Espacement et ponctuation

 

Ah bon_! /  Ah bon!

ou

Les « blancs » dans un texte

 

C’est sans doute « annexe », mais en français, le point d’interrogation, le point d’interrogation et les guillemets sont séparés de la fin de la phrase (et du début pour les guillemets) par une espace insécable, ce qui me semble d’ailleurs plus lisible (alors que les parenthèses, par leur forme, supportent très bien d’être collées). Il est vrai que ça ne dérange ni les anglais ni les allemands, peut-être d’autres encore de les coller directement au dernier mot, mais pour une fois qu’une exception française est bonne, pourquoi ne pas la garder ?

 

Ce commentaire, je l’attendais depuis longtemps. En fait, depuis que je tiens ce blogue, ce qui fera bientôt cinq ans. Comme ma façon de faire ne semblait pas agacer mes lecteurs ― du moins, ils ne me l’ont jamais signalé―, je n’ai pas jugé bon d’aborder le sujet. Mais là, c’est différent.

Ce que mon correspondant dit n’est pas faux. Loin de là. Mais de façon subtile et fort élégante, il me demande pourquoi je ne fais pas comme il se devrait. Comprendre : comme on fait en France. Laissant entendre par là que LA norme est obligatoirement celle que lui respecte. La réponse à sa question, aussi plate soit-elle, est que je fais ce qu’on m’a enseigné. Tout comme lui, fait, j’en suis sûr, ce qu’on lui a enseigné. Voilà un argument qui n’en est pas un. J’en conviens. Mais c’est comme ça.

Je vais donc, dans ce billet, vous expliquer pourquoi un Québécois ne met systématiquement pas d’espace avant les points d’exclamation et d’interrogation. Ni d’ailleurs devant le point-virgule. Ainsi, les autres ―  les non-Québécois, s’entend ―  n’auront plus de raison de s’en étonner.  Mais auparavant, je vais vous faire faire un petit détour qui, sans être essentiel à mon propos, jettera un éclairage particulier sur le sujet.

Le blanc en langue écrite

D’après vous, depuis quand le blanc existe-t-il? Vous me diriez qu’il est apparu avec l’écriture que je n’en serais pas surpris. On peut difficilement penser le contraire. Imaginez seulement ce que serait la lecture d’un texte qui n’en contiendrait aucun!  Faites-en l’essai : maisauparavantjevaisvousfairefaireunpetitdétourquisansêtreessentielàmonproposjetteraunéclairagetoutparticuliersurlesujet.

Concluant, n’est-ce pas?…

Vous aurez beau penser que le blanc est aussi vieux que l’écriture, vous n’en aurez pas moins tort. Il fut un temps où les mots d’un texte se suivaient à la queue leu leu, collés les uns aux autres. Cette façon d’écrire, qu’on a appelée scriptio continua, ou écriture continue  (Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Scriptio_continua) est fort heureusement disparue. Et ce, depuis fort longtemps. Soit dit en passant, elle vient de réapparaître! (1)

L’histoire veut que cette disparition remonte au deuxième siècle avant J.-C. C’est, paraît-il, Aristophane de Byzance qui aurait eu l’idée géniale de séparer les mots. En utilisant non pas des blancs mais des points. Il en aurait inventé trois :

  • le point parfait (placé à l’extrémité supérieure de la dernière lettre d’un mot);
  • le sous-point (placé à l’extrémité inférieure d’un mot) et
  • le point moyen (placé à mi-hauteur de la dernière lettre d’un mot).

Je ne m’aventurerai pas à vous fournir leur équivalent dans l’actuel système de ponctuation, car les différentes sources consultées ne s’entendent pas.

 Étant donné que « point », en latin, se dit punctum, et « mettre un point », punctuare, cette nouvelle façon de faire s’est appelée, vous l’aurez deviné, ponctuation. On pouvait difficilement trouver un terme mieux motivé, vous en conviendrez.

