Nouvelle orthographe et Accent circonflexe (6 de 6)

L’accent circonflexe sur les voyelles A, E et O

L’avant et l’après

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               En 1990, Maurice Druon, alors secrétaire perpétuel de l’Académie française, agit à titre de président du groupe de travail (ci-après les experts) chargé par le CSLF (Conseil supérieur de la langue française) de proposer des modifications orthographiques  sur cinq points particuliers. Et ce, à la demande expresse du Premier Ministre, Michel Rocard.  Dans sa lettre de présentation du Rapport  au Premier Ministre, il dit :

Vous avez ensuite confié au Conseil la tâche d’améliorer l’usage de l’accent circonflexe, source de nombreuses difficultés.

Après avoir examiné cette question avec la plus grande rigueur et en même temps la plus grande prudence, il est apparu au Conseil supérieur qu’il convenait de conserver l’accent circonflexe sur la lettre A, E et  O,  mais qu’il ne serait plus obligatoire sur les lettres I et U, sauf dans les quelques cas où il est utile […]

Et le Premier Ministre de répondre :

 Je vous remercie pour ce rapport limpide, qui correspond exactement à la demande que j’avais faite au Conseil. […]

Huit mois à peine après que je vous ai saisis, vous présentez, au sujet des cinq points de notre orthographe sur lesquels j’ai sollicité votre avis, des propositions qui vont permettre à notre langue d’accroître sa cohérence et son efficacité, et de renforcer ainsi à la fois son usage et ses usagers, c’est-à-dire tous les Français et tous les francophones. […]

Vos propositions, Mesdames et Messieurs, me conviennent. […]

Tout le monde est content! On ne pouvait, semble-t-il, espérer mieux!…

Oublions la rigueur et la prudence dont disent avoir fait preuve les experts et concentrons-nous sur la première partie de cette recommandation : « conserver l’accent sur les voyelles A, E et O ». Il n’y a donc, dans ce cas-ci, ni d’Avant 1990 ni d’Après 1990, puisque rien n’est changé.

Les experts ne justifient toutefois pas leur décision. Ils se contentent d’une  formule qui dit tout et ne dit rien : « Il est apparu au Conseil supérieur qu’il convenait de… »  S’il est apparu…, cela veut dire, selon le NPR, que « il est apparent, clair, évident, manifeste que… ». On peut donc difficilement s’y opposer tellement la vérité saute aux yeux! À leurs yeux, du moins. S’il convenait de…, c’est dire, toujours selon le NPR, qu’il est « conforme aux usages, aux nécessités, aux besoins »… On peut donc, encore là, difficilement s’y opposer tellement cette façon de faire reflète l’Usage. Autrement dit, ils ont décidé, après y avoir mis toute la rigueur dont ils capables, de ne pas modifier l’emploi de l’accent circonflexe sur ces trois voyelles. Point, à la ligne. Ne cherchez pas plus loin : les experts se sont prononcés.

Pourtant, ils reconnaissent, d’entrée de jeu, que

L’accent circonflexe représente une importante difficulté de l’orthographe du français, et même l’usage des personnes instruites est loin d’être satisfaisant à cet égard.

Et ils poursuivent :

L’emploi incohérent et arbitraire de cet accent empêche tout enseignement systématique ou historique.

D’où, sans aucun doute, la demande du Premier Ministre et la rapidité avec laquelle les experts lui ont répondu : huit mois leur ont suffi. À remarquer que l’incohérence et l’arbitraire dont font état les experts concernent l’emploi de l’accent circonflexe, sans aucune restriction. Pourtant ils décident de le conserver sur les A, E et O. Et le Premier Ministre s’en dit satisfait…

Pourquoi avoir fait une classe à part de ces trois voyelles?

  •  Serait-ce que mettre un accent circonflexe sur ces lettres est moins arbitraire, moins incohérent que d’en mettre un sur les I et U? C’est à voir.
  •  Serait-ce que, contrairement aux voyelles I et U, ces voyelles se prononceraient  différemment une fois accentuées? Autrement dit, que l’accent circonflexe y exercerait une fonction phonétique? Une fonction qu’il faut à tout prix préserver? C’est à voir.

De nos jours, on reconnaît à l’accent circonflexe 3 fonctions distinctes possibles : une fonction graphique,  phonétique ou  diacritique. Voyons ce qu’il en est pour chacune de ces voyelles que l’on veut d’exception.

Sur la lettre A  

Sur le A, l’accent circonflexe joue-il parfois un rôle graphique? Signale-t-il à l’occasion la disparition d’une lettre? La réponse est OUI. J’en veux pour preuve certaines étymologies indiquées dans le NPR : Âge (de aage), bÂtir (de bastir), pÂte (de pasta), rÂper (de rasper), tÂche (de tasche), etc. [À noter que l’accent est mis sur la voyelle précédant la lettre qu’on fait disparaître.]

Sur le A, l’accent circonflexe joue-t-il parfois un rôle phonétique? Signale-t-il à l’occasion une prononciation différente? La réponse est OUI. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer la transcription phonétique de appÂt [apɑ] à celle de pAtite [epatit]. Ou encore celle de cÂble [kɑbl] à celle de implacAble [ɛ̃plakabl].

