langue et son usage passé, afin de donner à l’usage présent toute la plénitude et la sûreté qu’il comporte. » Clairement, décade n’est pas, et n’était pas bisémique, à cette époque. Aux yeux des lexicographes, du moins. Prétendre que décennie fait son apparition en 1888 pour qu’on cesse de donner à décade le sens de « période de dix ans » devient difficilement défendable. Voilà la preuve, si preuve il fallait, que la datation qu’on associe à un mot ne dit absolument rien de son emploi réel. Il s’agit plus souvent qu’autrement d’une attestation isolée. À ne jamais oublier : une occurrence ne fait pas loi!

À quand remonterait donc la méprise lexicale dont fait état le NPR?

Les deux termes, décennie et décade, en raison même de leur signification claire et nette, ne sont pas, en 1888, susceptibles d’être confondus, d’être pris l’un pour l’autre. Un illustre inconnu a peut-être utilisé décennie, mais ce mot n’était assurément pas entré dans l’usage, d’où son absence des dictionnaires.

Pour que le NPR 2010 nous commande, à sa façon, de ne pas les confondre, il faut que cette façon de faire soit devenue courante. À moins qu’elle ne l’ait déjà été (donc qu’elle ne l’est plus), mais qu’on l’y trouve encore parce qu’on la repique d’une édition à l’autre, sans se donner la peine de réévaluer sa pertinence. Qui sait? À quand remonterait donc cette méprise? Reculons dans le temps.

Dans le Larousse Universel en deux volumes, paru en 1922, décade y est toujours défini de la même façon : « Dizaine. Espace de 10 jours dans le calendrier républicain. Partie d’un ouvrage composé de 10 chapitres ou livres ». Aucune trace de « période de dix ans ». Pour le moins étonnant! Il n’y a pas lieu de s’en étonner, objecterez-vous, car cette acception est maintenant attribuée à décennie! Et ce, depuis 1888! Euh… C’est ce qu’on veut nous faire croire, mais la réalité est tout autre.  Décennie ne figure toujours pas dans cet ouvrage de 1922. Il ne peut donc y avoir méprise à ce moment-là. Elle est nécessairement apparue plus tard. Mais quand? Faisons un saut d’une trentaine d’années.

Que nous dit le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, mieux connu sous le nom de Grand Robert, dont la publication s’est étalée de 1953 à 1964?

Décennie y a droit à une entrée. Et décade se voit attribué non seulement le sens de « période de dix jours » mais aussi celui de « période de dix ans ». Enfin!, pourrait-on dire. C’est la première fois qu’un dictionnaire lui reconnaît ce sens. Ce dernier ne lui est toutefois pas attribué avec tous les honneurs. Voyez par vous-mêmes ce qu’on dit de décade :

– 1. Période de dix jours.

– 2. (Souvent sous l’infl. de l’angl.). Emploi critiqué. Période de dix ans. – Décennie. [+ 3 citations à l’appui]

Cet énoncé soulève quelques questions. Surtout en raison de ses non-dits, i.e. de ce qui n’est pas formulé explicitement.

  • Faire entrer un mot (décennie) ou un nouveau sens (période de dix ans) dans le dictionnaire, c’est reconnaître que ce mot ou ce sens sont entrés dans l’usage. Autrement dit, qu’un nombre significatif de gens les utilisent. Et ce, depuis un certain temps. Mais dans les faits, sont-ils si nombreux à lui attribuer ce sens? On ne peut malheureusement que le supposer. Le Grand Robert illustre cette acception à l’aide de 3 citations.
  • Dire que cet emploi est critiqué, c’est accuser tous ceux qui l’utilisent au sens de « période de dix ans » de mal s’exprimer. Mais qui sont ces gens qui critiquent cet emploi? On ne le sait pas. Et sur quoi se basent-ils pour condamner cet usage? On le sait encore moins.
  • Ceux qui se permettent d’utiliser décade au sens critiqué le font « souvent sous l’influence de l’anglais ». Ah, bon! Souvent? DONC, pas toujours... Comment savoir alors que tel auteur est sous l’influence de l’anglais? Que tel autre ne l’est pas? Euh…

Proust est-il sous l’influence de l’anglais quand il écrit :

(…) il y a des femmes qu’à chaque décade on retrouve en une nouvelle incarnation, ayant de nouvelles amours, parfois alors qu’on les croyait mortes, faisant le désespoir d’une jeune femme que pour elle abandonne son mari. (Le Temps retrouvé, 1927)?  

