Stylist. comparée  19 : La coordination

De préférence : la coordination

Apparente ou réelle?

And se traduit-il nécessairement par Et?

 

Nous l’avons déjà vu, pour articuler leur discours, les langues anglaise et française font appel à des procédés identiques [hypotaxe : coordination et subordination; parataxe : juxtaposition]. Il n’y aurait donc apparemment aucune raison d’aborder ce sujet en « stylistique comparée ». Et pourtant, je vais le faire. Pourquoi donc? Parce que, derrière l’apparence, il y a la réalité. Parce qu’après la théorie, il y a la pratique. Parce qu’il y a une différence entre ce qu’il faut normalement faire et ce qui est réellement fait.

 Qu’entend-on par coordination, l’action de coordonner?  

Coordonner consiste à unir, à l’aide d’un mot invariable appelé conjonction, ou locution conjonctive, deux éléments de même nature ou de même fonction. Ces deux éléments peuvent être deux mots (ex : incroyable MAIS vrai / le rouge ET le noir) ou deux propositions (la patinoire extérieure est prête, MAIS les pentes de skin ne sont pas damées). Ces propositions ne doivent toutefois pas être dépendantes l’une de l’autre.  Car, si elles l’étaient, il ne s’agirait plus de coordination, mais bel et bien de subordination. Voilà une caractéristique à ne jamais oublier.

La conjonction de coordination (1) matérialise le rapport que le locuteur voit, et veut faire voir, entre deux éléments de son discours. Ces conjonctions, nous les avons mémorisées dans notre enfance, comme on a mémorisé l’alphabet. Par répétition. Pour moi, ce fut et, ou, ni, mais, car, or, donc. Pour d’autres, ce fut mais, ou, et, donc, car, ni, or. La voie empruntée ne change rien au résultat.

La coordination qui m’intéresse ici est celle que l’on trouve non pas entre deux mots, mais bien entre deux propositions. Plus précisément entre deux propositions unies par la seule et unique conjonction AND. C’est la seule qui, à mes yeux, pose problème. Par là, je laisse entendre qu’on utilise AND pour matérialiser un rapport autre que celui qu’un francophone lui attribue spontanément et qu’il traduit machinalement par ET.

Pour que j’y voie un problème, et que l’anglais ne s’en formalise pas, il faut que AND ait d’autres acceptions. Voyons ce que le Merriam-Webster, dictionnaire unilingue anglais, dit de cette conjonction :

1 —used as a function word to indicate connection or addition especially of items within the same class or type ; used to join sentence elements of the same grammatical rank or function

2  a —used as a function word to express logical modification, consequence, antithesis,                or supplementary explanation

    b —used as a function word to join one finite verb (as go, come, try) to another so that             together they are logically equivalent to an infinitive of purpose: come and see me

3 —obsolete : if

4 —used in logic to form a conjunction.

Voyons maintenant des phrases où la traduction de la conjonction AND par ET pourrait être problématique.

  •  A new Argentine government returned the body [celui d’Evita Perón] in 1971 AND finally laid it to rest in a posh Buenos Aires cemetery in 1976.

             Quel sens faut-il accorder à ce AND? C’est celui qui est présenté en 1—, dans le Merriam-Webster, i.e. l’addition des deux actions décrites (returned et laid). Deux actions qui ne sont pas dépendantes l’une de l’autre. Malgré ce que certains pourraient croire.   

En effet, même si le corps doit être rapatrié avant d’être inhumé, la relation temporelle n’est qu’apparente. Le corps n’a pas été rapatrié pour être inhumé. Il l’était déjà là d’où on le rapatriait. De plus, le laps de temps entre ces deux gestes, à savoir 5 ans (1971-1976), nous interdit d’y voir une relation directe de temps. Et ce, sans mentionner l’emploi de l’adverbe finally! Ici, traduire AND par ET semble tout à fait justifié.

Traduction possible : « Le nouveau gouvernement rapatrie la dépouille d’Evita  en 1971 ET l’inhume finalement, en 1976, à Buenos Aires, dans un cimetière pour bien nantis. »

  •  Don’t drink AND drive.

