Stylist. comparée  14-  Le concret, l’image

De préférence : le concret, l’image

 

Nous avons vu que, sur le plan lexical, l’anglais se distingue nettement du français. L’anglais fait montre d’un goût très prononcé pour le concret, pour l’image, tout comme l’allemand d’ailleurs (1), langue de même famille indo-européenne. Les mots anglais sont parlants. À les dire, on voit presque la chose. Les mots français, eux, se situent généralement  à un niveau d’abstraction nettement supérieur. Sidewalk, p. ex., décrit bien la réalité dont on parle : on marche sur le côté de la rue. Trottoir ne dit rien de cela; il ne sert même pas à trotter. De même, sans savoir l’équivalent anglais de rotule, on le reconnaît en lisant : knee cap. C’est cela qui a fait dire à Vinay & Darbelnet, dans leur ouvrage intitulé Stylistique comparée du français et de l’anglais, que l’anglais recourt généralement à des mots images et le français à des mots signes.

                Même si l’étude du mot ne ressortit pas à la stylistique comparée, la façon « anglaise » de nommer les choses n’est pas sans avoir de répercussions sur l’organisation de la pensée. Il y a, comme l’a si bien dit Bally au début du siècle dernier, « un rapport entre la manière de penser et la manière de s’exprimer ». La phrase anglaise doit inévitablement s’organiser autour du mot image et la phrase française autour du mot signe. C’est précisément ce que dit en substance Robert Graves, dans son ouvrage Impenetrability or The Proper Habit of English (London: Hogarth Press, 1927) :

It is the persistent use of this method of  “thought by association of images”  as opposed to  “thought by generalised preconceptions”  that distinguishes English proper from the more logical languages [dont le français fait partie]. (p. 40)

À la limite, on pourrait parler non seulement de mot image/mot signe, mais aussi de phrase image/phrase signe. Et pourquoi pas, en poussant un peu plus, de langue image/langue signe?

Nous allons voir comment le recours à l’image – que l’anglais privilégie si souvent au niveau lexical – se manifeste également au niveau de la phrase. Aucun des exemples auxquels je fais appel n’a été inventé. Ce sont des cas réels.

  1. I am fed up.

L’idée d’être gavé ne viendrait jamais à l’esprit d’un francophone qui se trouverait dans la même situation. Il dirait tout simplement : J’en ai assez,  J’en ai marre  ou encore J’en ai plein le dos  (preuve que le français n’est pas totalement réfractaire à l’emploi de l’image).

  1. I’ll have my eggs sunny side up.

Au restaurant, je ne commanderais jamais mes œufs avec le soleil sur le dessus. J’aurais  plus de chance d’avoir ce que je désire si je dis : Mes œufs sur le plat (ou au plat), s.v.p.

  1. He breasted the tape three times in a row.

Sachant que cette phrase fait partie du compte rendu d’un marathon, vous n’aurez aucune difficulté à voir l’athlète bomber le torse pour toucher  le fil d’arrivée et le rompre. Le seul qui peut faire cela, c’est le gagnant, car, après son passage, il n’y a plus de fil. Autrement dit : Il est arrivé premier, trois fois d’affilée.

  1. Do you  know what’s around the corner?

Il est clair qu’il faut tourner le coin pour voir ce qui s’y trouve. Mais le francophone ne sent nullement le besoin de recourir à cette image pour exprimer la même idée. Il dira tout simplement : Savez-vous seulement ce qui vous attend?

  1. How can you tell when history turns a corner?

Une auto peut tourner le coin, mais pas l’histoire. Ici, l’anglophone utilise corner pour figurer un changement de direction dans le cours des événements. Un francophone dirait spontanément :  Comme savoir s’il s’agit d’un moment historique?

  1. It’s a black-tie evening.

Vous devez vous présenter à cette soirée portant une cravate noire. Pas seulement une cravate, cela va sans dire. La cravate noire symbolise ici le chic, et non le deuil. On recourt à un accessoire (un détail) pour véhiculer l’idée, plus générale, d’être bien mis. – Cet aspect sera abordé dans le prochain billet. –  En français, on pourrait dire : C’est une soirée habillée.

