Nouvelle orthographe et Accent circonflexe (4)  

 

L’ACCENT CIRCONFLEXE

L’avant et l’après

-4-

 

L’accent circonflexe sur le U disparaît.

Dorénavant, il faudra écrire FLUTE… Et ce, même si, aux yeux de certains, cette nouvelle graphie est de mauvais GOÛT. Oups! De mauvais GOUT.

Nous l’avons déjà dit, l’accent sur le U n’a aucune fonction phonétique. À preuve,  le U de flûte ne se prononce pas différemment de celui de chute. Il n’aurait donc qu’une fonction graphique : indiquer la disparition d’une lettre. Pour s’en assurer, il suffit ce compulser son Nouveau Petit Robert. Voici ce que sans difficulté j’ai pu y trouver :

  • août                      s’écrivait            aouSt
  • brûler                 s’écrivait             bruSler
  • coût                      s’écrivait             couSt
  • bûche                  s’écrivait              buSche
  • fût                       s’écrivait              fuSt
  • moût                   s’écrivait              mouSt

Sans, évidemment, oublier flûte. En 1606, celui qui en joue s’appelle Joüeur de flEUteEn 1694 (DAF, 1ère éd.), il devient Joüeur de flUSte!  Ce n’est qu’à partir de 1762 qu’on le dit  Joueur de flÛte.

Il y a par contre d’autres mots exigeant un Û où la disparition d’une lettre n’est pas aussi facilement démontrable. Je pense, entre autres, à croûte [croste], à goût  [du latin gustus], à voûte [voste] ou encore à soûl (soûle) [saoul]. L’étymologie n’est donc pas toujours d’un grand secours.

Depuis quelques décennies, depuis en fait la parution du Grand Robert (1965), on fait jouer à cet accent un nouveau rôle, celui de signe diacritique. Un signe dont la fonction est d’empêcher la confusion entre deux mots qui, sans lui, seraient homographes. C’est ainsi, par exemple, qu’on justifie crû (à distinguer de cru) (1) ; dû (à distinguer de du); jeûne (à distinguer de jeune), etc.

Est-ce qu’enlever cet accent, comme le recommande la Nouvelle Orthographe, — sauf, bien entendu, là où il est utile —bousculerait beaucoup notre façon de faire? On pourrait le penser. Certains vont même jusqu’à le prêcher. Mais la portée réelle de cette recommandation n’est pas aussi importante qu’elle y paraît. En fait, le NPR 2010 ne répertorie que 128 mots où il y a un Û. Et bon nombre d’entre eux sont de même famille (ex. affût, affûtage, affûter, affûteur, affûtiaux). Les utilisateurs n’ont donc aucune raison de s’opposer à cette recommandation aux effets si limités. C’est du moins l’argument avancé par ceux qui ne jurent que par la Nouvelle Orthographe. Argument qui, à mes yeux, n’est pas très convaincant. Mais, passons!

Les experts ont-ils vraiment « régularisé » l’emploi de l’accent circonflexe? Répondre non, ce serait dire qu’ils n’ont pas rempli correctement le mandat qui leur avait été confié. Je vais donc me contenter de dire que j’ai quelques réserves.

On ne doit donc plus, depuis 1990, se demander si tel mot prend ou pas un accent circonflexe sur son U. Dorénavant, tous les U (comme tous les I) iront nu-tête! Sauf dans les cas où l’accent est utile.

Dans quels cas est-il utile?

Cet accent serait encore utile, nous disent les experts, dans deux cas particuliers : dans certaines terminaisons verbales (p.ex. nous dûmes, qu’il dût) et dans quelques cas d’homographie (par ex.  dû, mûr, sûr,  jeûne).

Limitons-nous pour le moment aux cas d’homographie. Nous aborderons le problème des terminaisons verbales dans le prochain billet, car les terminaisons qui échappent à la recommandation contiennent aussi bien un û qu’un â ou un î. Et parfois même un ê.

Il faut donc continuer à écrire dû, mûr, sûr, jeûne pour éviter toute confusion avec du, mur, sur, jeune! Regardons chacun d’eux de plus près.

Le cas de JEÛNE

L’accent sur jeûne est utile, car il permet de le distinguer de jeune (peu avancé en âge). C’est du moins ce que l’on m’a appris. Et je l’ai cru. D’ailleurs cette explication court encore. Dans le Grand Vadémécum de l’orthographe moderne recommandée (2009), on peut lire à la page 146 : « Ce verbe [jeûner] perd son accent circonflexe sur le u, sauf dans les formes jeûne et jeûnes, pour éviter la confusion avec jeune(s) (celui qui n’est pas vieux). » Donc, je jeÛne, mais nous jeUnons! OUF… Et on prétend nous avoir simplifié la vie! Laissez-moi vous dire que j’ai quelques réserves.

Mais c’est, encore là, compter sans ma déformation professionnelle. Ou encore plus inéluctablement, sans ma seconde nature : « Thomas », je suis né!, « Thomas », je mourrai. Alors, vous ne m’en voudrez pas de chercher à savoir si cette explication tient la route. Que nous enseigne donc l’histoire? L’histoire de la langue, s’entend.