Plus tard, le blanc a pris la place de ce fameux point séparateur.  Soit dit en passant, le point vient, lui aussi, de faire sa réapparition! (1)

Ce blanc, qui l’a inventé? Et à quelle époque?

Bien malin qui pourrait le dire. J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé de bien précis. Sauf ce qu’en dit Jacques Drillon, à la page 11 de son Traité de la ponctuation française (Éditions Gallimard, 1991), information que je n’ai pu confirmer et qui n’est sans doute pas confirmable (2) :

Alors un scribe inconnu et auquel nul arc de triomphe n’a jamais été consacré s’avisa de placer un blanc entre chaque mot : il avait inventé le premier signe de ponctuation.

Il ajoute même plus loin (p. 25) :

Le blanc entre les mots se généralise au VIIe siècle, s’impose au siècle suivant, et devient pratiquement de règle au cours des deux cents ans qui suivent.

Si, comme le dit Drillon, l’emploi du blanc « se généralise au VIIe siècle », cela signifie qu’il a fait son apparition au plus tard au VIe siècle. Peut-être même bien avant. Qui sait? Pas surprenant alors qu’on le croie contemporain de l’écriture.

Le premier signe de ponctuation! Vraiment?

Pourquoi Drillon qualifie-t-il le blanc de « premier signe de ponctuation »? Pourquoi avoir ignoré sciemment la contribution d’Aristophane? Les points jouaient pourtant le même rôle que les blancs : indiquer où se termine un mot et où commence l’autre…  Chercher l’erreur!

Le premier signe de ponctuation! Vraiment?

Sémantiquement parlant, rien n’est plus faux. Comment peut-on parler de « signe » (i.e. d’élément graphique) quand, en fait, il s’agit d’une absence de signe?

Dans la première grammaire que je me suis procurée (Le Bon Usage, M. Grevisse, 11e éd., 1980), il n’est nullement question, au chapitre de la ponctuation, des espaces à laisser en blanc dans un texte. Pas plus d’ailleurs que dans l’ouvrage d’Albert Doppagne : La bonne ponctuation. Clarté, précision, efficacité de vos phrases (Duculot, 1984). Les blancs, ça existe, mais on n’en parle pas. « Un point, c’est tout! » », dirait Colignon.

Il faudra attendre la 14e éd. du Bon Usage (André Goosse, 2008, # 118) pour qu’on en parle. Uniquement comme préambule à la ponctuation. Et non comme signe de ponctuation, cela va sans dire.

Qu’entend-on par ponctuation?

Tout dépend, vous l’aurez deviné, de la source consultée.

M. Grevisse (Le Bon Usage, 11e éd., 1980, # 2754) la définit ainsi :

« Art d’indiquer dans le discours écrit, par le moyen de signes conventionnels, soit les pauses à faire dans la lecture, soit certaines modifications mélodiques du débit, soit certains changements de registre de la voix. »

Le blanc, n’étant pas un signe, i.e. un élément graphique, en parler aurait été inapproprié.

Claude Tournier (cité par Drillon, p. 110) aurait dit : « La ponctuation est, dans le message écrit, l’ensemble des signes qui n’ont pas de correspondant phonémique. » Autrement dit, tout ce qui ne se prononce pas fait partie de la ponctuation. Les blancs compris?… J’en doute, car le blanc n’est pas un signe.

Nina Catach (La ponctuation, PUF, Coll. Que sais-je? # 2818, Paris, 1994, p. 7-8), pour sa part, la définit d’une façon qui lui est propre. Selon elle :

L’étude de la ponctuation peut se comprendre au sens large et au sens étroit.

Au sens large, la mise en page (MEP) comportera les signes, mais aussi tous les procédés typographiques de mise en valeur du texte, marges, choix des espaces et des caractères, et au-delà agencement général des chapitres et façonnement du livre. Au sens étroit, on lui accorde en général une quinzaine d’éléments graphiques, étroitement liés au texte alphabétique.