  1. Fish flakes easily when done.

Un francophone ne parlera jamais de flocons pour décrire la cuisson parfaite du poisson. Cela ne lui viendrait pas à l’esprit. Il dira plutôt spontanément :  Un poisson cuit à point se défait facilement (ou cède sous la fourchette). »

  1. The hotel burned to the ground.

Faut-il en conclure que tout n’est que cendres? J’en douterais. L’anglais nous dit, à sa façon, que les dommages sont trop importants pour que l’édifice puisse être restauré. Autrement dit :  L’hôtel est une perte totale.  

  1. I have butterflies in my stomach.

Il est certain que, si vous aviez vraiment des papillons dans l’estomac, vous ne vous sentiriez pas bien. Cette sensation désagréable peut être ressentie au moment de paraître en public, de subir une épreuve, d’exécuter un exercice dangereux…  En français, on dira plutôt :  J’ai le trac.

10.  He gave me a bear hug.

Se faire faire un câlin par un ours ne peut être qu’une étreinte dont il est difficile de se défaire. Si jamais quelqu’un me faisait une telle caresse, je laisserais tomber la référence à l’ours, car je n’ai aucune idée de ce que cela peut vraiment représenter. Je dirais tout simplement :  Il m’a serré très fort dans ses bras.

Bref, transposer en français l’image qu’utilise l’anglais mène presque à coup sûr à la catastrophe. En voici un autre exemple, qui m’a été récemment soumis :

 An emotion without social rules of containment and expression is like an egg without a shell: a gooey mess.

 Traduction (non fictive, hélas!) : Une émotion qui n’obéit pas à des règles sociales de maîtrise et d’expression ressemble à un œuf sans coquille : c’est une pagaille gluante.  Le traducteur [le masculin l’emporte, grammaticalement parlant, sur le féminin] a oublié qu’il doit être esclave du sens, et de rien d’autre. Surtout pas des mots.

Traduction plus appropriée :  L’expression d’une émotion qui transgresse les règles de bienséance peut avoir de graves conséquences.  Adieu l’œuf cru!

Dans les exemples suivants – certains fournis par une bonne amie qui, je l’espère, se reconnaîtra  –, vous trouverez en rouge les éléments imagés dont la traduction littérale n’aurait aucun sens en français; et en bleu, l’idée véhiculée par ces mots, i.e. ce qu’il faut rendre.

  1. Like other nomadic peoples who wandered through the spotlight of history (connaître son heure de gloire), the Nabataeans left little behind to explain themselves.
  1. A living antiquity presents problems to those who would preserve the past, uncovered its secrets or packaged it for mass consumption (ouvrir au grand public, en faire un attrait touristique).
  1. But because progressive education carries a heavy burden of sins (avoir un lourd passif) I do not think we can use its back as a convenient place (servir de bouc émissaire) on which to pile all our present troubles.
  1. With one of his helpers, he walks along the edge of the forest and unrolls a band of red plastic warning tape (établir un périmètre de sécurité). [Dans le pays en question, le ruban n’est pas jaune comme chez nous.]
  1. They have been dealing with it—rather effectively and rarely with kid gloves (avec délicatesse)—since Ibn Saud’s forces slaughtered the religious zealots of the Ikhwan in the 1920s.
  1. Quebec City region knocks us out (surprendre) every time.
  1. The view is dramatic from the wraparound windows (wagon panoramique) of the Park Car at the end of the train.
  1. A dark day, promising to grow darker. Let’s face it; just the sort of day when you might be forgiven for hitting the alarm and rolling over (rester au lit; faire la grasse matinée)–were you a student, that is.
  1. No one knows how many women died from these back-alley abortions (avortements clandestins).

Ces exemples devraient vous avoir convaincus – du moins, je l’espère – que l’anglais a un faible pour l’image, pour le concret. Un faible assez marqué. Un faible qui dépasse le mot.   Un faible qui s’observe même au niveau de la phrase.

Vouloir en faire autant en français sonnerait tout simplement faux.

