La langue française et ses caprices

Qu’est-ce qu’une faute?  (3 de 3)

Publicités

 

La faute en français…

Celle que l’on pourrait qualifier d’« intelligente » 

-3-

 

Dans le précédent billet, nous avons vu qu’un mot a parfois plus d’une graphie autorisée et que cette graphie peut varier selon le dictionnaire consulté (1). Nous avons aussi vu que la grammaire n’a pas réponse à toutes les questions qu’on peut se poser. Ainsi va la langue…

Ceux qui croient dur comme fer que leur dictionnaire ou leur grammaire font foi de tout se sentent obligés, à tort ou à raison, de déclarer fautif tout ce qui ne s’y trouve pas ou tout ce qui y contrevient. Comme si chacun de ces ouvrages était une somme, i.e. une « œuvre qui résume toutes les connaissances relatives à une science, à un sujet »!

Mais a-t-on raison de dire que tout écart au bon usage, fait de bonne foi, est une faute?

Pourquoi ajouter fait de bonne foi, vous demandez-vous? Tout simplement parce que personne ne fait une faute sciemment, délibérément. Il recourt à ce qui lui semble être la bonne façon de faire. La faute, faut-il le rappeler, n’est jamais dans la plume de celui qui écrit ni dans la bouche de celui qui parle. Elle est dans l’oreille de celui qui écoute ou dans l’œil de celui qui lit. Tout comme l’accent, qu’un Français détecte immanquablement quand il m’entend parler. Comme si lui n’en avait pas! Mais ça, c’est une autre histoire.

Pour décréter qu’il y a faute, il faut être convaincu que ce dont on se sert, à l’oral comme à l’écrit, est la bonne façon de faire. Mais comment en être sûr?… Qu’est-ce qui fait qu’une graphie est bonne et une autre, mauvaise?…

Quand, selon une source donnée — dans ce cas présent, le Petit Robert—, deux graphies sont prétendument admises par l’USAGE, pourquoi votre choix spontané se porte-il sur l’une plutôt que l’autre?

Tout dépend, je dirais, de vos repères.

Si vous n’avez aucune idée de ce que le mot désigne, vous vous fierez à votre oreille et à votre expérience. Vous écrirez le mot comme vous l’entendez. Vous transcrirez chaque syllabe en recourant aux lettres que vous utiliseriez pour écrire un mot connu qui contient la même syllabe. C’est ce qu’on appelle écrire au son. Ou vous lirez le mot comme vous êtes habitués de le faire dans votre propre langue. C’est ce qu’on pourrait appeler lire à la lettre. C’est ce que fait un Espagnol qui ne connaît rien du français et qui prononce mon nom de famille. Il dira non pas Rou-lo, mais Rou-le-a-u, parce qu’en espagnol toutes les lettres se prononcent. On ne peut rien lui reprocher. C’est le système phonétique de sa langue maternelle qui le veut ainsi.

Si vous ne connaissez pas le suédois, vous prononcerez sans doute le mot AKVAVIT comme il est écrit. Peut-être vous demanderez-vous si le t final doit être sonore ou muet, car, en français, les deux sont possibles (2). La prononciation que vous choisirez, est-elle bonne? Seul un Suédois pourrait vous le confirmer. Si vous prononcez akvavit — avec un t sonore—celui qui vous l’entendra dire ne pourra assurément pas l’écrire autrement que akvavit. Peut-être même y mettra-t-il un e final, par analogie avec l’adjectif vite. Mais il ne lui viendra jamais à l’esprit que les deux v de akvavit puissent se prononcer de façon différente, que la bonne prononciation de ce mot puisse être akuavit ou aquavit. C’est pourtant ce que l’on trouve dans les dictionnaires courants.