Et Duhamel, l’Académicien, quand il écrit :

En ce temps, (je parle de la dernière décade du XIXe siècle) certaines villes étaient peuplées de retraités et de rentiers. (Inventaire de l’abîme, 1945)?

Vous admettrez que la question se pose, d’autant plus que ce sont deux des trois citations à illustrer cet emploi critiqué. Pour ce qui est de la troisième, j’en suis toujours à me demander la raison de sa présence. Jugez par vous-mêmes :

Décade […] désigne un groupe de dix vers ou de dix livres et, dans le temps, un espace de dix jours, sens qu’il a pris en particulier dans le calendrier révolutionnaire. Ce dernier sens est si connu – les fumeurs n’ont pas oublié le temps proche encore où ils touchaient leurs décades – qu’il est préférable, pour éviter l’équivoque, de ne pas le prendre comme on le fait couramment aujourd’hui, au sens de dix années. (René GEORGIN, Pour un meilleur français, 1953).

OUVRONS ICI UNE PARENTHÈSE

On le fait couramment aujourd’hui, nous dit Georgin. Mais est-ce bien le cas? Impossible de savoir. Qu’on le fasse aujourd’hui, cela se peut. Qu’on le fasse couramment aujourd’hui, cela se peut aussi, mais…  Je ne dis pas que Georgin a tort. Je dis seulement que j’aimerais pouvoir le croire autrement que sur parole.

Il m’arrive d’entendre dire « il a débuté [son entraînement]» au lieu de « il a commencé […]». Et ce, par bien des gens (c’est du moins l’impression que j’ai). On le fait aujourd’hui, cela est indéniable. Le fait-on couramment aujourd’hui? Euh… Étant donné que cette construction m’agace au plus haut point, mon sang ne fait qu’un tour quand je l’entends. Et si je l’entends une ou deux fois dans la même journée, je serai fort probablement tenté de dire qu’on le fait souvent. Et si le lendemain, la même chose se reproduit, ne serais-je pas justifié de dire qu’on le fait couramment aujourd’hui? Euh…  En fait, combien faut-il d’occurrences pour qualifier un événement de « courant »? À défaut de relevés statistiques, il faut se rabattre sur ses impressions. Mais sont-elles fiables? Ce que dit Georgin, est-ce une impression ou un fait avéré? Je ne saurais dire.

Je me méfie des légendes linguistiques comme des légendes urbaines. Je n’y puis rien, je suis ainsi fait. Déformation professionnelle? Assurément.

FERMONS LA PARENTHÈSE

                Clairement Georgin n’utilise pas décade au sens « critiqué ». Il se contente de dire qu’on le fait couramment. Cette citation n’illustre donc pas l’usage du mot – comme cela devrait être le cas –, mais bien plutôt sa condamnation! Pourquoi le Grand Robert cite-t-il Georgin? Euh…

C’est donc à partir du milieu du XXe siècle qu’on officialise l’entrée de décennie dans l’usage. Et aussi la méprise lexicale i.e. l’emploi de décade pour décennie. Et c’est au Grand Robert qu’on le doit.

Mais bien d’autres questions se posent. Nous tenterons d’y répondre dans le prochain billet.

À SUIVRE…

MAURICE ROULEAU

(1)  Tout terme collectif suffixé en –aine désignait au départ le nombre d’unités indiqué par son radical.  Trentaine =  trente unités; centaine = cent unités, etc. Ce n’est que plus tard que ces termes commencent à indiquer un nombre « de l’ordre de… » (ex. : trentaine = trente ou environ). Cette valeur approximative n’est pas apparue au même moment pour tous ces termes, du moins si l’on en croit l’Académie :

  • soixantaine : 1762 (DAF, 4e éd.);
  • douzaine : 1798 (DAF, 5e éd.);
  • quinzaine, vingtaine, trentaine, quarantaine, cinquantaine et centaine : 1835 (DAF, 6e éd.);
  • dizaine : 1872 (le Littré).  [L’Académie ne lui reconnaît ce sens que dans l’édition en cours (DAF, 9e éd., 1985-…).]

Pour ce qui est de millier, il désigne « environ mille » depuis 1835 (DAF, 6e éd.).

