Létal ou Léthal (1 de 2)

 (Aide) létale  ou  léthale?

1- Sa graphie

 

Stephen Harper, l’actuel premier ministre du Canada ― pour on ne sait combien de temps encore ―, ne s’en cache pas : il a un faible pour l’Ukraine. Ou une dent contre Poutine …  Au point que  « Le Canada fournira de l’aide militaire non létale à l’Ukraine. » C’est ce que le journal nous apprenait, voilà quelque temps.

Cette manchette me fait tiquer. Non seulement l’adjectif létal me semble-t-il mal écrit, mais il me paraît mal utilisé. Toutefois, avant de crier haro sur le baudet, je me dois de faire quelques vérifications. Histoire de ne pas dire de conneries. Commençons par sa graphie. J’examinerai, dans le prochain billet, l’emploi qu’en fait le journaliste.

J’ai toujours écrit léthal.

C’est ce qu’on m’a enseigné. Et un professeur, tout le monde sait cela, ça ne se trompe pas! Qu’est-ce qu’un esprit endoctriné, conditionné à la Pavlov, comme l’était le mien, peut faire d’autre que de s’en offusquer? Je vous le demande. Écrire létal, comme le fait le journaliste, ne peut qu’être fautif. Et l’idée de vérifier dans mon dictionnaire si mon professeur avait raison ne me serait jamais venue à l’esprit. À l’époque, du moins. Depuis, les choses ont bien changé. On n’abuse plus aussi facilement de ma crédulité!

Létal existe-t-il réellement?

Pour le savoir, il suffit de consulter son dictionnaire. Dans mon cas, le Nouveau Petit Robert 2010. Aussitôt dit, aussitôt fait. Une surprise m’y attendait. En fait, une double surprise. Non seulement létal fait-il l’objet d’une entrée, mais léthal n’y figure même pas!…  Je suis catastrophé! Aurais-je durant toutes ces années mal orthographié cet adjectif et, du même coup, le substantif correspondant, léthalité?… Il semblerait bien que oui, mais cela me paraît tellement aberrant que je me dois de le vérifier. Question de savoir si mon professeur m’a vraiment induit en erreur. Chose certaine, l’idée de lui mettre un h ne vient pas de moi.

Dans le tout premier Petit Robert, celui de 1967, léthal n’a pas de place attitrée. Seul létal est donné en entrée! Ça alors!… On m’aurait appris à mal écrire cet adjectif! C’est à peine croyable. Fort heureusement, plus loin dans l’article, je lis : « On écrit aussi léthal ». OUF… L’honneur de mon professeur est sauf. Et le mien, par ricochet. Puis, dans l’édition de 1977, la mention On écrit aussi léthal disparaît. Comme par magie. Il faut préciser que léthalité ne figure déjà pas dans le Petit Robert de 1967. Pas même avec la mention : on écrit aussi…!  Seul létalité s’y trouve. Allez savoir pourquoi!

L’USAGE, semble-t-il, a changé. Ce qu’on m’a enseigné a déjà été correct, mais ne l’est plus. Du moins, à l’aune des habitudes langagières des années 1970, habitudes qu’un dictionnaire de cette époque est censé refléter. Depuis lors, léthal n’a plus sa place dans aucun dictionnaire. C’est létal ou rien.

                 Comment expliquer qu’en 1967 létal et léthal coexistent, mais que le mot-vedette ne soit pas léthal, comme je m’y attendais? Étant donné que le Petit Robert se veut, au dire même de son auteur, un « abrégé » du Grand Robert, il devrait contenir ― exactement mais en partie seulement ― ce que le Grand disait de cet adjectif. D’autant plus que quelques années à peine séparent la publication de ces deux ouvrages. Mais une autre surprise m’y attendait.

Contrairement à ce que fait le Petit Robert, le Grand Robert, lui, donne comme mots-vedettes : létal ou léthal. Voilà de quoi me conforter et me déconcerter tout à la fois! Comment interpréter cette présentation en entrée double?… Laissons Paul Robert nous l’expliquer :

Si deux formes sont courantes, elles figurent à la nomenclature en entrée double […]; dans cette présentation, le lexicographe favorise la première forme […] Si une forme est actuellement plus fréquente que la seconde qui a la même prononciation, cette dernière est accompagnée de var. […]. Si la variante est rare, on la signale par « on écrit aussi, parfois ».

Voilà qui est clair. En 1964 (dans le Grand Robert), les deux formes sont « courantes », mais, trois ans plus tard, en 1967 (dans le Petit Robert), la variante léthal est devenue « rare »! Sans jamais être passé par la phase : « plus fréquente »! C’est pourquoi la présentation en double entrée n’est plus acceptable aux yeux du Petit Robert. À noter que létal est non pas la forme usitée, mais bel et bien celle que le « lexicographe favorise ». C’est ce que j’appelle orienter l’USAGE et non le décrire! Mais ça, c’est une autre histoire.

Deux formes courantes! Depuis quand?