Sur le A, l’accent circonflexe joue-t-il parfois un rôle diacritique? Autrement dit, sa présence signale-t-elle à l’occasion l’existence d’un sosie dont il faut se méfier? Encore là, la réponse est OUI. Il suffit de comparer pÂle [pɑl] (devenir pâle) à pAle [pal] (hélice à deux pales). Ou encore mÂtin [mɑtɛ̃] (personne malicieuse) à mAtin [matɛ̃] (début du jour).

Comme l’accent circonflexe peut, sur le A, jouer ces trois rôles, l’y maintenir semble défendable. C’est peut-être la raison pour laquelle les experts l’y maintiennent. Mais cet accent, est-il vraiment utile? La réponse est plutôt NO…UI. Je m’explique.

Admettons, pour les besoins de la discussion, que l’accent circonflexe est conservé parce qu’il remplit une des trois fonctions qu’on lui reconnaît  généralement. La question qui se pose alors est la suivante : est-ce que tout a, sans accent, se prononce comme le a de ami (en phonétique, ce a est dit antérieur et transcrit phonétiquement par [a])? Ou dit autrement, est-ce que tout â se prononce comme le â de pâte (un a postérieur, transcrit par [ɑ])? Si la réponse à ces deux questions est OUI, l’accent circonflexe remplit alors parfaitement son rôle. L’enlever équivaudrait à se priver de quelque chose d’essentiel. Voyons voir.

Le a se prononce-t-il toujours [a], comme dans ami?

La réponse est  NON. Il suffit de penser au  verbe avoir. Le a de avoir est antérieur [a], tout comme celui de (nous) avons. Mais celui de il a est  postérieur [ɑ], et ce, même s’il n’est pas accentué! À moins que ma prononciation soit vicieuse…

Quiconque consulte son dictionnaire ou encore cherche dans son propre vocabulaire — ce dernier peut parfois lui réserver des surprises (1), verra qu’il y a bien d’autres CAS…  Avez-vous réalisé que vous venez justement de lire un mot qui fait exception à la règle? Revoyez-le ou plutôt écoutez-le. Le a de cas [kɑ] se prononce comme celui de âme [ɑm]. Pourtant, il n’a pas d’accent. Et ce n’est pas le seul. Pensez à : un bas [bɑ], un pas [pɑ], un bras [bʀɑ], un blason [blɑzɔ̃]. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas mentionner accabler [akɑble], encablure [ɑ̃kɑblyʀ] ou prakrit [pʀɑkʀi]? Et que dire de la première lettre de l’alphabet, qui s’écrit a, mais qui se prononce â! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le NPR. Sans oublier évidemment plâtre [plɑtʀ] qui a donné placoplatre [plakoplɑtʀ]… Allez savoir pourquoi on lui a enlevé son accent… Cela fait sans doute partie des incohérences, dont parlent les experts. Il arrive donc, plus souvent qu’on le pense, qu’un a se prononce exactement comme un â sans pour autant être coiffé. Ou, pour ajouter à la confusion, qu’un â se prononce a, même s’il est accentué. Vous en doutez?… Pensez à gâchette [gaʃɛt], châteaubriant [ʃatobʀijɑ̃], khâgne [kaɲ], nuoc-mâm [nɥɔkmam] ou encore mâchicoulis [maʃikuli]. — Toutes les transcriptions phonétiques que je cite dans mes billets sont empruntées au NPR 2010. — Ce que l’on m’a enseigné à propos de la prononciation du â et du a n’est donc pas tout à fait exact : la graphie d’un mot et sa prononciation ne font pas toujours bon ménage.

 Ouvrons ici une parenthèse.

Dans le précédent billet, j’ai étudié l’emploi ― inchangé ― de l’accent sur les terminaisons verbales, en prenant pour exemple le verbe aimer. Je me suis alors demandé pourquoi il faut continuer à écrire nous aimâmes, vous aimâtes, quand on sait que ces formes ne se rencontrent qu’au passé simple. Autrement dit, qu’on les écrive avec ou sans accent, il n’y a aucune confusion possible avec un autre temps, à un autre mode. L’enlever serait, dans les faits, sans conséquence. Mais, les experts ne le veulent pas.

Ceux qui tiennent mordicus à y maintenir l’accent circonflexe pourraient vouloir faire appel à la phonétique. En effet, ne nous  sommes-nous pas fait dire, dans notre jeunesse, que le â (dit postérieur) se prononce différemment du a (dit antérieur)? Prononcer âme [ɑm] et amer [amɛʀ] ou encore infâme [ɛ̃fɑm] et infamie [ɛ̃fami] devrait vous convaincre. Alléguer une différence de prononciation est, faut-il le  préciser, une façon simple de nous apprendre à écrire « sans faute » certains mots. Mais pas tous.

