La langue française et ses caprices

Adjectif (verbal) vs  Participe présent  (1 de 3)

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Micro-organismes

résistant ou résistantS

aux médicaments?

-1-

Une correspondante me demande s’il faut dire (1) : Micro-organismes résistant aux médicaments ou Micro-organismes résistantS aux médicaments. Pour moi, la question ne se pose pas : résistant s’impose. Et ce, pour une raison fort simple : c’est ce que l’on m’a appris et que je n’ai jamais contesté; c’est ce que j’ai enseigné et qu’on n’a jamais osé contester. Un professeur, vous le savez, ça ne se trompe pas!… Je l’ai longtemps cru…  Ça, c’était avant que je le devienne moi-même. Passons.

Au moment où cette demande m’arrive, je suis à lire La formule de Dieu, (2) de José Rodrigues Dos Santos (HC Éditions  2006, traduit du portugais). Et, comme par hasard — le hasard fait parfois bien les choses! —, je tombe sur cette phrase (p. 501) :

(A) La principale raison de cet intérêt reposait sur la proximité existante entre notre pensée et les questions cruciales posées par les nouvelles découvertes dans les champs de la physique et des mathématiques.

Le réviseur en moi se sent immédiatement et irrésistiblement interpellé (3) : il aurait voulu voir existant. C’est dire qu’il y voit, lui, une « faute ». Mais pas le traducteur du roman. Qui a raison?

Et un peu plus loin (p. 536), je tombe sur cette autre :

(B) La première est que chaque objet existant dans le cosmos possède sa propre gravité, résultant de ses caractéristiques, ce qui signifie que le temps passe de manière différente en chaque point de l’univers.

Cette fois-ci, le réviseur en moi continue à (ou continue de) « roupiller ». Cette phrase est, d’après lui, grammaticalement irréprochable : l’emploi de existant et résultant s’impose. Il partage l’avis du traducteur, mais est-ce suffisant pour dire qu’ils ont raison?

Le hasard ne cesse de me surprendre. Dans ces deux phrases, on retrouve le même mot, à savoir existant, qui, en (A) mais pas en (B), porte la marque du féminin. De plus, il y a, en (B), résultant, qui, bien que précédé d’un nom féminin — tout comme existante l’est en (A) —, n’en porte pas, cette fois-ci, la marque. Il y a là, vous l’avouerez, matière à réflexion.

Je ne saurai jamais ce qui a guidé le traducteur dans son choix : pourquoi il a utilisé existante en (A) et existant en (B); ni pourquoi il n’a pas, en (B), mis résultante. Ce que je sais par contre, c’est la raison pour laquelle ma correspondante privilégie résistant aux médicaments. Parce que, dit-elle, il s’agit d’une action et non d’un état. Point de vue que ne semblent toutefois pas partager ses collègues de travail. Eux, optent pour résistantS. (Nous verrons plus loin ce que signifient action et état, dans ce contexte.)

Qui donc a raison, ma correspondante ou ses collègues?… Et voilà qu’on me charge presque de trancher…  Aurai-je à donner raison à l’une des parties ou à faire comme Salomon, dont je n’ai malheureusement pas la sagesse légendaire?… C’est ce que ce texte révélera.

Quel est donc le problème? 

 Du temps que j’enseignais, un constant souci m’habitait. Et il ne m’a jamais quitté. Souci que traduit à merveille le dicton suivant : Si tu veux aider un ami qui a faim, ne lui donne pas un poisson. Offre-lui plutôt une canne à pêche. J’avais et j’ai toujours le souci d’apporter, à ceux qui me posent une question, une réponse qui soit applicable non pas au seul problème posé, mais à tous les problèmes de même nature. Je leur apprends ainsi à être autonomes, sans nécessairement y parvenir, est-il nécessaire de le préciser. Pour cela, il me faut pouvoir cerner très bien le problème posé, pouvoir le formuler en termes généraux. Qu’est-ce que cela donnerait dans le cas présent?

Le problème posé est celui de la variabilité des mots se terminant par -ant (?? se terminantS par -ant ??). Vous aurez remarqué que j’utilise mot, qui est un générique. C’est qu’il existe plusieurs types de mots qui se terminent par -ant  et que leur accord, ou variabilité, pourrait ne pas toujours être de règle. Autrement dit, tout mot en –ant s’accorde-t-il en genre et en nombre? Voilà une autre façon de présenter le problème. Examinons donc les différents types de mots dont il est question.

