Poisson  ≠  Viande  (3 de 3)   

 Dites!  Du poisson, ce n’est pas de la viande?

-3-

                Nous nous sommes demandé à la fin du précédent billet  d’où pouvait bien venir cet imbroglio à propos de ce qu’est ou n’est pas de la viande? Nous avons même osé nous demander si l’Église n’y avait pas joué un rôle obscur.

Si ce n’était de cet interdit d’en manger le vendredi, interdit imposé jusqu’en 1964 par la religion catholique, je ne me serais jamais posé la question. En effet, qui a besoin de consulter son dictionnaire pour savoir ce qu’est de la viande? Personne. Mais si d’aventure vous le consultez, vous constaterez que la définition de viande est pour le moins étonnante. Et elle l’est encore plus quand on en étudie l’évolution de ce terme comme je le fais depuis les deux derniers billets.

Comme cet interdit alimentaire est propre à la religion catholique, il est bien tentant de mettre cet imbroglio sur le dos de l’Église. Mais mérite-t-elle vraiment d’être mise au banc des accusés? Qu’en est-il réellement? C’est ce que nous allons essayer de déterminer.

Les interdits alimentaires

Les interdits alimentaires ne sont pas l’apanage d’une seule religion. Avant Vatican II,  la religion catholique interdisait de manger de la viande le vendredi. Soit. Mais la religion juive interdisait, et interdit toujours, de manger tout ce qui n’est pas casher  (1) et la religion musulmane, tout ce qui n’est pas halal  (2). Observer une telle règle n’est, tout compte fait, qu’une façon d’afficher son appartenance à une religion donnée.

N’allez pas vous imaginer que refuser de manger tel ou tel aliment n’est qu’affaire de religion. Que non! Les végétaliens, par exemple, refusent de manger tout produit d’origine animale; les végétariens, eux, se permettent de n’en consommer que certains, comme le lait, le beurre, les œufs, le miel.

Peu importe que ce soit la religion qui impose l’interdit ou la personne qui se l’impose elle-même, les gens agissent par convictions personnelles. La journée où l’on n’y croit plus, l’interdit saute.

Comparaison des divers interdits alimentaires « religieux »

Limitons-nous à l’interdit concernant la viande, car c’est de viande qu’il s’agit ici. Ne manger que de la viande casher ou halal, comme le prescrivent les religions juive ou musulmane, ne me pose aucun problème. En effet, ces interdits ne concernent que CERTAINES viandes, celles provenant d’un animal en particulier  (p. ex. le porc) ou de tout animal abattu non conformément aux rites prescrits. Pour un juif ou un musulman, de la viande, c’est de la viande, i.e. du muscle. Et ce, qu’il soit ou non permis d’en manger. Tel n’est pas le cas pour un catholique. Il lui était interdit, le vendredi, de manger de la viande (chair d’un animal) , mais il pouvait manger de la chair de poisson... Comme si un poisson n’était pas un animal! Il est alors bien tentant d’accuser la religion (catholique) d’être responsable de cette incongruité, incongruité que les dictionnaires reprennent à leur compte, faut-il le préciser.

Affirmer que l’Église y a joué un rôle obscur est une chose, le démontrer en est une autre. Qu’en est-il vraiment? Voyons ce qu’il est possible de faire.

Existe-t-il un texte, dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, qui interdise de consommer de la viande le vendredi? Ou encore existe-t-il un texte qui recommande de manger du poisson ce jour-là?…  S’il en existait réellement un, on se serait fait un devoir, dans ma jeunesse, de le brandir pour asseoir d’autorité cet interdit. Et je m’en souviendrais… Selon toute vraisemblance, il n’en existerait pas. Autrement dit, ce ne serait pas le Christ lui-même qui aurait formulé cet interdit, mais bien l’Église, i.e. ceux qui la régentent. Si tel est le cas, certaines questions se posent. Quand cet interdit a-t-il été formulé pour la première fois? Et pour quelle raison? A-t-il toujours été formulé de la même façon (i.e. ne pas manger de viande le vendredi)? N’aurait-il pas plutôt subi, au cours des siècles, une transformation, une reformulation? Bien malin qui pourrait répondre avec certitude à ces questions. Mais rien n’empêche d’envisager certaines possibilités. Je vous en propose une, basée sur des recoupements de faits généralement admis :