Comment prononcez-vous le second a dans nous aimâmes, dans vous aimâtes? â [ɑ] ou a [a]? Moi, je prononce ce a, comme dans amer et non comme dans âme. Si je continue à y mettre l’accent, c’est que j’y suis forcé; je ne veux pas passer pour quelqu’un qui ne maîtrise pas sa langue. N’allez surtout pas me demander de vous fournir une raison plus valable, pour ne pas dire plus intelligente. J’en serais incapable. Les experts ne veulent pas les défigurer, semble-t-il. Ils s’en donnent pourtant à cœur joie avec bien d’autres mots, comme flute, ile

 Fermons la parenthèse.

Les experts ont bien raison de dire que l’emploi de l’accent circonflexe est arbitraire et incohérent. Mais ne sont-ils pas eux-mêmes incohérents en faisant une exception de son emploi sur la lettre A?… La question se pose ou plutôt je me la pose.

Les experts ont-ils seulement pensé à bâillon [bɑjɔ̃], qui vient de bâiller [bɑje]… À quoi sert vraiment l’accent dont il faut coiffer le a?

  • À signaler la perte d’une lettre (fonction graphique)? NON. Son étymologie nous interdit de l’envisager. Du moins, celle qu’en donne le NPR : ◊ bas latin bataculare, de batare « tenir la bouche ouverte ». Quelle lettre serait disparue? Euh…
  • À modifier le son de cette lettre (fonction phonétique)? NON. Il faudrait pour cela que –âil– ait une prononciation qui lui soit propre. Cela est impossible à vérifier, car les seuls mots du dictionnaire qui ont cette suite de lettres, avec accent sur le a, (il y en a 9 au total dans le NPR) appartiennent tous à la même famille (ex. bâillonner, entrebâiller, débâillonner). Il faut plutôt attaquer le problème à l’inverse : se demander si ceux qui contiennent la suite –ail– (sans accent), se prononcent différemment de bâiller. Il est vrai que, dans ail, ravitailler ou encore ailleurs, le a est un a antérieur (comme dans amer), mais tel n’est pas le cas dans accordailles [akɔʀdɑj]; bataille [batɑj]; boustifaille [bustifɑj]. Le a est alors postérieur, comme dans âme! Même sans accent. Conclusion : si le a de bâiller se prononce comme le a de âme, la présence de son accent n’y est pour rien.
  • À distinguer ce mot de son sosie (fonction diacritique)? Formellement, la réponse est OUI. En effet, ce mot a un sosie : bailler [baje].  Et sa prononciation est différente de celle de bâiller [bɑje]. L’accent permet donc de distinguer les deux mots. Mais en pratique qu’en est-il? La présence de cet accent nous empêche-t-elle vraiment de mal écrire le mot en question? La réponse est NON. Bailler (sans accent) (étym. fin xielatin bajulare « porter »), qui signifie « donner » est dit Vieux. Le Larousse en ligne le donne  Littéraire; le Petit Larousse 2000 le dit : Vieux ou dialectal. À vous de choisir! Son seul emploi, encore actuel, serait dans la locution : « Vous me la baillez belle », qui signifie : vous cherchez à m’en faire accroire. Utilisez-vous cette locution? L’avez-vous déjà entendu de la bouche d’un interlocuteur? Si vous répondez non à ces deux questions, aussi bien dire que ce mot ne risque pas d’être confondu avec bâiller. Aussi bien dire que l’accent sur le a n’a aucune fonction diacritique. Ou presque. Ce verbe sans accent ne figure d’ailleurs pas dans le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, communément appelé le Robert québécois. Sans doute parce qu’il est trop vieux!

À quoi sert donc l’accent sur bâiller? À taper sur les doigts de ceux qui l’oublient? Ou à afficher sa supériorité en orthographe? Les deux me semblent fort envisageables.

Sur la lettre O  

L’accent circonflexe sur le  O  joue à l’occasion un rôle graphique (signaler la disparition d’une lettre). En voici quelques exemples :  

  • côte       :   coSte
  • dépôt    :   depoSt
  • hôpital :   hoSpital 
  • hôtel     :   oStel  
  • impôt    :   impoSt
  • ôter        :   oSter.

L’accent circonflexe joue aussi, à l’occasion, un rôle diacritique. Il permet de distinguer des mots qui, sans lui, serait, des homographes. L’exemple le plus probant est, sans conteste, la lettre o elle-même. Il vous suffit de comparer sa transcription phonétique avec celles des interjections (ô et oh). Dans les trois cas, c’est [o]. Son rôle diacritique n’est toutefois apparent qu’à l’écrit. Je devrais peut-être dire qu’au lecteur, car combien de gens savent faire la différence entre ô et oh, dans un dictée.  Y aurait-il d’autres exemples de mots sosies? Je n’en vois pas. Si tel est vraiment le cas, la fonction diacritique de l’accent sur le o est très marginale.

