-Âtre  ou  -Atre  (3 de 4)

Ce psychiATRE opiniÂTRE qui se disait idolÂTRE

3

Dans les deux précédents billets (http://wp.me/p18WCN-m8 et http://wp.me/p18WCN-mm), nous avons cherché à savoir d’où les  mots psychiatre et idolâtre tirent leur sens et pourquoi seul le second prend un accent. Nous avons vu qu’en décomposant ces mots en leurs éléments de formation (i.e. à partir de leur étymologie), tout devient clair. À la condition toutefois de connaître le grec! Nous avons également vu qu’en dépit des apparences leur deuxième (ou second)  élément de formation n’est pas le même. Dans psychiatre, c’est –iatre; dans idolâtre, c’est lâtre. Dans le premier mot, l’absence d’accent va de soi; dans le second, sa présence est problématique, voire (ou voire même) inexplicable.

Il nous reste à examiner opiniâtre, le troisième et dernier mot en –atre du titre. À  voir ce qu’il en est de sa graphie et de son sens.

3-   OPINIÂTRE

Pourquoi faut-il le coiffer d’un accent circonflexe?

Le NPR nous le dit à mots cachés. Ce terme vient de oppiniastre (1431)! (1) Cette graphie a dû, pour en arriver à celle qu’on lui connaît aujourd’hui, subir deux « excisions » : celle d’un p et celle de son s. La perte d’un p se serait produite avant 1606, car, dans son Thresor de la langue françoyse, tant ancienne que moderne, Nicot l’écrivait déjà opiniastre (avec un seul p). Il faudra attendre quelque 150 ans pour assister à la deuxième (ou seconde) modification : la disparition de son s. En effet, opiniâtre, ainsi écrit, est apparu pour la première fois dans le dictionnaire de l’Académie (DAF, 4e éd.) en 1762. Cette disparition est rappelée à l’attention de tous par l’ajout d’un accent circonflexe. Quelle délicatesse de la part des régents! Cette façon de faire est courante, mais pas systématique. Par ex., selon le NPR, atelier viendrait de astelier! (2) Sans accent. Et desjeuner s’est changé en déjeuner! Avec un accent non pas circonflexe mais aigu.

            Opiniâtre n’est pas le seul mot à avoir eu, dans le passé, la finale astre. Si l’on fouille le moindrement dans les Dictionnaires d’autrefois, on trouvera non seulement acariastre, emplastre, albastre, douceastre, folastre, marastre, palastre, parastre, mais aussi noirastre, bleuastre, jaunastre, rougeastre, verdastre, olivastre, grisastre. C’est à se demander si tous les mots  en –âtre d’aujourd’hui n’ont pas connu une première vie en –astre. Vous pouvez toujours vous poser la question, mais n’allez pas croire que c’est vrai.

L’accent circonflexe sur opiniâtre ― et sur certains d’autres ― se justifie donc sans peine : son suffixe d’antan, –astre, a perdu son s, qu’on a remplacé par l’accent. Soit. Mais qu’en est-il de son sens?…

Quelle nuance ajoute donc ce suffixe astre? Je n’ai pu trouver d’ouvrage qui en précise le sens. Il ne me reste alors qu’à examiner les définitions que l’on donne aux différents termes ainsi suffixés et espérer y déceler une valeur commune.

En 1694 (DAF, 1ère éd.), opiniastre signifiait : « Qui s’attache trop fortement à son opinion, à sa volonté. Obstiné. »; acariastre : « Qui est d’une humeur fascheuse, opiniastre & criarde »; et douceastre : « Qui est d’une douceur fade ». On y décèle déjà une nuance péjorative, nuance qui, soit dit en passant, est toujours de rigueur. On pourrait être tentés de conclure que ce suffixe est péjoratif. Mais ne concluons pas trop rapidement. Jetons d’abord un coup d’œil aux autres mots en –astre. Ils ont peut-être quelque chose d’autre à nous apprendre.

Les adjectifs de couleur, par exemple, étaient tous anciennement définis de la même façon : « qui tire sur le… ». Sans plus. Il n’y avait donc rien de péjoratif à dire qu’une chose était noirastre, bleuastre ou jaunastre…! Pour ce qui est des autres mots (ex. palastre, parastre, marastre, albastre, emplastre et folastre), rien dans leur définition n’indique qu’ils véhiculaient une nuance péjorative. Leur en attribuer une, c’est faire d’un emploi particulier une règle générale. Ce qui d’un point de vue logique est discutable, pour ne pas dire inacceptable.

Qu’en est-il de nos jours?