  • Dans Matthieu 26:26-28, il est dit« Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. » L’invitation est on ne peut plus claire.
  • Poisson, qui se dit en grec, ίχθύς (prononcez Ichthus) symbolise le Christ. Ce mot grec serait un acronyme (ou un acrostiche, selon le point de vue qu’on adopte). C’est ce que nous dit Augustin d’Hippone (devenu Saint Augustin) dans un de ses écrits (3)
  • Le Christ serait mort un vendredi. Les premiers chrétiens auraient fait du vendredi un jour spécial, en mémoire de Sa crucifixion.

Compte tenu de ces trois éléments, qu’est-ce qui nous empêche de penser que les premiers chrétiens ont par la suite pris l’habitude de manger du poisson (symbole du Christ), le vendredi (jour de Sa crucifixion), parce que le Christ a dit à ses apôtres, lors de la dernière Cène : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. »? Manger du poisson, c’était manger le corps du Christ ou ce qui le symbolisait. C’était, en d’autres mots, faire exactement ce qu’Il leur avait dit. Si tel a été le cas, les premiers chrétiens mangeaient de préférence du poisson le vendredi. Mais rien ne dit qu’ils refusaient (ou qu’il leur était interdit) de manger d’autres viandes ce jour-là…

Se pourrait-il qu’avec le temps les Régents aient formulé différemment cette pratique? Qu’ils l’aient interprétée à leur façon, ajoutant à l’effort de mémoire (celle de la crucifixion du Christ) l’idée de privation, de pénitence, qui leur a toujours été si chère? Rien n’est impossible. L’Église, en tant qu’institution, a pris bien des décisions – pour ne pas dire des libertés – qui n’ont rien à voir avec l’enseignement du Christ. Qu’on pense à la confession, au mariage, à l’ordination des prêtres, etc. N’allez pas vous imaginer, par exemple, que Joseph, charpentier de son état — c’est du moins ce que l’on prétend —, a été le premier à construire un confessionnal. NON. N’allez pas croire que les premiers chrétiens devaient se marier religieusement, à défaut de quoi ils vivaient dans le péché. NON. Ils se mariaient civilement. Point, à la ligne. Une fois cette formalité remplie, ils pouvaient faire bénir leur union. C’était ça, le mariage, à l’époque. « Consommer le mariage » [euphémisme pour dire « avoir une première relation sexuelle »] avant de faire bénir son union n’est devenu « péché » que plus tard. Quant à l’interdiction d’ordonner les femmes… mieux vaut ne pas soulever la question si l’on ne veut pas se faire servir des justifications farfelues. Ce n’est donc que plus tard que les Régents ont transformé ces façons de faire en prescriptions, en sacrements, en interdits.

Et l’interdit de manger de la viande le vendredi ne pourrait-il pas être une autre de ces inventions? Se pourrait-il qu’on ait transformé le fait de manger du poisson le vendredi en une interdiction de manger toute autre viande cette journée-là? Cette possibilité n’est que pure invention de ma part, j’en conviens. Elle n’est pas démontrable. Mais l’autre, celle qui a court – ou plutôt qui courait -, l’est-elle, elle? NON. Alors…

Je ne vois pas pourquoi mon interprétation devrait être rejetée du revers de la main. Ma  conviction s’est d’ailleurs trouvée confortée par la réponse qu’un théologien a fournie récemment à une dame qui voulait savoir « pourquoi le vendredi, les chrétiens mangent du poisson. Cela a-t-il quelque chose à voir avec la symbolique biblique du poisson? »  Voici sa réponse :

Correction : le vendredi les catholiques ne mangeaient pas de viande. Non, cela n’a rien à voir avec la symbolique biblique du poisson […]. Le problème c’est la viande. Pour manger de la viande animale, il faut tuer. Déjà dans la Bible, c’est vu comme une anomalie (voir Gn 1,29 où tous les vivants à peine créés mangent du végétal qui, dans la Bible, n’est pas considéré comme vivant […]   