Elle poursuit sur sa lancée :

Dans l’ordre de grandeur des segments concernés, on trouvera trois types de ponctuation :

  • La ponctuation du mot (blancs et majuscules de mots, point abréviatif, trait d’union et de division, apostrophe);
  • La ponctuation syntaxique et communicative;
  • La ponctuation du texte ou mise en page, MEP.

Le terme ponctuation a, pour elle, beaucoup plus d’extension qu’il en a pour le commun des mortels. Certains, dont je suis, diront qu’elle ratisse vraiment large. Peut-être même, un peu trop. Mais passons.

Combien y a-t-il de signes de ponctuation?

Encore là, tout dépend de la source consultée. Le NPR en donne 11; le Bon Usage  (M. Grevisse), 13; L’Art de ponctuer (B. Tanguay), 14; La ponctuation (Nini Catach), environ 15; le Traité de la ponctuation française (J. Drillon), 16;  Un point, c’est tout ! (J.-P. Colignon), 18; l’Office québécois de la langue française, 23

Aussi étonnante soit-elle,  cette grande variation s’explique par le fait que tous n’ont pas de la « ponctuation » la même vision. Rappelez-vous seulement tout ce qu’en dit Nina Catach. Selon elle, ponctuation et typographie ne feraient qu’un!

Faut-il vraiment distinguer ponctuation et typographie?

La question se pose. Mais rares sont ceux qui l’abordent. Drillon, lui, le fait dans son Traité de la ponctuation française (p. 12). Et à sa façon :

Les frontières du territoire que la ponctuation occupe depuis des siècles sont aussi mouvantes que le sens des signes qui la composent. Singulièrement, la guerre de frontière qu’elle mène avec la pure typographie n’est pas près de s’achever.

On ne sait toujours pas s’il faut appeler ponctuation une apostrophe, un trait d’union, un alinéa. Certains rangent etc. parmi les signes de ponctuation. Tout cela peut se discuter. J’ai choisi de m’en tenir aux signes habituellement reconnus comme servant à la ponctuation d’un texte écrit.

Et il poursuit :

À ceux-là j’ai ajouté l’alinéa, l’astérisque, la barre oblique et quelques autres signes secondaires.

Il s’en tient à…, dit-il, mais il en ajoute d’autres! N’est-ce pas dire une chose et son contraire?…  Voilà la preuve, s’il en fallait une, que la notion de ponctuation est plutôt élastique!

L’informatique a fait de moi un typographe…

Quand j’ai commencé à écrire, on ne m’a pas appris à séparer les mots, à mettre des blancs entre chacun d’eux. Cela allait de soi. De plus, on ne m’a jamais parlé d’espacement à mettre avant ou après un signe de ponctuation.

Adolescent, j’ai appris à écrire à la machine. Pour mes propres besoins. Encore là, on ne m’a jamais enseigné, de façon formelle, à mettre ou ne pas mettre de blanc avant tel ou tel signe de ponctuation. J’en mettais un avant le deux-points ― et là seulement  ―  non pas parce qu’on me l’a prescrit, mais parce qu’il y en avait un dans les exercices que nous devions reproduire. Je ne me suis d’ailleurs jamais demandé à l’époque pourquoi il fallait en mettre un, ni pourquoi uniquement devant ce signe de ponctuation. C’était comme ça. Et c’est ce que j’ai fait. Comme tout bon élève doit  faire.  Et ce, quelle que soit sa nationalité. Machinalement. Par mimétisme. Comme tout bon chien de Pavlov.

Puis, au début des années 1980, l’ordinateur personnel vient remplacer le dactylo. Avec tout son potentiel dans le traitement de textes. L’outil rêvé pour le traducteur que je suis devenu. Alors on attend de moi non seulement une traduction, mais aussi un travail de mise en page, car le texte soumis à mon donneur d’ouvrage par voie électronique est repris directement par l’imprimeur. ― Ne vous a-t-on jamais demandé d’écraser le texte original? ― C’est dire que je suis devenu « typographe », bien malgré moi. Et pour être à la hauteur de cette nouvelle  fonction qu’on m’impose, je dois me plier aux exigences du code typographique. Celui que se doit de respecter tout bon imprimeur.

