Romanisation, translittération, transcription (2 de 2)

Ne pas confondre Pyeongchang et Pyongyang

(2)

 

Vous vous en rappelez sans doute, c’est la présence du e dans PyeongChang et son absence dans Pyongyang qui m’ont amené à m’intéresser aux phénomènes de romanisation,  (de) translittération et (de) transcription.  Je ne comprenais pas – et ne comprends toujours pas à ce jour, mais ne désespère pas d’y parvenir bientôt – que deux noms qui, en coréen, commencent par le même caractère ( et  ) n’en fassent pas autant en français; qu’un seul des deux s’écrive avec un e.

Nous avons vu, dans le précédent billet,  qu’en linguistique l’opération qui consiste à substituer, à chaque phonème [ou son d’une langue], un ou plus d’un graphème [ou lettre] d’une langue appartenant à un autre système d’écriture s’appelle transcription. Ou dit plus simplement : l’action de noter les mots d’une langue (en coréen, ici) dans une autre qui utilise un alphabet différent (en français, dans le cas présent).

Nous avons également vu que le résultat de cette opération varie selon la langue cible (i.e. celle dans laquelle un mot est transcrit). S’il en est ainsi, c’est qu’un phonème (ou son) ne correspond pas nécessairement au même graphème (ou lettre) dans toutes les langues. L’exemple que j’ai utilisé devrait vous en avoir convaincu. Rappelez-vous : Горбачёв est devenu Gorbatchev en français; Gorbachev, en anglais; Gorbachov, en espagnol; Gorbatschow, en allemand. Toutes ces graphies se veulent une transcription du nom de famille Горбачёв, qui, en russe, se prononce Gorbatchiov (Écouter). Autrement dit, une transcription est affaire de prononciation. Par définition même, pourrait-on dire. Alors pourquoi parler de transcription phonétique? Ne serait-ce pas redondant, pléonastique? J’ai presque envie de le croire. Mais passons!

Fort de ces connaissances, me voilà confronté à un nouveau problème : en quelle langue les mots Pyeongchang-gun et Pyongyang sont-ils la transcription de 군 et de respectivement? En supposant que ce soient des transcriptions, au sens linguistique du terme. Comme il n’en est jamais fait mention, j’en suis réduit à spéculer.

  • Ou bien, ces deux noms coréens se prononcent de la même façon quelle que soit la langue cible.       Si tel est bien le cas, le besoin de préciser en quelle langue la transcription a été faite n’a plus aucune importance. Mais cela est-il possible? Certainement. Rappelez-vous les deux premières syllabes de Горбачёв, qui se transcrivent Gorba…, que ce soit en français, en anglais, en espagnol ou en allemand. Il pourrait fort bien en être de même des deux mots coréens en question. Qui sait?
  • Ou bien, on attribue à transcription un sens différent de celui que la linguistique lui donne (voir ICI ).       Mais lequel? Celui que son utilisateur croit être le bon? Cela revient à dire qu’il y aurait transcription et transcription (e. toutes les transcriptions ne seraient pas identiques).

Reste à savoir ce qu’il en est vraiment.

Étant donné que le système le plus utilisé pour effectuer la transcription du coréen a été élaboré, en 1937, par deux Américains, George M. McCune and Edwin O. Reischauer, il est normal de penser qu’ils ont fait appel à des caractères romains dont la prononciation dans leur propre langue rappelle celle des caractères coréens. C’est du moins ce que voudrait la théorie. Mais est-ce bien le cas? Je ne saurais dire pour le moment.

Ce qui vient compliquer encore plus la « donne », c’est qu’on utilise actuellement, en Corée du Nord, une variante, sans apostrophes ni diacritiques, du système McCune-Reischauer (McC-R) . Et en Corée du Sud, une autre variante du même système, elle aussi sans apostrophes ni diacritiques, mais différente de celle du Nord.

Il ne faut pas être grand dialecticien devant l’Éternel pour conclure que le système élaboré en 1937 par ces deux Américains comportait obligatoirement des apostrophes et des diacritiques. (Voir ICI.) Et c’est là que rien ne va plus. Je m’explique.