Il y a des VERBES qui se terminent par -ant.

Il serait plus exact de parler de formes verbales. Je fais référence ici, vous l’aurez deviné,  au participe présent (ex. Des propos tendant à prouver que…) et au gérondif, i.e. participe présent précédé de la préposition en (ex.  En travaillant assidûment (ou assidument, ou assiduement), vous y parviendrez.)

Le participe présent, précédé ou non de la préposition en, ne s’accorde jamais. Il est invariable, nous dit la grammaire.

Ouvrons une parenthèse.

Le participe présent n’a pas toujours été invariable. Girault-Duvivier, en 1822, dans sa Grammaire des Grammaires (p. 703-704) écrit :

« On voit dans les ouvrages de J. Dubois, dit Sylvius[1478-1555]…  de ceux de Henri Étienne [1528-1598]… et ceux de P. de la Ramée [1515-1578]… que le Participe présent se déclinoit dans le XVIe siècle.

Qui donc a pu faire cesser l’usage de décliner le Participe présent dans notre langue? On croit généralement que c’est à la publication des fameuses lettres de Pascal, en 1659, qu’il faut reporter l’époque de la fixation de notre langue à cet égard. Arnauld enseigna le premier dans sa Grammaire générale, publiée en 1660, l’indéclinabilité du participe en ANT, et l’accord des Adjectifs verbaux; et l’Académie prononça, le 3 juin 1679. « La règle est faite, on ne déclinera plus les Participes présents. » 

Depuis, cette décision n’a jamais été contestée.

 Fermons la parenthèse.

Il y a des NOMS qui se terminent par -ant.

Ils ne sont pas légion, j’en conviens, mais on en trouve 71 dans le NPR 2010. Par ex. l’amant, le célébrant, l‘émigrant, l’habitant, le mendiant, le prétendant, le trafiquant. Je m’en voudrais de ne pas mentionner le tout dernier arrivé : un bêtabloquant. Je devrais plutôt dire l’énigmatique (4) bêtabloquant.

Ces mots nous sont tellement familiers (exception faite du petit dernier) qu’il ne nous vient pas à l’idée qu’ils puissent être — ou qu’ils aient pu être — autre chose qu’un nom. Pourtant, ils tirent tous leur origine du participe présent du verbe correspondant. Ce sont d’anciennes formes verbales que les locuteurs se sont mis à utiliser comme noms et que les lexicographes ont pris soin de consigner dans leurs ouvrages.

 Le nom, nous dit la grammaire, est variable. Qu’il soit ou non une ancienne forme verbale n’y change rien. Il est donc correct d’écrire une émigrantE, des amantS. Il arrive, mais rarement, que seul le masculin existe. Pour des raisons évidemment non linguistiques. C’est le cas de célébrant, qui ne peut être que masculin. Il le restera tant que l’Église s’opposera à l’ordination des femmes. Mais ce mot « unisexe » peut quand même prendre la marque du pluriel : les célébrants. Tout n’est pas perdu.

Il y a des ADJECTIFS qui se terminent par -ant

 Le NPR en répertorie 791 [je passe sous silence ceux qui ont une double « nationalité » : nom et adjectif (4-a)]. Ces adjectifs sont si familiers qu’on ne se demande jamais d’où ils viennent. Il faut savoir qu’eux aussi tirent leur origine du participe présent du verbe correspondant. Ces anciennes formes verbales en sont venues à jouer le rôle d’adjectifs, et les lexicographes les ont reconnues comme telles. Ces participes présents à valeur adjectivale sont parfois appelés adjectifs verbaux, mais les dictionnaires les disent adjectifs tout court.

Comme tous ceux de son espèce, ces adjectifs sont variables; ils s’accordent en genre et en nombre avec le nom auquel ils sont joints. C’est la grammaire qui le dit : (papier) absorbant, (gouffre) béant, (films) captivantS, (imagination) débordantE, (faits) marquantS, (peur) paralysantE, (bifteck) saignant, (démarche) vacillantE, etc.

Il y a aussi des PRÉPOSITIONS qui se terminent par -ant.