                L’accent circonflexe joue également, à l’occasion, un rôle phonétique. Il donne, comme dit André Goosse, « certaines indications sur la prononciation du mot ». Autrement dit, sa présence modifie le son de la lettre qu’il coiffe. J’en veux pour preuve : te (os plat du thorax/pente) et cOte (constatation officielle des cours/ estimation); rÔder (errer avec une intention suspecte ou hostile) et rOder (mettre au point par des essais). En phonétique, on appelle ces deux  o respectivement  o fermé [o] (prononciation avec les lèvres avancées, comme dans mot) et o  ouvert [ɔ] (prononciation proche du a postérieur [ɑ] comme dans col). En voici quelques exemples :

  • pôle                     [pol]
  • métropole          [metʀɔpɔl]
  • binôme                [binom]
  • agronome          [agʀɔnɔm]
  • contrôle              [kɔ̃tʀol]
  • banderole           [bɑ̃dʀɔl]
  • dôme                   [dom]
  • domestique        [dɔmɛstik]

Maurice Grevisse nous dit, dans son Bon Usage (11e éd.), que l’accent circonflexe indique « la prononciation longue d’une voyelle (longue, soit en latin, soit en grec) ». C’est donc dire qu’un  ô est  long. Et, corollaire obligé, qu’un o est bref. Mais, de toute évidence, tel n’est pas le cas. Voyez par vous-mêmes.

  • clos                      [klo]
  • clôture                 [klotyʀ]
  • déposer               [depoze]
  • dépôt                   [depo]
  • imposer              [ɛ̃poze]
  • impôt                   [ɛ̃po]

La présence de l’accent ne modifie aucunement la prononciation de cette lettre ou syllabe. Est-elle longue? Est-elle brève? Euh… Que signifie réellement  « syllabe, voyelle longue »?

Selon l’Académie française (DAF, 8e éd. 1835), une syllabe, voyelle longue est une « Syllabe, voyelle dont la prononciation doit avoir plus de durée que celle d’une syllabe, d’une voyelle brève. est long dans pâte et bref dans rate. » Le NPR n’en dit pas moins même si j’espérais qu’il en dise plus : c’est une syllabe, voyelle « qu’on prononce plus lentement qu’une brève »! Peut-on vraiment appeler cela une définition? NON. C’est plutôt une comparaison. Mais, passons!

La question qui me préoccupe réellement n’est pas de savoir si une syllabe (ou voyelle) longue se prononce plus lentement qu’une syllabe brève ― cela va de soi ―, mais bien de savoir pourquoi cette syllabe (ou voyelle) se prononce plus lentement. J’ai trouvé un élément de réponse dans les définitions que le NPR nous donne des deux [o] que contient l’alphabet grec. Le oméga, dernière lettre de cet alphabet (Ω, ω), sert à noter le o long ouvert en grec ancien. Le omicron, quinzième lettre de l’alphabet grec (Ο, ο) sert à noter en grec ancien le o bref fermé. Autrement dit, un mot français provenant d’un mot grec contenant un oméga (ω) (un o long) s’écrira avec un ô, dit ouvert. Si le mot d’origine s’écrit avec un omicron (un o bref), le mot français s’écrira avec un o fermé. Voilà qui est très intéressant, mais fort peu utile même pour qui est familier avec le grec ancien. Je m’explique.

Celui qui connaît le grec ancien ― ils sont de plus en plus rares ― sait pourquoi il met un accent circonflexe sur le o de diplôme; ce mot vient du grec diplôma  (δίπλωμα); sur celui de cône qui vient du grec kônos ώνος); sur celui de symptôme qui vient du grec sumptôma (σύμπτωμα); sur celui de arôme qui vient du grec arôma (άρωμα), etc. Lui, sait.

Mais ce même connaisseur doit certainement être fort malheureux de devoir écrire, sans accent circonflexe, axiome [aksjom], car lui, sait fort bien que ce mot vient du grec axiôma (άξίωμα) ou encore idiome [idjom] qui vient du grec idiôma (ιδίωμα).

Il doit également être malheureux de devoir prononcer un oméga (un o long ouvert [ɔ]) comme si c’était un omicron (un o bref fermé [o]). C’est ce qu’il fait s’il prononce ballotte [balɔt] comme l’indique le NPR. Pourtant, ce mot tire son origine du mot grec (βαλλωτή), qui s’écrit pourtant avec un oméga.

Ce malheureux connaisseur de la langue grecque retrouve toutefois le sourire quand il peut choisir la prononciation qui lui convient. Il n’a plus alors à se faire violence. Aussi étrange que cela puisse paraître, la chose est possible, car il y a des mots où le ω d’origine est rendu soit par un o fermé, soit par un o ouvert. Par exemple, entolome, qui vient du grec entos (έντός) « à l’intérieur » et lôma « bordure » (mot introuvable dans les ouvrages consultés), se prononce, d’après le NRP, de deux façons : [ɑ̃tɔlɔm] ou [ɑ̃tolom]. Il en est de même de hypholome, qui vient du grec huphê « tissu » et lôma « frange ». Il se prononce, selon le NPR,  [ifɔlɔm] ou [ifolom]. Ce phénomène n’est pas particulier à l’oméga. On l’observe à l’occasion avec l’omicron. Ce o bref fermé [o] se prononce parfois comme un o long ouvert [ɔ]. C’est le cas pour autonome, qui vient de auto- et nomos « loi » (νόμος), mot qui, selon le NPR, se prononce de deux façons : [ɔtɔnɔm[ ou [otonom].  Autre preuve, s’il en fallait une autre, que la graphie et la prononciation ne font pas toujours bon ménage.