Selon ces deux Américains, la forme romanisée de 군 était P’yŏngch’ang-gun; celle de 양 était P’yŏngyang. Remarquez : le premier caractère de ces deux mots coréens est transcrit de la même façon, à savoir P’yŏng.  Rien de plus normal, pourrait-on dire. Il faut savoir qu’à l’époque où ces deux Américains ont élaboré leur système, i.e. en 1937, la péninsule coréenne ne formait qu’un seul et même pays, la Corée. Ce détail historique prendra toute son importance plus loin dans le texte.

À voir ces formes, je ne peux que me demander ce que viennent y faire les apostrophes et les diacritiques. Que je sache, l’apostrophe, en anglais – ou si vous préférez, en américain – a non seulement un emploi très limité, mais surtout un emploi qui n’a rien à voir avec la prononciation, même si, en phonétique, transcription et prononciation vont comme « cul et chemise », i.e. qu’ils sont intimement liés. En anglais, l’apostrophe sert à indiquer l’omission d’au moins une lettre (it is → its; you will stop whining → youll stop whining) ou encore à marquer la possession, prise au sens large (my friends mother; a birds nest; Emys promotion). Soit. Mais en quoi ces apostrophes aident-elles un Américain à prononcer correctement ces deux mots coréens romanisés? Euh…! Et le signe diacritique sur le o? Et rebelote, diraient certains! Cette lettre ainsi accentuée (ŏ) n’existe même pas en anglais! Et cela, c’est sans parler de la dernière syllabe, -gun, qu’un Américain aura sans doute tendance à prononcer comme dans handgun (écoutez →play). Mais en coréen, cette syllabe se prononce-t-elle [gone] ou [goune]? Et dans les autres langues utilisant des caractères romains?… Je ne saurais dire. Pourtant, ces formes se veulent une transcription phonétique! C’est du moins ce qu’on dit. Rappelez-vous : « La  romanisation McCune-Reischauer est l’un des deux systèmes de transcription phonétique du coréen les plus couramment utilisés (l’autre étant la romanisation révisée) ». Clairement, il y a là quelque chose qui m’échappe.

L’usage « particulier » que ces deux Américains font de l’apostrophe (on peut en dire autant des diacritiques) me rappelle celui que l’on voit dans les transcriptions phonétiques en français. Par exemple, comparez la transcription phonétique de hache [] et de haine [ɛn] (présence d’une apostrophe en début de mot) à celle de halogène [alɔʒɛn] et de haltère [altɛʀ] (absence d’une apostrophe en début de mot). L’apostrophe, qui, pour le commun des mortels, indique l’élision d’une voyelle (comme dans la amourlamour; si il y asil y a), s’est vu attribuer, en phonétique, une fonction « particulière ». Si elle précède la lettre H, comme dans hache et haine, elle indique que ce h est aspiré. Il faut donc dire la hache, et non lhache, la haine et non lhaine;  mais il faut dire lhaltère et non la haltère, lhalogène et non le halogène, car, dans ces cas-là, le h est muet. Savoir si ce H initial est muet ou aspiré relève parfois de la pure fantaisie (1). Mais passons. Si l’apostrophe précède une autre lettre (le o par exemple, comme dans onze [ɔ̃z]), elle indique qu’il ne faut faire ni liaison avec le mot précédent (on prononce donc séparément les onze participants) ni élision (on ne dit pas l’onze du mois de mai, mais bien le onze du mois de mai).

L’usage, en phonétique, de lettres et de signes diacritiques particuliers date de la fin du XIXe siècle, quand on a créé l’Alphabet Phonétique International, ou API (en anglais IPA).

Ouvrons ici une parenthèse.

En 1886, à Paris, quelques professeurs de linguistique, qui ont un intérêt commun :  apprendre aux jeunes à prononcer correctement les mots de langues étrangères, se regroupent en une association qu’ils baptisent Dhi Fonètik Tîcerz’ Asóciécon, (lire : The Phonetic Teachers Association). En 1889, ils changent le nom de leur association pour celui de Association phonétique des professeurs de langues vivantes. Finalement, en 1897, ce groupe prend le nom sous lequel il est actuellement connu, celui de Association phonétique internationale.

