Résidant ou Résident? 

 

Êtes-vous  RÉSIDENT  ou  RÉSIDANT?

  

Une correspondante me demande s’il faut faire une différence entre résidant et résident. Elle, utilise toujours résident comme nom et résidant comme participe présent :

  • Les résidents de cet immeuble…
  • Les personnes résidant dans cet immeuble…

Elle n’arrive pas à saisir la différence que certains y voient ou prétendent y voir. C’est là son problème. Je vais donc essayer d’éclairer sa lanterne, en supposant que la chose soit possible.

D’entrée de jeu, je dois dire qu’au début de mes études en traduction on m’a enseigné  que ces deux mots n’étaient pas interchangeables. Qu’ils ne disaient pas la même chose. On me l’a enseigné, certes, mais l’ai-je cru?…  Je dois ajouter qu’aujourd’hui ces deux mots font presque partie de mon vocabulaire passif  tellement je les utilise rarement. Peut-être est-ce précisément parce que je maîtrise mal la différence de sens que certains ouvrages leur attribuent. Voyons ce que les Robert et les Larousse en disent. La réponse s’y trouve peut-être.

Les ROBERT  

En 1967, le Petit Robert attribue à résidEnt (nom) trois acceptions :

  1. (fin XVIe s.) Diplomate envoyé par un État auprès d’un gouvernement étranger.
  2. Hist. Haut fonctionnaire placé par l’État protecteur auprès du souverain de l’État sous protectorat.
  3. (XXe). Personne établie dans un autre pays que son pays d’origine. Voir Étranger. Les résidents espagnols en France.

Les deux premières acceptions, qui sont d’un emploi spécialisé (diplomatie et histoire), ne sont d’aucun intérêt dans le cas présent. Limitons-nous donc à la troisième, celle qui correspond à son emploi actuel.

Clairement, on ne parle de résidEnt que si la personne n’est pas du pays, que si elle est étrangère. C’est dire, par exemple, que Les Espagnols vivant en France sont des compatriotes pour les Espagnols (qui vivent en Espagne), mais des étrangers pour les Français. Des étrangers ou…  des résidEnts!

 Quant à résidAnt (adjectif), on ne lui attribue qu’une acception :

  • Qui réside (en un lieu). – Habitant. – (1846). Spécialt. Membre résidant d’une académie, d’une société savante (opposé à correspondant).

Étant donné que habitant qualifie toute « Personne qui réside habituellement en un lieu déterminé », tout Espagnol d’origine qui réside en France ― ce qui fait de lui un habitant ― est, par définition même, un résidAnt. C’est dire qu’un Espagnol qui vit en France est un résidEnt résidAnt! OUF…! Ma correspondante a bien raison de se demander quand utiliser l’un et l’autre.

Que faut-il comprendre? Qu’on peut utiliser indifféremment l’un ou l’autre? Pas vraiment, car, si tout résident est nécessairement résidant, toute personne résidant… n’est pas nécessairement un résident!…  Et dire que Rivarol croyait que  « Ce qui n’est pas clair n’est pas français. »! J’aimerais bien pouvoir le croire.

Dans le Nouveau Petit Robert 2010, les définitions ne sont plus exactement les mêmes. On y a apporté quelques modifications. Celles concernant résident y figurent depuis 1993, année de parution du premier Nouveau Petit Robert (NPR); celles concernant résidant, depuis au moins 1996.

En plus des trois acceptions qu’on lui attribuait en 1967, résidEnt (n. et adj.*) a maintenant deux autres emplois, dont l’un en économie. Sans oublier qu’il est également devenu adjectif! Et dans aucun de ces deux emplois n’intervient la nationalité de la personne en question. Aujourd’hui, on appelle donc également résident toute :

 ▫ Écon. Personne (physique ou morale) rattachée durablement à l’économie nationale, quelle que soit sa nationalité. Échanges commerciaux entre résidents et non-résidents.

 4. Personne qui réside dans un ensemble d’habitations. Les résidents d’une cité universitaire.  → résidant.

* L’emploi de résident en tant qu’adjectif serait, d’après le Petit Robert, un calque de l’anglais “resident”.

