Stylist. comparée 18 : La juxtaposition

De préférence : la juxtaposition  

 

              Nous l’avons vu, les moyens qu’utilise le francophone pour relier les divers énoncés de son discours ne diffèrent pas de ceux qu’emploie l’anglophone. Les deux font appel aux mêmes précédés : l’anaphore, la parataxe et l’hypotaxe. Dit en termes simples, les deux  recourent à la substitution d’un antécédent, la juxtaposition, la subordination et la coordination (Répétition de la préposition à?). C’est ce que nous dit R.G. Bander dans son ouvrage intitulé American English Rhetoric. Mais le traducteur francophone, en formation ou en exercice, en est-il conscient? En est-il convaincu? Pour le vérifier, j’ai concocté le petit test que voici.

 Indiquez les phrases qui n’ont pas été écrites par un anglophone. 

  1. Audrey was greatly surprised by the news. She immediately telephoned her parents.
  2. Greatly surprised by the news, Audrey immediately telephoned her parents.
  3. Eager to leave the city, Karl threw his clothes into a suitcase.
  4. Karl was eager to leave the city. He threw his clothes into a suitcase.
  5. The student was tired of studying. He took a rest.
  6. Tired of studying, the student took a rest.
  7. Peopled by Indian and Eskimo nomads some thousands of years ago, and subsequently explored by other adventurers, Canada defied « official » discovery until a Venetian, John Cabot, sailing under a British flag in 1497, found a vast continent in the western world.

Vous auriez pointé les phrases 2, 3, 6 et 7 que je ne serais pas surpris. C’est la réponse que me fournissaient ceux qui participaient à mes ateliers en traduction (du temps que j’étais formateur chez Magistrad). Sans exception et surtout sans hésitation!

Invités sur-le-champ à justifier leur choix, ils invoquaient — principalement mais pas exclusivement — tantôt la longueur de la phrase, tantôt l’emploi du participe passé (surprised, tired, peopled, explored) ou encore celui du participe présent (sailing). Cette façon d’écrire ne correspondait pas à l’anglais qu’ils avaient l’habitude de traduire. Selon eux, ces phrases avaient été écrites par un francophone, car, en français, c’est de cette façon qu’on s’exprime.  On me soupçonnait même d’en être l’auteur!

Vous imaginez leur surprise quand je leur dis que toutes ces phrases sortent de la plume d’un anglophone. La dernière phrase provient d’un texte intitulé Canada: The Land and its People, écrit par Helen Champion et paru dans Canada : One Hundred 1867-1967. Les six premières phrases, elles, de l’ouvrage de R.G. Bander déjà cité (American English Rhetoric) qui, comme son nom l’indique, présente les bonnes façons d’écrire en anglais américain – et sans doute, en anglais tout court – [rhetoric = the art or skill of speaking or writing formally and effectively especially as a way to persuade or influence people]. Pour que Bander nous présente deux versions [ou formulations] d’un même message, c’est que les deux se rencontrent. S’il prend soin de les comparer, c’est que l’une est meilleure que l’autre. Sans pour autant que cette dernière soit  fautive. Autrement dit, même si on rencontre des phrases du genre The student was tired of studying. He took a rest, il est possible de mieux dire et d’écrire : Tired of studying, the student took a rest.

Ceux qui ont répondu que seules certaines phrases avaient été écrites par un anglophone ne sont donc pas tout à fait dans l’erreur. Leur choix s’est naturellement porté sur le genre de phrases rencontrées généralement dans les textes qu’on leur demande de traduire. Je ne parle pas ici de textes littéraires, comprenons-nous bien, mais bien de textes courants, ceux qui permettent au traducteur de gagner sa croûte. Dans un texte littéraire, il y a  une composante esthétique (1), absente d’un texte pragmatique.

Il y a donc, entre le français et l’anglais, une différence dans l’articulation du discours. Cette différence ne tient pas à la nature de la langue (les deux font appel aux mêmes procédés), mais bien plutôt à l’usage que font de ces précédés les locuteurs de ces deux langues. Autrement dit, la juxtaposition est nettement plus fréquente en anglais qu’en français, et ce, parce que les anglophones choisissent d’écrire ainsi et non parce que l’anglais le leur impose. Il y a  « ce qui se fait couramment » et « ce qu’il serait mieux de faire ».

Voici quelques exemples de paragraphes où les rédacteurs anglophones affichent clairement leur prédilection pour la JUXTAPOSITION. Inutile de préciser que cette façon de faire n’est pas sans causer parfois de sérieux maux de tête au traducteur francophone. Plus particulièrement à celui qui veut traduire le sens et non seulement les mots. (J’ai pris la liberté de séparer les phrases du texte anglais pour mieux faire voir l’absence d’articulations.)