Mais celui qui ne connaît pas le grec ou qui ignore l’origine grecque d’un mot ne sera, lui, aucunement troublé. Il n’aura, pour écrire correctement, qu’à mémoriser les mots qui prennent  un ô. N’est-ce pas ce qu’il a toujours dû faire? Autrement dit, on ne lui aura pas simplifié la vie. L’emploi de l’accent circonflexe restera, pour lui, incohérent et arbitraire. Pourtant les experts étaient censés corriger cet état de fait… Auraient-ils failli à leur tâche?…

Sur la lettre E

Quel rôle peut bien jouer l’accent circonflexe sur la lettre e? En supposant qu’il en joue un, ce qui n’est pas toujours le cas (2). Autrement dit, pourquoi certains mots prennent-ils un ê et d’autres pas? La question est simple, mais la réponse, elle, ne l’est pas.

Si je vous demandais de me citer des mots où l’accent circonflexe sur le e signale la disparition d’une lettre (fonction graphique), vous me répondriez sans hésitation, j’en suis sûr : ancêtre, bête, fête, fenêtre, forêt… Et ce, pour une raison fort simple :  vous connaissez des mots apparentés où la lettre n’est pas disparue : anceStral, beStial, feStival, feneStration, foreStier. La connaissance de l’étymologie n’est donc pas ici obligatoire. Mais il arrive souvent qu’elle le soit. J’en veux pour preuve :

  • apprêter              (apreSter)
  • enquête               (enqueSte)
  • évêque                (eveSque)
  • guêpe                   (gueSpe)
  • honnête              (latin honeStus)
  • mêler                   (meSler)
  • prêt                      (preSt)
  • prêtre                  (preStre )
  • têtard                  (teStard)
  • vêtement            (veStiment).

Si vos connaissances étymologiques sont réduites ou nulles, vous ne savez pas pourquoi vous devez mettre un accent circonflexe sur ces mots. Vous le faites parce qu’on vous a conditionnés à le faire. Vous avez tout simplement mémorisé leur graphie.

L’accent circonflexe sur un e permet-il de distinguer un mot de son sosie, qui, lui, n’est pas accentué? Euh…  Je n’en vois aucun. Je lance donc un appel à tous.

Pour pouvoir parler de fonction diacritique, il faut que la prononciation de cette lettre soit la même dans les deux mots en question. Comme cela est le cas avec du et . Mais de tels mots existent-ils?… Il y a bien gêneɛn] et gèneɛn], mais les deux sont accentués*.

 * Saviez-vous que gêner se prononce [géné]? Selon le NPR, du moins. Moi, je l’ignorais et je vais continuer de (ou à)  l’ignorer.

Ouvrons une parenthèse.

La lettre e accepte, outre l’accent circonflexe, l’accent aigu et l’accent grave. Chacun de ces accents confère-t-il au e un son différent? L’accent aigu, oui. Sa transcription phonétique est [e]. Mais les deux autres accents modifient de façon identique le e qu’ils coiffent (ils se prononcent tous deux  [ɛ]). Il arrive même que le e sans accent se prononce comme s’il était porteur d’un accent, grave ou circonflexe. Exemple : crÊte [kʀɛt], crEt [dekʀɛ] et secrÈtement [səkʀɛtmɑ̃]. Pourquoi les accentuer différemment si la prononciation de la syllabe en question est la même?… Pourquoi continuer à écrire fête [fɛt]  quand fète conviendrait parfaitement? [Pfète, n.f. (femme préfet) ne se prononce-t-il pas  [pʀefɛt]?]  Certains pourraient dire que c’est en raison du s disparu dans feSte. Soit. Mais le s de mouStarde (→ moutarde), ou encore celui de moiSte (→ moite) ont été supprimés sans qu’on le signale par un accent circonflexe. Dans le cas de meSpris (→ mépris), le e en question a reçu non pas un accent circonflexe, mais un accent aigu. Et ce n’est pas tout. Dans mouche, comme dans coutume, il y a non seulement absence d’accent malgré la disparition du s, mais ajout d’un o. En effet, mOuche vient de muSche et cOutume, de cuStume. Alors prétendre que l’accent indique la disparition d’une lettre n’est pas toujours vrai.

Fermons la parenthèse.

Y a-t-il des mots où l’accent circonflexe sur un e (ê) fait que cette voyelle se prononce différemment d’un simple  e,  i.e. que cet accent joue un rôle phonétique?