Si, en 1964, léthal et létal sont effectivement deux formes courantes (Grand Robert dixit), les lexicographes d’avant 1964 devraient logiquement l’avoir signalé dans leurs ouvrages. Ce que j’ignorais alors, c’est que la simple vérification de cette hypothèse me réservait encore des surprises. Voyons voir. Reculons dans le temps…

En 1935, le DAF (8e éd.), qui est la principale source d’inspiration du Grand Robert,  n’inclut, dans sa nomenclature, ni lét(h)al ni lét(h)alité. Ces mots n’étaient pas en USAGE à cette époque! Étonnamment, léthifère (qui cause la mort), lui, l’était, car il s’y trouve! Allez savoir pourquoi… Ce n’est donc pas de là que le Grand Robert tient que ces deux graphies sont courantes.

En 1922, dans le Larousse universel en deux volumes, on ne trouve ni létal, ni léthal, mais on y voit léthalité (tome 2, p. 48) de même que deux autres mots de la même famille : léthifère (qui donne la mort) et léthisimulation  (simulation de la mort par certains animaux, quand ils se sentent menacés). À remarquer que ces mots prennent tous un h.

En 1893, dans le Dictionnaire de médecine, de chirurgie et de pharmacie…, d’Émile Littré (17e éd., p. 900), il n’y a aucune trace de lét(h)al. On y trouve toutefois léthalité, de même que léthifère (qui donne la mort). Avec un h.

En 1873, dans le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, de P. Larousse (Tome X,  p. 415), il n’y a toujours que léthalité. Écrit avec un h.

En  1872, Émile Littré, dans son  Dictionnaire de la langue française, inclut léthalité, mais pas léthal, ni létal. On y trouve aussi léthifère.

Force est de reconnaître que, durant près d’un siècle, le seul mot qui a sa place dans les dictionnaires est  léthalité. Immanquablement écrit avec un h! C’est, sans conteste, aux yeux des lexicographes, la  BONNE  façon de l’écrire! Personne n’osera dire le contraire. Mais nulle part il n’est fait mention de l’adjectif léthal. S’il en avait été question, il se serait, à coup sûr, écrit léthal. En effet, comment envisager que léthalité puisse donner naissance à létal? C’est impensable. Étymologie oblige! N’a-t-il pas déjà donné léthifère (qui cause la mort), adjectif dont le sens est identique à celui de léthal? C’est à se demander d’ailleurs si la présence de léthifère n’expliquerait pas l’absence de léthal. Qui sait?

Quand léthal est-il vraiment apparu dans la langue?

Est-ce vraiment en 1964, dans le Grand Robert? En apparence, oui. Mais dans les faits, non. L’archéologue en moi s’est mis à l’œuvre et a trouvé!

Au milieu du XIXe siècle, plus précisément dans le Dictionnaire universel de la langue française (4e éd.), de Louis-Nicolas Bescherelle, publié en 1856, on trouve les deux entrées suivantes (vol. 2, p. 357):

  • LÉTHAL, ALE.   Qui donne la mort.
  • LÉTHALITÉ f. NÉOL. Qualité de ce qui est léthal; propriété de donner la mort.

L’adjectif léthal est donc beaucoup plus vieux que je ne le croyais. Mais sa présence dans les dictionnaires est plus que rarissime. En effet, dans aucun autre dictionnaire publié par après*, on ne le revoit. Il faudra attendre 1964 pour le voir de nouveau (ou à nouveau). Cette fois, dans le Grand Robert.

* Locution vieillie selon le Robert, mais encore utilisée au Québec au sens de par la suite.

De plus, Bescherelle donne léthalité comme NÉOLogisme. Ce serait donc à cette époque que ce substantif aurait fait son entrée dans la langue. Après celle de léthal, par la force des choses. Si léthalité prend un h, c’est parce que léthal en prenait déjà un. Et non l’inverse, comme je l’ai d’abord pensé.

Chose certaine, léthal n’est pas un barbarisme : il a déjà existé. C’est tout au plus un archaïsme. Ce qui fait de son emploi une « faute » vénielle. Rien de plus. Mais une « faute » quand même, diront certains. Soit! Mais faut-il pour autant battre sa coulpe?… C’est à voir.

D’où vient donc lét(h)al, lét(h)alité?

Nous venons de voir que léthal a fait, au siècle dernier, une courte apparition (dans le Bescherelle), puis est réapparu en 1964, dans le Grand Robert. Un siècle plus tard! Cet adjectif serait, selon toute apparence, redevenu courant au milieu du XXe siècle! C’est ce que les faits laissent entendre. Par contre léthalité, présenté, en 1856, par Bescherelle comme un néologisme, a toujours, par la suite, eu sa place dans les dictionnaires. Mais, c’est encore dans le Grand Robert qu’on le voit apparaître, pour la première fois, écrit létalité. Sans h.

D’où vient donc cette nouvelle graphie?… Elle ne peut venir que de son étymon (en linguistique, terme qui désigne « toute forme, mot ou racine, dont on fait dériver un autre mot »). Quel est donc cet étymon? Voici ce que nous en dit Paul Robert : du lat. letalis «mortel», de letum «mort». Vous aurez noté, j’en suis certain, l’absence de h. Voilà la preuve irréfutable, diront certains, que létal ne peut s’écrire autrement; que lui mettre un h est ridicule. Soit. Mais, comment expliquer alors que Bescherelle l’écrive, lui, avec un h?…  Exactement pour la même raison que le Robert l’écrit sans h : son étymon en prend un. En effet, selon Bescherelle, ce mot vient [du latin lethalis mortel, du rad. lethum]. Euh…

Qui dit vrai?