Ces professeurs cherchent à élaborer un ensemble de symboles qui permettrait de montrer toutes les articulations utilisées dans les différentes langues parlées, chaque langue ayant son propre ensemble. Ils ne tardent pas à se rendre compte que l’idéal serait qu’il n’y ait qu’un seul symbole utilisé pour un même son rencontré dans toutes les langues [la question de la langue cible ne se poserait même pas] : « un seul signe pour un seul son; un seul son pour un seul signe ». C’est ainsi qu’est né, en 1888, l’Alphabet phonétique international. Ce dernier, qui est, par définition, un système « universel », a subi au cours des ans de légères modifications. ces dernières étant décidées par l’Association et non par un quelconque pays. Sa dernière révision, qui date de 2005, comprendrait 107 lettres, 52 signes diacritiques et 4 caractères de prosodie. »

Pour noter les sons particuliers à la langue française, on ne recourt qu’à 36 de ces symboles phonétiques − 16 pour les voyelles, 17 pour les consonnes et 3 pour les semi-voyelles (aussi appelées semi-consonnes) −, plus quelques autres, dont la fameuse apostrophe [] pour marquer l’absence de liaison et d’élision. Si un dictionnaire fournit la transcription phonétique de chacun de ses mots-vedettes, comme cela est le cas du Robert, l’ensemble des symboles utilisés se trouve généralement présenté dans les pages liminaires. (Voir ICI.)

Étant donné que chaque symbole (ou signe) correspond à un seul son, et chaque son à un seul symbole, les différentes graphies d’un même son ne se distingueront pas à l’écrit. C’est ainsi que le son è, que l’on rencontre dans bête [bɛt], balai [balɛ], ballet [balɛ], mère [mɛʀ], ne sera rendu en API que par un seul signe, à savoir [ɛ]. Autrement dit, la transcription phonétique d’un mot ne fait qu’indiquer comment prononcer ce mot et non pas comment l’écrire. Distinction qu’il faut impérativement garder à l’esprit. On ne la dit pas phonétique pour rien.

Ce système, fort utile aux phonéticiens, n’est malheureusement pas d’un très grand secours au commun des mortels. En effet, savoir lire correctement des mots ainsi transcrits (par ex. [ʀakɔʀ], [bɑ̃bɔʃe] ou encore [byldɔzɛʀ]) n’est pas à la portée de tous. C’est pourtant la transcription phonétique « officielle » des mots raccord, bambocher et bulldozer.

Comme nous l’avons déjà dit, la transcription phonétique d’un mot sert à apprendre comment prononcer un mot, et à rien d’autre. Surtout pas comment l’écrire. Je n’insisterai jamais assez sur ce point.

Une transcription phonétique permet donc à tout francophone de valider sa prononciation d’un mot de langue étrangère. Je pense à bulldozer dont la transcription phonétique est double : [byldɔzɛʀ] ou [buldozœʀ] ou encore à celle de blazer [blazɛʀ; blazœʀ]. – Quand je dis prononcer « correctement », j’entends « comme on le prononce en France ». –  Et les mots d’origine étrangère, ce n’est pas ce qui manque. Pensez seulement à leitmotiv (mot allemand), breakfast (mot anglais), abénakis (graphie courante au Québec de ce mot algonquin), aggiornamento (mot italien), burnous (mot arabe), bakchich (mot turc), aficionado (mot espagnol), amazigh (mot berbère), barzoï (mot russe), etc., autant de mots que l’on retrouve dans le Petit Robert. La transcription phonétique permet à ce même francophone de savoir comment prononcer un mot français qui ne fait même pas partie de son vocabulaire passif. Par exemple, pour ne pas passer pour un métèque, comment devrais-je prononcer laguiole, mot que j’ignorais jusqu’à tout récemment? C’est là que la transcription phonétique vient à mon secours. C’est [lajɔl], nous dit Le Petit Robert. Euh…!  Écrit de façon à ce que tout un chacun puisse le prononcer correctement sans avoir suivi au préalable un cours de phonétique, ça donne : « laïole ». Ah bon!… J’avoue que je n’y serais jamais arrivé seul! C’est donc dire que la transcription phonétique est fort utile (à condition toutefois de savoir la lire). Elle permet également de savoir si une même syllabe partagée par deux mots se prononce ou pas la même façon. Sans transcription phonétique, il me serait impossible de savoir que la première syllabe de benji [bɛnʒi] (de l’américain bungie) se prononce différemment de celle de bengali [bɛ̃gali] (mot hindi). Du moins en France.