            « Ne buvez pas ET conduisez »! Voilà une traduction digne d’une machine. Une traduction fidèle aux mots. Plus fidèle que cela, tu meurs! Que peut-on lui reprocher? N’est-ce pas ce que les mots disent? Oui, mais est-ce vraiment ce qu’ils veulent dire? Voilà posée la sempiternelle (2) question, celle que tout traducteur devrait avoir constamment à l’esprit, et qu’il oublie parfois de se poser.

L’auteur, tout comme le traducteur mal avisé, recourt à deux propositions unies par une conjonction pour exprimer son vouloir dire. En tant que coordonnées, ces propositions ne peuvent pas, en français, être dépendantes l’une de l’autre. Si elles l’étaient, elles seraient subordonnées, nous l’avons déjà dit. Et nous le répétons. Ça, c’est en théorie. Mais en pratique?…

Appelé à formuler dans ses propres mots le message qu’il perçoit, le traducteur ne pourra que subordonner les deux actions décrites par les verbes drink et drive. C’est donc dire que ces deux propositions, morphologiquement coordonnées, sont en fait logiquement subordonnées. Quel est le vrai rapport qui se cache sous ce AND? Serait-ce qu’il est dangereux de boire pendant qu’on conduit? On pourrait en reverser!— Les deux verbes ne sont-ils pas au présent! — Ne serait-ce pas plutôt qu’il est dangereux de conduire après avoir bu, parce que nos facultés sont alors affaiblies par l’alcool? Comme c’est un message utilisé dans une campagne de sécurité routière, la deuxième interprétation est à privilégier. Par cette campagne, on veut sensibiliser les jeunes à toujours désigner le conducteur qui doit rester sobre; c’est le seul qui doit prendre le volant après une soirée bien arrosée. Il y a donc là une relation de dépendance, incompatible avec la notion de coordination en français. Dans cette phrase, le AND répond plutôt à l’acception 2 a que donne le Merriam-Webster. « Ne buvez pas SI vous conduisez ». Tel pourrait être le message que l’on veut véhiculer. Est-ce pour autant la meilleure traduction possible?…

Vous avez certainement remarqué que cette phrase anglaise joue sur la répétition d’un même son, (Don’t Drink anD Drive). L’allitération du D ajoute un effet particulier. Voulu ou non, là n’est pas la question. Idéalement, il serait bon qu’on retrouve cet effet dans la traduction. Je dis idéalement, car la transposition d’un effet d’une langue à l’autre n’est pas toujours possible. Mais ici, qu’est-il possible de faire?…

Traduction possible : « Si vous prenez un verre, ne prenez pas le volant ».

L’allitération n’est certes pas aussi marquée qu’en anglais, mais elle ne passe pas inaperçue : vous ne pouvez pas prendre les deux, il vous faut choisir! Vous aurez aussi remarqué, j’en suis certain, que la négation ne porte plus sur le même verbe [don’t drink / ne conduisez pas] et que la proposition dépendante est inversée [Ne buvez pas si vous conduisez / Si vous buvez, ne conduisez pas]. Question de chronologie dans les événements.

  •  Now he stopped AND waited for me.

Un traducteur, débutant ou pas, sera fort tenté, dans le feu de l’action, de traduire cette phrase par : Il s’est alors (3) arrêté ET il m’a attendu. Que pourrait avoir de répréhensible cette traduction? N’est-ce pas ce que les mots disent? Oui, mais est-ce vraiment ce qu’ils veulent dire? Est-ce que traduire AND par ET, son équivalent français courant, rend bien l’idée? J’ai des doutes. Ces deux actions sont-elles indépendantes l’une de l’autre, comme le veut la grammaire française quand il s’agit de coordination? Euh… Pourquoi s’est-il arrêté? / Pourquoi m’a-t-il attendu? / Autrement dit, quel rapport existe-t-il entre ces deux gestes? Quel est le sens réel de ce AND?

             D’après moi, ce serait celui qui est décrit en 2 b—. La structure de come and see me, exemple cité par le Merriam-Webster, se voit clairement dans Stop and wait for me. C’est donc dire que la seconde proposition ne serait pas indépendante de la première, comme le voudrait une véritable coordination. Ce serait une proposition finale. La traduction doit en tenir compte.