Que prescrit donc ce code?

Pour le savoir, il m’a suffi de consulter mon Code typographique (Syndicat national des cadres et maîtrises du livre, de la presse et des industries graphiques, Paris, France, 1978).

On y passe en revue tous les signes de ponctuation. Mais rares sont ceux où il est question d’espacement. En fait, on n’aborde le sujet qu’à deux endroits :

  • # 96   Les point-virgule (;), point d’interrogation (?) et point d’exclamation (!) sont précédés d’une espace fine.
  • # 97   Le deux-points ( : ) prend, avant et après, le même espacement que les mots.

C’est dire que tout autre signe de ponctuation est collé au mot qui le précède et séparé de son suivant par une espace normale.

Le code typographique français impose donc une espace fine insécable devant tous les signes de ponctuation composés de deux éléments (point-virgule, point d’interrogation, point d’exclamation).  Tous sauf le deux-points.  Pourquoi pas lui? Pour faire la preuve que l’exception confirme la règle! Euh…

Mais il y a un hic!

Les logiciels de traitement de texte ne sont pas capables de finesse. La seule espace qu’ils permettent de faire (avec la barre d’espacement) est ce qu’on appelle une espace forte, celle qu’on retrouve entre chaque mot. Pas question de cadratin, de demi-cadratin, de quart de cadratin, etc., auxquels le typographe est  habitué. Que faire alors? Il ne reste plus qu’à trouver une solution à ce problème « existentiel »!

Que faire de cette espace « fine »?

La solution retenue n’a pas été la même partout. En France, cette espace fine a été remplacée par une espace forte. Décision tout à fait arbitraire, il faut bien le reconnaître. Comme l’est également la décision qu’a prise l’Office québécois de la langue française (OQLF) de la supprimer (Voir :  http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=2039)

Laquelle des normes faut-il respecter, la française ou la québécoise? Y en a-t-il une qui soit supérieure à l’autre? La réponse est évidemment NON, car qui dit norme, dit « ensemble de règles prescrites ». Et ce qui est prescrit ne se discute pas. J’irais jusqu’à dire que ça n’a pas à être justifié. Il suffit d’obéir. Rien de plus. C’est ce que tout Québécois fait… C’est ce que tout Français fait…

Ouvrons ici une parenthèse

Les logiciels de traitement de texte pour ordinateurs personnels se sont améliorés avec les années, mais pas autant que les logiciels professionnels d’éditique ou de mise en page.

Avec un ordinateur personnel, il est aujourd’hui possible d’écrire en plusieurs langues, même en arabe. Cela signifie que les contraintes liées à l’emploi des caractères dans chacune de ces langues seront prises en compte. On y distingue même des variantes linguistiques. Le logiciel Word me permet, par exemple, de choisir l’allemand qui se parle en  Allemagne, en Autriche, au Liechtenstein, au Luxembourg ou encore en Suisse. C’est dire que les règles de typographie ne doivent pas être exactement les mêmes pour chacune de ces variantes. En fonction de la langue choisie, votre ordinateur vous indiquera tout écart à la norme qui lui correspond.

Si, par exemple, j’écris, comme l’a fait mon correspondant, « pourquoi ne pas la garder_? », mon ordinateur ― pas le sien ― me signale immédiatement une erreur. Il y a, avant le point d’interrogation, une espace qui ne devrait pas y être. Pourquoi donc? Tout simplement, parce que j’ai choisi, parmi les langues offertes, Français (Canada) et non Français (France). Quand je tape, mon ordinateur décide, parce qu’il a été ainsi programmé, de ne pas mettre d’espace avant le point d’interrogation, le point d’exclamation ou le point-virgule. C’est la norme québécoise. Toutefois, il en mettra systématiquement une avant le deux-points, car la norme québécoise le veut ainsi.