Le dictionnaire de langue, que ce soit le NPRobert ou le Larousse, nous dit que opiniâtre vient du latin opinio opinion. Sans plus. ― Rien de très révélateur, vous en conviendrez. J’y vois plus de la tautologie que de l’étymologie. Mais passons! ― Impossible donc de connaître, à partir de l’information fournie, le sens que ce suffixe confère au radical. Le dictionnaire ignore totalement son second élément de formation, -âtre. Comme s’il n’avait aucune importance!… Nous avons pourtant vu le rôle essentiel que joue cet élément dans psychiatre (iatros = médecin) et dans idolâtre (latreuin = adorer). Mais dans le cas d’opiniâtre, absolument rien. Il est alors bien tentant, étant donné la signification du mot, d’en faire un suffixe péjoratif. Tentation à laquelle certains ne peuvent résister. Moi, oui, déformation professionnelle oblige. Je ne tire jamais de conclusion à partir d’une seule occurrence. Il m’en faut plus. Beaucoup plus.

Quelle nuance pourrait donc ajouter ce suffixe?

Difficile à dire, car, contrairement à iatre et à lâtre, le suffixe âtre ne figure pas dans la nomenclature du NPR. ― Le Larousse, lui, conséquent, n’en inclut aucun. ―  C’est peut-être la raison pour laquelle le NPR n’en fait jamais mention dans l’étymologie des mots ainsi suffixés. Il ne voudrait pas renvoyer son lecteur à une entrée qui n’existe pas. Qui sait?

Si l’on recule dans le temps, on finit par trouver un dictionnaire qui l’inclut : le Littré (1872-1877). À l’entrée âtre, on lit : « Désinence minorative [i.e. qui diminue] ou affaiblissante, comme dans blanchâtre, verdâtre (3) […]. » Il s’agit donc, selon lui, d’un suffixe diminutif ou atténuatif. On dira blanchâtre, par exemple, quand la couleur tire sur le blanc; quand ce n’est pas tout à fait blanc; quand c’est moins blanc que blanc. Clair, n’est-ce pas?… OUI, mais… en apparence seulement.

Littré ne s’est certainement pas demandé si le sens qu’il attribuait à ce suffixe s’appliquait à d’autres mots qu’aux adjectifs de couleur. S’il l’avait fait, il aurait constaté que cela n’allait pas. À tout le moins dans le cas de opiniâtre, qu’il définit lui-même de la façon suivante : « Fortement attaché à son opinion, à sa volonté ». Fortement est incompatible avec l’idée d’une diminution, d’une atténuation. Littré aurait fait la même constatation en relisant la définition qu’il donnait de folâtre : « Qui aime à faire gaiement de petites folies ». Aimer à plaisanter n’a rien que je sache qui soit minoratif ou affaiblissant. Alors… Littré se serait-il fourvoyé? Qui sait? Mais il y a pire…

Aux entrées blanchâtre et verdâtre, adjectifs que lui-même cite à l’appui de sa définition du suffixe –âtre, Littré nous prend par surprise. La valeur qu’il attribue alors  étymologiquement à ce suffixe n’est plus minorative ni affaiblissante. Elle est devenue péjorative! Et quand on voit comment il définit péjoratif, il ne nous est pas permis de penser qu’il recourt à un synonyme. Voyez par vous-mêmes ce qu’il en dit : « Terme de grammaire. Qui ravale le sens, qui se prend en mauvaise part. Mot péjoratif. Épithète péjorative. Finale péjorative, finale qui donne au mot une idée de dénigrement. » Si tel est vraiment le cas, comment expliquer que Littré définisse, de façon neutre, ces deux adjectifs? Il dit de blanchâtre : « dont la couleur tire sur le blanc » et de verdâtre : « qui tire sur le vert ». Rien de plus.

Ça, c’était du temps de Littré. Mais de nos jours, la situation est-elle différente?

À peine…, pourrait-on dire.

  • Il est vrai que le NPR ne donne qu’une valeur neutre à divers adjectifs de couleur [rougeâtre, bleuâtre, grisâtre, brunâtre, noirâtre, olivâtre, roussâtre, violâtre]. On dit de chacun d’eux « qui tire sur… ». Sans plus. Il n’y a là, de toute évidence, rien de péjoratif.
  • Comme cela est souvent le cas en français, il y a des cas particuliers. Je pense à rosâtre (« Qui est d’un rose sale, peu franc ») ou encore à beigeâtre (« D’un vilain beige »). Dire qu’une chose est rosâtre ou beigeâtre ne peut être que dépréciatif, que péjoratif. On ne qualifie pas de sale ni de vilain ce qu’on apprécie. Qu’ont donc de particulier ces deux adjectifs pour qu’on leur confère une telle nuance?…
  • Il y a même des adjectifs qui se voient attribuer une double valeur : neutre et péjorative. C’est le cas de jaunâtre [Qui tire sur le jaune (neutre), d’un jaune terne (péj.)] » ou encore de verdâtre [Qui tire sur le vert (neutre), est d’un vert un peu sale et trouble (péj.)]. Comment un terme peut-il être à la fois neutre et péjoratif?… Je me le demande.