Avant de pouvoir répondre à cette question, il faut savoir comment se prononce cette lettre, prise isolément. Voici la transcription phonétique que nous en donne le NPR : e [ø]. Mais à quel son correspond vraiment ce [ø]? À celui que l’on rencontre dans peu [pø], deux [dø], adieu [adjø], adipeux [adipø], aïeux [ajø]. Il m’est impossible de prononcer le e de la sorte sans me faire violence. D’autant plus que cette prononciation va à l’encontre de la définition de la voyelle que l’on m’a apprise dans ma jeunesse (3). Ma prononciation serait donc vicieuse depuis ma tendre enfance…

Moi, je prononce cette lettre comme dans les mots suivants : « Je ne te le dis pas de vive voix. Mais ce que cela me rappelle, c’est… » { [ʒə] [nə]  [tə] [lə] dis pas [də] vive voix. Mais [sə] [kə] cela [mə] rappelle, c’est… }.  Et le signe de l’alphabet phonétique qui correspond au son que j’émets n’est clairement pas [ø], mais bien plutôt [ə], comme nous l’indique le NPR pour chacun de ces mots. C’est ainsi que j’ai appris à prononcer cette voyelle, prise séparément. M’aurait-on par hasard  induit en erreur? NON, car cette voyelle s’est prononcée [ə] jusqu’en 1993 ― et je suis né avant 1993! Que s’est-il donc passé cette année-là pour qu’on change ce [ə] en [ø]? Dieu seul le sait!  Il faut savoir qu’à partir de 1993 on ne parle plus que du  Nouveau Petit Robert. Et il l’est sur ce point particulier.

Supposons, pour les besoins de la discussion, que la prononciation qu’en donne le NPR est la bonne. Force me serait alors de reconnaître que l’accent circonflexe en modifie la prononciation, que cet accent a une fonction phonétique. Mais y a-t-il seulement un mot en français où un e se prononce [ø]? S’il en existe, pourquoi le NPR ne l’a-t-il pas mentionné dans son tableau des transcriptions phonétiques? Cette absence me semble assez révélatrice de sa non-existence.

Et cette fonction phonétique, diffère-t-elle de celle que lui confère l’accent grave? J’en doute. Est-ce que blême [blɛm] et  problème [pʀɔblɛm] ou encore arête [aʀɛt] et comète [kɔmɛt] seraient des exceptions? NON. Alors…

 Comment faut-il prononcer…?

Comment dois-je prononcer

  • arrêter, sachant que ce verbe signifie faire un arrêt [aʀɛ]? [arrèter] ou [arréter]? (J’utilise la transcription qui avait cours avant l’apparition de l’alphabet phonétique international. Elle est plus simple à lire.)
  • bêtise, sachant que ce mot désigne un comportement proche de celui d’une bête [bɛt]? [bètise]ou [bétise] ?
  • bêlement, sachant que ce nom désigne le fait de bêler [bele]? [bèlement] ou [bélement]?
  • entêté, sachant que cet adjectif signifie tenir tête [tɛt]? [entété] ou [entèté]?

Si je me pose ces questions, c’est que je veux savoir si le ê se prononce toujours [ɛ]*; si cet accent a une fonction phonétique précise. La réponse est NON, du moins si l’on en croit le NPR. En effet, selon ce dictionnaire, il faut prononcer [arréter], [bétise], [bèlement], [entèté], qui tous pourtant prennent un accent circonflexe.

*  Il arrive même, croyez-le ou pas, qu’un é se prononce è [ɛ: céleri [sɛlʀi]! Nous proposera-t-on bientôt la graphie cèleri, comme on a fait avec évènement, qui s’écrivait événement? Qui sait?

Comme vous pouvez le constater, dire que l’accent circonflexe modifie la prononciation de la lettre qu’il coiffe appelle bien des réserves. Des réserves auxquelles les experts ne sont pas sensibles.

Que conclure? 

Les experts ont décidé de ne pas modifier la graphie des mots contenant un â, un ê ou un ô. C’est-à-dire de ne pas enlever l’accent circonflexe sur ces lettres. Cette décision a été prise, nous disent-ils, après avoir examiné la question « avec la plus grande rigueur et en même temps la plus grande prudence… »!

Pourtant ils reconnaissent que « L’accent circonflexe représente une importante difficulté de l’orthographe du français »; que « L’emploi incohérent et arbitraire de cet accent empêche tout enseignement systématique ou historique. »  Comment expliquer qu’ils ne veuillent pas toucher à l’accent que portent à l’occasion un A, un E ou un O?

Si cette prise de position signifie que l’emploi de cet accent sur ces trois voyelles n’est pas incohérent, n’est pas arbitraire, c’est à mes yeux ne pas avoir examiné le problème avec autant de rigueur qu’il aurait fallu. Ou que la prudence l’a emporté sur la rigueur. Qui sait?

Après avoir fait le tour de la question et relevé nombre de problèmes que pose l’emploi de cet accent sur ces trois voyelles ― problèmes que veulent ignorer les experts en langue ―, je me suis rappelé la phrase que l’on attribue à Georges Clémenceau :

« La guerre! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires. »

Je me suis alors demandé si l’on ne devrait pas en dire autant de la langue et de ses experts.