Mon ordinateur n’est toutefois pas assez « intelligent » pour considérer cette espace « forte » comme insécable. Et vu qu’un deux-points ne doit jamais se retrouver en début de ligne ― c’est la règle ―, je dois, manuellement, faire de l’espace qui le précède une espace insécable (des clics additionnels). Cette préoccupation ne concerne que le deux-points, car, selon la norme québécoise, les points d’interrogation, d’exclamation et le point-virgule sont  collés au mot qui les précède. Si, sur mon ordinateur, je choisis comme langue d’usage  Français (France), là j’aurai plus de travail à faire, car je devrai m’assurer que  les espaces avant tous ces signes de ponctuation sont vraiment insécables (autant de clics additionnels). Ergonomiquement parlant, je préfère la norme québécoise.  Et ce, sans parti pris.

 Fermons la parenthèse

La  norme française et la francophonie

Le Québec a sa propre norme. Soit. Mais est-ce le seul pays  de la francophonie à faire bande à part? On pourrait le penser, mais tel n’est pas le cas. J’en veux pour preuve(s) ce que Jean-Pierre Colignon, chef du service de correction du journal Le Monde et auteur de plusieurs ouvrages sur la langue française, nous dit dans son ouvrage : Un point, c’est tout ! (Boréal, 1993).

Le point-virgule et la « petite typographie »

Les règles orthodoxes de la typographie exigent une espace fine devant le point-virgule, lequel doit être suivi d’une espace forte.

Avec l’avènement de la photocomposition […], cette notion d’espaces fortes, moyennes, ou fines subit, dans la réalité, quelques adaptations. En tout cas, pour l’espace qui précède.   (p. 42)

Le deux-points  et la « petite typographie »

Dans l’usage français, le deux-points est précédé et suivi d’une espace forte […].

Cet usage est respecté, généralement. Nos amis belges et suisses font plutôt rattacher le deux-points à ce qui précède, d’où ― dans leur usage ― une préférence pour une espace fine ou moyenne devant le signe, alors qu’il y aura une espace forte derrière. »   (p. 52)

Les points d’exclamation et d’interrogation et la « petite typographie »

Comme le point d’interrogation, le point d’exclamation doit, en principe, être précédé d’une espace fine et suivi d’une espace forte. Dans la réalité, si le second espacement est respecté, l’espace fine, elle, disparaît souvent, ou bien cède la place à une espace plus ou moins moyenne, en fonction des blancs à répartir dans la ligne par le photocompositeur ou par la personne qui, dans le bureau, fait la saisie du texte.  (p. 68)

Bref, l’espacement avant les différentes signes de ponctuation n’est pas, dans tous les pays francophones, celui que prescrit la norme en vigueur en France.

Que fait donc l’Union européenne (UE)?

L’Union européenne, qui compte près d’une trentaine de pays, se voit confrontée à un problème de taille pour ce qui est de ses publications en différentes langues. Elle doit respecter les règles de typographie de chacune d’elles. Mais que faire quand deux pays parlant une même langue (ex. la Belgique et la France) ne respectent pas exactement le même code typographique?

Il a fallu en arriver à un accord. Il a fallu s’entendre sur une seule et unique façon de faire. Question de simplifier le travail du service des publications de l’UE.

À l’adresse suivante (http://publications.europa.eu/code/fr/fr-360400.htm), les règles, présentées sous forme de tableau, sont précédées du court texte suivant :

Pour certains signes, les codes typographiques nationaux présentent des règles divergentes. Dans le présent ouvrage, par souci de simplification, notamment compte tenu de l’environnement multilingue des institutions, organes, agences et organismes de l’Union européenne, certains choix ont dû être effectués au profit d’une convention commune.