Quant à  résidAnt, il a, lui aussi, pris du galon. Il n’était qu’adjectif; il est maintenant adjectif  et nom! Et ce, depuis au moins 1996 : « ▫ N. Les résidants d’une maison de retraite. pensionnaire, résident. »

On appelle donc résidAnt  quiconque demeure dans un établissement pouvant  accueillir plusieurs personnes (exemple : une maison de retraite). Pourtant, celui « qui réside dans un ensemble d’habitations » (exemple : une cité universitaire) est dit, lui, résidEnt. Quelle différence faut-il voir entre « maison de retraite » et « cité universitaire », pour ce qui est du nombre de personnes qui y vivent? Les deux termes seraient-ils synonymes? On pourrait le penser, étant donné que le NPR utilise le signe , signe servant à présenter « un mot qui a un grand rapport de sens : 1° avec le mot traité; 2° avec l’exemple qui précède ».

Voilà ce que le Petit Robert nous dit de l’USAGE de ces mots. Mais qu’en est-il du Petit Larousse? Je ne devrais pas me poser la question, car l’USAGE ne peut techniquement pas changer en fonction de l’observateur. Du moins, pas selon moi. Si je me pose la question, c’est que j’ai souvent noté une différence, pour ne pas dire une discordance, entre ces deux sources.

Les LAROUSSE

D’après le Petit Larousse 2000, résidAnt (adj. et n.) « se dit de qqn qui habite dans un lieu quelconque. » On ajoute même entre parenthèses : « À distinguer de résidEnt ». Cette mise en garde nous informe que ces deux mots ne sont pas interchangeables. Il y a donc une différence qu’on se doit de connaître. Mais quelle est-elle? Que signifie donc résidEnt?

D’après ce même dictionnaire, résidEnt (n. et adj.) se dit de

  • toute personne qui réside dans un autre endroit que son pays d’origine (À distinguer de résidAnt).
  • tout étudiant en médecine générale pendant son résidanat (1).
  • Québec. RésidAnt. (2)

Concentrons-nous sur la première acception. Là encore, on nous informe, par une parenthèse, que résident et résidant ne sont pas interchangeables. Celui qui habite dans un lieu quelconque est dit résidant, mais, si ce lieu n’est pas son pays d’origine, il est alors dit résident. En France, il y a donc  des résidAnts (Français d’origine) et des résidEnts (des Espagnols, par exemple, non naturalisés).

Le Larousse en ligne tient essentiellement le même propos que le Petit Larousse 2000. À une différence près. Une différence non négligeable, qui tient plus de la politique que de la linguistique. RésidEnt  y est défini comme « toute personne de nationalité française résidant en France OU personne étrangère (à l’exclusion des fonctionnaires) demeurant en France depuis deux ans au moins. » C’est dire qu’un résidAnt espagnol (qui réside en France) devient, après 2 ans de séjour dans ce pays, un résidEnt! Il y a donc en France non seulement des résidEnts (Français d’origine), mais aussi des résidEnts d’origine espagnole. Du moins, d’après le Larousse! Mais que dire de ceux qui y vivent depuis moins de deux ans? Seraient-ils des résidAnts d’origine espagnole? Difficile à dire, si l’on tient compte de la définition qu’en donne ce dictionnaire.

En effet, résidAnt n’y est donné que comme régionalisme : « Au Canada, autre forme de résidEnt. »  Cela signifierait, d’après le Larousse en ligne, que résidant ne serait pas utilisé en France ou qu’il le serait si rarement qu’il ne mérite pas de figurer au dictionnaire. Le NPR est pourtant d’avis contraire, car on l’y trouve. Qui faut-il croire?

On m’a souvent dit, du temps que j’étais étudiant : « Va voir dans ton dictionnaire. » Et je l’ai moi-même souvent dit, du temps que j’étais professeur. Mais, dans le cas présent, je m’en abstiendrais, car ce conseil ne serait pas judicieux. L’étudiant en sortirait encore plus confus.

Résidant : Adjectif et Nom

C’est ainsi que le NPR 2010 catégorise résidAnt. Chose certaine, de 1967 à 1993, il n’était rien d’autre qu’adjectif. Il est devenu nom quelques années plus tard. On lui trouve donc un nouvel emploi. Mais cet emploi est-il vraiment nouveau? Les données à ce propos semblent contradictoires.

  • A. V. Thomas, dans son Dictionnaire des difficultés de la langue française (1956), dit : « RésidAnt ne s’emploie plus guère aujourd’hui qu’adjectivement (et comme participe présent). »    J’en conclus qu’auparavant il s’employait comme nom!  Avant 1956, du moins. Où Thomas a-t-il pris cette information? Ce n’est pas dans les dictionnaires, car…
  • Dans les Dictionnaires d’autrefois (qui couvrent la période allant de 1606 à 1932-5), nulle part il n’est fait mention de son emploi comme nom. Il n’a toujours été utilisé qu’adjectivement!

Qui dois-je croire?