Quel est donc le véritable étymon? Est-ce letalis, comme le prétend le Robert ou lethalis, comme le veut le Bescherelle? Et sur quoi se baser pour choisir l’un plutôt que l’autre?… C’est une question à 64 000 $. Mais où trouver la réponse?

Je cherche d’abord dans le Littré, ouvrage ancien où l’on est le plus susceptible de trouver des informations de ce genre. Mon intuition ne m’a pas trompé. Littré commence par nous dire que léthalité vient « du Lat. lethalis, mortel, de lethum, mort ». Il pouvait difficilement dire le contraire. Logique oblige! Puis il ajoute :

Lethum est une mauvaise orthographe causée par l’influence du grec; la bonne est letum, lequel, selon Priscien, vient de leo, qui est dans deleo.

Certains verront là l’explication, tant recherchée, de l’absence du h dans létal. Moi pas. Il y a là juste de quoi piquer ma curiosité. Même si le ton péremptoire utilisé devrait me le faire admettre sans réticence. Je n’y puis rien, je suis avec le temps devenu incrédule. Surtout en langue.

Les lexicographes qui prétendent, depuis belle lurette, que l’étymon de léthalité est lethalis auraient donc, durant tout ce temps, erré! À moins qu’il n’aient fait que repiquer cette information sans s’être demandé si leur source était fiable. Ils auraient, avant l’heure, fait du copier-coller! Pratique très risquée que je crains comme la peste. Vous avez certainement remarqué que je cherche toujours, dans la mesure du possible, à vérifier ce que j’avance, histoire de ne pas dire de sottises, de ne pas contribuer à propager des légendes linguistiques.

À remarquer que Littré ne discrédite aucunement la graphie léthalité. Bien au contraire. C’est la seule qu’il admet (avec l’étymon approprié). Probablement ― pour ne pas dire assurément ― parce que c’est la seule qui est alors en usage! Sa remarque sur la mauvaise étymologie prend, dans les circonstances,  l’allure d’un « soit dit en passant… » ou encore « saviez-vous que… »  Sans plus. Ce sont ses successeurs qui en feront tout un plat, sans jamais préciser si cette information leur vient de Littré ou d’une autre source. Elle devient du fait même une vérité absolue, incontestable, sans âge parce que sans source. Que tout un chacun se fait un devoir de colporter… Sans jamais la vérifier.

Cette remarque de Littré, telle que formulée, peut difficilement rallier un esprit sceptique. Que veut réellement dire Littré par « l’influence du grec »? Qui est ce « Priscien » pour avoir à ses yeux autant d’importance? Pourquoi se contente-t-il de dire de leo qu’il « est dans deleo »? Euh… Pour bien comprendre ce que Littré nous dit, ou plus exactement ce qu’il veut nous dire, il faut se creuser les méninges et faire quelques recherches. Je pourrais me contenter de croire aveuglément que « léthum est une mauvaise orthographe ». Pire encore : le faire croire à mes étudiants. Mais j’ai la crédulité difficile depuis bon nombre d’années. Ce n’est pas parce que Littré dit que la graphie est erronée qu’elle l’est obligatoirement ou que je suis obligé de l’admettre. Il me faut une autre raison, une « bonne », pour le croire. Essayons de comprendre le message que Littré veut nous transmettre.

l’influence du grec…?

                Si l’on dit que drastique a « sous l’influence de l’anglais» le même sens que draconien, je comprends que le mot anglais drastic (1) a deux sens, dont celui qu’a draconien en français. Qu’influencé par l’anglais, le francophone en est venu à utiliser l’un pour l’autre. Différents qu’ils étaient, ces deux adjectifs sont devenus synonymes. Autrefois il n’y avait que les remèdes qui étaient drastiques, aujourd’hui les mesures le sont aussi! Ou encore, comme je viens de le lire dans un roman traduit : « une sécurité drastique »! Tout cela, sous l’influence de l’anglais!…

Alors quand Littré nous dit que « Lethum est une mauvaise orthographe causée par l’influence du grec », j’en conclus, mutatis mutandis, qu’il existerait un mot grec dont la translittération en caractères latins nécessiterait la présence d’un h (2). Mot que les latins en seraient venus  à confondre avec un autre mot qui, lui, s’écrivait sans h. Ils auraient pris la « mauvaise » habitude d’écrire lethum au lieu de letum. Et ce, sous l’influence du grec!…  Mais quel serait donc ce mot grec? Littré aurait pu le préciser, mais il ne l’a pas fait. Bescherelle, par contre, en 1856, nous le fournit. À l’entrée léthalité, il dit que ce mot vient «  du latin lethalis mortel, du rad. lethum venant du grec λήθη, oubli, fleuve des enfers ». Voilà donc d’où vient ce fameux h, tant décrié de nos jours! Du θ de son étymon grec!