 (2)  D’Alembert (1717-1783), dans son Encyclopédie méthodique  (p. 485), dit : « Quelques anciens auteurs d’Arithmétique se sont servis de ce mot pour désigner ce que nous appelons aujourd’hui dixaine; il est formé du mot latin decas, dérivé lui-même d’un mot grec qui signifie la même chose. On ne se sert plus de ce mot que pour désigner les dixaines de livres dans lesquels on a partagé l’Histoire romaine de Tite-Live. »

 (3)  L’acquisition d’un nouveau sens (ou néologie sémantique) a été abordée dans un précédent billet.  https://rouleaum.wordpress.com/2013/10/21/ L’évolution sémantique du mot bureau y a été présentée.

 (4)  Le Grand Larousse universel du XIXe siècle (vol. 6, 1870, p. 203); le Dictionnaire national ou dictionnaire universel de la langue française, ou le Bescherelle (tome 1er, 4e éd., 1856, p. 887); le Dictionnaire de la langue française, ou le Littré (1ère éd., 1863-1872).

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2 commentaires pour Décade / Décennie (1 de 2)

  1. Anne dit :

    Votre article est intéressant car il montre bien combien ce qui peut sembler « évident » pour une personne de culture « hexagonale » peut laisser perplexe de l’autre côté de l’Atlantique. Je ne sais pas si c’est encore le cas pour les jeunes Français, mais pour moi, le sens de « décade » s’est toujours limité à celui du calendrier révolutionnaire, à savoir une dixaine de jours. J’ai l’impression que si le mot « décennie » est apparu pécisément parce que l’on a senti le besoin d’empêcher la confusion, du moins en France. Par la suite, les linguistes ont tout naturellement qualifié l’emploi de « décade » au sens de dix ans comme un anglicisme. Cela dit, il est évident que l’usage peut évoluer, dans la mesure où le calendrier en question a fait long feu…

    • antoine mercier dit :

      Sans être moi-même « hexagonal », mais certainement sous influence en tant que Suisse romand, j’ai la même perception qu’Anne des raisons qui ont pu conduire à l’introduction du mot « décennie ». Pendant une bonne douzaine d’années, de l’An II à l’An XIII (1805), on a inculqué aux Français, par force de loi, que la « décade » qualifiait la nouvelle semaine de dix jours et rien d’autre. J’imagine que le besoin de pouvoir distinguer la « décade 10 ans » de la « décade 10 jours » s’est fait ressentir précisément à la Restauration; nécessité (ou utilité) fait loi, dit le proverbe. Sans entrer dans le débat sur les carences des dictionnaires souvent pris pour cible dans ce merveilleux blogue, l’apparition de « décennie » dans l’écrit est largement antérieure à 1888. On le trouve par exemple dans ‘L’Encyclopédie Méthodique’, partie Agriculture, éditée à Paris en 1821: «En conséquence , les bois y existans (sic) dans ce moment seront abattus à blanc étoc dans la première décennie.»
      Tout au long du 19ème, on retrouve ce terme dans de nombreux textes, non pas littéraires, il est vrai, mais didactiques, encyclopédiques ou légaux. Pendant quelques décennies (!), s’il l’on en croit les occurrences dans l’écrit, il semble avoir été réservé à la sylviculture, avant de faire son apparition dans ce qu’on appelle l’usage, ce qui lui a mérité sa mention dans le dictionnaire de 1888. D’ailleurs, contrairement à ce qu’indique le NPR, il s’agirait plutôt, selon le CNRTL, de 1890, dans le Larousse, 19e Supplément. Qu’il soit passé dans l’usage courant étonne peu quand on se rappelle qu’au 19ème, plus de 50% des locuteurs du français de France étaient des ruraux, dont une partie du travail était consacrée à l’exploitation du bois.
      Je lis plus haut dans l’article: «Un illustre inconnu a peut-être utilisé décennie, mais ce mot n’était assurément pas entré dans l’usage, d’où son absence des dictionnaires.» Je pense que cet ‘illustre inconnu’ était en fait une multitude de ruraux qui ont repris tout naturellement le terme proposé par les ingénieurs forestiers. Les rédacteurs des dictionnaires côtoyaient le beau monde des beaux quartiers parisiens; on peut leur pardonner de ne pas avoir su que ce mot était pratiqué couramment à la campagne 0ù ils ne se rendaient jamais, si ce n’est pour des déjeuners sur l’herbe…

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