Traduction possible : « Il s’est alors arrêté pour m’attendre. »

  • Ann had been on the lookout for him AND rushed down to open the door.

Et que penser de cet autre AND? Les deux actions en question sont-elles indépendantes l’une de l’autre, comme la grammaire française l’exige dans les cas de propositions coordonnées?… Je détecte dans cette phrase une structure qui s’apparente à come and see me, mais avec des éléments intercalés. Ce serait, selon toute apparence, un autre exemple de type 2 b—. Un cas de subordination des deux actions.

Mais à la différence de Now he stopped and waited for me, cette phrase contient deux verbes qui ne sont pas au même temps : had been est antérieur à rushed. Cette antériorité, ou subordination dans le temps, doit se faire sentir d’une façon ou d’une autre. D’une façon qui soit naturelle en français. L’emploi d’une relative répond bien, je crois, à cet impératif.

Traduction possible : « Ann*, qui guettait son arrivée, se précipita pour lui ouvrir la porte. »

* Certains pourraient vouloir franciser ce nom propre. Mais cela ne répond à aucun impératif traductionnel réel.

  •  It tastes awful, AND it works.

Une autre publicité. Celle du sirop Buckley. Un sirop dont le goût est notoirement mauvais. Dans la deuxième proposition, il est dit que ce sirop est bon pour combattre le rhume (it works). Alors que vient faire le AND entre ces deux énoncés, qui ne semblent pas nés pour faire la paire? Euh…

Ouvrons ici une parenthèse.

Devant un plat aux éléments bien agencés, aux couleurs vives, aux odeurs alléchantes, qui ne se met pas à saliver? Qui ne veut pas y goûter? C’est une réaction physiologique, une réaction normale. On mange d’abord avec les yeux. J’ai déjà entendu des juges dans une compétition culinaire dire : « J’espère que votre plat est aussi bon qu’il est beau. » Ou encore : « J’espère qu’il est meilleur qu’il en a l’air. » Que révèle un tel commentaire? Qu’inconsciemment on associe beau à bon. Laid à mauvais. C’est comme cela!

Fermons la parenthèse.

Si nous sommes ainsi faits, il est normal que la phrase en question nous déconcerte. Associer le bon et le mauvais, c’est associer deux choses qui se contredisent. Ce que l’esprit perçoit spontanément comme rapport entre ces deux énoncés, c’est une opposition. Même si l’anglais utilise AND pour exprimer une opposition (le Merriam-Webster, en 2 a—,  parle de antithesis), le français, lui, s’y prendra naturellement d’une autre façon. Il recourra à la conjonction mais : il goûte mauvais, MAIS il est efficace.

L’emploi de ET pour indiquer une telle relation est-il à condamner? Oui et non. Il ne le serait pas s’il s’agissait d’une publicité orale. En effet, la langue parlée s’accompagne de gestes (qui se voient) et d’inflexions de la voix (qui s’entendent). Ces éléments additionnels, non écrits, viennent compléter le message; ils nous vont voir, sans le dire, l’opposition entre les deux éléments. Il n’en est pas de même en langue écrite. Cette dernière ne peut compter que sur elle-même. Mais quand il s’agit d’une publicité télévisuelle, la situation est différente. Le message est transmis par l’image, la gestuelle et la voix.

Traduction possible : « Il a mauvais goût, et* pourtant il est efficace ».

* Le ET sert ici à renforcer l’idée d’opposition qu’exprime l’adverbe pourtant.

  • The two soldiers who accompanied the body to its reburial in Argentina accidentally impale themselves with their bayonets when the hearse driver had a heart attack AND lost control of the vehicle.

             Le AND, ici, unit deux propositions qui ne sont pas indépendantes l’une de l’autre. Tout lecteur comprendra qu’il y a entre elles non seulement une relation temporelle (l’accident est survenu après l’infarctus), mais surtout une relation de cause à effet : le conducteur  a perdu le contrôle de son véhicule parce qu’il a fait un infarctus. Se contenter d’un ET dans la traduction ne serait assurément pas suffisant. Le lien logique (acception 2 a—) doit être exprimé soit par des mots, soit par une ponctuation appropriée, le deux-point, par exemple. Aidé en cela, par le temps du verbe (il venait).