 Maurice Rouleau

 (1)    Charles Bally, dans La langue et la vie (p. 54-55), a écrit  :

… la langue allemande, mise en présence d’une représentation complexe de l’esprit, tend à la rendre avec plus de complexité, tandis que le français en dégage le trait essentiel, quitte à sacrifier le reste. En faisant cette observation, on énonce autre chose qu’une règle de formation; on établit un rapport entre la manière de penser et la manière d’exprimer; car cela revient à supposer – à tort ou à raison – que l’esprit des Allemands est porté vers le détail et le devenir des procès, tandis que celui des Français s’attache à en préciser les contours, à les enserre dans des formules nettes, c’est-à-dire des mots simples; l’Allemand aperçoit l’action, le Français l’acte;  […¸]

L’anglais partage avec l’allemand cette façon de voir. Cette opposition (action  vs  acte) fera l’objet d’un billet dans un avenir rapproché.

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17 commentaires pour Stylist. comparée  14-  Le concret, l’image

  1. Dans le même esprit, dans une série télévisée que je regardais samedi, l’héroïne était suspendue dans un filet à trois mètres du sol après avoir été prise au piège. S’adressant à son ami resté en bas, elle lui demandait de la faire descendre : « Cut me down! ».Il n’était évidemment pas question de taillader la dame.
    J’ai été frappé par la concision de la phrase, tout ce qu’elle exprimait en trois petits mots : l’idée de couper la corde (cut) et sa conséquence (down). Le français en serait resté à l’idée conceptuelle (fais-moi descendre), alors que l’anglais décrivait littéralement la chose.
    Jamais un francophone voulant s’exprimer en anglais n’aurait eu l’idée d’exprimer ainsi la chose (un argument de plus selon moi pour dire qu’on ne peut traduire que vers sa propre langue).

    • rouleaum dit :

      Très bel exemple. Je vous en remercie.

      Je partage totalement votre point de vue sur la langue d’arrivée. Ce doit être, OBLIGATOIREMENT, la langue maternelle du traducteur, ou une langue qu’il maîtrise à la perfection. Sinon, le texte qu’il produira ne pourra que puer la traduction.
      Mais bien des traducteurs ne le voient pas du même oeil. Cela devrait pourtant crever les yeux de tous.

  2. Jean-Paul Deshayes dit :

    « sidewalk » (U.S) est imagé***. L’anglais britannique « pavement » ne l’est pas.
    ***« footpath » aussi
    Encore un excellent article illustré d’exemples parlants et fort bien traduits !
    Oui, l’anglais privilégie l’image, le visuel comme l’illustre si bien l’expression « in my mind’s eye » : tout est là : l’image perçue par l’œil virtuel, support de la représentation mentale.

    • rouleaum dit :

      Les deux équivalents que vous mentionnez m’étaient totalement inconnus. Je suis plus familier avec l’anglais américain qu’avec l’anglais britannique. Je me réjouis d’en savoir un peu plus grâce à vous.

      Je me demande cependant ce qu’un Américain comprendrait si on lui disait de marcher sur le pavement ou encore sur le footpath. Cette différence illustre bien, je crois, la distance qui sépare une langue mère de sa langue fille.

      En passant, je remarque qu’il y a dans pavement et footpath un élément que l’on ne retrouve pas dans sidewalk. Ils ne sont pas imagés, j’en conviens, mais s’ils en sont venus à désigner cette réalité c’est qu’on leur a attribué un sens restrictif. Initialement, pavement désigne a paved surface. Par extension il en est venu à signifier the artificially covered surface of a public thoroughfare. En Angleterre, on lui fait désigner sidewalk, toujours par extension (ou si vous préférez par restriction de sens). Il en est de même de footpath, qui au départ désigne a narrow path that people walk on. Par extension (ou par restriction), il en est venu à signifier sidewalk. En cela, ils se distinguent de sidewalk.

      Merci de votre intervention.

    • C’est vrai, j’avais oublié! Mais quand j’ai appris l’anglais, en Europe, il y a quelques décennies (je ne me ferai jamais à décades!), c’est ‘pavement’ que l’on m’a enseigné!