1- Lessons of gentleness   

  •  Eric * was found wandering the parking lot of a mall near here.
  • He followed this set of legs, then those shoes.
  • He was tiny, barely weaned, and terrified.
  • I saw him and picked him up.
  • A small pet store is just inside the doors of the mall and we assumed he had made a puppy break from the cages at the back. (62 mots)

* Nom donné au chien par l’auteure du texte.

Laquelle des deux traductions suivantes vous semble la meilleure?

A- Éric a été trouvé allant ça et là dans le parc de stationnement d’un centre commercial près d’ici. Il suivait une paire de jambes, puis une paire de chaussures. Il était minuscule, à peine sevré, et terrifié. Je l’ai vu et l’ai pris dans mes bras. Une petite animalerie se trouve à l’intérieur, tout près de la porte d’entrée, et j’ai présumé qu’il s’était sauvé des cages situées à l’arrière. (71 mots)

B-  Eric, je l’ai vu pour la première fois dans le stationnement d’un centre commercial près d’ici. Il semblait perdu. C’était un tout petit chien, à peine sevré et effrayé. Je l’ai alors pris dans mes bras, et l’ai ramené à la petite animalerie du centre commercial, croyant qu’il s’était échappé d’une des cages installées à l’arrière du magasin. (58 mots)

À vous de dire pourquoi votre choix s’est porté sur l’une plutôt que l’autre. Je ne serais pas surpris que vous invoquiez l’articulation du texte.

 2- Fahrenheit (Gabriel Daniel) (1686-1736)

  • Early in life Fahrenheit emigrated to Amsterdam for a business education.
  • By profession he was* a manufacturer of meteorological instruments.
  • Obviously one of the chief devices that can be used for studying climate is a thermometer.
  • The thermometers of the seventeenth century, however, such as the gas thermometer of Galileo or of Amontons, were insufficiently exact for the purpose.

Jeune adulte, Fahrenheit se rend à Amsterdam pour y poursuivre des études en commerce. Mais il deviendra fabricant d’instruments météorologiques. Notamment d’un thermomètre — instrument couramment utilisé en météorologie –, car ceux qui sont en usage au XVIIe siècle, p. ex. celui de Galilée ou d’Amontons, n’ont pas la précision voulue.

* À remarquer qu’un changement de temps (he was a manufacturer il deviendra…) peut aussi servir à rétablir le lien logique — temporel —  escamoté ici.

3- Semantics and baloney

  • This is about the meaning of words.
  • It is language through which we transfer knowledge and experience.
  • For this reason semantics, the connection between words and their meanings is crucial.
  • The semantic device is the coin of the exchange, and this coin has two faces.

Parlons donc du sens des mots. Vu que ce sont les mots qui nous permettent de communiquer, la relation existant entre les mots et leurs sens occupe une place toute particulière en communication. Mais ces mots, ils peuvent être utilisés aussi bien à bon qu’à mauvais escient*.

* Idée véhiculée par les deux éléments du titre : semantics et baloney. Même si baloney est une variante de bologna, il n’a ici rien à voir avec le saucisson.

4- The great meat debate

  •  Anthropological excavations show humans ate meat for several million years, but grains are a recent addition to the diet, starting with wild rice in 7,000 BC in China and India.
  • Meat eating Europeans began to cultivate grains 4,000 years later.
  • North American native plains Indians, healthy and fit, lived on wild game but sickened when fed unfamiliar grains supplied by the government on reservations only after the buffalo herds were destroyed.
  • Grains today are not what our ancestors ate anyway, for most grains are genetically engineered and hybridized to increase yield, but have become more indigestible and allergic as a side effect.

L’homme, nous disent les anthropologues, mange de la viande depuis des millions d’année. La consommation de céréales, elle, n’aurait commencé que vers 7000 ans av. J.-C. Plus précisément en Chine et en Inde, avec le riz. En Europe, ce n’est que 4000 ans plus tard qu’est apparue la culture des céréales, alors qu’en Amérique du Nord, les Amérindiens des Grandes Plaines, qui se nourrissaient traditionnellement de gibier, ont commencé à en manger, sans très bien les digérer, quand, une fois les troupeaux de bisons décimés, le gouvernement leur a fourni, sur les réserves.

Les céréales actuelles ne se comparent pas à celles d’antan. La plupart ont été génétiquement modifiées ou ont fait l’objet de croisements dans le but d’en accroître le rendement, ce qui les a malheureusement rendues moins digestes* et plus allergènes.