Mais Littré ne partage absolument pas le point de vue de Bescherelle. Il en veut pour preuve ce que dit Priscien…

Priscien…?

                Qui est donc ce Priscien, pour que  Littré lui voue une confiance absolue, pour ne pas dire « aveugle »? C’est un grammairien de la fin du Ve siècle de notre ère, selon lequel le mot latin désignant mort ne serait pas lethum ― comme tout le monde le croyait, mais bel et bien letum. Sans h! Soit. Mais sur quoi se base-t-il pour dire que lethum est mal écrit?… Cette « prétendue » erreur ― je dis prétendue, car la preuve n’est pas encore faite ― venait-elle de faire son apparition dans la langue latine, au moment où Priscien l’a stigmatisée, ou y avait-elle cours depuis des lustres?…

Pour le savoir, il faudrait pouvoir lire Priscien dans le texte, car ce qu’en dit Littré : « la bonne est letum… », tient plutôt du diktat. S’il est vrai que le participe passé du verbe leo s’écrit letum [leo, les levi, letum, lere], ce n’est pas une raison suffisante pour déclarer que le mot latin désignant mort doit s’écrire de cette façon. Priscien devait avoir une raison vraiment plus sérieuse pour vouloir faire une telle rectification. Par exemple, faisait-il référence au sens qu’avait ce verbe?… Si oui, il y aurait là un argument de poids. Mais nulle part il n’en est question. Priscien en a-t-il seulement fait mention? Je ne saurais dire. Voilà pourquoi j’aurais tant aimé pouvoir lire ce que Priscien a effectivement écrit et non seulement ce que les autres en ont compris. Car, il en est qui, comme on dit chez-nous, comprennent tout croche! Mais à l’impossible, nul n’est tenu.

Contentons-nous pour le moment de ce que nous en dit Littré : « Lethum EST une mauvaise orthographe causée par l’influence du grec; la bonne EST letum […] » À noter que Littré utilise EST et non SERAIT. Il n’y a, selon lui, aucune discussion possible. Pas même l’ombre d’un doute. Le maître a parlé! Il ne reste plus aux disciples qu’à transmettre l’enseignement reçu, sans se demander si ce qui est dit peut se vérifier.

letum vient de leo, qui est dans deleo…?

Pourquoi Littré se limite-t-il à dire « qui est dans deleo »? S’imagine-t-il que cette simple affirmation va convaincre tout le monde? Pourquoi ne donne-t-il pas le sens qu’avait le verbe leo? On comprendrait sans doute mieux la raison de cette correction. Mais là, on doit le croire sur parole! Serait-ce parce que leo n’avait déjà plus cours du temps de Priscien? Serait-ce que seul deleo (verbe composé de de– et de leo) était alors utilisé? Ou serait-ce simplement que la source d’où lui vient cette information ne le précisait pas? Autrement dit, qu’il n’aurait fait que repiquer l’information sans la vérifier? Qui sait? Pourtant,  pour qui veut comprendre, pour qui ne veut pas être un béni-oui-oui, cette information est cruciale. La recherche du sens que les dictionnaires latin-français donnent au verbe leo [les, levi, letum, lere] s’impose donc.

Quel sens attribue-t-on au verbe latin leo?

Dans mon dictionnaire latin-français, publié par Hatier (1952), ce verbe brille par son absence. S’il existait vraiment, il n’était pas suffisamment utilisé pour y avoir une place.

Dans l’ouvrage de Félix Gaffiot (1934), plus vieux que le Hatier d’une vingtaine d’années, et plus complet, on trouve essentiellement ce que nous dit Littré : « primitif inusité de deleo », avec une  référence à Priscien. Encore lui! Sans plus. Mais pourquoi ce verbe ne se voit-il pas attribuer un sens? Mystère… Gaffiot nous apprend aussi (p. 901) que lethum est la « mauvaise orth. Voir letum ». ― Se pourrait-il que ce latiniste ait lu, cru et répété ce que disait Littré?… ― Sur quoi se base-t-il pour déclarer mauvaise cette graphie? Mystère…  Il faut savoir qu’en dictionnairique  le diktat est roi et maître. Certains pourraient voir une réponse à l’entrée letum. En effet, Gaffiot y mentionne plusieurs auteurs qui auraient utilisé ce mot ainsi orthographié (je dis «aurait utilisé » parce qu’il ne donne que la référence et non la citation elle-même). Mais ce n’est pas parce que certains auteurs écrivent un mot de telle ou telle façon que cette graphie devient, par le fait même, la seule et unique « bonne » façon de faire. À ce compte-là, on pourrait citer d’autres auteurs qui, eux, utilisaient lethum! Et en tirer la même conclusion. Là, on tourne en rond! Rien vraiment pour me convaincre. J’en suis réduit ou bien à le croire sur parole ou, comme on dit chez nous, à prendre le tout avec un grain de sel (3).