Jeûne (privation volontaire de nourriture) apparaît dans la langue en 1762 (DAF, 4e éd.). Dans les éditions précédentes, l’Académie n’en fait aucunement mention. Comme si cette pratique n’avait vu le jour qu’à la fin du XVIIIe siècle!… Cela me semble tellement peu crédible que je pars à la recherche d’un autre mot qui, avant 1762, devait été utilisé pour dire la chose. Je le trouve sans peine. C’est jeusne (DAF, 1ère éd., 1694).

Ce mot ne peut évidemment pas, en raison de son S, être confondu avec jeune (peu avancé en âge). Et « Observer les jeusnes ordonnez par l’Eglise » se dit conséquemment jeusner. Il n’y a là rien de bien surprenant.

Si, en 1762, on écrit jeûne (et jeûner), ce n’est donc pas pour éviter la confusion avec jeune, mais bien parce qu’une lettre est disparue — en l’occurrence le S — et qu’on veut le signaler. Rien de plus. Alors invoquer la confusion avec jeune pour justifier la présence de l’accent circonflexe fait partie de ce que j’appelle les « légendes linguistiques », des idées qui circulent sans avoir de base vérifiable. On ne fait que répéter machinalement ce qu’on dit sans se demander si c’est vrai, car ceux qui les prêchent ont toute l’autorité voulue. – Un peu comme un professeur dans sa classe. – Ainsi va la machine à rumeurs, la machine à légendes.

Que dire de notre actuel déjeUner? Comme il signifie rompre le jeÛne, ne devrait-il pas, lui aussi, s’écrire déjeÛner? Poser la question, c’est y répondre. Pourtant, l’accent brille par son absence. Pourquoi alors écrire déjeuner? Que nous révèle l’histoire à ce sujet?

En 1606, Nicot, pour qui jeuSner prend un S, écrit pourtant desjeuner. Le S de jeuSner disparaît, sans qu’on lui ajoute un accent circonflexe. L’Académie en fait autant dans la 1ère éd. de son dictionnaire (1694) : « Il a desjeuné d’un pasté. Il leur a donné à desjeuner. » Puis, en 1762, sans crier gare, l’Académie (DAF, 4e éd.) intervient. Le mot s’écrira dorénavant : déjeûner! Et ce n’est pas discutable.

Pourquoi lui mettre alors un accent circonflexe? Deux raisons pourraient être invoquées : 1) rappeler qu’un S a déjà été enlevé (fonction graphique) même si on ne lui a pas mis un accent;  2) marquer qu’il s’agit d’une syllabe longue (fonction phonétique) : jeûne et jeune ne se prononcent effectivement pas de la même façon. Du moins aujourd’hui. Mais laquelle de ces raisons a amené les Académiciens à agir de la sorte? Je ne saurais dire. Je cherche donc une explication dans la préface du DAF en question. J’y lis ce qui suit :

Nous avons ôté les lettres BDHS, qui étoient inutiles. Dans les mots où la lettre S marquoit l’allongement de la syllabe [fonction phonétique], nous l’avons remplacée par un accent circonflèxe.

Voilà qui est clair. Mais, ici, le S n’a pas été enlevé (fonction graphique), il n’était déjà plus là! Peut-être voulait-on rétablir la vérité historique, signaler qu’avant il s’écrivait déjeusner? Qui sait? Ou peut-être voulait-on simplement marquer l’allongement de la syllabe?… Peu importe la raison pour laquelle les Académiciens ajoutent cet accent, ils font rapidement marche arrière. Dans l’édition suivante, la 5e,  prendre son repas du matin s’écrit à nouveau déjeuner.

L’accent est disparu aussi vite qu’il est apparu!  Allez savoir pourquoi… Et il s’écrit ainsi depuis lors. Le S est redevenu inutile. Tout comme l’accent circonflexe! Vu que le commun des mortels ignore fort probablement que déjeuner vient de l’union de dé-  et de jeûner, l’idée d’y mettre un accent circonflexe peut difficilement s’imposer à son esprit. Écrire déjeuner ne lui cause aucun problème de conscience. Et c’est tant mieux.

Le cas de DÛ

               Dû, sans son accent, pourrait être confondu avec l’article contracté du. Conserver cet accent semble donc tout à fait justifié, nous disent les experts. Mais, au masculin singulier seulement! Au pluriel, il faudra continuer à écrire dus. Et au féminin, singulier ou pluriel, due(s). Sur ces dernières formes, l’accent est inutile, puisque dus et due(s) n’ont pas de sosie, ils n’ont pas à être distingués d’un autre mot. L’accent sur sert donc uniquement à le distinguer de l’article contracté. C’est du moins ce que l’on m’a enseigné. Mais est-ce bien le cas? Euh… Les dictionnaires nous racontent une tout autre histoire… que voici.

En 1606, selon Jean Nicot, le participe passé du verbe devoir et le substantif qui en dérive s’écrivent deu : payer l’argent deu (dû) ; un deu (un dû).

En 1694, la graphie du participe commence à subir des transformations. Le DAF (1ère éd.) donne « Deu, ou , Düe ». Mais l’exemple cité n’est pas conséquent : « On dit prov. Chose promise est chose dûë. » La ponctuation ne semble pas encore très bien fixée.