Cette  différence de nuance entre les adjectifs de couleur reflète-t-elle vraiment l’USAGE? N’utiliserait-on un adjectif à valeur neutre qu’en contexte neutre? Un adjectif à valeur péjorative qu’en contexte péjoratif?…  J’en doute fort.

Prenons comme exemple blanchâtre, défini uniquement par « qui tire sur le blanc ». Dans sizerin blanchâtre [nom courant, ou vernaculaire, du Carduelis hornemanni, oiseau de l’ordre des Passériformes], l’adjectif ne nous dit rien d’autre que  « sa couleur tire sur le blanc ». Par contre, dans cet enfant a la langue blanchâtre [caractéristique du muguet (4)], l’adjectif indique non seulement un état de fait (sa couleur tire effectivement sur le blanc), mais aussi un écart à la norme (une langue saine n’est pas blanchâtre; elle est naturellement rougeâtre). C’est dire que l’on peut utiliser cet adjectif pour décrire quelque chose dont la couleur tire naturellement sur le blanc ou encore quelque chose dont la couleur tire accidentellement sur le blanc. Cette nuance, exprimée ici par des adverbes, ne figure pas dans l’acception de blanchâtre. Et pour cause, car ce qu’il y a d’essentiel, c’est que « la couleur tire sur le blanc. » Que ce soit naturellement ou accidentellement.

Ouvrons ici une parenthèse.

Pour parler comme un philosophe que je ne suis pas, il faut savoir distinguer l’essence (ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est) et l’accident (ce qui peut varier sans pour autant altérer la nature de la chose). Si l’on applique cette distinction à la définition d’un terme, force est d’admettre que seuls les traits distinctifs (ceux qui permettent de distinguer une chose d’une autre) doivent figurer dans l’acception du mot. C’est du moins ce qu’on m’a appris. Il serait inapproprié, par exemple, de définir cheval de la double façon suivante : « Mammifère herbivore de grande taille, à un seul doigt par membre…; Mammifère herbivore de grande taille, à un seul doigt par membre… dont la robe est d’un brun rougeâtre ». Et ce, pour une raison fort simple : le fait d’avoir une robe alezane (brun rougeâtre) n’est pas ce qui fait qu’un cheval est un cheval. C’est, pour parler en philosophe, un simple accident. La définition du terme ne devrait pas en tenir compte. Et de fait, elle n’en tient pas compte. Blanchâtre, par ex., ne signifie rien d’autre que « dont la couleur tire sur le blanc », car quelque chose peut être blanchâtre par nature ou par accident. Tout dépend de son contexte d’utilisation. Aussi simple que cela puisse paraître, nous verrons qu’aux yeux des lexicographes, il n’en est pas toujours de même.

Fermons la parenthèse.

Dire du « blé d’hiver commun » qu’il porte des épis jaunâtres, c’est dire que leur couleur « tire sur le jaune », que c’est leur couleur naturelle. Rien de plus. Par contre, dire sa chemise a un col jaunâtre, c’est dire plus que « sa couleur tire sur le jaune ». C’est dire qu’il ne devrait pas être de cette couleur; qu’il devrait plutôt être blanc. C’est « par accident » qu’il est jaunâtre. La nuance qu’apporte le suffixe -âtre à cet adjectif dépend donc de son contexte d’utilisation : neutre dans épis jaunâtres, mais dépréciative, péjorative dans col jaunâtre.

Comment expliquer alors que le dictionnaire confère à jaunâtre les deux valeurs? Pourquoi ne pas avoir fait comme pour blanchâtre, qui peut, lui aussi, à l’occasion, « accidentellement » pourrait-on dire, être utilisé dans un contexte négatif, dépréciatif, sans que cette nuance fasse partie de son acception? Mystère et boule de gomme. Le second membre de la définition de jaunâtre, à savoir « qui est d’un jaune terne » me semble déplacé, car il rend compte non pas d’un trait « essentiel », mais bel et bien d’un trait « accidentel ».