* Digeste est critiqué par le NPR; mais pas par le Larousse!

5- Fireworks

  • The art of using mixtures of chemicals to produce explosives is an ancient one.
  • Black powder―a mixture of potassium nitrate, charcoal, and sulfur―was being used in China well before 1000 A.D., and has been subsequently used through the centuries in military explosives, in construction blasting, and for fireworks.
  • The du Pont Company, now a major chemical manufacturer, started out as a manufacturer of black powder.
  • In fact, the founder, Eleurian du Pont, learned the manufacturing technique from none other than Lavoisier.

L’art de fabriquer des explosifs en mélangeant des produits chimiques ne date pas d’hier. Les Chinois, bien avant l’an mille, utilisaient déjà la poudre noire, un mélange de salpêtre*, de charbon de bois et de soufre. Par la suite, elle fut utilisée à des fins militaires (bombardement), industielles (dynamitage) et aussi récréatives (feux d’artifices). Cette poudre noire fut à l’origine de la firme du Pont, aujourd’hui une importante compagnie de produits chimiques. Son fondateur, Eleurian** du Pont de Nemours, avait appris les principes de sa fabrication de nul autre que de Lavoisier lui-même.

*   Salpêtre est le nom sous lequel on désignait autrefois le nitrate de potassium.

** D’après l’Encyclopædia Britannica, le prénom du fondateur serait Éleuthère et non Eleurian.

6- The Origins of the Olympic Games

  •  Ancient Greece can truly be considered the birthplace of competitive sports as we know them.
  • The origins of such sports go back several thousand years.
  • Long before the first Olympic games were staged at Olympia in 776 B.C. the Greek people had developed taste for sports that elevated athletic games to a prominent place in their ceremonial life and the education of the young.
  • Sporting contests of those early times are glorified in Homer’s Iliad.
  • In general, the Greek literature of antiquity suggests that sports enjoyed a popularity very much like that in our own day and that then as now champion athletes were taken to the hearts of the people more enthusiastically than philosophers or statesmen.

La Grèce antique peut à juste titre être considérée comme le berceau des sports de compétition tels que nous les connaissons aujourd’hui. Leur origine remonte donc très loin dans le temps. Les Grecs avaient, bien avant la tenue des premiers Jeux, à Olympie, en 776 av. J.-C., développé un goût pour les sports, au point de leur accorder une place importante dans leurs pratiques cérémonielles et l’éducation des jeunes. D’ailleurs Homère, dans son Iliade, chante les mérites des compétitions sportives. Et, dans leurs écrits de l’époque, les Grecs laissent généralement entendre que, tout comme aujourd’hui, les sports jouissent d’une grande popularité, que les meilleurs athlètes ont plus la cote que les philosophes ou les hommes d’État.

 7- The Pre-buddhist period (in The art of Japan)

  •  Geography, climate and geology are powerful factors in moulding the character, and hence the art of a people.
  • The string of islands, large and small, which forms the Japanese archipelago stretches in a long broken arc from a point near the coast of Siberia in the north to Taiwan in the south.
  • Other smaller chains of islands link Japan with Korea and the mainland further north.
  • These routes from north to south and from east to west have never afforded easy means of communication but they have always been accessible to the determined traveller or the desperate immigrant.

L’ère pré-bouddhique 

La géographie, le climat et la géologie contribuent fortement à façonner le caractère d’un peuple et, par conséquent, influent sur son art.

Cela est particulièrement vrai du Japon, pays  formé d’un chapelet d’îles et d’îlots disposés en un long arc de cercle qui va de la côte de la Sibérie, au nord, jusqu’à Taiwan, au sud; et également de petites îles qui le relient à la Corée, c’est-à-dire au continent. Ces îles situées dans les axes nord-sud et est-ouest n’ont jamais favorisé les déplacements, mais cela n’a jamais arrêté un voyageur résolu ni même un immigrant en mal d’un pays.

8- Wine: Its History and Legends

  •  Wine is an alcoholic beverage made by the fermentation of the juice of the grape.
  • Wines are distinguished by color, taste, bouquet or aroma, and alcoholic content.
  • They are classified as natural or fortified, sweet or dry, still or sparkling.
  • The differences depend upon the kind of grape from which the wine was made, the climate, the location of the vineyard, treatment of the grapes while growing and when being harvested, the method by which it was produced, and after-handling.

Le vin est le produit de la fermentation du jus de raisin. Chaque vin possède une couleur, un goût, un bouquet et une teneur en alcool qui lui est propre. Il est dit naturel ou viné, doux ou sec, tranquille ou pétillant. Tout dépend du cépage utilisé, du climat de la région vinicole, des méthodes de culture et de vendange, ainsi que des conditions d’élevage.