Si prend l’accent, c’est qu’il a perdu son e. Et non pour éviter de le confondre avec l’article contracté, même si, dans les faits, il le permet. Il faut ici faire la part des choses : la raison d’être de cet accent n’a rien à voir avec la conséquence évidente de sa présence. De plus, écrire dûë, comme dans l’exemple cité, respecte la logique : le e est également disparu au féminin, et l’accent le signale. À cette époque, la logique avait, semble-t-il, encore ses droits.

En 1762, dans le DAF (4e éd.), l’Usage semble avoir changé à nouveau (ou de nouveau). DU, sans accent, est alors soit le participe passé de verbe devoir (au féminin : due), soit l’article contracté, DU. Preuve, s’il en fallait une autre, que l’accent n’a rien à voir avec l’existence d’un sosie. Ce mot n’est plus alors accentué que s’il est employé comme substantif : Je vous demande mon dû. On fait donc jouer à cet accent un rôle différent, et assez inhabituel : distinguer la forme verbale de la forme nominale. Sans plus. Ce ne sera que dans l’édition suivante (5e éd., 1798) que le participe sera recoiffé, au masculin seulement, du fameux accent : dû mais due. On ne veut absolument pas, semble-t-il, signaler la disparition du e de dEue! Uniquement celui que contenait dEu! Et il en est de même depuis lors.

Que font les experts en 1990? Ils décident de ne pas intervenir.  DÛ continuera à porter l’accent, et lui seul. Pour ne pas le confondre avec son sosie, l’article contracté. Au pluriel, il fera toujours dus; au féminin, due et dues. Et ce, malgré le fait que, dans toutes ces formes, l’accent signale la disparition d’une lettre. Autrement dit, dus et du(e)s feront toujours exception à la règle. L’inconséquence du passé est maintenue.

Le cas de MÛR   

Pour dire qu’une chose a atteint son plein degré de développement, le français utilise l’adjectif MÛR. Il en est ainsi depuis 1762 (DAF, 4e éd.)!  Ce mot ne s’est jamais écrit, depuis lors, autrement qu’avec un accent circonflexe, et ce, aussi bien au masculin qu’au féminin, aussi bien au singulier qu’au pluriel : des raisin(s) mûr(s) / des pomme(s) mûre(s).

Avant 1762, cet adjectif s’écrivait meur/meure : des raisins meurs/des pommes meures. L’adjectif meur est par la suite devenu mûr en raison évidemment de la disparition de son e. Jusque-là, rien de bien nouveau. Comme il a perdu un e aussi bien au masculin qu’au féminin, rien de plus normal que d’écrire mûr(s), mûre(s). — Ce qui est anormal, c’est qu’on ne l’ait pas fait pour /due. —  Mais cette logique ne plaît pas du tout aux experts mandatés par le CSLF.

En 1990, ces experts décident de « régulariser » la graphie de cet adjectif. Dorénavant, il faudra écrire :

  • Un fruit mûr; une fraise mure 
  • Des fruits murs; des fraises mures.

Ce qu’ils ne disent pas, ou ne réalisent pas — à vous de choisir —, c’est que leur « régularisation » est basée sur une irrégularité. Il faut le faire, n’est-ce pas? Les experts n’ont rien trouvé de mieux à faire avec mûr que de s’inspirer de ce qu’ils ont, par le passé, fait subir à dû [dus/due(e)s]. Le pire dans tout cela, c’est qu’ils croient avoir « régularisé » l’emploi de l’accent circonflexe! Pour ce qui est de la logique, j’ai déjà vu mieux. Écrire des fruits mûrs, une fraise mûre, des pommes mûres devient donc de l’histoire ancienne! Dorénavant, nous mangerons un fruit mûr, une pomme mure, des fraises mures ou des bleuets murs  — fruit connu ailleurs sous le nom de myrtilles d’Amérique.

On peut toujours penser, même si cela n’est pas fondé, que dus ou due(s) n’ont pas à être coiffés d’un accent circonflexe, puisqu’ils n’ont aucun sosie. Mais cet argument ne tient pas la route dans le cas de murs. Ne dit-on pas : les murs de la maison? Il y a donc bel et bien un sosie.  Mais sa présence ne semble pas troubler les experts autant que du et dû. Il est dorénavant tout à fait acceptable, selon eux, de dire : « les murs près desquels poussent des fruits murs »! Et si vous ne mangez qu’un de ces fruits, ce sera obligatoirement un fruit mÛr! Peut-on vraiment dire que les experts ont, dans ce cas-ci, simplifié la langue? J’en doute, mais eux, le croient sincèrement.

Cet argument tient-il la route dans le cas de [pommes] mure(s)?  On pourrait le penser. Cette nouvelle graphie (mures) ne permet-elle pas de différencier l’adjectif du substantif, mûre(s), fruit(s) du mûrier, qui prend un û parce qu’il s’écrivait autrefois meure : du syrop de meures. OUI, mais…  Cet avantage ne vaut qu’aux yeux de celui qui ignore que la Nouvelle Orthographe veut que le fruit du mûrier s’écrive, lui aussi, mure, sans accent! Ah bon! Nous devrons dorénavant : « manger les mures mures qui poussent près des murs »! La présence d’un sosie n’est pas à craindre…  si l’on en croit les experts. La conclusion qui s’impose, c’ est que l’homographie n’est problématique que si on veut bien qu’elle le soit. Autrement, on « s’en fout ». Assez étonnant, n’est-ce pas?