 Si vous entendez distinctement KA-MÉ-LIA, vous écrirez fort probablement camélia, tout comme vous écrivez caméléon. L’idée de l’écrire avec un K ne vous viendra sans doute pas à l’esprit, car cette lettre n’est pas courante en français (demandez à ceux qui jouent au Scrabble). Mais si vous avez des connaissances en botanique, vous écrirez peut-être camellia, car vous pourriez savoir que c’est le nom latin que Linné a donné à cette fleur, en l’honneur du botaniste autrichien G. J. Kamel dit Camellus (Petit Robert dixit). Si, en plus d’avoir des connaissances en botanique, vous possédez quelques rudiments de linguistique, vous hésiterez à écrire camellia, car un e sans accent, suivi de deux consonnes, se prononce généralement è et non é (ex. : elle, perpétrer, pechblende). [Il en est de même si le e est suivi d’un x : examen, vexer, alexandrin, annexe, etc.]

Si vous voulez dire que votre ami « est porté au combat », vous écrirez fort probablement combatif. En effet pourquoi iriez-vous lui mettre deux T?… Parce que combattre en prend deux, direz-vous. Mais embatre, que l’on dit de la même famille que battre, peut pourtant n’en prendre qu’un. Alors…

Si vous connaissez un peu le grec, peut-être savez-vous que, dans cette langue, reptile se dit herpeton (Robert dixit; Larousse dixit). Fort de cette connaissance, vous n’utiliseriez jamais, j’en suis convaincu, le terme erpétologie, pour désigner cette science. C’est à coup sûr herpétologie qui s’imposerait à vous.

Autrement dit, la graphie que vous choisirez dépendra de l’analyse que vous ferez du mot en question. Et aussi des connaissances générales que vous avez. Vous chercherez une raison qui orientera votre préférence vers telle graphie plutôt que telle autre. Autrement dit, vous raisonnerez votre choix. Vous vous servirez de votre logique, qui veut que, si telle suite de lettres se prononce (ou s’écrit) de telle façon dans un mot que vous connaissez, elle devrait se prononcer (ou s’écrire) de la même façon dans un mot que vous ne connaissez pas.

Si nous sommes autorisés à choisir la graphie qui convient le mieux à notre logique quand le dictionnaire nous en offre deux, pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant en toute occasion? Il n’y aurait plus alors de fautes en français… Ou, si notre choix ne correspond pas à celui que les régents voudraient nous imposer, nous pourrions toujours plaider en faveur d’une « faute intelligente ». Faute aux yeux des régents, mais solution intelligente, aux nôtres, car elle fait appel à notre logique.

Mais la logique est-elle la panacée recherchée? — Je me retiens d’utiliser « panacée universelle », comme l’a déjà fait Balzac, même si c’est un BON auteur, car on crierait au pléonasme. Et le pléonasme a mauvaise presse. — Saurait-elle nous sortir du pétrin en toutes circonstances?

Imaginez un instant la douce béatitude où nous plongerait le fait de savoir qu’on ne fait plus de fautes. Finies les dictées! La logique nous suffirait. Là on pourrait vraiment dire que la langue a été simplifiée! Mais j’en entends qui, rien qu’à l’idée de devoir respecter une telle proposition, crient déjà au scandale.

Si je suis autorisé à écrire « nouveaux venus », pourquoi ne pourrais-je pas, logiquement, écrire « nouveaux-nés »? Parce que les régents en ont décidé ainsi. Ils nous imposent nouveau-nés (ou ils condamnent nouveaux-nés, c’est selon) sous prétexte que nouveau a, dans ce terme, le sens de nouvellement et qu’un adverbe est, de par sa nature, invariable (3). Soit. Mais quel sens a-t-il donc dans nouveaux venus, sinon nouvellement? Euh… Si l’on y pense, ne serait-ce qu’un seul instant, les nouveau-nés ne sont-ils pas tous des nouveaux venus en ce bas monde? C’est pourtant ce que ma logique à moi me dit. Mais la logique des régents, elle, vient me dire que j’ai tort. À moins qu’ils viennent de se mêler les pinceaux, sans s’en rendre compte. À vous de choisir. Ou encore, ce qui est pire à mes yeux, ils ont la vue courte. Ils ne voient pas la portée de leur diktat. Ils ont le nez collé sur nouveau-né, mais ne voient pas que nouveau venu pose exactement le même problème et, par conséquent, devrait appeler la même solution. Je vous avoue que cette dernière possibilité me paraît plus que probable, car les exemples ne manquent pas. Langue et logique sont connues pour ne pas faire bon ménage. Mais passons!