L’histoire ne dit pas si la dame a été satisfaite de cette réponse. Je peux vous dire que, moi, je ne le suis pas, même si ce n’est pas moi qui ai posé la question. S’il est interdit de manger de la viande parce qu’il faut tuer l’animal, qu’est-ce que le théologien pense que l’on fait au poisson quand on le cuisine? ON LE TUE! Le problème, est-ce vraiment la viande?… Poser la question, c’est y répondre. De plus, d’où vient l’idée que c’est une anomalie? Du théologien lui-même ou de la Bible? Et ce n’est pas tout. Le théologien ajoute : « […] tous les vivants à peine créés mangent du végétal qui, dans la Bible, n’est pas considéré comme vivant ». Étant foncièrement un « Thomas », i.e. celui qui ne croit que ce qu’il voit, je suis retourné aux sources. Ce que rapporte le théologien n’est pas du tout ce que me dit le texte de la Genèse 1,29.  Voyez par vous-mêmes :

Genèse 1,29      Et il ajouta : « Sur toute la surface de la terre, je vous donne les plantes produisant des graines et les arbres qui portent des fruits avec pépins ou noyaux. Leurs graines ou leurs fruits vous serviront de nourriture.  (4)

Comme vous pouvez le constater, nulle part il n’est dit que le « végétal n’est pas considéré comme vivant ». Ce n’est qu’une interprétation présentée comme une  vérité! Tant qu’à interpréter, interprétons à notre tour. Si je vous disais que le Créateur a fait de l’homme un « végétalien », vous le croiriez? N’est-ce pas ce que le texte dit? L’homme a été condamné à ne manger que du végétal! Fort heureusement, le Créateur s’est plus tard ravisé : Il a fait de l’homme, après le Déluge, non plus un végétalien mais un omnivore!  L’histoire ne dit toutefois pas ce qui L’a amené à changer d’idée. Et je n’invente rien. Il est bel et bien écrit dans la Genèse (5) que l’homme peut  manger non seulement « l’herbe verte » mais aussi « tout ce qui remue et vit ». Le message ne peut être plus clair. Le Christ n’a jamais interdit, il me semble, de manger quoi que ce soit. Alors… d’où vient cet interdit alimentaire? Presque assurément des membres influents de l’Église, de ceux qui se sont donné comme mission de régenter la pratique religieuse, de ceux que j’appelle les Régents.

Mais, au fait, pourquoi ces mêmes Régents n’ont-ils pas interdit la consommation du boudin noir? N’est-il pas dit dans l’Ancien Testament  (Lv 17,10.14) : « Vous ne consommerez le sang d’aucune créature »! Sous quelque forme que ce soit! Et je n’invente toujours rien (6). Alors… que font les Régents? Ils régentent ce qu’ils veulent bien régenter, quitte même à faire un croc-en-jambe au bon sens. De toute évidence, l’inconséquence n’a jamais troublé leur sommeil.

La viande et l’Académie

Nous nous sommes demandé précédemment, sans tenter d’y répondre,  pourquoi l’Académie, dans la définition qu’elle donne de viande (de 1694 à 1935), distingue « La chair des animaux terrestres, & des oiseaux » ET « quelquefois toutes les chairs », ce qui inclut évidemment les poissons. On pourrait penser que cette spécialisation du terme n’est qu’un fait de langue, semblable à ce qui, par exemple, est arrivé à poulain : de « petit de tout animal domestique » — du latin pullus —, poulain en est venu à désigner uniquement le « petit d’une jument ». Le passage de tout ce qui sert à la vie  (déf. de viande en 1606) à la chair de certains animaux ne pourrait-il pas tenir du même phénomène? Peut-être, mais nulle part il n’en est fait mention. L’explication, il faut sans doute la chercher ailleurs. Que penser du rôle de la religion dans tout cela? Voyons voir.