On y fait même la distinction entre logiciel personnel de traitement de texte (Word) et logiciel professionnel (Éditique). Personnellement je ne vois pas très bien la nécessité de la faire. Mais passons. L’accord prévoit, entre autres, les espacements suivants :

         Word                           Éditique

  •  ;              xx;_xx                   xx;xx
  •  :            xx:_xx                   xx:xx
  •  !             xx!_Xx                  xx!xx
  • ?            xx?_ Xx                 xx?xx
  • « »         xx_«xx»_xx         xx«xx»xx
  • [ ]          x_[xx]_xx             xx[xx]xx

Il n’y a donc plus aucun risque de voir, seul en début de ligne, un de ces signes, car ils doivent tous être collés au mot qui les précède. L’espace insécable n’est plus. Seule existe maintenant l’espace sécable, indiquée ici par un carré noir.

Cette nouvelle façon de faire est aussi valable que la mienne. Son seul défaut est de bousculer mes habitudes. Rien de plus.

CONCLUSION

Comme je le précisais en entrée, ce que dit mon correspondant n’est pas faux. Il n’y manque qu’un détail. Il aurait été, je crois, plus exact de dire : « C’est sans doute  » annexe », mais en français de France , le point d’interrogation… » En effet, la façon de faire en France n’est pas celle de toute la francophonie.

Il termine son commentaire par la question  « pourquoi ne pas la garder_? », question qui s’adresse à tous les francophones, moi y compris. Je répondrais : parce que cette façon de faire n’est ni meilleure ni pire qu’une autre. Il la juge bonne, parce que c’est celle à laquelle il est habitué. Moi, je suis habitué au contraire. Est-ce que cela  rend MA façon meilleure? NON.

Une convention, même typographique, reste une convention. On convient de faire une chose plutôt qu’une autre. C’est une décision arbitraire, à laquelle nous sommes contraints d’obéir si nous sommes parties prenantes.

«_Pourquoi ne pas la garder_?_ » respecte la norme française.

« _Pourquoi ne pas la garder?_ »  respecte la norme québecoise.

«Pourquoi ne pas la garder?»         respecte la norme de l’UE.

Sans doute devrons-nous, un jour ou l’autre, changer d’autres habitudes de faire. N’a-t-on pas, dans certains pays, obligé les conducteurs à rouler à droite plutôt qu’à gauche? D’ailleurs, pourquoi à droite plutôt qu’à gauche? Est-ce parce que c’est la BONNE façon de conduire. NON. C’est parce qu’on en a décidé ainsi. Et il faut se plier aux normes établies. C’est pourquoi je ne mets pas d’espace avant les points-virgules, les points d’interrogation et les points d’exclamation. Et c’est pour la même raison que mon correspondant, lui, en met une.

Il a raison, mais je n’ai pas tort.

MAURICE ROULEAU

(1)  La scriptio continua, disparue depuis fort longtemps, vient de réapparaître.  En informatique, seulement. Fort heureusement. Voyez par vous-mêmes l’absence d’espace entre les mots : http://www.nouvelleorthographe.info/; http://hypocritereader.com/38/; http://poesiacoisanenhuma.blogspot.ca/.

Le point séparateur, introduit dans la langue écrite par Aristophane et disparu voilà de cela fort longtemps, en a fait autant. Toujours en informatique. Voyez par vous-mêmes la présence de points entre les mots : http://www.ccdmd.qc.ca/http://www.btb.termiumplus.gc.ca/.  Et ce point est, à l’occasion, secondé par un trait d’union ou une barre oblique. Ex. :  http://www.academie-francaise.fr/le-dictionnaire/la-9e-edition. L’informatique s’est arrogé tous ces droits. Autrement dit, nous avons dû nous plier aux caprices de la machine.

(2)  Ceux qui trouveraient à redire sur l’emploi de « confirmable » sont invités à lire mon billet où j’aborde le problème de l’emploi d’un mot non consigné.

P-S. — Si vous désirez être informé par courriel de la publication de mon prochain billet, vous  abonner est la solution idéale.

WordPress vient apparemment de simplifier cette opération. Dans le coin inférieur droit de la page d’accès à ce billet, vous devriez noter la présence de « + SUIVRE ». En cliquant sur ce mot, une fenêtre où inscrire votre adresse courriel apparaîtra. Il ne vous reste plus alors qu’à cliquer sur « Informez-moi ». Cela fonctionne-t-il ? À vous de me le dire.