Si je peux dire : je t’ai trompé, je l’ai trompé, pourquoi ne pourrais-je pas, logiquement, dire je m’ai trompé? C’est ce qu’un allophone ne manquera pas de faire, en se servant de sa logique. Il faudra, pour le remettre sur le droit chemin — seul celui que les régents nous imposent mérite un tel qualificatif — lui expliquer que les verbes pronominaux (i.e. ceux où le complément et le sujet désignent la même personne) se construisent uniquement avec l’auxiliaire être et non avec l’auxiliaire avoir. Ne me demandez surtout pas pourquoi… Encore là, ma logique se heurte à celle des régents.

Si je dois écrire un va-nu-pieds ou encore aller pieds nus, pourquoi dois-je écrire aller à pied? Je ne suis pourtant pas unijambiste. C’est ma logique qui parle. Mais elle est prise en défaut par les régents. De la même façon, j’écrirais asséner un coup de poing, mais se battre à coups de poings, car j’utiliserais alors mes deux poings. Pourtant, il me faut écrire se battre à coups de poing (Robert dixit). Encore là, ma logique est battue en brèche.

Si, selon le Larousse en ligne, je dois écrire contrecoup, pourquoi ne pourrais-je pas, logiquement, écrire contrechoc? La question se pose. Mais pour ne pas faire de faute, pour respecter ce que cet ouvrage prescrit, il me faut aller contre ma logique et écrire contre-choc!

Si, toujours selon le Larousse en ligne, je peux écrire une liqueur de noyau ou de noyaux, pourquoi ne pourrais-je pas, logiquement, écrire fruits à noyau ou à noyaux? Le même Larousse en ligne est clair là-dessus : « Avec noyau, toujours au singulier : les fruits à noyau ». Le ton ne laisse place à aucune discussion, vous l’aurez remarqué. « La consigne, c’est la consigne », aurait répondu l’allumeur de réverbères dans Le Petit Prince, de Saint-Exupéry. « La norme, c’est la norme! », dirait-on dans ce cas-ci. Quant au Petit Robert, il est, lui, ouvert à tout. Il suffit de trouver la bonne entrée. Par exemple, à pépin, on trouve Fruits à pépins et fruits à noyaux; à l’entrée noyau, on trouve Fruits à noyau et fruits à pépins (4). Il n’y a plus de raison de se mettre martel en tête pour savoir si noyau doit être au singulier ou au pluriel. Vous avez le choix. Mais uniquement si votre Bible est le Petit Robert!

Vous voyez que les solutions logiques apportées aux cas précités ne passent pas le test. Non pas le test de l’intelligence, mais le test de l’obéissance, du respect de l’autorité. Peut-on alors dans ces conditions parler de faute intelligente? J’aimerais bien pouvoir le faire.

« Faute intelligente »

 Revenons donc sur la notion de faute, et plus particulièrement sur celle de faute intelligente.

On reconnaît, sans trop de difficultés, deux types de fautes :

Il pourrait y avoir un troisième type de faute — que tous ne reconnaissent malheureusement pas —, la faute intelligente, celle que la logique nous autoriserait à faire.

N’allez pas penser que c’est moi qui ai inventé ce terme. Je l’ai rencontré pour la première fois en 1993. Plus précisément, dans la préface du Nouveau Petit Robert, signée Josette Rey-Debove et Alain Rey, à la section Variantes des mots. On y lit :  

 Enfin, lorsqu’une faute courante apparaît comme plus légitime que la « bonne » graphie (5), le lexicographe s’est permis de donner son avis par « on écrirait mieux » : CHARIOT, on écrirait mieux charriot (d’après les autres mots de la même famille); PRUNELLIER, on écrirait mieux prunelier (à cause de la prononciation). Si l’on souhaite un certain desserrement d’une norme exigeante et parfois arbitraire, c’est la « faute » intelligente qui doit servir de variante à une graphie recommandée mais irrégulière; il faut lui laisser sa chance, et l’avenir en décidera. 