On  peut l’affirmer sans crainte de se tromper, l’interdit de manger de la viande le vendredi date d’au plus 2000 ans. En effet, il serait vain d’en chercher la trace dans l’Ancien Testament, car le vendredi n’avait alors aucune signification particulière. Il n’en a acquis une qu’après la mort du Christ, survenue apparemment un vendredi. Se risquer à dire que cet interdit date d’au moins…, c’est quelque chose que je n’oserais faire, car je ne connais aucun document qui l’atteste (si vous en connaissez un, ne vous gênez pas pour me le faire savoir, avec source à l’appui. svp).  Il faut donc procéder par voie détournée. Et ce détour passe par le carême. Je m’explique.

Ce que l’on sait pour sûr — c’est le DAF (1ère éd., 1694) qui le dit! —, le carême (7), c’est le

Temps d’abstinence de viande qui comprend quarante six jours entre le Mardi-gras & le jour de Pasques, pendant lequel on jeusne tous les jours, hors les Dimanches, ce qui fait quarante jeunes . 

Interdiction formelle donc de manger de la viande durant le carême! (Invention des régents, est-il besoin de le préciser!) D’après cette même source, Faire Caresme, c’est « S’abstenir des viandes deffenduës pendant le temps du Caresme ». Voilà qui est intéressant! Il y a donc des viandes défendues et des viandes qui ne le sont pas! Quelles sont donc ces viandes permises? Toujours d’après la même source, on appelle Provisions de Caresme, viandes de Caresme, fruits de Caresme « Les Aliments dont on se sert le plus ordinairement en Caresme, comme harangs, moruë, pois, féves, pruneaux, &c. » Les viandes qui ne sont pas défendues seraient donc du poisson! On comprend mieux maintenant la seconde acception que l’Académie donne au mot viande. Rappelez-vous :

  • Viande. s. f. La chair des animaux terrestres, & des oiseaux dont on se nourrit. […]  
  • Viande,  Se dit aussi quelquefois generalement de toutes les chairs, soit des animaux terrestres & des oiseaux, soit des poissons qui servent à la nourriture. […] »

Ce quelquefois renverrait-il à la pratique religieuse qui veut que, durant le carême, on fasse « abstinence de viande », sauf de la viande de carême, i.e. de poisson? Si tel est le cas, cela voudrait dire que la religion s’est immiscée dans la langue. Subrepticement peut-être, mais de façon incontestable. À preuve, en 1762, on définissait ramadan de la façon suivante : « Mois que les Turcs consacrent à un jeûne, qui est une espèce de Carême». Le point de référence ne peut être plus clair, c’est la religion catholique. Chose certaine, en 1694, abstinence et poisson sont déjà intimement liés. C’est dire que ceux qui ne vivent que des produits de la mer font forcément pénitence tous les jours de la semaine! Leur ciel est assuré!

Se pourrait-il que la prescription de ne pas manger de viande le vendredi (sauf du poisson) ait orienté indûment l’usage au point d’amener les Académiciens à ne pas considérer le poisson comme de la viande? Si je pose la question, c’est que, voilà un certains temps, l’Église avait ses entrées un peu partout. En politique notamment. Pensez seulement à  Mazarin et Richelieu, cardinaux de leur état. Et en langue? Ne pourrait-il pas en être de même? Vous ne le saviez peut-être pas, mais l’Église avait aussi ses entrées à l’Académie…

  1. N’est-ce pas un CARDINAL qui l’a fondée en 1635?
  2. Parmi les premiers Immortels nommés par Richelieu, n’y a-t-il pas un ÉVÊQUE (Antoine Godeau)  ; un THÉOLOGIEN (Amable de Bourzeis)  ; un PRIEUR (Daniel Hay du Chastelet)?   
  3. Durant le premier siècle de son existence, l’Académie ne fait-elle pas appel à des HOMMES D’ÉGLISE pour être « secrétaire perpétuel »? Je pense à François-Séraphin Régnier-Desmarais (nommé en 1683), Jean-Baptiste Dubos (nommé en 1722) et Claude François Alexandre Houtteville (nommé en 1742).