Vous en connaissez, j’en suis sûr. Il y a par exemple Concernant, Durant, Moyennant, Nonobstant, Suivant… Peut-être l’ignorez-vous, mais ces prépositions tirent, elles aussi, leur origine du participe présent du verbe correspondant!

Ces prépositions sont, comme toutes les autres, invariables. Elles ne s’accordent ni en genre ni en nombre. C’est la grammaire qui le dit.

N.B. N’allez toutefois pas croire que tous les mots en -ant dérivent d’un participe présent. Il y a, comme toujours, des exceptions. Mais elles ne sont d’aucun intérêt ici.

L’exemple par excellence 

Pour moi, SUIVANT [étym. v. 1200 ◊ participe présent de suivre] est l’exemple par excellence. Pour une raison fort simple. C’est un des rares mots en -ant — peut-être même le seul — à jouer, encore de nos jours, dans la langue parlée ou écrite, les quatre fonctions dont il vient d’être question. Suivant peut être :

Suivant s’accordera donc, en genre et en nombre, selon la fonction qu’il remplit dans la phrase. Il restera invariable s’il joue le rôle d’une préposition ou d’un participe présent; il sera variable s’il est employé comme nom ou adjectif. Simple, n’est-ce pas?… Ce qui est vrai de suivant l’est de tout autre mot se terminant en -ant.  De résistant, par exemple.

Pourquoi alors se poser la question en titre?

Si la règle est si simple, pourquoi certains écrivent-ils micro-organismes résistant aux médicaments et d’autres micro-organismes résistantS aux médicaments?… (4-b) Tout simplement parce qu’ils ne s’entendent pas sur la nature du mot en -ant. Chose certaine, ici résistant n’est pas un nom ni une préposition. Il doit être soit participe présent (invariable), soit adjectif  (variable). Mais lequel des deux? Là est tout le problème.

N’allez surtout pas penser que ce problème est récent. Que non! On se posait déjà la question du temps de Vaugelas (1585-1650) (5). Et on se la pose encore près de 400 ans plus tard! Preuve, s’il en fallait une, que la différence ne saute pas aux yeux.

Avant d’aller plus loin, il serait bon de définir clairement les termes. Demandons à Maurice Grevisse et à André Goosse, grammairiens de leur état, de nous dire ce que ces mots désignent :

D’une façon générale, le participe présent exprime souvent une ACTION qui progresse, nettement délimitée dans la durée, simplement passagère, tandis que l’adjectif verbal exprime un ÉTAT, sans délimitation de la durée, et indique, en général, une qualité plus ou moins permanente. (Le Bon Usage, 14e éd., 2007, article # 923)

Les voilà donc les deux mots (action et état) qu’utilise ma correspondante pour justifier son choix. Pour elle, résistant décrit une action. C’est donc un participe présent. [À moins que ce soit l’inverse : le voulant participe présent, elle y voit une action. Elle seule pourrait répondre.] Et à ce titre, il est  invariable. Ses collègues, eux, le croient adjectif, donc variable. À leurs yeux, il décrit un état. Le désaccord tient, bel et bien, à la divergence d’analyse du mot en question. Mais qui a raison?

Est-ce si difficile de distinguer le participe présent de l’adjectif ?

 NON. Les départager n’est pas toujours un casse-tête. Voyez par vous-mêmes :

De toute évidence, quand l’adjectif et le participe présent se distinguent par leur graphie, le problème ne se pose même pas. Les deux ont leur identité propre. Et cette différence, comme vous pouvez le constater, se situe tantôt à l’intérieur du mot (ex. : –quant  devient –cant; –guant devient –gant), tantôt à la fin du mot (ant devient ent). Ces cas ne sont pas légion, j’en conviens, mais il y en a tout de même près d’une vingtaine (6).

Et cette différence de graphie ne s’observe pas uniquement avec les adjectifs. Il y a aussi quelques noms qui en bénéficient. Je pense à affluant/l’affluent; fabriquant/le fabricant; présidant/le président.

S’il en était de même avec toutes les formes en -ant, la vie serait bien moins compliquée, direz-vous. Peut-être, mais je n’en suis pas convaincu. Car, au moment d’écrire, il vous faudra toujours décider si le mot que vous vient à l’esprit est adjectif ou participe présent. L’hésitation ne porterait plus alors sur l’accord, mais sur la graphie. Ce que l’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre. Les départager n’est pas toujours un casse-tête, disions-nous. En apparence, peut-être, mais pas dans les faits.