Voici un dernier exemple qui, comme vous le constaterez, se passe de commentaires.

9- Is it really so?

  • About 1930, in a little town of the State of Washington, there lived a man who professed to be a doctor practicing the « touch system of diagnosis ».
  • He was a clever quack who had no medical training.
  • His office was in his home and he had no equipment to buy.
  • He made it known by word of mouth that he did no charge for his services.
  • He saw an average of over a hundred persons a day and they came from all over the Inland Empire.
  • He would approach a patient and touch each finger of both hands with the matching fingers of his hands.
  • He would explain that he was transmitting electricity from one hand through the body of the patient and back again to the other hand.
  • Some patients said that they could feel a tingling in their fingers as he did this.
  • By reading the electrical vibrations by touch, so he said, he could diagnose the illness.
  • He saw only patients who could walk into his office and did not attempt to handle those who were seriously ill.
  • He said that he was concerned with stopping early illness.
  • He had a half dozen stock diagnoses.                                                                             
  • For example, he would tell a patient that he or she was about to develop epilepsy and that he could prevent it.
  • He would give the patient a prescription to be filled at the local drugstore.
  • For two dollars the patient received a large bottle of colored sugar water.
  • All who were frightened by the threat of serious disease were grateful to the quack and his medicine when the disease did not develop.

Croyez-le ou non, ce texte provient d’un ouvrage intitulé : Is it really so? A Guide to Clear Thinking (The Westminster Press, 1976). Clear thinking? peut-être.  “Clear” writing? J’en suis moins sûr. Il ressemble à s’y méprendre au texte, indigeste, Pierre et Lise vont au zoo  après simple et unique utilisation d’anaphoriques. Rappelez-vous :

Pierre et Lise sont allés au zoo. Ils s’y sont rendus à pied. Ils se sont assis. Ils y ont mangé du popcorn. Ils y ont bu un coca-cola. Pierre est allé voir les singes. Il est allé voir les lions. Lise est allée voir les oiseaux. Elle est allée voir les poissons. Pierre et Lise y ont eu beaucoup de plaisir. Ils ont décidé d’y amener leurs amis. 

Passons.

Il est rare, aux dires des traducteurs, qu’un texte soit « facile à traduire ». En voici un — que j’ai eu du mal à trouver — qui, à leurs yeux, mériterait ce qualificatif :

  •  In a surprising variety of ways, the properties of water―liquid water―seem almost to have been designed expressly to make the world hospitable to life.
  • Water has an usually high capacity for storing heat, for example.
  • As a result, the oceans act as great heat reservoirs, moderating the high temperatures of summer and the cold of winter.
  • Unlike most liquids, which contract when they solidify, water expands by 9 per cent when it freezes.
  • This means that ice floats instead of sinking.
  • The ice is thus accessible to sun’s rays, which limit its spread, and the depths of cold polar seas remain unfrozen, enabling the creatures that live in them to survive.

L’appréciation du traducteur est, à ne pas en douter, fonction de la présence, assez exceptionnelle, d’indicateurs de rapport. Lui, qui est plus habitué à rencontrer des phrases juxtaposées que des phrases articulées. Ici, il n’a pas à se demander ce que l’auteur veut dire. La relation entre les différents éléments est clairement explicitée.

La juxtaposition dont il a été question jusqu’à présent ne concerne que des phrases.  Ces dernières se suivent sans que le lien logique qui les unit ne soit exprimé. Ce qui en soi ne constitue pas une faute, il faut bien le rappeler. Ce qui agace, c’est plutôt l’emploi répétitif de cette façon de faire. Une pratique trop courante, hélas! Comme en font foi les 9 extraits cités précédemment. Mais il n’y a pas que des phrases qui soient juxtaposées. Il y a aussi des propositions. Et cette façon de faire n’est pas, elle non plus, toujours appréciée, comme nous allons le voir. Je fais ici référence à ce que l’anglais appelle comma splice.

COMMA  SPLICE

Qu’est-ce donc? Le Merriam-Webster définit ainsi ce terme : (Date: 1924) the unjustified use of a comma between coordinate main clauses not connected by a conjunction (as in nobody goes there anymore, it’s boring). À remarquer que ce terme anglais est lexicalisé. Son pendant français n’existe même pas.