Alors, nier l’influence possible — je dis bien possible — de l’Église sur la langue, à cette époque, c’est peut-être jouer à l’autruche. Je dis bien peut-être, car je n’en ai pas de preuve formelle. Uniquement une preuve indirecte. Une preuve que la chose est possible. La voici d’ailleurs.

François Eudes de Mézeray, nommé secrétaire perpétuel de l’Académie en 1675, aurait, paraît-il, abusé de son autorité. Il aurait pris certaines libertés avec la langue. C’est ce que nous apprend Wikipédia :

Dans le Dictionnaire, il [Mézeray]  ajouta comme explication au mot Comptable cette phrase : « Tout comptable est pendable. » Forcé par ses collègues de la supprimer, il mit en marge : « Rayé, quoique véritable ».

Si cette anecdote est véridique — il faudrait la vérifier avant de la colporter —, elle illustrerait à merveille le fait qu’un Académicien puisse, à l’insu ou pas des autres Immortels, mettre son grain de sel dans le DAF. Rien ne nous empêche de penser qu’il a pu en être de même pour viande, surtout quand on sait que plusieurs Académiciens sont manifestement d’obédience catholique?…

Nous nous demandions au début d’où pouvait bien venir cet imbroglio concernant ce qu’est ou n’est pas de la viande. Nous avons même osé nous demander si l’Église n’y était pas pour quelque chose. Après avoir fait, ou presque, le tour de la question, je me dois de répondre que cela est plus que probable. La preuve n’en est toutefois qu’indirecte, comme je l’ai mentionné précédemment.

Fort heureusement, en 1964, il y a eu Vatican II. L’Église (i.e. ceux qui régentent la pratique religieuse) a décidé, entre autres, de ne plus interdire de manger de la viande le vendredi. Le poisson a perdu ipso facto son statut particulier, celui de chair qu’il n’était pas interdit de consommer ce jour-là. Peu importe la raison invoquée pour justifier un tel changement, ce fut une petite révolution.

Serait-ce rêver en couleurS (en couleur, selon le NPR) que d’espérer voir, d’ici quelques décennies, une petite révolution équivalente en langue? Voir les dictionnaires redéfinir convenablement le terme viande? Leur faire dire que du muscle, c’est du muscle, peu importe l’animal d’où il provient? Les voir dire que du poisson, c’est de la viande?… L’Église a certes fait son bout de chemin. Mais l’Académie, elle, quand fera-t-elle le sien? Seul l’avenir nous le dira.

Mes petits-enfants vivront-ils seulement assez vieux pour le voir?…

Maurice Rouleau

Remarque : Cet imbroglio à propos de ce qu’est ou pas de la viande est encore tellement vivant qu’il a donné naissance à une autre incongruité. En cuisine, pour ne pas avoir à distinguer viande et poisson, on commence à utiliser protéine. Comme si les protéines n’étaient qu’animales!  Non-sens. Je l’ai d’abord entendu en anglais. Cet été, je l’ai entendu, en français, sur les ondes de Radio-Canada. On commence à utiliser protéines pour désigner toutes les chairs! On s’imagine avoir réglé le problème. En fait, on n’a fait que remplacer une incongruité par une autre… Verra-t-on cette acception apparaître bientôt au dictionnaire? J’ose espérer que non.

 

(1)   Selon le NPR, « casher », qui « se dit d’un aliment dont la consommation est autorisée par la loi mosaïque » s’écrit également kasher (1866) ou cascher

Selon le Larousse, les trois graphies kasher, casher et cachère sont admises, mais kasher est la plus fréquente. On y ajoute même que :

  • L’usage est hésitant sur le traitement orthographique de cette transcription de l’hébreu.
  • Les graphies kascher, kachère et cascher sont sorties de l’usage. [Pourtant le NPR admet la graphie cascher!]  Qui croire? Pierre ou Paul?

(2)  Selon le NPR, deux graphies sont admises : halal et hallal. Ce mot viendrait  de l’arabe halal « licite ». Selon le Larousse, seule la graphie halal est admise. Ce mot viendrait de l’arabe hlowdotalāl «  licite, honnête ». Il semblerait qu’on ne parle pas le même « arabe ». Qui croire? Pierre ou Paul?