Le cas de SÛR

En 1694, sur est adjectif (ex. : une pomme sure, i.e. qui a un goût acide) ou préposition (ex. assis sur un banc). En 1762 (DAF, 4e éd.), sûr/sûre fait son apparition au sens de : certain, fiable, sécuritaire. Mais avant cela, quel mot utilisait-on pour dire la même chose? Avant cela, plus précisément en 1694, on écrivait seur/seure. Cela n’est pas sans vous rappeler, j’en suis sûr, meur/meure, dont il vient d’être question. C’est donc la disparition du e qui vaut à sûr d’être coiffé d’un accent circonflexe. « Cachez ce sosie que je ne saurais voir… », semblent, cette fois-ci, nous dire les Académiciens.

En 1990, les experts décident de ne lui conserver son accent qu’au masculin singulier : sûr. On l’enlève sur les autres formes, ce qui donne surs et sure(s). Exactement comme ils ont fait avec mûr. Ils « régularisent » encore un fois en se basant sur une irrégularité. Il faudra dorénavant écrire : Le long de chemins surs, on est sûr de trouver, hors saison, des fruits surs! Quelle amélioration!

 Avant 1990                                       Après 1990

  • dû/dus/du(es)            →      dû/dus/du(es)                (inchangé)
  • mûr/mûrs/mûres     →      mûr/murs/mure(s)    (régularisé)
  • sûr/sûrs/sûre(s)       →       sûr/surs/sure(s)          (régularisé)

Clairement la voie est toute tracée. Pour les experts, le modèle de « régularisation » à suivre est nul autre que : dû/dus/due(s). Même si cela me semble discutable…

Mais ce qui me semble encore plus discutable, c’est que, toujours sous prétexte de « régulariser », on change ce qui est en tous points conforme au modèle à suivre. Qu’est-ce qu’on y gagne?…  Une exception! En voici la preuve.

Le cas de MÛ

Avant 1990, on écrivait mû/mus/mu(e)s : mÛ par un perpétuel sentiment de bonté; Automates mUpar un mécanisme; Machine(s) mUe(s) par l’électricité. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

  • En 1694 (DAF, 1ère éd.), le participe passé de mouvoir est : meu, meüe [avec un tréma, comme sur düe].
  • En 1762 (DAF, 4e éd.), il s’écrit mû, mue. L’accent circonflexe signale donc la disparition du e. N’est-ce pas ce que l’on a fait avec dû (autrefois deu)? Pourquoi ne pas avoir été conséquent et en avoir mis un aussi au féminin (le e de mEüe est lui aussi disparu)? Serait-ce par analogie avec due?… Je n’en serais pas surpris.
  • En 1990, mû se voit décoiffé. Il s’écrira dorénavant MU. Que vous le vouliez ou non!

Les experts auraient donc ce faisant — c’était leur mandat— « régularisé » sa graphie!…  Ce qui me gêne un peu, c’est que j’y vois le contraire. Selon moi, il s’agirait plutôt d’une « dérégularisation », si vous me permettez ce néologisme. Je m’explique.

Quand je vois la graphie pré-1990 de mû/mus/mues, je ne vois rien qui soit à corriger. Ces trois formes sont ce qu’il y a de plus régulier, si l’on appelle régulier ce que les experts ont fait subir à sûr/surs/sures ou encore à mûr/murs/mures sur le modèle de dû/dus/dues. Pourtant ils interviennent. Ils recommandent d’écrire dorénavant mu, contrairement à dû, mûr, sûr. Les experts s’éloignent, ce faisant, de la régularité qu’ils veulent imposer. C’est la raison pour laquelle je parle ici de « dérégularisation ». Pourquoi ne veulent-ils pas que, par analogie avec dû, on écrive mû? Serait-ce qu’un principe directeur (ici, l’analogie), c’est bon uniquement quand ça fait l’affaire? C’est ce que je suis porté à croire : mû/mus/mue(s), qui respectait en tous points le modèle sur lequel les experts s’alignent pour effectuer leurs « régularisations », à savoir dû/dus/dues, s’écrira dorénavant : mu(s)/mue(s). À mes yeux, ce n’est pas la décision du siècle!

Nous l’avons vu, l’accent sur dû est maintenu pour apparemment éviter toute confusion avec du, l’article contracté. L’enlever sur mû voudrait donc dire que, sans accent, ce mot ne peut être confondu avec aucun autre mot, qu’il n’a pas de sosie. Ça, c’est en supposant que l’existence d’un sosie soit un critère sacro-saint. Mais tel n’est pas le cas. Avant 1990, en raison de son accent, mû ne peut être confondu avec mu, la lettre grecque. Après 1990, il l’est. Pourquoi d’un côté vouloir éviter à tout prix la confusion avec un sosie (ex. dû et du) et de l’autre apporter une modification qui en crée? Évidemment le problème ne se poserait pas si, comme nous le dit Littré, on avait appelé cette lettre mi, comme le font les Grecs. Mais ça, c’est une autre histoire. Pourquoi ne pas avoir laissé à mû son accent, comme on l’a fait pour dû? Est-ce si difficile d’être conséquent?…

Et c’est compter sans l’autre sosie : mue, le fait de muer [qui s’écrivait muë en 1606]!   La cigale mue (verbe); la mue (nom) de la cigale! Et les machines mues (participe passé de mouvoir) par l’électricité.