Dans l’exemple cité, les deux propositions ne sont séparées que par une virgule. Il y a donc JUXTAPOSITION. Il ne faut pas se méprendre, ce n’est pas la simple présence d’une virgule qui fait le comma splice, mais bien son emploi unjustified dans ce type de phrase. Pourquoi le qualifie-t-on ainsi?… Chercher le « pourquoi on le dit tel » est une opération presque vouée à l’échec. Chercher le « comment corriger cette façon de dire » en est une nettement moins hasardeuse. Voici ce que on nous propose généralement pour « corriger » ces comma splice(s), qu’on ne saurait voir :

1-On ajoute, après la virgule, une conjonction, qui peut se rendre en français par

  • une conj. de subordination : Nobody goes there anymore, because (parce que) it’s boring.
  • une conj. de coordination : Nobody goes there anymore, for (car) it’s boring.

2- On change la virgule pour une ponctuation plus forte :

  • un point final : Nobody goes there anymore. It’s boring.
  • un deux-points : Nobody goes there anymore: it’s boring.
  • un point-virgule : Nobody goes there anymore; it’s boring. 

Même si une simple modification de la ponctuation ne matérialise pas la relation entre les propositions aussi manifestement que l’ajout d’une conjonction, c’est une des façons classiques de « corriger » les comma splice(s). 

On dit même que les comma splice(s) ne sont pas tous fautifs! Encore faudrait-il s’entendre sur la définition de comma splice. Ce qu’il faut savoir, c’est que le dictionnaire qualifie cet emploi de unjustified. Alors dire que certains comma splice(s) ne sont pas fautifs, cela revient à dire que ce qui est unjustified est justified? Euh… Voilà un débat que je laisse à d’autres.

Mais qu’en est-il en français?

Quel rôle peut jouer la virgule entre deux propositions d’une même phrase?

Grevisse, dans le Bon Usage [11e éd., # 2761], n’en souffle mot. Par contre, A. Goosse, dans le Bon Usage [14e éd., # 125 a)], en parle. La virgule s’utilise, par exemple, dans des phrases telles que : « On monte, on descend, on débarque les marchandises » (Éd. Prisson); Plus on est de fous, plus on rit. Ou encore Pierre Louis m’eût-il encouragé dans ce sens [Si P. L. m’avait encouragé], j’étais perdu. (Gide). » Et Goosse d’ajouter : « Certains auteurs mettent des virgules alors que les conditions décrites ne semblent pas réalisées; une ponctuation plus forte, point-virgule ou double point par. ex., servirait mieux la clarté de l’expression. Pour illustrer une ponctuation faible, Goosse cite ces deux phrases :

  • Le concept de propriété privée ne tient pas devant les anonymes, demain on rentrera [sic] sans frapper dans votre chambre, on couchera dans votre lit. (Triolet )
  • Mon grand-père maternel, issu d’une famille alsacienne, de maîtres-verriers, le capitaine Binger, fut explorateur, il explora en 1887-1889 la boucle nu Niger. (Barthes) »

Bref, reproduire, en français,  la ponctuation du texte anglais (comma splice) n’est peut-être pas toujours la meilleure chose à faire. Une ponctuation plus forte serait préférable.

Maurice Rouleau

 (1) Deux exemples d’emploi répétitif de la juxtaposition dans un texte littéraire. Il est clair que les auteurs cherchent à communiquer plus que ce que les mots seuls veulent dire.

  • La vie incertaine de Marco Mahler (Marek Halter) 

             Alors une explosion secoue les vitres, fait sauter les tables. J’entends des cris. Un manifestant, une pancarte à la main, traverse la rue en courant. La foule s’écarte à reculons. Les hommes en bleu de travail bloquent la circulation. Déjà des sirènes de police, des appels d’ambulance.

            Le garçon de café, dans l’embrasure de la porte, se renseigne auprès d’un type à lunettes. Une jeune homme roux s’assied à ma table et tire devant lui ma tasse pleine, ne me laissant que la vide. Je ne l’ai pas vu arrivé. Il me touche le bras et dit : « Si on nous interroge, dites que nous sommes ensemble. » 

  • Syngué sabour – Pierre de patience (Atiq Rahimi) [Prix Goncourt 2008]

            Face à cette photo, au pied d’un mur, le même homme, plus âgé maintenant, est allongé sur un matelas rouge à même le sol. Il porte une barbe. Poivre et sel. Il a maigri. Trop. Il ne lui reste que la peau. Pâle. Pleine de rides. Son nez ressemble de plus en plus au bec d’un aigle. Il ne rit toujours pas. Et il a encore cet étrange air moqueur. Sa bouche est entrouverte. Ses yeux, encore plus petits, sont enfoncés dans leurs orbites. Son regard est accroché au plafond, parmi les poutres apparentes, noircies et pourrissantes. Ses bras, inertes, sont étendus le long de son corps.

 

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