  3. Jacques Roger RAYMOND dit :

    Comme toujours, vos recherches apportent des informations très précieuses. Je n’en souhaite pas moins risquer des observations mineures sur quatre de vos traductions (toutes dignes d’éloges).
    — « L’hôtel est une perte totale. » me paraît essentiellement relever du vocabulaire de l’assurance. J’en ai localisé 2 exemples au Québec et dans le Manitoba –, mais aussi un en Belgique. Il me semble qu’en France métropolitaine nous dirions plus couramment « L’hôtel a brûlé de fond en comble. » Il est à noter que cette dernière expression est déjà attestée chez D’ALEMBERT. Bien entendu votre traduction reste légitime.
    — Jadis, invité par un diplomate états-unien, je fus victime de la formule « black-tie evening »: imaginant une soirée funèbre je comparus avec une simple cravate noire et un complet-veston sombre ….Nos homologues britanniques, eux, traduisaient obligeamment « tenue de smoking » ! « Soirée habillée » en est une version plus française et plus élégante.
    — Quant aux « papillons dans l’estomac », « avoir le trac » me semble s’imposer. « Avoir les boules » en serait un équivalent populaire.
    — Enfin la phrase qui compare une « émotion » transgressive à un « oeuf sans coquille » et conclut à une « pagaille gluante » est un chef-d’oeuvre de traduction littérale et mérite, à n’en pas douter, de passer à la postérité.

  4. Jean-Paul Deshayes dit :

    En effet :
    1. L’hôtel a été ravagé/ entièrement détruit par l’incendie
    2. « Avoir les boules » n’a pas le sens de « avoir le trac ». En effet, cette expression populaire signifie : se sentir mal, ne pas être content, être dépité, éprouver du ressentiment ; être ému ;émouvoir ; faire peur, rendre anxieux.
    3. gooey mess : une espèce de mixture gluante
    Une émotion qui s’exprime sans (une/la moindre ) retenue bienséante n’est qu’un fatras (sentimental) poisseux.

    • Je n’avais pas mentionné initialement, mais en ce qui concerne l’exemple 1 (I’m fed up), l’expression « ça me gave » ou « tu me gaves » est très fréquente dans l’Hexagone.

      Par ailleurs, ma traductrice de compagne et votre serviteur avions également relevé la très belle solution proposée dans l’exemple de l’« egg without a shell ».

    • Jacques Roger RAYMOND dit :

      Veuillez me permettre de manifester mon désaccord avec la définition restrictive que vous donnez de « avoir les boules » — et qui reproduit littéralement celle du « Dictionnaire d’Argot […] » de BOB. Mais d’abord, »émouvoir », « faire peur », « rendre anxieux » sont synonymes de « foutre les boules » (et non de les « avoir »). Surtout, « Le Dictionnaire de la Zone– Tout l’Argot des Banlieues » indique pour premier sens « Être inquiet, anxieux » et propose pour synonymes « avoir les glandes », « flipper ». D’autres expressions populaires n’auraient-elles pas des acceptions voisines ? « Avoir les foies », « les chocottes », etc..
      Je relève d’autre part des équivalences divergentes sur le fil « avoir les boules » de Wordreference.com (octobre-novembre 2011); ainsi, un contributeur anglais résidant à Paris écrit-il:  » ‘Avoir les boules’ also means ‘to have butterflies’ i.e. ‘[to be] anxious’ « ; un autre anglophone, « senior member » londonien, abonde quasiment dans le même sens:  » ‘J’ai une boule à l’estomac’ = ‘I have butterflies in my stomach’  » — soit l’expression même que nous traduisons par « avoir le trac ». De fait, beaucour de tournures argotiques sont polysémiques…. Mais l’objet prioritaire de cet excellent blog n’est pas l’argot de France métropolitaine ou… du Québec !..

      • Je sens que je vais mettre tout le monde d’accord. Pour avoir pratiqué le français de France pendant près de quatre décennies, je dirais qu’« avoir les boules » (ou « ça me fout les boules ») fait référence à des émotions diverses et variées, selon le contexte : je suis anxieux, j’ai des regrets, je suis déçu, je suis en rage, etc.
        Par exemple :
        – J’ai laissé filer cette bonne affaire, les boules!
        – J’ai été injuste avec elle, ça me fout les boules quand j’y pense
        – J’ai les boules, je ne suis pas prêt pour mon exam’ de demain.
        – Je me suis fait piquer mon portefeuille, ça me fout vraiment les boules.