Ce serait donc ça « régulariser » l’emploi de l’accent circonflexe! OUF…  Peut-être suis-je difficilement impressionnable.

Les experts ont-il seulement pensé à la solution qui permettrait d’éviter toute confusion avec un sosie (ou, dans ce cas-ci, avec des sosies). Pourquoi ne pas avoir recommandé d’écrire : mû/mûs/mûe(s)? Euh… Je soupçonne les experts de porter des œillères. Je m’explique.

« Régulariser l’emploi de l’accent circonflexe » semble avoir été interprété, au départ, de façon restrictive. Régulariser est  synonyme de « enlever ». Avec un tel biais, envisager l’ajout d’un accent circonflexe est tout simplement im-pen-sa-ble. Leur mandat, tel qu’ils le percevaient, était de l’éliminer complètement (sauf là où il est utile). Pas question donc d’en ajouter. Pourtant, à  y regarder de plus près, avec un esprit non biaisé, on pourrait voir les choses différemment.

Cas plutôt particuliers non visés par la recommandation.

 Le cas de VU

 VU n’a pas retenu l’attention des experts. Et pour cause. Ce mot n’a jamais été accentué. Donc aucun besoin de « régulariser » sa graphie (i.e. lui enlever un accent). Pourquoi en parler alors?…  Parce qu’il aurait fallu que, tout comme dû, mû et mûr, il soit accentué. Et ce, depuis son apparition dans la langue. Mais les régents d’alors — il y en a toujours eu et il y en aura toujours — en décident autrement. Allez savoir pourquoi!

En 1694 (DAF, 1ère éd.), le participe passé de voir est veu/veüe [encore le tréma] : « Les tesmoins disent avoir veu [vu]… Cette affaire a esté veüe [vue] par d’habiles gens.». Ce mot a aussi d’autres emplois :

  • VEU (2) par la Cour les pieces mentionnées.
  • Il est encore vigoureux, VEU (2) sa vieillesse.
  • Je m’estonne qu’il ait entrepris cela, VEU QU‘il n’est pas trop hardi.
  • Une chose s’est faite au VEU & au sceu de tout le monde.

Puis, en 1762 (DAF, 4e éd.), VEU devient VU. Il perd donc une lettre, tout comme deu qui est devenu dû, meur qui est devenu mûr ou encore meu qui est devenu mû. Mais à la différence de ces trois derniers, veu ne voit pas la disparition de son e signalée par l’ajout d’un accent circonflexe. Allez savoir pourquoi… C’est une « irrégularité », une autre devrais-je dire, que les régents n’ont jamais voulu « rectifier ». Ils nous ont, encore une fois, bien malgré eux, simplifié l’existence. Ne réveillons donc pas le chat qui dort!

Je me suis alors demandé s’il n’y avait pas des participes passés/adjectifs autres que vu auxquels les régents auraient par le passé fait subir un traitement inhabituel, pour ne pas dire inconséquent, irrégulier. Aussitôt la question posée, aussitôt la réponse trouvée. Il y en a au moins trois :  lu (lire), pu (pouvoir) et tu (taire). Et ce que j’ai trouvé m’a fait prendre conscience d’une inconséquence, insoupçonnée jusque-là.

Le cas de LU

Si vous consultez les Dictionnaires d’autrefois, vous y verrez le chemin parcouru par ce participe. Un chemin pour le moins surprenant : en 1762 (DAF, 4e éd.), il s’écrivait LÛ (lû, lûe, participe); en 1798 (5e éd.), LÙ (lù, ûe, participe); et depuis 1835 (6e éd.), LU (lu, ue, participe).

Si l’on en croit les régents de 1762, pour qui l’accent circonflexe ne se met que  « sur certaines syllabes, pour marquer qu’elles sont longues », la voyelle, dans lû, tout comme dans lûe, est longue. Pour ceux de 1798, elle n’est longue qu’au féminin (au masculin, l’accent circonflexe est remplacé par un accent grave!). Et en 1835, elle n’est plus longue du tout! Tous les accents disparaissent. Est-ce que le syntagme syllabe longue a à cette époque le même sens qu’il a aujourd’hui?…  C’est à se le demander.  J’espérais trouver dans Féraud réponse à cette question, car il aborde assez longuement le sujet. Mais en vain. Ce qu’il en dit ne fait que soulever d’autres interrogations, dont je vous fais grâce.