 Traduction possible : « Les deux soldats qui accompagnent la dépouille d’Évita jusqu’à sa sépulture définitive en Argentine s’empalent accidentellement sur leur baïonnette à la suite d’une embardée : le conducteur du corbillard venait de faire un infarctus. »

  • The Jews had almost no chance to win, AND to their contemporaries the rebellion seemed an act of madness.

Il faut savoir que cette phrase est tirée d’un texte sur Massada, une forteresse située sur une montagne où les Juifs, qui s’y étaient retranchés, ont préféré se suicider plutôt que de se rendre aux Romains qui les assiégeaient.

Voir, dans ces deux propositions unies par AND, des événements qui ne dépendent pas l’une de l’autre, comme la grammaire française le veut, ne permet pas de saisir le message que l’auteur veut transmettre. Traduire ce AND par ET ne respecte pas l’idée exprimée.

Il y a une relation à établir entre « no chance to win » et « act of madness », une relation qu’il faut dégager et exprimer clairement. Croire pouvoir gagner est, de la part des Juifs, démentiel! Là est la relation entre ces deux propositions. Comme l’une explicite l’autre, l’inversion des propositions s’impose. Et l’emploi d’un deux-points contribue, pour sa part, à l’économie dans l’expression.

Traduction possible : « Aux yeux des gens de l’époque, cette rébellion était pure folie : les Juifs n’avaient aucune chance de gagner. »

  • He stepped aside for me to enter the house, took my overcoat and hat, guided me to a room on the second floor—Gantvoort’s library—AND left me.

Si l’on examine attentivement cette phrase, on voit que le AND joue un rôle que lui reconnaît d’emblée le Merriam-Webster. En 1—, il est dit que AND  « [is] used to join sentence elements of the same grammatical rank or function ». C’est précisément le cas ici. La conjonction AND précède le dernier verbe d’une série de quatre : He stepped, he took, he guided AND he left. Vu que le français fait jouer le même rôle au ET, rien ne nous interdit de traduire cette phrase de la façon suivante : « Il s’écarta pour me laisser pénétrer dans la maison, me débarrassa de mon pardessus et de mon chapeau, me guida vers une pièce au deuxième étage —la bibliothèque de Gantvoort—  et me quitta. » Grammaticalement parlant, il n’y a rien à redire. Stylistiquement parlant, c’est une autre histoire.

Ouvrons une autre parenthèse.

                Cette traduction a besoin, selon moi, de quelques retouches, certaines plus importantes que d’autres. Dans He stepped aside for me to enter the house, vous aurez certainement noté le côté descriptif de l’anglais. Cette prédilection pour l’image, nous en avons déjà parlé. (Voir… https://rouleaum.wordpress.com/2014/02/24/). Point n’est besoin d’y revenir. L’anglais décrit la scène en détail. En lisant cette phrase, le lecteur se voit, dans la peau du majordome, en train d’ouvrir la porte au visiteur. Il est là, dans l’embrasure, barrant le passage à quiconque voudrait entrer. Pour que le visiteur pénètre dans la maison, le majordome devra inévitablement se tasser*. Est-il vraiment nécessaire, en français, d’être aussi précis. NON. Le français va de préférence à l’essentiel; il ne s’embarrasse pas de détails. Et l’essentiel ici, c’est de faire entrer le visiteur. Et chacun sait qu’il n’y a qu’une façon de faire : laisser la voie libre. Cela va sans dire. Pourquoi alors le dire?…

* (NPR 2010) Région. (Canada) Fam. Se reculer, se ranger. Je vais me tasser pour vous laisser passer.

Dans  [he] took my overcoat and hat, guided me to…, deux propositions simplement juxtaposées par l’auteur,  il y a un rapport de temps, qui est non dit. Les événements ne sont pas simultanés, mais successifs. Il y a une subordination dans le temps, qui peut être explicitée de diverses manières. Par ex. en employant avant, après ou encore puis.  

Fermons cette parenthèse.

Revenons à nos moutons, à ce fameux AND, qui précède le dernier verbe.