Dans le Nouveau dictionnaire latin-français, d’Alfred de Willy, publié au siècle précédent, plus précisément en 1861, dictionnaire que Littré pourrait avoir consulté ― sa parution précède celle du Littré de quelques années ―, j’y trouve, à la p. 558, le verbe leo précédé d’un astérisque, indice d’un mot de basse latinité. Et là encore, aucun sens ne lui est attribué. On se limite à dire que c’est un verbe « inusité que l’on retrouve tout entier dans son composé deleo »! Voilà qui ressemble étrangement à ce que Littré nous dit. C’est à se demander si ce dernier n’a tout simplement pas repiqué cette information, sans chercher à en savoir plus. Mais cela, on ne le saura jamais.

Il est vrai qu’aucun des dictionnaires latin-français consultés n’attribue de sens au verbe leo, mais celui d’Alfred de Willy fournit une précision, retrouvée nulle part ailleurs, qui pourrait se révéler utile ou déroutante. C’est selon… Voici comment de Willy présente ce verbe en entrée :

*LEO, les, levi, letum, lere (λειος, lisse).

                 La présence de l’adjectif λειος laisse à penser qu’il y a un lien de parenté entre le verbe latin et l’adjectif grec (son étymon?). Sinon, pourquoi l’avoir précisé? Si tel est le cas, leo pourrait avoir signifié : rendre lisse. Et deleo [composé de de– (privatif) et de leo], avoir initialement signifié « ne plus être lisse » avant d’en venir à signifier, par extension ou au figuré : effacer, détruire, anéantir. Ce n’est, vous l’aurez compris, que pure spéculation de ma part. Mais la question se pose.

Autre fait intéressant, A. de Willy donne en entrée double : lethum (de λήθη) ou letum (de leo, letum). Il reconnaît donc l’existence des deux graphies et de leur étymon respectif. Mais il ne va pas jusqu’à en déclarer une bonne et l’autre mauvaise. Je me serais attendu à ce que les exemples en fassent la preuve, mais les deux auteurs cités n’utilisent que lethum. De plus, étant donné que ces auteurs, Horace et Tite-Live, ont tous deux vécu avant J.-C., force est de reconnaître que lethum était utilisé depuis fort longtemps. En fait depuis au moins cinq siècles! La correction apportée par Priscien s’est vraiment fait attendre! C’est le moins que l’on puisse dire. Mais s’imposait-elle vraiment?… Certains, voués corps et âme à la rectitude étymologique, diront : « Mieux vaut tard que jamais! » Moi, je n’en suis pas convaincu. Mais, passons. Je reviendrai un de ces jours sur ce besoin irrépressible qu’éprouvent certains régents d’intervenir. Comme si l’incorrection qu’ils condamnent leur rendait la vie pénible, voire (ou voire même) insupportable!

Si, comme Priscien le prétend, letum vient de leo (que l’on retrouve dans deleo) et non de  lethalis, comment expliquer que cette origine soit demeurée inconnue aussi longtemps? Que l’on ait continué à écrire lethum? Serait-ce que Priscien a été un grammairien qui n’a jamais fait école, un illustre inconnu [excusez l’oxymoron]? La question se pose. Mais Priscien y voit une erreur qu’il juge de son devoir de corriger. Et que d’autres ont reprise ― beaucoup plus tard ― sans se poser de questions. Ils n’ont fait que repiquer l’information. D’autres, mais pas tous, car les lexicographes ont continué ―  et ce, jusqu’à Littré ― à faire dériver léthalité de lethum. Cette « origine » méconnue, mise au jour par Priscien, n’a commencé à prendre de l’importance qu’à la fin du XIXe siècle. Treize cents ans plus tard! Plus précisément après la publication du Littré (1872-1877). Il en a fallu du temps pour accepter cette « correction »!… Depuis lors, il est systématiquement mentionné que lethum est une mauvaise orthographe; qu’il faut écrire létal et non léthal, car l’étymon EST letum. Le fait que c’est Littré qui le dit semble, aux yeux de bien des gens, conférer à cette affirmation un caractère indiscutable. Littré le dit, c’est donc vrai!… Ma crédulité est ici mise à rude épreuve. Mais elle résiste.

Pourquoi letum serait-il un étymon plus crédible que lethum? Ce n’est pas parce que l’on déclare, sans autre forme de procès, que lethum est mal écrit ou encore que l’étymologie de léthalité est fausse, qu’il faut le croire. Il me faudrait au moins un « bon » argument pour m’en convaincre. Et je le cherche toujours. Je lance donc un appel à tous.

Léthal dans les dictionnaires médicaux

Comme lét(h)alité et lét(h)al sont des termes généralement associés à la médecine ou à la biologie ― ce que nous disent effectivement le Robert et le Larousse ― , je me demande quelle position adoptent les dictionnaires médicaux. Vérification faite, on y trouve un peu de tout.