(3)   « Ajoutez à cela que, si l’on joint ensemble les premières lettres de ces cinq mots grecs que nous avons dit signifier Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, on trouvera Ichthus, qui veut dire en grec poisson, nom mystique du Sauveur, parce que lui seul a pu demeurer vivant, c’est-à-dire exempt de péché, au milieu des abîmes de notre mortalité, semblables aux profondeurs de la mer. » — Saint AugustinLa Cité de Dieu, XVIII, 25  

  • I (I, Iota)          : Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »)
  • Χ (KH, Khi)      : Χριστὸς / Khristòs (« Christ »)
  • Θ (TH, Thêta) : Θεοῦ / Theoû (« de Dieu »)
  • Υ (U, Upsilon) : Υἱὸς / Huiòs (« fils »)
  • Σ (S, Sigma)     : Σωτήρ / Sôtếr (« sauveur »).

(4)   À ceux qui n’aiment pas argumenter hors contexte — ce qui est tout à leur honneur —,  je fournis ici les péricopes (ou passages de la Bible découpés pour l’usage liturgique) précédant et suivant la phrase en question :

Genèse 1, 27-31

  • 27     Dieu créa les êtres humains comme une image de lui-même; il les créa homme et femme.
  • 28     Puis il les bénit en leur disant : « Ayez des enfants, devenez nombreux, peuplez toute la terre et dominez-la ; soyez les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre. »
  • 29     Et il ajouta : « Sur toute la surface de la terre, je vous donne les plantes produisant des graines et les arbres qui portent des fruits avec pépins ou noyaux. Leurs graines ou leurs fruits vous serviront de nourriture.
  • 30    De même, je donne l’herbe verte comme nourriture à tous les animaux terrestres, à tous les oiseaux, à toutes les bêtes qui se meuvent au ras du sol, bref à tout ce qui vit. » Et cela se réalisa.
  • 31    Dieu constata que tout ce qu’il avait fait était une très bonne chose. Le soir vint, puis le matin ; ce fut la sixième journée.

(5)   Genèse 9, 1-4

  • 1   Dieu bénit Noé et ses fils en leur disant : « Multipliez-vous et peuplez toute la terre.
  • 2   Vous inspirerez désormais la plus grande crainte à toutes les bêtes de la terre, aux oiseaux, aux petits animaux et aux poissons ; vous pourrez disposer d’eux.
  • 3   Tout ce qui remue et qui vit pourra vous servir de nourriture ; comme je vous avais donné l’herbe verte, je vous donne maintenant tout cela.
  • 4   Cependant vous ne devez pas manger la viande qui contient encore la vie, c’est-à-dire le sang.

 (6)  Lévitique 17, 10-14

  • 10   Si un Israélite ou un étranger vivant parmi les Israélites consomme du sang, sous quelque forme que ce soit, le Seigneur interviendra contre lui et l’exclura du peuple d’Israël.
  • 11   C’est dans le sang que réside la vie d’une créature. Le Seigneur vous autorise à utiliser le sang sur l’autel pour obtenir le pardon en votre faveur; en effet le sang permet d’obtenir le pardon parce qu’il est porteur de vie.
  • 12   Voilà pourquoi le Seigneur a déclaré aux Israélites : « Aucun d’entre vous et aucun étranger installé en Israël n’a le droit de consommer du sang. »
  • 13   « Si un Israélite ou un étranger vivant parmi les Israélites prend à la chasse un animal ou un oiseau dont on peut manger la viande, il en fera couler le sang sur le sol et le recouvrira de terre.
  • 14   En effet, tant qu’une créature est vivante, sa vie est dans son sang ; c’est pourquoi le Seigneur a déclaré aux Israélites : « Vous ne consommerez le sang d’aucune créature, car la vie de toute créature réside dans son sang. Si quelqu’un en consomme, il sera exclu du peuple d’Israël. »

(7)    Avant d’avoir la graphie qu’on lui connaît, carême s’écrivait caresme (1694). Et avant cela : quaresme (1606), où se voit l’idée de « quarante ».

 

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