Ne fait-il qu’annoncer au lecteur la fin d’une série de termes de même nature et/ou de même fonction? Grammaticalement, oui.  Mais n’y aurait-il pas un autre rapport, non dit, entre guided me et left me? Entre me guida et me quitta? Si je pose la question, c’est que la fin de la phrase me semble tomber à plat. Où le visiteur a-t-il été abandonné? Dans la bibliothèque ou sur le chemin qui y mène?…

Traduction possible : « Il me fit entrer et, après m’avoir débarrassé de mon pardessus et de mon chapeau, me conduisit jusqu’à une pièce au deuxième étage (la bibliothèque de Gantvoort), il me laissa seul*. »

* Cette dernière proposition ne serait pas traduite que je n’en serais pas choqué. Et ce, pour une raison fort simple: il n’est pas dans les fonctions d’un majordome de tenir compagnie à la personne qui vient rendre visite à son maître. Une fois qu’il a conduit le visiteur là où le maître veut le recevoir, il le quitte. Tout naturellement. Cela va de soi. Est-il besoin de le dire? Je ne le crois pas.

Autre traduction possible : « Il me fit entrer et, après m’avoir débarrassé de mon pardessus et de mon chapeau, il me conduisit à la bibliothèque de Gantvoort, aménagée à l’étage. »

N.B.  Ne pas tout traduire n’est pas synonyme de perte de sens. Ce qu’il y a à traduire ce sont certes des mots, mais ce qu’il faut rendre, c’est le sens.

  • With four colleagues the author traveled more than 6,000 miles AND spent a year choosing AND testing the 400 recipes in the book.

Cette phrase, tirée d’un compte rendu d’un livre de cuisine, contient deux AND qui appellent un traitement différent. Seul le premier m’intéresse, car il coordonne deux propositions et non deux mots comme le fait le second. La question est toujours la même : quel est le rapport exprimé par ce AND? Le traduire par ET serait-il acceptable? Peut-être, mais il y aurait mieux. À la condition évidemment de saisir le rapport réel entre les événements :  l’auteure a voyagé et a testé… Il est évident qu’elle et ses collègues n’ont pas testé ces recettes durant leur voyage. Il y a donc une subordination temporelle cachée. Un rapport logique que le Merriam-Webster reconnaît à AND (acception 2 a—) mais qu’un ET rendrait très mal.

Traduction possible : « Après avoir parcouru plus de 10 000 km, l’auteure, aidée de quatre collègues, consacre une année à choisir et à tester les 400 recettes qu’elle nous présente. »

  • Altogether there are no less than five hundred important islands; as a result the country has a relatively long coastline (extending over 17,000 miles) AND the sea is never far away.

Les deux dernières propositions, reliées par AND (country has a long costline and sea is never far away), sont introduites par as a result. Ce sont donc, aux yeux de l’auteur, deux conséquences du grand nombre d’îles que compte le Japon. À ce titre, elles ont la même fonction; elles ne sont donc pas dépendantes l’une de l’autre. L’auteur ne fait qu’additionner les conséquences (acception 1—, dans le Merriam-Webster). Ces deux propositions sont effectivement ce qu’on appelle en français des propositions coordonnées. À ce titre, l’emploi de ET serait tout à fait justifié.

Mais, à y regarder de plus près, le message ne me semble pas aussi clair. J’ai l’impression tantôt que l’auteur se répète, qu’il dit la même chose mais en des termes différents; tantôt que la dernière proposition dépend d’une certaine manière de la précédente. Dans un cas comme dans l’autre, ces deux énoncés ne seraient pas, à proprement parler, indépendants. Autrement dit, ET ne conviendrait pas.

Dire que la mer n’est jamais loin, c’est dire, sans le dire, que les régions habitées sont en bordure de mer. Il n’y a là rien de nouveau; c’est un fait connu que le littoral est comparativement plus peuplé que l’intérieur des terres. Les gens s’installent toujours  près des voies de communication les plus immédiatement accessibles, i.e. les plans d’eau. D’où le fait que la plupart des habitants ne sont jamais loin de la mer. Comment rendre cela? Différentes solutions s’offrent à nous.