 Maurice Rouleau

 (1)   Comment prononcez-vous bâbord? [bɑbɔʀ] ou [babɔʀ]? Câlin? [kɑlɛ̃] ou [kalɛ̃]? Et pâmoison? [pɑmwazɔ̃] ou [pamwazɔ̃]? Leur a est-il, quand vous le prononcez, postérieur [ɑ] ou antérieur [a]? Si, dans les trois cas, vous avez choisi la seconde transcription phonétique proposée, vous êtes dans l’erreur. Du moins si l’on en croit le NPR! Je devrais plutôt dire NOUS sommes dans l’erreur, car c’est celle qui correspond à ma façon de dire. Je serais encore dans l’erreur?…

 (2)  Quel rôle peut bien jouer l’accent circonflexe sur salpêtre [salpɛtʀ], s’il vient du latin médiéval salpetræ? Sur chevêtre (radical de enchevêtré), s’il vient du latin capistrum « licol »? Sur être, s’il vient du latin populaire essere, de esse? Je me le demande.

(3)  Dans ma tendre enfance, on m’a appris qu’une voyelle, c’est une lettre qui correspond à un son pur. Pour bien nous faire comprendre cette caractéristique, les religieuses ― qui avaient alors charge du primaire ― faisaient appel à la définition de la consonne : lettre dont la transcription phonétique correspond non pas à un son pur, mais à un son qui peut se rendre par un mot ou une syllabe. Exemples : M ou aime;  B  ou bé(bé);  D  ou ;  G  ou j’ai;  Q  ou cul (que les bonnes sœurs prononçaient « que » pour ne pas offenser nos chastes oreilles), etc. Vous noterez que cette double possibilité n’existe pas dans le cas d’une voyelle. C’est la raison pour laquelle on parle d’un son « pur ».

Si je dois prononcer e comme l’indique le NPR (i.e. [ø]), la définition que j’ai de voyelle ne tient plus. Cette lettre correspondrait plutôt à une consonne, car je pourrais transcrire E par œufs [ø]. Cette voyelle ferait ainsi bande à part. Je me demande même si cette transcription ne va pas à l’encontre de la définition – plus technique –  qu’en donne le NPR lui-même. Voyelle = « Son émis par la voix sans bruit d’air, phonème caractérisé par une résonance de la cavité buccale plus ou moins ouverte (voyelle orale), parfois en communication avec la cavité nasale (voyelle nasale). » Pas très éclairant? J’en conviens. Voyons ce qu’en dit le Larousse : « Son du langage dont l’articulation est caractérisée par le libre écoulement du flux d’air expiré à travers le conduit vocal qui ne comporte aucun obstacle susceptible d’engendrer la formation d’un bruit audible. » Un peu plus clair? Euh…  Alors que répondrez-vous quand votre enfant ou votre petit-enfant vous demandera ce qu’est une voyelle ou pourquoi la lettre b, par exemple, n’en est pas une? Euh… Lui direz-vous de consulter son dictionnaire?…

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10 commentaires pour Nouvelle orthographe et Accent circonflexe (6 de 6)

  1. Danielle Jazzar dit :

    Bonjour,

    Il me semble que le terme « orthographe » est féminin. Ce serait plutôt « nouvelle orthographe » et non pas « nouvel orthographe », non?

    Bien à vous!

    Danielle Jazzar

  2. LMMRM dit :

    Quelques remarques sur cet article extrêmement touffu et plein d’excellentes choses.

    1. –

    Si je dois prononcer e comme l’indique le NPR (i.e. [ø]), la définition que j’ai de voyelle ne tient plus. Cette lettre correspondrait plutôt à une consonne, car je pourrais transcrire E par œufs [ø].

    Je n’ai pas du tout compris votre raisonnement dans le passage ci-dessus.

    2. –

    Saviez vous que gêner se prononce [géné]? Selon le NPR, du moins.

    Pour simple information, voici ma prononciation de sexagénaire français parisien de naissance : bêtise [bétise], bête [bète] ; gêner [géner], gêne [gène].

    3. –

    G ou j’ai

    En France, le G se prononce [jé] et non [jai].

    4. –

    Que rôle peut bien jouer l’accent circonflexe sur salpêtre

    Coquille : Quel.

    • rouleaum dit :

      1- Vous dites ne pas comprendre mon raisonnement. Peut-être n’êtes-vous pas le seul. Chose certaine, vous êtes le seul à me l’avoir signalé. Je vous en remercie donc. Je vais donc me reprendre, en espérant cette fois réussir là où j’ai apparemment échoué.
      On m’a appris qu’une voyelle, c’est une lettre qui correspond à un son pur. C’est tout le contraire d’une consonne. Si l’on vous demande de transcrire les sons entendus quand je prononce le mot décédé [desede], vous avez le choix entre décédé (ou décéder) et DCD. Si je prononce aime, vous pourrez écrire M ou aime (aimes). Vous n’aurez jamais ce choix si je prononce une voyelle, car cette dernière correspond à un son pur.
      Maintenant, si je prononce la voyelle E, comme l’indique le NPR, i.e. [ø], vous pourrez toujours écrire œufs [ø]. C’est dire que vous avez le choix entre la lettre et le mot. D’après la définition que l’on m’a apprise, seule une consonne offre une telle possibilité. C’est dire que la voyelle e, telle que transcrite dans le NPR, serait une consonne! OUF…!
      C’est ce que je croyais avoir dit quand j’ai écrit : « Si je dois prononcer e comme l’indique le NPR (i.e. [ø]), la définition que j’ai de voyelle ne tient plus. Cette lettre correspondrait plutôt à une consonne, car je pourrais transcrire E par œufs [ø]. »
      J’ose espérer que cette fois-ci le tout sera d’une limpidité exemplaire.
      2- Vous prononcez gêner [géner]. Soit. Moi, pas. Y a-t-il une prononciation qui soit la bonne et l’unique? J’en doute. Ce que je voulais indiquer, c’est que la transcription phonétique d’un mot, que nous offre le Robert, ne correspond pas nécessairement à la prononciation de tous les francophones.
      3- Vous dite : « G ou j’ai
      En France, le G se prononce [jé] et non [jai].
      » Au Québec aussi, G se prononce [jé]. La différence, c’est qu’au Québec, j’ai se prononce également [jé]. Il n’y a qu’au subjonctif que la prononciation diffère (le e qu’on y trouve est muet) : que j’aie se dit que [jet]. C’est ainsi que nous distinguons les deux formes.