Le cas de PU

               Dans le DAF (1ère éd., 1694), je lis « Il n’a pû reussir dans cette affaire. » Y a-t-on mis un accent pour la même raison qu’on en a mis un sur lû?… Qui sait? Peut-être voulait-on aussi le distinguer de pu, participe passé du verbe paître, qui avait cours à l’époque. Mais en 1762 (DAF, 4e éd.), on le lui enlève sans que l’on sache vraiment pourquoi : « Il n’a pu réussir dans cette affaire. » Paître et pouvoir avaient pourtant en commun la forme PU, mais ces homographes ne semblent apparemment causer aucun problème aux régents de l’époque. Serait-ce en raison de son emploi fort limité en tant que participe passé de paître? C’est ce que nous porte à penser le DAF (4e éd., 1762) qui dit : « PU, participe  Il n’est d’usage qu’en termes de Fauconnerie. Un faucon qui a pu. » Et les fauconniers, comme chacun sait, ça ne court pas les rues! Faudrait-il en conclure que le nombre de personnes susceptibles d’utiliser un mot joue sur sa graphie? Qui sait?… Mais Littré, en 1872-1877, le mentionne toujours, sans aucune réserve. Ce sosie ne trouble alors personne. Autrement dit, un sosie ne gêne que si on le veut bien! La susceptibilité des régents n’est pas facilement prévisible.

Le cas de TU

Tous reconnaissent en TU le pronom de la deuxième personne du singulier : tu fais, tu aimais, tu liras… Mais il n’est pas que ça. Il est aussi le participe passé du verbe taire : Il vous a dit bien des choses, mais il vous en a tu beaucoup d’autres.  TU a donc un sosie. Mais cela de toute évidence n’a jamais troublé les régents. Sinon, ils auraient pris soin de les distinguer par un signe quelconque, comme ils ont fait pour dû et du.  Mais TU n’a jamais été accentué! Du moins que je sache.

Que faut-il donc pour que deux sosies (ou homographes) méritent d’être distingués? Pour que l’un d’eux porte un signe qui le démarque? Pourquoi puis-je écrire : « Sais-tu qu’il t’a tu beaucoup de choses? », mais pas « Vous avez du acheter du pain. »? Encore une fois, le danger que l’on veut à tout prix éviter n’existe que si on le veut bien. Et de plus, uniquement à l’écrit, faut-il le préciser. L’interlocuteur, lui, n’y voit que du feu! Le lecteur, bizarrement ne s’y retrouverait pas! Pourquoi le lecteur est-il moins compétent que l’interlocuteur?… Parce que les régents en ont ainsi décidé. Que penser d’autre?

Le cas de DÉNUEMENT

Voilà un autre cas qui m’intrigue. La Nouvelle Orthographe l’ignore totalement. Et pour cause, pourrait-on dire, car ce mot s’écrit sans accent! C’est du moins ce qu’enseigne le Petit Larousse (2012). Tout comme le Petit Robert (de 1967 à 1992). Je devrais plutôt dire : comme l’enseignait le Petit Robert, car, en 1993, le Nouveau Petit Robert change la donne. Il fournit alors deux graphies : dénuement et  dénûment. D’où vient donc cette nouvelle façon de l’écrire? L’Usage serait-il en voie de changer? On pourrait le croire, car c’est la fonction même d’un dictionnaire de décrire l’Usage. Mais est-ce vraiment le cas?… Les usagers enlèveraient-ils le E qui ne se prononce pas, pour le remplacer par un accent circonflexe, comme c’était la coutume dans le passé? J’en doute fort, car les dictionnaires  me semblent, à tort ou à raison, plus normatifs que descriptifs. Il y a même lieu, ici, de se demander pourquoi, en 1993, le NPR ajoute un accent circonflexe, quand le CSLF, en 1990 — donc trois ans plus tôt —, recommande l’inverse, i.e. l’enlever sur tous les U. Je m’y perds. Pourtant les représentants des dictionnaires faisaient partie du comité d’experts mandaté par le CSLF. Serait-ce qu’il n’y avait pas unanimité parmi les experts?…

                Sachant que l’évolution graphique d’un mot consiste normalement en une simplification (par ex. l’enlèvement d’une lettre qui ne se prononce pas et son remplacement, à l’occasion, par un accent, circonflexe ou autre), il n’y a pas lieu de s’étonner de voir apparaître dénûment. Ce qui m’étonne toutefois, c’est que ce changement ne survienne qu’au XXe siècle. Pourquoi a-t-il fallu tant d’années, pour ne pas dire tant de siècles — pensez à deu qui est devenu dû, en 1694 —, pour que l’accent circonflexe vienne dans ce cas-ci signaler la disparition d’une lettre? Cela me paraît pour le moins suspect. J’ai donc voulu connaître la petite histoire de ce mot. La voici, en bref, telle que racontée par les Immortels.

  • En 1762 (DAF, 4e éd.), ils l’écrivent dénuement.
  • En 1798 (DAF, 5e éd.), ils l’écrivent dénÛment.
  • En 1835 (DAD, 6e éd.), ils l’écrivent dénÛment.
  • En 1878 (DAF, 7e éd.), ils l’écrivent dénuement ou dénÛment.
  • En 1935 (DAF, 8e éd.), ils l’écrivent dénuement.
  • En 1985 (DAF, 9e éd.), ils l’écrivent dénuement.

Ce rapide survol  révèle  que les deux graphies, dénuement et dénûment, ont déjà eu cours, mais pas concurremment, si l’on fait exception de 1878. Pourquoi, cette année-là, les Académiciens ont-ils réintroduit le E qu’ils avaient éliminé en 1798? N’est-ce  pas aller à rebours de l’évolution normalement observée?…  Oui, mais c’est ce que  l’Académie a décidé.