Traductions possibles : « En tout et partout, le Japon ne compte pas moins de cinq cents îles assez grandes. Ce qui fait que son littoral est relativement important (plus de 27 000 km) et que, où que l’on soit, la mer n’est jamais très loin. »

« Comme le Japon compte pas moins de cinq cents îles assez grandes, son littoral est relativement important (plus de 27 000 km). C’est dire que la mer n’est jamais très loin. »

« Le Japon, qui ne compte pas moins de cinq cents îles assez grandes, a un littoral relativement important (plus de 27 000 km). La mer n’est donc jamais très loin.

Encore deux autres phrases pour finir de vous convaincre, si besoin est :

  • No wonder, then, that man’s great dream has been some day to control the weather. The first step toward control, of course, is knowledge, AND scientists have been hard at work for years trying to keep track of the weather.

Traduction possible : « Il ne faut pas s’étonner que l’homme rêve d’être un jour le maître du temps. Pour ce faire, il doit d’abord le connaître, c’est pourquoi les scientifiques s’acharnent depuis des années à le mieux comprendre.

  • Eric * was found wandering the parking lot of a mall near here. […] I saw him and picked him up. A small pet store is just inside the doors of the mall AND we assumed he had made a puppy break from the cages at the back.

* Nom donné au chien par l’auteure du texte.

Cet exemple a déjà été utilisé dans mon billet sur la juxtaposition (Voir  https://rouleaum.wordpress.com/2014/11/05/blogue-17-la-juxtaposition/ )

Traduction possible : «[…]  Je l’ai donc pris dans mes bras, puis l’ai amené à la petite animalerie du centre commercial, croyant qu’il s’était échappé d’une des cages situées à l’arrière du magasin. »

Maurice Rouleau

(1) Le Bon Usage (11e éd., # 272-273) parle de coordination copulative (et, ni), disjonctive (ou), adversative (mais), causale (car), consécutive (donc) ou transitive (or).

(2) Personne ne voit de pléonasme dans sempiternel. Sauf celui qui a déjà étudié le latin  et qui s’en rappelle encore un peu.

Les pléonasmes n’ont pas bonne presse, c’est connu. Sauf si les régents n’y voient que du feu! Qui montent aux barricades quand ils entendent au jour d’aujourd’hui? Nuls autres que les régents et les pseudo-régents. Mais que faisaient ces mêmes régents quand aujourd’hui a fait son entrée dans la langue? Ils roupillaient?…  Ils auraient dû, comme ils le font maintenant, crier au pléonasme, car, dans l’ancienne langue, hui (du latin hodie) voulait dire « en ce jour». Comment ne pas voir un pléonasme dans Au  jour de ce jour. Qu’on le veuille ou non, aujourd’hui est bel et bien pléonastique, mais on préfère l’oublier ou l’on n’en est pas conscient. Tout comme on oublie que le même phénomène se retrouve dans sempiternel (formé de semper et éternel). L’adjectif éternel, de par son sens (qui n’a ni début ni fin), n’admet aucune extension. Une chose ne peut être plus ou moins éternelle; ou n’être éternelle que durant un certain temps. Éternel est un adjectif qui se suffit à lui-même. Alors dire sempiternel c’est redondant, car semper veut dire toujours. Pour justifier de ne pas avoir rouspété quand ces mots sont apparus dans la langue, les régents disent y voir un renforcement de l’idée sous-jacente : c’est vraiment en ce jour; c’est vraiment éternel. Je serais prêt à parier que ceux qui, de nos jours, disent au jour d’aujourd’hui le font précisément pour la même raison. Pourquoi ne pourrait-on pas alors dire au  jour d’aujourd’hui (c’est vraiment aujourd’hui) comme on disait autrefois au   jour  d’hui? Tout simplement parce que les Régents de l’aiment pas. Point, à la ligne.

(3) Même si now signifie, dans tous les contextes, au même moment, il ne se traduit pas toujours par maintenant. Le « même moment » anglais est celui qu’indique le verbe principal. Ex. Now the trouble began / Now the trouble begins. En français, maintenant n’a pas la flexibilité de son équivalent anglais. Il faut donc recourir à deux mots différents.

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8 commentaires pour Stylist. comparée  19 : La coordination

  1. LMMRM dit :

    Bonjour,
    1. – «Empaler» est un terme ici inadéquat, mais il ne faut pas trop en demander à un journaliste.
    2. – «Celui […] qui s’en rappelle encore un peu». Mieux: «Celui […] qui s’en souvient encore un peu».