Fermons ici la parenthèse.

 Revenons donc à P’yŏngch’ang-gun et P’yŏngyang, qui sont respectivement, du moins à ce qu’on en dit, les transcriptions phonétiques de 군 et de . Étant donné la présence d’apostrophes et de diacritiques, se pourrait-il que ces formes romanisées résultent de l’utilisation de l’API (alphabet phonétique international), c’est-à-dire qu’elles soient vraiment des « transcriptions phonétiques », au sens que la linguistique accorde à ce terme? Cette hypothèse mérite toute notre attention. D’autant plus qu’avec ce système de transcription, qui est universel (i.e. qui s’applique à toutes les langues parlées), il est inutile de préciser quelle est la langue cible.  C’est peut-être la réponse à une des questions que je me posais.

Si, en 1937, ces formes étaient réellement ce qu’elles prétendent être, i.e. des transcriptions phonétiques, pourquoi leur a-t-on, plus tard, enlevé les apostrophes et les diacritiques? Serait-ce que leur prononciation a changé au point que le recours à ces signes n’a plus sa raison d’être? La chose est possible, mais est-ce vraiment l’explication? Car, si tel n’est pas le cas, on appellerait transcription phonétique quelque chose qui n’a rien à voir avec la phonétique. Il s’agirait plutôt d’une simple « romanisation » de mots coréens – et de rien d’autre –, romanisation signifiant « Transcription en caractères latins d’une langue écrite différemment » (Petit Robert dixit). – Serait-ce la raison pour laquelle, en Corée du Sud, on parle de romanisation révisée? Je n’en serais pas surpris.

Y aurait-il confusion dans les termes? On pourrait le croire. Il arrive qu’un terme de spécialité subisse un glissement de sens, une fois entré dans le vocabulaire général (i.e. utilisé par des non-spécialistes). (Voir la note (4) d’un précédent billet.)  C’est peut-être ce qui est arrivé à transcription. D’où l’idée qu’il y a  transcription et transcription. Ce cas ne serait d’ailleurs pas unique. On observe le même phénomène avec un autre terme technique : translittération (2).

Si le système McCune-Reischauer d’origine a vraiment fait appel à l’alphabet phonétique international (API), et que par la suite on a décidé de ne plus utiliser les apostrophes ni les diacritiques, on peut difficilement encore parler de « transcription phonétique ». Reste à savoir qui en a décidé ainsi et surtout pourquoi.

Pourquoi a-t-on fait disparaître les apostrophes et le diacritiques?

La réponse est, semble-t-il, fort simple. C’est qu’entre 1937 et 2017, il y a eu 1953. La Palice (ou La Palisse) n’aurait pas dit mieux, j’en conviens. Mais derrière cette apparente lapalissade se cache un pan d’histoire, qu’il serait bon de rappeler pour mieux comprendre le problème auquel ce billet cherche réponse.

Entre l’élaboration du système de transcription phonétique du coréen par McCune et Reischauer (en 1937) et aujourd’hui (2017), il y a eu, au mois de juillet 1953, la signature de l’armistice dite de Panmunjeom.  Cet armistice est venu mettre un terme à la « guerre de Corée » qui opposait les gens du nord à ceux du sud. En fait les deux régions de la péninsule coréenne faisaient les frais de la tension qui existait, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre la Russie et les États-Unis (ou  guerre froide), la partie nord étant sous influence russe (pour ne pas dire occupée par les Russes soviétiques ; la partie sud, sous influence américaine.

Cet armistice est venu officialiser le partage de la péninsule coréenne en deux États indépendants : la Corée du Nord (État communiste) et la Corée du Sud (État capitaliste).

Ce serait de là, semble-t-il, que tout serait parti. Du moins, d’après ce que j’ai pu comprendre, chaque État voulant à tout prix se démarquer de son voisin, qui n’est pas de même allégeance. Le Nord est communiste; le Sud, capitaliste.

À commencer par le nom de l’alphabet qu’on y utilise.