  3. LMMRM dit :

    «C’est dire que vous avez le choix entre la lettre et le mot. D’après la définition que l’on m’a apprise, seule une consonne offre une telle possibilité.»

    Merci pour votre réponse.
    Désolé d’insister, mais il me semble qu’on a toujours le choix entre la lettre (la voyelle) et le mot ; c’est la raison de mon incompréhension, et j’aurais dû m’en expliquer.

    Ainsi :
    A –> Ah, ha (interjections)
    E –> euh (interjection)
    I –> hie (une hie, je hie… [verbe hier])
    O –> eau
    U –> hue (je hue… [verbe huer] ou interjection)
    Pour le son voyelle OU –> houe, je houe [verbe houer], ou, où…

    • rouleaum dit :

      Votre objection est fort bien reçue. Elle tient, je le crains, à ma façon de dire la chose. Il n’est pas facile de définir ce qu’est une voyelle. Vous serez à même de le constater vous-même, si jamais vous vous y essayez. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut baisser les bras. J’ai cherché de l’aide dans d’autres ouvrages (notamment le Grevisse), mais en vain. Nulle part la définition n’est à la portée de tous.

      Ma façon de dire comblera certes tout jeune francophone qui se pose la question : Qu’est-ce qu’une voyelle? Ou encore à l’inverse : Pourquoi b n’est-il pas une voyelle? Ce fut récemment le cas de mon petit-fils. Mais pour quelqu’un qui a passé cet âge et qui réfléchit à la langue, ma formulation n’est de toute évidence pas adéquate.

      Dans les exemples que vous appelez à la barre, il y a, à une exception près (eau), une constante : la présence, en début ou en fin de mot, d’un H (les verbes Huer, Hier, les interjections aH, Ha, euH). Cette consonne peut être soit muette, soit aspirée. Si elle est muette (elle l’est toujours en fin de mot), elle ne joue aucun rôle dans la prononciation; ce H ne sert alors qu’à distinguer ce mot de la voyelle proprement dite. Autrement dit, elle ne sert qu’à l’écrit. Si le H est aspiré (comme cela est le cas dans Huer, sa présence devrait influer sur la prononciation de la voyelle qui suit (mais tel n’est pas toujours le cas). Pour ce qui est du verbe Hier, je ne saurais dire, car le seul endroit où j’ai pu le trouver, c’est dans le Littré, et la prononciation qu’on y présente, à savoir HIER (bi-é) me laisse pantois.

      J’aurais peut-être mieux fait de me contenter de dire qu’une voyelle, c’est une lettre dont la prononciation ne fait appel qu’à un seul son, un son pur.

  4. LMMRM dit :

    A la réflexion, « euh » se prononce plutôt comme « œufs ».

  5. jansegers dit :

    Merci de votre excellente série d’article sur l’accent circonflexe !

    Moi-même, je plaindrai plutôt pour revoir l’utilité de l’accent circonflexe sur quelques mots sur la base des lettres muettes tel que le -p- de temps / temporel, temporaire , le -a- de main / manuel …

    L’accent circonflexe expliqué en synchronie rappelle

    le -s- dans les mots de la même famille
    épître épistolaire

    forêt forestier

    goût gustatif

    hôpital hospitalier

    île insulaire

    maître magistral

    et peut-être la disparition du premier u
    piqûre

    mais une telle motivation n’est pas trouvable pour
    brûler

    chaîne

    coût

    huître

    entraîner

    Remarque:

    parfois on peut aussi faire des référence à la présence d’un -s- dans d’autres langues modernes:

    coûter // to cost (anglais) // costare (italien) // costar (espagnol) // kosten (néerlandais) // custar (portugais)

    • rouleaum dit :

      Si vous avez un Petit Robert, vous trouverez réponse à votre question, car c’est le seul dictionnaire courant qui donne une étymologie à presque tous les mots de sa nomenclature.
      Si vous n’en possédez pas un, voici en abrégé ce que vous y trouveriez:
      brûler viendrait de bru(s)ler
      coût, de cost
      huître, de ui(s)tre
      (en)traîner, de tra(g)inare
      chaîne, de catena.

      On a donc raison de dire que son emploi est incohérent et arbitraire.

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