        Tout ce que l’on peut dire, selon moi, c’est que cela fait référence à un bouillonnement intérieur plus intense qu’à la normale. Et que ça évite probablement d »avoir à nommer précisément la nature de l’émotion..

        • Jacques Roger RAYMOND dit :

          Entièrement d’accord: l’expression est polysémique (et votre troisième exemple : « J’ai les boules, je ne suis pas prêt pour mon exam’ de demain » valide la synonymie que j’avais suggérée avec « avoir le trac » ). De toutes les expressions citées, cette dernière ne correspond-elle pas mieux au registre familier mais non vulgaire de l’original ?

          Je corrige mon erreur de saisie: « beaucoup de tournures argotiques » (et non « beaucour »).

          • Cela n’engage que moi, mais cette expression me semble plus familière que vulgaire.
            Par ailleurs, je ne sais pas si la jeunesse d’aujourd’hui emploie toujours aussi largement cette expression, mais celle-ci était vraiment très employée par ma génération.

            • Jacques Roger RAYMOND dit :

              « Familier », « populaire », « vulgaire », « trivial », « grossier », « ordurier »: la délimitation des registres est problématique, et, je vous l’accorde, « vulgaire » est stigmatisant. Réflexion faite, je dirai que l’expression est très familière: après tout, « les boules » pourraient, qui sait ? se référer aux … »amygdales ». — « De mes deux » ne laisse, à l’inverse, guère de place au doute. Encore que… Dans sa (légitime) ardeur antifasciste, un de mes élèves avait traité MUSSOLINI de « Duce de [s]es deux », suscitant la perplexité d’une de mes collègues peu versée en argot. En tout état de cause, je ne me permettrais jamais de qualifier ainsi le nouveau premier ministre québécois , M. C…..ARD…. J’aurais trop peur qu’une telle vulgarité choquât le maître de céans et vous-même.
              Selon certains linguistes, « avoir les boules » serait apparu assez récemment. Claude DUNETON en relève l’usage dès 1965 chez les détenus de la prison de Fresnes. Je suis sûr d’en avoir entendu des variantes dans les années 1980 et 1990 — le plus souvent dans le sens de « avoir peur » , « avoir les jetons ». Depuis je me collette avec l’immense et créative diversité des argots brésiliens et ne saurais répondre à votre interrogation.

              Je saisis l’occasion pour revenir sur la banale anecdote relatée dans mon premier commentaire. Ma mémoire m’a trahi: l’invitation du diplomate américain portait la mention « cravâte noire » — en français (et l’accent du second -Â- était le signe d’un /a/ postérieur et prolongé en harmonie avec le deuil que je pressentais). S’il s’en était tenu à « black tie », j’aurais subodoré un tour idiomatique….Comme quoi il ne faut traduire qu’à bon escient.

              • Pour être complet, l’expression « (avoir/foutre) les boules » s’accompagne assez souvent d’un geste de la main sous la gorge, un peu comme si on soupesait un goître… ou autre chose 🙂 On imagine que cela symbolise quelque chose qui serait effectivement remonté dans la région des amygdales…
                Personnellement, je tendrais à dire que l’image n’est plus vraiment associée à l’expression (que les femmes emploient aussi, du reste) et que la généralisation de la formule tend à faire disparaître sa grossièreté initiale pour ne laisser que le familier. Mais ce n’est que mon avis.

              • Et dire que la conversation portait sur les mots-images!

  5. Robert Turgeon dit :

    Est-ce à dire que les expressions : « on ne sait ce qui nous attend au tournant » ou bien « ces événements marquent un tournant historique », relèveraient davantage de l’anglais ?

    • rouleaum dit :

      Je n’irais pas aussi loin. Pour moi, la question se pose différemment. Sans avoir le texte anglais comme incitatif (ce dont il faut se méfier quand on est traducteur), est-ce que spontanément on recourrait, pour dire la même chose, à « tournant »? C’est possible, mais tel ne fut pas mon cas.

      À remarquer que « tournant » est employé ici au sens figuré pour désigner le « moment où ce qui évolue change de direction, devient autre », alors que corner est concret, dans cet emploi.

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