  • Dans ce qu’il est convenu d’appeler le Grand Manuila**, on lit : « L’orthographe léthal est étymologiquement incorrecte. Étymologiquement, létalité dérive du latin letum, mort, et non du grec lethe, oubli. »  Pas de discussion possible. C’est dire que, si letum  signifie mort, leo (dont il tire son origine) aurait signifié mourir. Euh… Mais nulle part on ne donne le sens de ce verbe. Selon moi, mourir est plus facilement associable à deleo qui signifie détruire qu’à leo lui-même. Mais l’adjectif est létal et non délétal.
  • Dans le Garnier-Delamare***, l’auteur donne en entrée double : létal ou léthal. Les deux graphies sont donc courantes. De plus, létalité et léthalité sont donnés comme synonymes. L’utilisateur ne risque donc pas de faire erreur! Il choisit celle qu’il veut.
  • Dans le Flammarion****, à l’entrée létal, on peut lire : « L’orthographe léthal est étymologiquement incorrecte, bien que usuelle. » Voilà qui est clair : sa graphie est peut-être incorrecte, mais les usagers ne s’en formalisent pas.

** Dictionnaire français de médecine et de biologie (en 20 fascicules), de A. Manuila, I. Manuila, M. Nicole et M. Lambert, Paris, Masson, 1981.

*** Dictionnaire des termes de médecine, de J. Delamare, 25e éd., Paris, Maloine, 1998

**** Dictionnaire de médecine Flammarion, S. Kernbaum,  6e éd., Paris, Médecine-Sciences Flammarion, 1998

               Ces auteurs, tous médecins, reprennent en chœur ce que Littré a dit : l’étymologie est incorrecte. Mais ils reconnaissent que l’USAGE ne va pas dans ce sens : la graphie léthal, bien qu’incorrecte, est usuelle; létal et léthal sont deux graphies courantes; létalité et léthalité sont synonymes. Alors…

Vu que léthal et léthalité sont les formes généralement rencontrées dans les ouvrages que je consultais du temps que j’étais traducteur médical, je n’ai jamais remis en question leur graphie. Pourquoi l’aurais-je fait? Ce que je lisais correspondait exactement à ce qu’on m’avait appris. Autrement dit, la question ne se posait même pas. Mais il semblerait qu’aujourd’hui elle se pose. D’où ma réaction à la lecture de la manchette qui a déclenché cette réflexion sur la graphie de lét(h)al.

Quelle graphie faut-il privilégier?

Si je devais me prononcer en faveur de l’une ou  l’autre, j’opterais pour  lethal. Je m’explique.

Rappelons-nous ce que Bescherelle disait de léthalité  « vient du latin lethalis mortel, du rad. lethum venant du grec λήθη, oubli, fleuve des enfers ».

Alors, associer « mort » à « enfer » (lieu où vont les damnés après leur mort) ou encore à « oubli » (ce à quoi un mort est souvent condamné) est fort défendable. Étymologiquement parlant, s’entend. Faire remonter thal au mot grec λήθη n’est pas, selon moi, faire insulte à l’intelligence des gens.

Par contre, faire dériver létal de letum me force à faire des acrobaties intellectuelles. Cette parenté ne tient qu’au fait que le participe passé de leo s’écrit letum, verbe dont on ignore tout du sens, sauf qu’il a peut-être à voir, comme le laisse entendre de Willy, avec (λειος, lisse). Alors associer « lisse » et « mortel » n’est pas facile à faire. Pas même en me tordant les méninges.

La forme léthal est, selon moi, plus facilement acceptable. Du moins, avec les éléments que j’ai en main. J’irais même jusqu’à dire plus facilement défendable. Et ce, avec des arguments autres que : Magister dixit!

Bref, ce n’est pas parce qu’un régent a décidé que lethum est mal écrit qu’il l’est  obligatoirement. Si cette idée se retrouve un peu partout, c’est que d’autres régents  la lui ont empruntée. Docilement. Aveuglément. Sans se poser de questions.

Aujourd’hui, il est prescrit d’écrire létal, létalité. C’est ce que le dictionnaire nous impose. Mais ne vous demandez surtout pas pourquoi vous devez le faire. Les régents ont parlé! Il ne nous reste plus qu’à obéir…

Il fut un temps pourtant où c’était le peuple qui était souverain en matière de langue. Et non les régents. Par exemple, dans son ouvrage De lingua latina, Varron  (116-27 av. J.-C.) le dit clairement :

 « le peuple peut corriger sa manière de parler, de même que chaque individu peut corriger la sienne propre, si elle est vicieuse. Je n’ai pas le droit d’imposer mon usage au peuple; mais le peuple a le droit de m’imposer le sien. »

De nos jours, il semble que cela ne soit plus le cas… Faut-il s’en réjouir?…

À suivre

Maurice Rouleau

(1)  Dans le Merriam-Webster, DRASTIC :

  • 1 :  acting rapidly or violently <a drastic purgative>
  • 2 :  extreme in effect or action :  severe <drastic measures>

Dans le NPR 2010, DRASTIQUE :

  • Méd. Qui exerce une action très énergique.Purgatif, remède drastique
  • (1875 ◊ anglais drastic) Énergique, contraignant (d’une décision). ➙ draconien, radical. Des mesures drastiques. Une réforme drastique. Des quotas drastiques.

 (2) Il faut savoir que tout mot français issu d’un mot grec contenant un thêta [θ] s’écrit, après translittération, avec un th. Exemples : Les éléments όρθός (droit, correct) et γραφειν (écrire) ont donné orthographeθεός (Dieu) et λόγος (parole) ont donné théologie.