On pourrait en dire autant de bleuâtre. Dans « L’individu malade peut même avoir les lèvres bleuâtres » ou encore ― pour ceux qui ne jurent que par de bons auteurs ― dans « Enfin, cette espèce d’idole japonaise conservait sur ses lèvres bleuâtres un rire fixe et arrêté, un rire implacable et goguenard, comme celui d’une tête de mort. » (Balzac, Sarrasine, 1831), l’adjectif bleuâtre fait référence à une situation hors norme, « accidentelle »; les lèvres ne sont naturellement pas bleuâtres. Par contre, dans la fumée bleuâtre d’une cigarette (NPR) ou encore la flamme bleuâtre dans le foyer (Larousse), l’adjectif fait référence à la couleur naturelle de la fumée ou de la flamme. Le contexte est ici neutre et non péjoratif. Et le NPR ne le définit, et avec raison, que de façon neutre : « qui tire sur le bleu ».

On pourrait sans doute en faire autant avec les autres adjectifs de couleur. Par exemple, dans Les lueurs mourantes des feux qui s’éteignaient peu à peu jetaient sur ce tableau des reflets rougeâtres […]. — (Gustave AimardLes Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858) ou encore dans D’où venaient-ils, tous, avec leurs fins visages olivâtres, leurs grands yeux noirs ou bruns, leur souplesse de félins en chasse? — (Pierre-Henri SimonCelle qui est née un dimanche, 1952), les adjectifs rougeâtre et olivâtre ne font rien d’autre que préciser la couleur qu’ont les reflets et les visages.

Autrement dit, le suffixe âtre ne confère pas, par définition, aux divers adjectifs de couleur, une valeur péjorative, comme on l’entend dire parfois (Visionner ICI la capsule vidéo). Et encore moins, à quelques-uns seulement, comme le font le NPR, et le Larousse.

Adjectifs en –âtre autres que les adjectifs de couleur

Quelle nuance ce suffixe confère-t-il aux autres adjectifs? Réponse : Un peu de tout. Dans saumâtre, il lui confère, au sens propre, une valeur neutre (qui a un goût salé)  et, au sens figuré,  une valeur péjorative (amer, désagréable). Dans acariâtre, opiniâtre, douceâtre, il ne leur donne, nous l’avons vu, qu’une valeur péjorative. Dans le cas de folâtre, la valeur est neutre! Il y en a donc pour tous les goûts. Difficile dans de telles circonstances d’attribuer à ce suffixe une valeur précise, une valeur qui puisse être attribuée à tous les adjectifs ainsi suffixés.

Qu’en est-il alors des substantifs en –âtre? Est-ce aussi aléatoire que dans le cas des adjectifs? Eh bien, oui!  Par définition, bellâtre est péjoratif; écolâtre et palâtre ne le sont pas; marâtre et parâtre le sont devenus. Allez y comprendre quelque chose…

Si ces deux derniers mots le sont devenus, c’est qu’ils ne l’étaient pas au départ. Autrement dit, quand on a créé ces mots par suffixation, on ne leur attribuait aucune connotation péjorative. Même si certains le prétendent. D’ailleurs Littré le reconnaît expressément. Dans son dictionnaire, il dit que marâtre vient :

du bas-latin matrastra, de mater, mère, avec la terminaison aster, astra, qui indique seulement que la chose ou la personne n’a pas son caractère propre, est un diminutif de la chose ou personne ; aussi marastre n’a-t-il signifié primitivement que belle-mère, un diminutif de mère. On disait de même : parastre, fillastre.

On ne peut être plus clair : le suffixe –aster ― qui deviendra –âtre ― n’ajoute rien de péjoratif au radical, c’est un suffixe di-mi-nu-tif. Point, à la ligne. Si, comme nous le dit Littré, il en est de même de parastre et de fillastre, comment expliquer qu’il dise que parâtre vient de «  Père, avec la finale péjorative astre » et que fillâtre (5), vient « du latin filiaster, dérivé de filius, fils, avec le suffixe péjoratif aster »? Ce suffixe, il est diminutif ou péjoratif? Dois-je croire ce que Littré dit de marâtre ou ce qu’il dit de parâtre et de fillâtre? Je ne devrais pas avoir le choix, il me semble…

Le suffixe aster (devenu en français –astre, puis –âtre) est-il vraiment péjoratif?