Mais que nous racontent, quant à eux, les dictionnaires de langue courante? Le Larousse et surtout le Robert? Partagent-ils l’opinion des Immortels? Quel mot utilise-t-on, d’après eux, pour dire l’« État d’une personne qui est dénuée du nécessaire »?

Le Larousse (Petit Larousse 2013 et Larousse en ligne) ne reconnaît qu’une seule graphie, à savoir dénuement. Le Robert, que ce soit le Grand, le Petit ou le Nouveau Petit, n’adopte pas une position aussi arrêtée.

  • En 1965, le Grand Robert donne dénuement ou (vx) dénûment.
  • En 1967, le Petit Robert donne uniquement dénuement.
  • En 1993, le Nouveau Petit Robert (NPR) donne dénuement, VARdénûment.
  • En 2010, le NPR donne dénuement  (On écrit aussi dénûment.)

Deux éléments de cette chronologie retiennent mon attention :

1) De vx qu’il était en 1965, dénûment disparaît complètement en 1967, pour réapparaître en 1993. Et cette fois-ci, sans la marque d’usage qui autrefois le caractérisait. Il n’est donc plus vieux

2) En 1993, dénûment, le ressuscité, est dit variante (VAR.). Mais en 2010, on le présente différemment. On se limite à dire : « On écrit aussi… ».

Pour ne pas allonger indûment (Pardon! indument) ce billet, je vais me contenter d’un simple constat: le NPR  nous fournit deux graphies (dénuement et dénûment), dont l’une porte un accent circonflexe.

Si je prends la peine d’aborder la graphie de ce mot, c’est que la Nouvelle Orthographe n’en souffle mot. Elle ignore donc, volontairement ou pas, la variante dénûment que le NPR — et lui seul — mentionne. Elle aurait dû, conformément à sa recommandation, lui enlever son accent, ce qui aurait donné dénument. Mais elle ne le fait pas. Est-ce parce que, ce faisant, elle allait à l’encontre de l’Usage (que fournissent les autres dictionnaires) qui veut que ce mot s’écrive avec un e : dénuement? NON. La Nouvelle Orthographe n’est pas en faute. Si elle n’en souffle mot, c’est qu’elle ne pouvait pas le faire : dénûment est apparu dans le NPR, après 1990, c’est-à-dire après la publication des recommandations du comité d’experts. Celui qui consulte son NPR se voit confronté à cette variante et ne peut que se demander pourquoi cette graphie fait exception à la règle! Cette apparente « exception » soulève un problème, qui n’est pas anodin : celui de l’accueil de ces recommandations par  les éditeurs de dictionnaires, qui, soit dit en passant, faisaient partie des experts mandatés par le CSLF. Si l’accueil n’est pas généralisé, c’est que les recommandations du comité d’experts ne font pas l’unanimité, qu’il y a désaccord entre les régents. Un éditeur de dictionnaire peut fort bien refuser d’enlever un accent circonflexe sur tel ou tel mot, l’harmonisation orthographique des dictionnaires n’étant pas pour demain, comme chacun le sait. Mais de là à introduire une graphie caractérisée par l’ajout d’un accent circonflexe, alors qu’on recommande son élimination, il y a des limites!

Bref, il est, depuis 1990, recommandé d’enlever l’accent circonflexe sur les U, car sa présence n’est pas toujours justifiable (même l’étymologie n’est pas d’un grand secours). Mais l’accent est conservé là où il est utile ou là où on le croit utile. Force est de reconnaître, après l’examen qui vient d’être fait, qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Les experts devaient, conformément à leur mandat, « régulariser », mais, au vu des résultats, je reste sur ma faim.

Avant de clore cette étude, il me reste encore deux points à aborder : le maintien de l’accent circonflexe sur les terminaisons verbales et sur les A, E et O. Je m’interrogerai, dans les prochains billets, sur la pertinence de cette réserve apportée par les experts. Si ces derniers veulent obligatoirement conserver l’accent dans ces cas, c’est qu’ils le jugent utile. Mais l’est-il vraiment?… Nous essaierons d’y voir clair.

À  SUIVRE

 Maurice Rouleau

(1)  L’accent sur crû (de croître) permet,  nous dit-on, de le distinguer de cru (de croire). Mais ce dernier a un sosie. En effet, n’utilise-t-on pas cru pour dire « vignoble ou vin » (servir un grand cru)? Chose étonnante, ce cru vient du verbe croître [étym. 1307 creu ◊ de crû, participe passé de croître]. Et pourtant on ne lui a jamais mis un accent pour signaler la perte du e de creu.(voir ici).  Féraud, en 1787, est le seul à l’avoir signalé :  

CRÛ , s. m [L’Acad. ne met point d’acc. sur l’u: Il parait pourtant que c’est l’usage d’en mettre un, et que cela convient.] Terroir qui produit quelque fruit. « Du vin, du blé, des fruits d’un bon crû, de mon crû, etc.