Comment alors distinguer l’adjectif du participe présent ?

La grammaire nous l’apprend. Comment expliquer alors que ceux qui s’y réfèrent n’arrivent pas toujours à la même conclusion? Serait-ce que ces critères ne sont pas aussi discriminantS [ou discriminant :   étym. 1877 ◊ participe présent de discriminare] qu’on le voudrait bien? Ou serait-ce que leur libellé prête à interprétation? Euh…  Voyons donc les  critères que nous fournit le Bon Usage (# 1895, 11e éd.). Il y en a deux.

La forme en -ant est adjectif                                    

Quand elle est attribut ou simple épithète (ex. Ces valises sont ENCOMBRANTES. /  D’une voix TREMBLANTE, elle avoua.);

Ordinairement, quand elle est précédée d’un adverbe (autre que ne) qui s’y rapporte  (ex. Tous les hommes instruits et bien PENSANTS.) [S’il en est ainsi, nous dit Grevisse, c’est que l’adverbe se place généralement devant l’adjectif, mais derrière le verbe.]

Vu que résistant, la forme problématique à l’origine de ce billet, ne répond à aucun de ces deux critères, il ne peut pas être adjectif. Il est donc participe présent. Et à ce titre, invariable. Il faut donc écrire micro-organismes résistant aux médicaments. Ma correspondante marque 1 point.

Mais qui nous dit que ses collègues, pour être arrivés à la conclusion opposée, n’ont pas abordé le problème sous un autre angle? Au lieu de se demander si résistant est un adjectif, se pourrait-il qu’ils se soient demandé si résistant ne serait pas plutôt un participe présent? Et que leur analyse, sous ce seul angle, les ait amenés à conclure que tel n’est pas le cas? Résistant serait alors adjectif, donc variable. Cette possibilité mérite qu’on s’y attarde. Quels sont donc, toujours d’après Grevisse (# 1893, 11e éd.) les critères qui font, d’une forme -ant, un participe présent obligé? Il en énumère sept, que voici :

 La forme en –ant est participe présent

  quand elle a un objet direct (ex. Des instructions CONCERNANT (7) les devoirs de sa charge);

quand elle a un objet indirect (COI) ou un complément circonstanciel (CC), pourvu qu’elle exprime l’action (ex. Des discours PLAISANT à chacun. / Je n’entendis plus que les plumes COURANT sur le papier);

quand elle est précédée de la négation ne (ex. Nous allions, ne SONGEANT à rien);

ordinairement, quand elle est suivie d’un adverbe qui la modifie (ex. Il marche entre deux lignes de peupliers encore sans feuilles, mais VERDISSANT déjà) [Cela s’explique, nous dit-on, parce que l’adverbe se place ordinairement après le verbe.];

quand elle appartient à un verbe pronominal (ex. La répétition multiple de certaines syllabes sourdes ou sonores SE CORRESPONDANT);

quand elle est employée avec le verbe aller (ex. Les ennemis de Racine allaient DISANT qu’il savait peindre l’amour...);

quand elle est employée en construction absolue (ex. Les circonstances AIDANT, nous réussirons).

Dans le cas problématique soumis par ma correspondante, la conclusion qui s’impose est que résistant est bel et bien un participe présent, puisqu’il a un COI (critère n° 2).  Ne dit-on pas Résister à quelqu’un ou à quelque chose?…

Quel que soit l’angle sous lequel on aborde le problème posé, la conclusion reste la même. Le contraire aurait été étonnant, vous en conviendrez, mais en langue on peut s’attendre à tout, d’où la nécessité de cette double vérification. Parce que résistant est participe présent, il est invariable. Ma correspondante a donc raison sur toute la ligne. Et ses collègues, tort. Que penser d’autre? Mais est-ce le fin mot de l’histoire?…

Certains se diront pleinement satisfaits de cette démonstration. D’autres pourraient, malgré tout, avoir de la difficulté à en accepter la conclusion. La logique leur dit qu’ils ont tort, mais, intérieurement quelque chose continue de (ou continuer à ) les chicoter. Ces autres, vous l’aurez deviné, pourraient facilement être les collègues de ma correspondante. Comme ils ne sont pas là pour contester, je vais me porter à leur défense. Ce ne sera toutefois que dans le prochain billet.