C’est ce que dit Littré, mais tous ne partagent pas son point de vue. Voici ce qu’en dit François Thomas dans son article intitulé « Le suffixe latin aster / astrum »,  publié, en 1940, dans la Revue des études anciennes : 

Mais si on considère tous les emplois de la formation [i.e. mots formés du suffixe –aster], cette valeur péjorative ne paraît pas représenter le sens fondamental. À cette égard, il serait plus exact de dire que le suffixe aster / astrum indiquait l’être, l’objet, l’état proche d’un autre pris pour type et qui paraissent en être l’image ou la variante, sans que cela comporte nécessairement un blâme, du mépris ou une critique. (p. 521) […]  Les mots en –aster / –astrum ne sont donc ni des diminutifs ni des péjoratifs, mais des « approximatifs ». (p. 522)

Y a-t-il lieu de s’étonner qu’encore aujourd’hui on donne à ce suffixe une valeur tantôt péjorative, tantôt neutre? Qu’on ne s’entende pas sur le sens à attribuer à ce suffixe? NON. On ne fait que reproduire ce que d’autres lexicographes, comme Littré, ont fait dans le passé : dire à un endroit ce qu’on dédit ailleurs.

Jusqu’à présent, nous avons considéré la finale âtre ou atre comme suffixe. Mais il y a une autre question à laquelle je n’ai pas encore répondu et qui pourrait peut-être nous faire voir le problème sous un angle différent. Cette  question est la suivante :

La finale âtre ou atre ne pourrait-elle pas être autre chose qu’un suffixe?

Question fort pertinente que j’aborderai dans le prochain et dernier billet portant sur ce sujet.

À SUIVRE

 Maurice Rouleau

 REM. : Si, en cliquant sur un hyperlien, vous recevez un message d’erreur,

n’hésitez pas à m’en informer à l’adresse suivante : rouleaumaurice@videotron.ca.

 

(1)   En 1431, ce mot s’écrivait, nous dit le NPR, avec deux p? Je n’ai toutefois pas pu le vérifier. Dans l’ouvrage monumental (8 tomes) de F. Godefroy (Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle), nulle part il n’est fait mention de ce mot, ainsi orthographié. Pas plus d’ailleurs que doulcastre, qui serait l’ancêtre, toujours selon le NPR, de l’actuel douceâtre/douçâtre.

L’adjectif correspondant aux noms (opiniastrerie, opinastrie, opiniastrise) qu’on y trouve, au sens de : « obstiné dans son opinion », est opiniatif . En 1606, cet adjectif est disparu pour faire place à opiniastre. Pourquoi a-t-il changé?

(2)   En 1606, Nicot  l’écrivait attelier! Et l’Académie française en a fait autant jusqu’en 1762, année où elle a décidé de lui enlever un t . J’aimerais rappeler ici ce qu’en disait Féraud, en 1787 :

[ils] « écrivent Attelier avec deux t. — Il n’est pas aisé de deviner la raison pourquoi l’Académie écrit attelageatteler avec 2 t, et atelier avec un seul. — Pour le Rich. Port.la raison est toute trouvée, c’est que l’Acad. l’a mis ainsi. Nous ne demandons pas mieux que de les imiter, et nous le ferions plus volontiers s’ils avaient fait main basse sur [i.e. enlever] ce double t. »

C’est donc dire que le manque de cohérence des Académiciens est connu depuis fort longtemps.

(3)   Pourquoi faut-il écrire verDâtre pour indiquer que la couleur « tire sur le verT »? Est-ce le T qui est devenu un D ou l’inverse?… Voyons voir. De tous les mots du NPR qui ont un rapport avec cette couleur, un seul s’écrit avec un T, c’est vert; les 12 autres s’écrivent avec un D (ex. verdoyant, verdir, verdier, verdeur, etc.). C’est donc Vert qui fait figure d’exception. Ce que confirme d’ailleurs l’étymologie que l’on en donne : vert vient du «  du latin viridis ». L’adjectif français qui en dérive aurait donc dû être verD. Et il le fut. C’est ainsi qu’on l’écrivait en 1606 : « estre verd ou verdoyant ». Et au féminin verde : « L’oiseau que les Français nomment Verdier n’est pas de couleur verde  [Dictionnaire étymologique de la langue françoise, de Gilles Ménage]

C’est en 1694 que ce changement du D en T commence à s’opérer. Au féminin d’abord. Voici comment l’Académie (DAF, 1ère éd.) présente cet adjectif, qu’elle considérait être à l’époque un adverbe (!) : « VERD[v]erte. adv. La pluspart escrivent Vert. Qui est de la couleur des herbes, des feüilles d’arbre. Drap verd. satin verd. sur l’herbe verte. »

(4)   Muguet : Inflammation de la muqueuse de la bouche et du pharynx sous forme d’érosions recouvertes d’un enduit blanchâtre, due à une levure (NPR).

(5)    Du IXe au  XVe siècle, la graphie de ce mot a connu plusieurs variantes : fillastre, filastre, filiastre, filliastre, filatre, fillaitre, filaitre, filatre, avec le sens de « beau-fils, gendre ».

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