(2) VEU est, comme on disait à l’époque, « indéclinable » (e. invariable). Comment justifier cette invariabilité, quand on sait que l’on emploie « Veu les pieces mentionnées pour dire : les pieces mentionnées ayant esté veuës »? Une telle liberté avec les accords n’est pas sans rappeler le Vive les vacances, d’apparition récente. En 1932-1935 (DAF, 8e éd.), on écrivait encore : « Vivent les arts! Vivent la Champagne et la Bourgogne pour les bons vins! » Pourquoi utilise-t-on aujourd’hui le singulier? Parce que les régents en ont ainsi décidé! Prétextant sans doute un changement dans l’usage. Ce faisant, ils admettent comme bon ce qu’ils avaient jusque là considéré fautif!  C’est sans doute cela l’évolution de la langue…

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7 commentaires pour Nouvelle orthographe et Accent circonflexe (4)  

  1. Jacques Roger RAYMOND dit :

    Le présent article, rigoureux et objectif, dépasse de beaucoup le cas du U: il montre que, mus par
    une volonté de simplification et de rationalisation de notre code graphique, les réformateurs n’en ont pas moins maintenu ou parfois créé de flagrants illogismes, Comme vous le dites si bien, régulariser ne se réduit pas à ENLEVER des accents ou des lettres.
    Ce chaos peut susciter une véritable souffrance chez les usagers. Un exemple significatif: dans une correspondance manuscrite, un philosophe normalien a commis le participe « TÛ », puis, dans une version révisée, éliminé le circonflexe. À 70 ans, ce repentir trahit une insécurité orthographique et une obsession de la faute qui affectent, sans nul doute, la grande majorité de nos concitoyens.

    Ma seule réserve porte sur la position de LITTRÉ relative au MU grec: selon lui, la forme MI aurait la préférence des Hellènes. Or , dans la Grèce archaïque, la prononciation de l’upsilon aurait été OU, puis, à l’époque classique et au moins jusqu’au XIe siècle, serait passée à U; ultérieurement et encore de nos jours, l’iotacisme a prévalu: LITTRÉ semble ici se référer aux modernes. Certains linguistes grecs actuels questionnent l’universalité de la prononciation U = /y/ dans l’Antiquité. En tout état de cause, le Y en allemand correspond à notre U: ainsi « PSYCHOLOGIE » se dit /psy-/ ou (à la française) PSU-. Je ne savais pas LITTRÉ adepte de l’iotacisme.

  2. LMMRM dit :

    Encore un bon article, fruit remarquable de dizaines d’heures de travail.
    Le cas de la conjugaison de « jeûner » n’est pas mal : par exemple, on écrira donc « je jeûne », mais « jeune ! » à l’impératif.
    Il faut que les « régents » arrêtent immédiatement le LSD.

    Remarque :

    CRÛ […] Il parait pourtant que c’est l’usage d’en mettre un, et que cela convient.

    « Parait » ou « paraît » ?

    • rouleaum dit :

      Je me dois d’apporter ici deux précisions.

      1- Il est dit qu’on enlève l’accent uniquement là où il n’y a pas de confusion possible. Or, à l’impératif, jeuner se dit « jeûne » (confusion possible). Il faut donc continuer à lui mettre l’accent à l’impératif.
      2- « Parait » ou « paraît »? Vous avez raison de vous demander pourquoi je n’ai pas mis d’accent. Est-ce une coquille? une faute? En temps normal, je vous remercierais d’avoir relevé cette « coquille ou faute ». Mais ici, la situation est différente. Je cite Féraud. C’est donc Féraud qui l’écrit sans accent et non pas moi. Peut-être aurais-je dû écrire : « Il parait [sic] pourtant que c’est l’usage… » Je ne l’ai pas fait et ne le fais jamais, tellement les citations dont j’émaille mes textes sont d’un autre âge.

  3. LMMRM dit :

    1. – Vous me rassurez, j’ai eu très peur.
    2. – Mettre un « [sic] » n’est pas insulter à l’auteur ni à l’imprimeur.
    Dans certains cas, comme ici, il est indispensable selon moi.
    Je n’en mettrais pas dans un texte en ancien français, à chaque mot.

  4. Léopold dit :

    bonjour
    Et  »ardûment », comment, cela s’explique-t-il?
     »Cossu » deviendrait  »cossûment » ?

    • rouleaum dit :

      Je saisis mal le sens de votre question.
      Vous demandez-vous pourquoi les deux adverbes (ardûment et cossûment) ont un Û? Avant de chercher une explication, j’ai d’abord vérifié si ces deux adverbes figurent aux dictionnaires (aussi bien modernes qu’anciens) et surtout comment ils s’écrivent ou s’écrivaient. Je n’ai rien trouvé .
      Ces deux adverbes n’ont donc qu’une existence potentielle. Je veux dire par là qu’ils peuvent exister (ils viennent tous deux d’un adjectif : ardu, ardue et cossu, cossue), mais ils ne s’utilisent pas. Impossible alors de savoir quelle graphie les régents leur auraient donnée.
      Selon la théorie, ils se formeraient sur le féminin de l’adjectif. Donc, arduement et cossuement. Est-ce que leur graphie aurait pu changer, avec le temps, en ardûment et cossûment? C’est possible. D’autres adverbes l’ont fait.
      Si ces adverbes avaient existé, la nouvelle orthographe voudrait qU’ils perdent leur accent circonflexe et s’écrivent ardument et cossument.

      Est-ce que cela répond à votre question? Si oui, tant mieux. Si non, auriez-vous l’obligeance de la reformuler?

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