Qu’est-ce qui a amené le NPR, depuis au moins 1996, et le Petit Larousse 2000, à accorder à résidant le statut de nom, en plus de celui d’adjectif? L’USAGE assurément, me dira-t-on. Soit. Mais l’USAGE ne peut, me semble-t-il, varier en fonction de l’observateur.

Pour ajouter à l’imbroglio, voyons ce que l’Académie, elle, en dit, en 1994. C’est-à-dire avant que le NPR et le Petit Larousse prennent position. Sur le site de l’Académie, à la rubrique « Questions de langue », on peut lire sous « Résidant ou résident? » la position que les Immortels ont adoptée. On y lit :

« En 1994, la Commission du Dictionnaire, interrogée sur ce point, a constaté que la graphie résident l’emportant décidément, dans l’USAGE, pour le nom, tout flottement pouvait être éliminé : Résidant est un adjectif, résident est un nom. […]

En 2007, cette distinction entre résident, NOM, et résidant, ADJECTIF, est considérée par l’Académie française comme entérinée par l’USAGE. »

Les Académiciens n’ont clairement pas de l’USAGE la même perception que les rédacteurs des dictionnaires courants. Serait-ce que chacun recourt à des méthodes différentes pour évaluer ce fameux USAGE? Chose certaine, les Académiciens n’ont pas dérogé d’un iota de la position qui a toujours été la leur. Autrement dit, l’Académie tranche ― en faveur de la position qu’elle a toujours défendue ―, mais personne ne lui emboîte le pas! Ni le Robert, ni le Larousse. Qui croire?

CONCLUSION

Ma correspondante se demandait si son emploi de résidAnt, uniquement comme participe présent (ou adjectif), et de résidEnt, comme nom, est fautif. Elle peut dormir en paix : l’Académie est de son côté. Par contre, ceux qui ne jurent que par le NPR ou le Larousse lui diront qu’elle a tort. So what!, pourrait-on dire. N’est-ce pas la preuve que la rectitude de la langue dépend largement du régent auquel on accorde toute sa confiance? Cette question n’appelle qu’une réponse : « Hélas! »

Vous comprendrez sans doute pourquoi j’ai sous-titré mon blogue «  Les caprices de ceux qui la régentent ».

Maurice  Rouleau

(1) Je n’ai personnellement jamais entendu parler de « résidanat » au Québec. En France, il en serait autrement, même si, dans le Robert, ce terme n’a pas le même sens que dans le Larousse. On trouve résidanat [au sens de « période de fin d’études en médecine générale »] dans le Petit Larousse 2000, mais pas dans le NPR 2001. Par contre, dans le NPR 2010, il y est, mais uniquement à titre de régionalisme (du Maghreb). Qui faut-il croire?

(2) Il est surprenant, du moins pour moi qui suis québécois, d’apprendre qu’au Québec on appelle résidant ce qui ailleurs s’appelle résident. Si tel était le cas, ne serait-il pas normal que le terme figure dans le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui (dit Le Petit Robert québécois)? Oui, mais tel n’est pas le cas. On peut se demander où les rédacteurs du Larousse ont bien pu prendre leur information?…

(3) Certains pourraient penser que, contrairement à ce que j’avance, l’Académie (DAF, 8e éd., 1932-35) n’a pas toujours considéré résidant comme un adj. Ils pourraient invoquer le fait qu’à la fin de l’entrée* résidAnt, l’Académie ajoute : On écrit aussi résidEnt. Cet argument, selon moi, n’en est pas vraiment un. Si l’on précise que le mot en entrée (à savoir : résidant) s’écrit également résident, on dit, sans le dire, que ces deux mots sont de même catégorie grammaticale. Dans ce cas-ci, ADJ. Or, résident a toujours été donné comme NOM. Et ce, depuis 1694 (DAF, 1ère éd.).

*    RÉSIDANT, ANTE. adj. Qui réside, qui demeure. Le lieu où il est résidant, où elle était résidante. Membre résidant d’une académie. On écrit aussi RÉSIDENT.

Alors, que peuvent bien vouloir dire les Académiciens quand ils nous informent que résidant (adj.) s’écrit aussi résident (nom)? Voudraient-ils par hasard nous signaler l’existence d’un autre mot (homophone mais non homographe) dont il faudrait se méfier? Si tel est le cas, il aurait mieux valu, à mon sens, s’y prendre autrement. Par exemple, imiter le Larousse et écrire : À distinguer de RÉSIDENT.

 

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Un commentaire pour Résidant ou Résident? 

  1. Sil dit :

    Monsieur Rouleau! Vos écrits sont inspirants.

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