À noter, que le mot faute est mis entre guillemets. On informe ainsi le lecteur que ce mot n’est pas utilisé au sens courant du terme. Autrement dit, on appelle faute ce qui n’en est pas nécessairement une! Une faute intelligente serait donc ce que l’on devrait appeler faute, mais que la logique peine à admettre, pour ne pas dire refuse d’admettre. De plus, ne pourrait parler de faute intelligente que celui qui « souhaite un certain desserrement d’une norme exigeante et parfois arbitraire ». Mais qui ne souhaiterait pas un tel desserrement, qui ne voudrait pas voir l’arbitraire mis au rancart? Vous n’en feriez pas partie?… Moi, si.

Serait-ce une faute intelligente que d’écrire sans fautes au lieu de sans faute? Si j’ose le faire, me le reprochera-t-on? Fort probablement que oui, car les ouvrages de référence prescrivent l’emploi du singulier. Pourquoi ne pourrais-je pas avoir le choix, si ma logique me le commande? Je pourrais par exemple choisir sans faute dans une phrase comme « Venez me voir sans faute », car la locution a, dans ce cas, valeur adverbiale; elle signifie : à coup sûr. Je pourrais aussi choisir d’écrire sans fautes si la phrase était « Il a fait un parcours sans fautes » ou encore « il a fait une dictée sans fautes ». Je pourrais expliquer ce pluriel en disant que le sujet n’a pas fait toutes les fautes qu’il aurait pu faire. C’est peut-être ce que s’est dit Marguerite Duras en écrivant : « la lettre était convenue, recopiée, sans fautes, calligraphiée » ou encore G. Duhamel, en écrivant « [le livre] demeurait aux mains d’une élite fort étroite. Tel, il assurait, non sans fautes, la conservation de la connaissance. » (exemples cités dans le Petit Robert) Mais un autre pourrait, tout aussi logiquement, comprendre qu’il s’agit d’un parcours ou d’une dictée qui a été réalisé(e) sans qu’une seule faute soit commise, et ainsi opter pour le singulier. Alors… Pourquoi le Petit Robert nous impose-t-il le singulier? Il nous laisse pourtant le choix dans le cas de la locution sans reproche(s). N’y a-t-il pas là deux poids, deux mesures? Est-ce vraiment le reflet de l’usage que d’utiliser le singulier? Ne serait-ce pas plutôt une décision purement arbitraire, celle du rédacteur de cette entrée? On ne le saura jamais. Chose certaine, la question se pose.

Serait-ce une faute intelligente que d’utiliser voire même au lieu de voire, tout court, même si voire même est condamné par les bien-pensants? Poser la question, c’est y répondre. Voyez ce qu’en dit le Petit Robert : « Ce modèle est inutile, voire même dangereux (tour critiqué comme pléonasme) ». Dois-je comprendre qu’on le critique mais qu’on ne le condamne pas?…

Comment expliquer que cette locution soit dite pléonastique, par certains, quand, d’après ses origines, voire (étym. xiielatin vera, adv., de verus « vrai ») signifie vraiment? Il n’y a rien de redondant à dire « vraiment même ». Sauf si l’on fait dire à voire autre chose que vraiment. Si l’on décide que voire « est vieux en ce sens », comme l’a fait le DAF, dans sa 6e éd., en 1835. Mais les Académiciens s’empressent d’ajouter quelques lignes plus loin : « On le joint souvent au mot Même. Ce remède est inutile, voire même pernicieux. » Les Immortels nous disent donc – et non de façon subliminale — que c’est une façon, admise, de marquer son insistance sur le fait en question. Ce n’est donc pas, selon eux, un pléonasme, mais une figure de style. Cela change la donne, n’est-ce pas?