(3)  Pour en savoir plus sur cette expression encore vivante au Québec, voir l’excellente étude qu’en a faite Frèdelin Leroux fils.

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13 commentaires pour Létal ou Léthal (1 de 2)

  1. Voilà qui est intéressant. Il ne faut pas oublier la peur du calque, qui en inciterait plusieurs à écrire létal simplement pour s’éloigner de l’anglais lethal.

    Par ailleurs, je me demande parfois si vous connaissez l’outil Ngram Viewer de Google, qui peut donner une idée de l’évolution de l’usage (ce que les dictionnaires sont supposés refléter, après tout). Les résultats sont particulièrement intéressants dans le cas qui vous intéresse :
    https://books.google.com/ngrams/graph?content=l%C3%A9tal%2Cl%C3%A9thal&year_start=1600&year_end=2000&corpus=19&smoothing=3&share=&direct_url=t1%3B%2Cl%C3%A9tal%3B%2Cc0%3B.t1%3B%2Cl%C3%A9thal%3B%2Cc0
    https://books.google.com/ngrams/graph?content=l%C3%A9talit%C3%A9%2Cl%C3%A9thalit%C3%A9&year_start=1600&year_end=2000&corpus=19&smoothing=3&share=&direct_url=t1%3B%2Cl%C3%A9talit%C3%A9%3B%2Cc0%3B.t1%3B%2Cl%C3%A9thalit%C3%A9%3B%2Cc0

    Merci pour votre blogue, toujours fascinant.

    • rouleaum dit :

      Vous me devancez. J’aborde le problème de l’anglicisme dans le deuxième (ou second) volet de cette étude, que je suis en train de finaliser.

      L’outil de recherche auquel vous faites référence (Ngram Viewer, de Google) fait partie de ma boîte à outils. Mais je dois admettre que je ne l’utilise pas couramment. Et dans le cas de létal, les résultats obtenus sont effectivement très éloquents.

  2. LMMRM dit :

    Maurice Rouleau inventeur du polar orthographique.

  3. LMMRM dit :

    Dans le procès Létal contre Léthal, Leo le témoin qui n’existe pas.

  4. Bertrand You dit :

    Excellent. Je me posais exactement cette question. Etant médecin, je poursuivrai donc, avec votre autorisation, la tradition en conservant le h, même si notre mission est de lutter contre la léthalité ! Merci

  5. Serge Quérin dit :

    Bravo pour cette enquête sur le fameux h de lét(h)al!. Je m’abonne!

  6. sinniger dit :

    l’enquête est fantastique!!! je suis bleuffée…j’aurais mis ma main à couper (voire ma tête) qu’il n’existait qu’une seule orthographe!!:avec le H bien sûr!! et bien sûr j’ai transmis le H à mes enfants !!qui le transmettront aussi…….etc,etc,

  7. Eric dit :

    L’Académie Française a donné le bon usage des mots « létal » et « létalité », dans sa rubrique « Dire, ne pas dire ». Pour une meilleure compréhension, je vous laisse le lien:
    http://www.academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire/emplois-fautifs?page=1
    Cordialement

    • rouleaum dit :

      Je connais très bien la position de l’Académie sur ce point. Si je n’en ai pas fait mention, c’est qu’elle n’apporte rien à la discussion. L’Académie ne répondait pas à la question que je me posais : Pourquoi faudrait-il écrire aujourd’hui létal et non plus léthal? Faire intervenir Léthé n’a rien de bien convaincant.

      Comme toujours, l’Académie procède par diktat : « Dites, mais ne dites pas ». Il faut savoir que l’Académie est très chatouilleuse sur la langue française. Qu’elle est imbue de sa supériorité. Comme si cette dernière leur venait de Dieu lui-même, en la personne du cardinal Richelieu! Il suffit de voir sa position sur la féminisation des titres, pour en être convaincu (http://www.academie-francaise.fr/actualites/la-feminisation-des-noms-de-metiers-fonctions-grades-ou-titres-mise-au-point-de-lacademie).

      En voici un extrait qui illustre à merveille mon propos :
      « Un catalogue de métiers, titres et fonctions systématiquement et arbitrairement « féminisés » a été publié par la Documentation française, avec une préface du Premier ministre. La presse, la télévision ont suivi avec empressement ce qui pouvait passer pour une directive régalienne et légale » (déclaration adoptée à l’unanimité dans la séance du 25 mars 2002). Or aucun texte ne donne au gouvernement « le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français ». Nul ne peut régenter la langue, ni prescrire des règles qui violeraient la grammaire ou la syntaxe : elle n’est pas en effet un outil qui se modèle au gré des désirs et des projets politiques. Les compétences du pouvoir politique sont limitées par le statut juridique de la langue, expression de la souveraineté nationale et de la liberté individuelle, et par l’autorité de l’usage qui restreint la portée de toute terminologie officielle et obligatoire. Et de l’usage, seule l’Académie française a été instituée « la gardienne ».