Même si l’alphabet coréen était le même dans toute la Corée – ce qui n’est plus tout à fait exact (3) – le nom sous lequel il est aujourd’hui connu, lui, ne l’est plus. En Corée du Sud, il s’appelle encore hangeul, ou hangul (littéralement « écriture/langue des proverbes »). En Corée du Nord, on préfère l’appeler chosongeul (litt. « écriture/langue Chosŏn »), en référence à la période Chosŏn, qui va de 1392 à 1910.

Pourquoi en avoir changé le nom alors? Vous l’aurez deviné, c’est pour des raisons politiques. Voici un extrait   qui en dit long :

In the 1960s, Kim Il Sung issued a directive that would bind all future language planning to Korean ethnic nationalism, saying that « people of the same racial make-up, the same culture, living in the same territory… [have a] need for a nationalistic, pure standard ». Thus, Pyongan dialect was chosen as the standard dialect for North Korean, purely for the reason that it was considered less « contaminated » by foreign cultures and capitalists.[2] The legacy of the New Korean Orthography lies in North Korea’s modern use of Hangul, which reflects morphology more than pronunciation as it does in the South.[4]

Et un autre, en français, qui en dit autant :

Comme il est arrivé souvent au cours de l’histoire, la division politique (depuis 1948) entre le Nord et le Sud a favorisé la différenciation de la langue nationale des deux Corées. Dans le Sud, le vocabulaire emprunté et l’usage de mots chinois ne subit que de faibles restrictions, mais dans le Nord, la politique linguistique, plus volontariste, a eu pour effet d’«épurer» la langue et d’imposer une norme dite de «langue cultivée», qui privilégie les mots d’origine coréenne indigène plutôt que les mots sino-coréens ou anglais. Il existe donc un certain nombre de différences de vocabulaire entre le Nord et le Sud, car le lexique est influencé par la politique et les contacts extérieurs différents (p. ex., le russe au nord, l’anglais au sud). Comme les Coréens n’ont pratiquement pas de contact entre le Nord et le Sud, il peut arriver qu’ils éprouvent certaines difficultés mineures à se comprendre lorsqu’ils ont à communiquer entre eux. Dans les deux États, la langue coréenne constitue un puissant instrument d’identité nationale.

La langue est, pour ainsi dire, devenue affaire d’État.

Qu’un État indépendant ait une politique intérieure concernant sa propre langue ne regarde aucunement les étrangers, j’en conviens. Mais il reste un point qui me chicote, et qui n’a rien à voir avec la politique.

Pourquoi les deux Corée(s) se mêlent-elles de romaniser leur langue, presque identique, chacune à sa façon?

Généralement, le besoin de transcrire une langue (ici, le coréen) en caractères romains (i.e. d’en romaniser la graphie) est ressenti non pas par les habitants du pays lui-même, ni par les autorités en place, mais bien par les étrangers qui veulent avoir accès aux textes écrits en coréen, mais qui ne le peuvent pas en raison des caractères utilisés. C’est d’ailleurs ce qui explique que ce soit des Américains (en tant qu’étrangers et non en tant qu’Américains proprement dits) qui ont élaboré le système de transcription, connu sous le nom de ses deux concepteurs McCune-Reischauer.

Or, en Corée, la langue est devenue, comme je l’ai mentionné précédemment, affaire d’État. Non seulement y a-t-on changé des caractères (on y a ajouté des consonnes et une voyelle), mais on a décidé de modifier le système McCune-Reischauer. Autrement dit, la transcription phonétique élaborée par ces deux Américains, transcription qui faisait appel à l’alphabet phonétique international, a fait l’objet de modifications, aussi bien au Nord qu’au Sud. C’est donc dire que la nouvelle façon de transcrire le coréen en caractères romains, qui résulte d’une décision gouvernementale, n’est plus ce qu’en linguistique on appelle une transcription phonétique, car celle-ci est universelle, internationale (autrement dit, elle ne tolère aucune variante locale). Il s’agirait donc, dans le cas qui nous intéresse, d’une transcription disons… nationale. Du moins, c’est ce que dit l’extrait que voici :

« the official Korean language romanization system in South Korea proclaimed by Ministry of Culture and Tourism to replace the older McCune–Reischauer system. The new system eliminates diacritics in favor of digraphs and adheres more closely to Korean phonology than to a suggestive rendition of Korean phonetics for non-native speakers. »

Si le nouveau système “eliminates diacritics in favor of digraphs”, ne serait-ce pas la raison pour laquelle 군 et de  , dont le premier caractère est le même, ne s’écrivent pas de la même façon en français; que le premier (situé en Corée du Sud) fait appel à un digramme (pour remplacer un diacritique), d’où Pyeongchang-gun, mais pas Pyongyang, qui lui se trouve en Corée du Nord? Fort probablement.