À  SUIVRE

 Maurice Rouleau

 (1) Un petit malin pourrait objecter qu’ici l’emploi de dire n’est pas approprié, car la différence ne s’entend pas; qu’il vaudrait mieux employer écrire. Soit. Mais il ne faut pas oublier que dire signifie également Exprimer par écrit.  : Il le dit en toutes lettres dans son livre.

(2) Pour l’emploi de la virgule entre le titre d’un ouvrage et le nom de son auteur, voir https://rouleaum.wordpress.com/2011/02/07/ponctuation-oeuvre-auteur/

(3) J’ai appris à écrire interpellé. D’après le NPR 2010, la graphie interpeler, conforme à la prononciation, est admise. Le Larousse en ligne n’est pas du même avis. Faut-il s’en surprendre? (Voir https://rouleaum.wordpress.com/2013/12/27/le-petit-larousse-vs-le-petit-robert/)

(4) Je qualifie ce terme d’énigmatique, parce que bêtabloquant n’est pas le participe présent du verbe bêtabloquer. Ce verbe n’a jamais existé. Bêtabloquant a été créé de toutes pièces : étym. avant 1972 ◊ de bêta et bloquer. Ou peut-être même a-t-il été emprunté à l’anglais, qui parle de betablocking agent.

(4-a) À certains mots en –ant, le NPR reconnaît une double nature : adjectif et nom. Parfois il est dit : nom et adjectif (ex. voyant, japonisant, partant…), parfois, adjectif et nom (gagnant, intrigant, survivant, immigrant...).  [Émigrant, lui, n’est que nom!] Je ne saurais dire pourquoi l’ordre est inversé.  

(4-b) Il y en a même qui n’arrivent pas à se décider. Ceux-là ne trouvent rien de mieux à faire que d’utiliser les deux accords dans un même texte! C’est ce que j’ai rencontré récemment.  « Qu’est ce que les microorganismes résistantS aux médicaments?» Et à la ligne suivante : « Est-ce que les microorganismes résistant aux médicaments constituent un nouveau problème. » Mais est-ce vraiment parce qu’ils n’arrivent à se décider? Ne serait-ce pas plutôt parce qu’ils voient dans la forme en -ant tantôt un participe présent, tantôt un adjectif? Ils ont peut-être raison, mais les apparences jouent contre eux.

(5) Vaugelas, dans ses Remarques sur la langue française, nous dit « Je les ai trouvées ayantS le verre à la main, ça ne se dit par parce que ayant n’a pas de féminin. On ne dit pas Je les ay trouvées ayantes le verre à la main. Il faut donc nécessairement avoir recours au participe présent, quand il s’agit du féminin (singulier ou pluriel), et dire en l’exemple que nous avons proposé je les ay trouvées ayant le verre à la main. »

Sa logique me laisse perplexe. Est-ce vraiment le fait que ayant n’a pas de féminin qui fait de ce mot un participe présent? Qu’aurait répondu Vaugelas si on lui avait proposé la phrase suivante :  Je les ai trouvées passant un bon moment ensemble. Passant ne serait pas participe présent parce que passante existe! OUF… Son argumentation n’est vraiment pas convaincante.

(6) Voici d’autres adjectifs dont la graphie diffère de celle du participe présent correspondant : convaincant, provocant, suffocant, fatigant, intrigant, navigant, extravagant / adhérent, coïncident, convergent, différent, divergent, équivalent, excellent, expédient, influent, précédent, violent.

Certains voudraient voir dans les adjectifs en -ent autre chose qu’un adjectif « verbal », mais l’étymologie de ces mots leur donne tort :

(7) Quelle différence d’emploi voyez-vous entre « des instructions concernant les devoirs de sa charge » et « mesures concernant la circulation des véhicules » (Camus)? Vous n’en voyez pas? Moi, non plus. Pourtant le NPR 2010, lui, en voit une. Concernant dans la phrase de Camus serait une préposition! Vous avez bien lu! Une PRÉPOSITION. Faut-il pleurer? Faut-il en rire?

 

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