      Vous ne m’en voudrez pas, j’espère, de vous dire, comme on le fait chez nous, que ce que l’Académie peut dire « ne me fait pas un pli sur la différence » (traduction : cela me laisse indifférent. Voir le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, © 1992 DicoRobert et Dictionnaire le Robert).

      Il ne me suffit pas que l’Académie dise quelque chose pour que je perde tout sens critique. Pour que je me mette à genoux devant la gardienne « suprême » de la langue. Encore faudrait-il qu’elle s’en montre digne.

      En un mot : je n’ai que faire de ses ukases.

      • Eric dit :

        Je vous remercie pour votre réponse. Cela m’a incité à me renseigner sur l’Académie française.
        Comme il est écrit dans ses statuts, l’Académie (personne morale de droit public à statut particulier) est ainsi assimilée aux cours supérieures, comme instance suprême en matière de langue. De plus, l’indépendance de l’Académie, voulue par Robert Messmer, est garantie par la loi française du 18 avril 2006 (et non, par un ukase ou édit promulgué par un tsar). Pour rappel, l’indépendance avait été perdue en 1792, par méfiance du roi Louis XIII vis-à-vis de l’institution. Aujourd’hui, le président de la République Française en est le garant : voir http://www.academie-francaise.fr/linstitution/statuts-et-reglements
        Depuis sa création en 1635 par le cardinal de Richelieu, « la principale fonction de l’Académie, sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences » (article XXIV). Aucune maison d’éditions ne peut assurer ce rôle.

        En considérant les Immortels tels que La Fontaine, Voltaire, Corneille, Racine ou Boileau, Louis de Broglie, Léopold Sedar Senghor, Anatole France et même Littré que vous évoquez longuement, je ne partage pas votre avis sur le manque de sens critique des Français et des Francophones, au prétexte que l’Académie française est la « gardienne de l’usage de la langue ». C’est à Voltaire, académicien, qu’on doit la réforme suivante de l’orthographe: « Ainsi adopta-t-elle en 1835, dans la sixième édition de son Dictionnaire, l’orthographe -ais pour les mots terminés jusqu’alors en -ois mais prononcés depuis longtemps è (le françois, j’étois, etc.), réforme réclamée au siècle précédent par Voltaire. » A contrario, on voit aussi que Emile Littré, autre membre de l’Académie, a voulu apporter des changements que celle-ci n’a pas suivi. C’est très passionnant de lire ces articles sur le site qui montre que le français est une langue bien vivante :
        http://www.academie-francaise.fr/la-langue-francaise/le-francais-aujourdhui
        ou « l’orthographe: Histoire d’une querelle (3) » de l’académicienne Danièle Sallenave
        http://www.academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire/bloc-notes

        Enfin, en lisant cet article http://www.academie-francaise.fr/la-langue-francaise/terminologie-et-neologie, j’ai compris que l’Académie affirme la communauté des intérêts qui unit le monde francophone et favorise la communication des savoirs sur tous les domaines. Un exemple: elle consulte des partenaires canadiens et québécois.
        Je n’ai pas l’impression que c’est une institution fermée sur elle-même. Elle oeuvre tout en pensant que « ce qui nous unit, nous rend forts ».

        En l’absence d’arguments convaincants sur l’orthographe du mot qui nous préoccupe, je me range à l’avis de l’Académie française que je respecte pour son travail et ses missions: létal évoque l’idée de la mort et léthal, plutôt celle de l’oubli. Une nuance qui m’a convaincu. (Tiens, je viens de remarquer que le correcteur orthographique de mon ordinateur me souligne en rouge « léthal ». Aurais-je commis une erreur ou ne faut-il pas faire confiance à cette machine? ).
        Pour autant, je respecte votre choix de continuer avec le mot « léthal » dans le sens voulu par vous car je reste attaché à cette phrase qu’on attribue faussement à Voltaire: « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » C’est drôle de lire cela: http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-rue89-culture/20110414.RUE1809/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire.html
        En me remerciant de m’avoir lu, j’espère que vous m’éclairerez encore plus sur ce sujet.
        Cordialement,

        • rouleaum dit :

          La différence qu’il y a entre vous et moi en ce qui concerne l’Académie, c’est que je l’évalue aux fruits qu’elle produit et non à ceux qu’elle est censée produire.

          Et cela fait toute une différence.

        • rouleaum dit :

          Quand j’ai, dans une précédente réponse, mentionné l’attitude de l’Académie face au problème de la féminisation des titres, j’aurais dû vous parler de la publication suivante. Mais cela m’a échappé complètement. Je me reprends donc :
          L’Académie contre la langue française; le dossier de la féminisation, collectif sous la direction d’Éliane Viennot, Éditions iXe 2015. ISBN 979-10-90062-33-7.
          La même maison d’édition a publié un autre ouvrage que je trouve assez intéressant : Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin; Petite histoire des résistance de la langue française. (2014) ISBN 979-10-90062-20-7

          Bonne lecture, si le coeur vous en dit.

        • Patrick Bousquet de Rouvex dit :

          Eric, qui est Robert Messmer ? Et que faisait Louis XIII en 1792, à part être mort depuis plus d’un siècle ??

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