S’il y a risque de se rendre à Pyongyang alors qu’on veut se rendre à PyeongChang, comme le prétend le gouverneur de la province de Gangwon (que j’ai récemment vu écrit Gangneung dans La Presse), c’est à se demander à qui en revient la faute.

À la politique, peut-être?… Certainement pas à la linguistique.

Maurice Rouleau

 (1)  Sauriez-vous dire si le h initial est toujours aspiré dans Un héron élève ses héronneaux dans une héronnière. Ou encore dans Un héros, ou une héroïne, est une personne que l’on dit héroïque ou à qui on reconnaît une certaine héroïcité? Voici un truc fort utile pour le savoir : Mettez un article défini (le, la) devant chacun des mots. En cas de doute, consultez votre Petit Robert.

Si vous croyez que tous les mots d’une même famille jouissent du même privilège (i.e. leur h initial est toujours soit muet, soit aspiré), détrompez-vous. La langue française, ou ceux qui la régentent, nous a joué, encore ici, un vilain tour.

(2) Des termes spécialisés peuvent parfois dans la bouche d’un non-spécialiste subir quelques distorsions.  Nous avons vu ce qui semble être arrivé à « transcription ». Le même phénomène semble s’être également produit avec le terme translittération. J’en veux pour preuve(s) les extraits suivants :

With a few exceptions, it [le système McCune-Reischauer] attempts not to transliterate Korean hangul but to represent the phonetic pronunciation.

Cette phrase semble dire que les Américains, en 1937, auraient fait appel à l’API, puisque c’est la prononciation qui est reproduite en lettres. Mais plus loin dans le même texte, on y lit :

This is a simplified guide for the McCune–Reischauer system. It is often used for the transliteration of names but does not convert every word properly, as several Korean letters are pronounced differently depending on their position.

Là, je m’y perds. Le système McCune-Reischauer servirait donc à la translittération! Pourtant, il est dit ailleurs que « la  romanisation McCune-Reischauer est l’un des deux systèmes de transcription phonétique [et non de translittération] du coréen les plus couramment utilisés (l’autre étant la romanisation révisée) ».

On peut également lire ceci :

The Kontsevich system, based on the earlier Kholodovich system, is used for transliterating Korean into the Cyrillic script. Like McCune–Reischauer romanization it attempts to represent the pronunciation of a word, rather than provide letter-to-letter correspondence.

Ici, on dit clairement que la translittération sert à représenter la prononciation d’un mot et non à fournir une correspondance lettre à lettre. Pourtant, le terme translittération désigne toute « Opération qui consiste à transcrire, lettre à lettre, chaque graphème d’un système d’écriture correspondant à un graphème d’un autre système, sans qu’on se préoccupe de la prononciation. » (Larousse en ligne dixit.) C’est à n’y rien comprendre. On peut vraiment dire qu’il y a translittération et translittération.

(3)   « After the establishment of the North Korean government in 1945, the North Korean Provisional People’s Committee began a language planning campaign on the Soviet model. Originally, both North Korean and South Korean Hangul script was based on the Unified Plan promulgated in 1933 under the Japanese. The goals of the independent North Korean campaign were to increase literacy, re-standardize Hangul to form a « New Korean » that could be used as a cultural weapon of revolution, and eliminate the use of Hanja (Chinese characters). » (Source)

 

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3 commentaires pour Romanisation, translittération, transcription (2 de 2)

  1. schtroumpf grognon dit :

    Prononciation de « laguiole »
    Pourquoi êtes-vous surpris? Les Québécois disent bien « ta yeule » pour « ta gueule ». 🙂

  2. Anne-Marie Dufresne dit :

    Inscription

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