    • rouleaum dit :

      1- « Il ne faut pas trop en demander aux journalistes », dites-vous. J’en conclus que, d’après vous, le journaliste s’est fourvoyé en utilisant « empaler ». Clairement, le sens que vous donnez à ce terme ne correspond pas à ce que le journaliste décrit. Moi, je n’en suis pas si sûr.

      Il est vrai que le sens originel de empaler est : « Transpercer d’un pal par le fondement, en parlant d’un Supplice barbare encore en usage dans certains pays de l’Orient. Empaler un criminel. Il fut empalé ». Avec ce sens, la forme pronominale n’a, j’en conviens, aucun emploi possible. Qui oserait S’empaler!

      Il est également vrai que la presse écrite renferme bien des perles. Mais l’emploi de empaler ici n’en est pas une. Quiconque consulte son dictionnaire (Larousse ou Robert) — ce qu’a sans doute fait le journaliste — verra que le sens de ce verbe a évolué. Qu’à la forme pronominale, il signifie « Se blesser en tombant sur un objet pointu qui s’enfonce dans le corps à la manière d’un pal. S’empaler sur une grille, une fourche. » S’empaler sur sa baïonnette n’a donc rien de fautif. Même l’Académie (DAF, 9e éd.) lui reconnaît ce sens : « S’empaler, tomber sur un objet pointu qui transperce le corps. En voulant escalader la grille, il s’est empalé sur un fer de lance. »

      2- Vous n’aimez pas « s’en rappeler ». Vous lui préférez « s’en souvenir ». Soit. S’en rappeler est-il pour autant à condamner? Je me suis déjà posé la question. J’y ai même consacré trois billets, publiés les 11 et 23 mai, ainsi que le 4 juin 2011. Je ne reviendrai donc pas sur le sujet. Vous trouverez le premier à l’adresse suivante : https://rouleaum.wordpress.com/2011/05/11/se-rappeler-de-1/

  2. LMMRM dit :

    Bien sûr qu’«empaler» a un sens figuré, et c’est là le problème.
    Je développerai peut-être plus tard, le devoir m’appelle ailleurs.

  3. LMMRM dit :

    Ce que je pense est ceci : «empaler» est un verbe à ne pas employer dans son sens élargi quand il y a un risque qu’on le prenne dans son sens premier. C’est ici le cas.
    Pour «s’en rappeler», je n’ai pas encore lu vos articles.
    Je les lirai dès que possible.

    • rouleaum dit :

      Il est risqué, dites-vous, d’utiliser empaler dans son sens élargi partout où il pourrait être pris dans son sens premier. Et vous ajoutez : « C’est ici le cas. »

      Ce que vous voulez dire, c’est sans doute que vous, vous y voyez un risque. Dans ces circonstances, vous êtes tout à fait en droit de ne pas l’utiliser. Mais cela reste une décision personnelle. Une décision qu’il est impossible d’imposer aux autres, car il n’est pas certain que tous ont de ce mot la même perception que vous. Je dois l’avouer, je fais partie de ces derniers.

  4. LMMRM dit :

    Il n’est pas certain que tous ont de ce mot la même perception que vous.

    «Tous», non; en tout cas c’est certain, pas ceux qui ne connaissent que le sens élargi.
    Si un lecteur ne se pose pas la question que je me suis posée, c’est soit qu’il ignore le sens premier du mot, soit qu’il a des informations que je n’ai pas pour dire si le mot est pris au sens étroit ou au sens élargi, soit qu’il se moque du sens précis de ce qu’il lit.

  5. LMMRM dit :

    Je ne me suis pas exprimé très clairement, dommage qu »il n’y ait pas de fonction d’édition.
    J’aurais dû dire :
    – «pas ceux qui ne connaissent qu’une seule acception» au lieu de «pas ceux qui ne connaissent que le sens élargi» ;
    – et «c’est soit qu’il ignore que le mot a deux acceptions» au lieu de «c’est soit qu’il ignore le sens premier du mot».

  6. Krop Jean-Pierre dit :

    Plus que passionnant

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