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6 commentaires pour Espacement et ponctuation

  1. Étonnamment, la dernière mouture de Microsoft Office, soit la version 2016, semble avoir sacrifié les règles typographiques du français canadien sur l’autel du français de France, puisque, même avec un ordinateur paramétré dans notre variante locale du français, Word me dit :
    « Espace avant un signe de ponctuation
    « Placez une espace devant tous les signes de ponctuation, sauf devant un point ‘.’, une virgule ‘,’ et des points de suspension ‘…’ »
    [en passant, les points de suspension correspondent à la rappe ALT + 0133]
    Et Word de me signaler un point virgule collé comme une erreur, au moyen d’un trait ondulé bleu!
    J’ai cherché en vain l’autre jour le moyen de paramétrer cela pour l’adapter à notre norme. Si quelqu’un trouve la solution, faites-le moi savoir.
    Quelle indélicatesse de la part des gens de Microsoft à l’égard des utilisateurs francophones canadiens!

    • rouleaum dit :

      Je vous remercie de me signaler ce changement. Je l’ignorais complètement.
      Il y a lieu de se demander pourquoi Microsoft a changé son fusil d’épaule. Pourquoi ce qui était à leurs yeux acceptable ne l’est plus? Aurait-on fait des pressions sur elle? Si oui, elles ne viennent certainement pas de l’OQLF.

      • Difficile à dire. Une initiative malheureuse probablement de quelqu’un de mal informé chez Microsoft ou de quelqu’un qui pensait que la manière française était nécessairement la bonne.

  2. LMMRM dit :

    Remarques rapides d’un modeste écrivant et lecteur français.
    Sujet intéressant et important, pas du tout secondaire.
    Dans certaines polices et dans certains corps, la présence d’une espace avant «;» «!» et «?» rend le texte plus lisible.
    Je militerais volontiers au nom de la lisibilité et de l’esthétique pour une espace fine après les guilles ouvrants et avant les fermants.
    Si on me demandait une solution, je proposerais de remplacer toutes les fortes insécables par des fines insécables.
    J’ai parlé de police: il y aurait beaucoup à dire sur les polices, par exemple sur celles qui font confondre au lecteur «nn» et «m», «i» capitale et «l» bas de casse, «o» capitale et «0» ou «1» (chiffre) et «l» (douzième lettre de l’alphabet). Il y a là un réel problème – qui ne date pas d’hier – dont presque aucun éditeur ne se soucie, et la police est choisie par le maquettiste ou le directeur artistique en fonction de l’esthétique et de son humeur artiste, mais pas en fonction de la lisibilité (pour ces gens de commerce, pour ces mercenaires, pour ces artistes, pour ces visuels, la forme prime le fond; le contenant, l’apparence priment le contenu, et ils tombent des nues lorsqu’on leur signale le problème).
    Enfin, si ici je colle tout (sauf les tirets) c’est que, à ma connaissance, je ne peux faire d’insécables ( ) dans mes commentaires – et c’est grand dommage.

  3. LMMRM dit :

    Mes trois ou quatre rectifications n’ont pas été publiées.
    Entre autres celle-ci : pour «o» capitale et «0», lisez «o» capitale et «0» (zéro). Je ne citerai pas les autres craignant qu’elles ne soient pas plus publiées.

    • rouleaum dit :

      Vous avez tout à fait raison de dire que je n’ai pas publié vos « rectifications ». Soit dit en passant, si vous m’en avez envoyé 3 ou 4, je n’en ai reçu que 2.

      Si je ne les ai pas publiées, c’est que je n’en saisissais pas la raison d’être. Même après relecture. Je me suis alors dit, peut-être à tort, que, si je n’y comprenais rien, il y avait fort à parier que je ne serais pas le seul.

      Je n’ai pas d’autre excuse.

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