D’ailleurs, voyez ce qu’en dit le Larousse en ligne :

Voire même a été critiqué comme formant pléonasme (= et même même). La locution est devenue si courante que l’interdit qu’avaient jeté sur elle quelques puristes paraît aujourd’hui dépassé. Si l’on souhaite néanmoins s’y conformer [on pourrait tout aussi bien ne pas le souhaiter], on peut dire simplement voire ou et même : il est rusé, et même retors.

Ceux qui crient au pléonasme savent-ils seulement qu’ils condamnent ce qu’ils cautionnent en d’autres circonstances? Sans le savoir, évidemment. Que leur condamnation reflète plus leur idéologie que leur propre pratique? Un autre exemple, selon moi, de « courte vue ». Se sont-ils jamais demandés d’où viennent, par exemple, le substantif (ou adverbe) aujourd’hui ou encore le verbe se suicider?…  Je réponds (6)  sans hésitation : « Certainement pas. »

En fin de compte, tout dépend de la logique à laquelle recourt l’utilisateur, logique que ne voient pas nécessairement, ou ne veulent pas voir, le lecteur ou le réviseur, qui, eux, n’ont d’yeux que pour leur dictionnaire ou leur grammaire, ou pire, pour leur « nombril » (i.e. leur propre façon de faire, qui ne peut qu’être bonne).

À quand la reconnaissance officielle des fautes intelligentes?… Je me permets ici de dire, comme Martin Luther King l’a fait dans un contexte différent : I still have a dream

Un dernier mot.

Les francophones ne sont pas les seuls à vouloir faire appel à la logique pour expliquer certaines « fautes ». Les anglophones aussi le peuvent. En voici un excellent exemple : le mot exAmple lui-même. Ce mot (qui vient du latin exEmplum) est le seul mot de la famille à s’écrire avec un A; les autres s’écrivent avec un E : exEmplify, exEmplification, exEmplar, exEmplary. Allez savoir pourquoi.

Même si la graphie exEmplary (au sens de serving as an exAmple) est la seule à figurer dans le Merriam-Webster’s, on trouve souvent sur la Toile exAmplary. À une fréquence nettement moindre toutefois que celle de la graphie officielle : 216 000 contre 58 600 000 (voir ICI)! Cette graphie que d’aucuns n’hésitent pas à déclarer fautive n’est-elle pas, elle aussi, une « faute intelligente »? Comment un anglophone peut-il s’imaginer, lui qui sait que exAmple s’écrit avec un A, qu’il faille écrire exEmplary avec un E? Ou inversement. C’est son gros bon sens qui est ici pris en défaut. À moins que ce soit celui des régents. Qui sait?

Maurice Rouleau

(1)  Le CILF, ou Conseil international de la langue française, s’est déjà intéressé à ce problème. Il a même publié, en 1988, sous la direction de Joseph Hanse, un ouvrage de 130 pages, intitulé Pour l’harmonisation orthographique des dictionnaires (ISBN 2-85319-200-8). Qu’en est-il trente ans plus tard? Vous l’aurez deviné : l’harmonisation se fait toujours attendre! Preuve que l’USAGE n’est pas le même pour tous les lexicographes!

(2)  En français, le t final d’un mot se terminant par -it est tantôt sonore, tantôt muet. Pourquoi est-il sonore dans aconit, affidavit, cockpit, prurit, transit, satisfecit et muet dans appétit, bandit, conflit, érudit, lit, manuscrit, récit, sanskrit?… Il faut donc, pour ne pas faire de faute, avoir mémorisé la « bonne » prononciation de chacun d’eux.

(3)  L’adverbe est, nous dit la grammaire, un mot invariable. Soit. Mais il ne faut pas oublier que des régents  autorisent ou plutôt imposent son accord dans certaines circonstances. Par exemple, elle est tout étonné, mais elle est toute honteuse. Ou encore Ils (elles) sont toute hargne et fureur. Ce voyage, c’est une tout autre histoire!

(4)  Comment expliquer que la graphie varie selon l’entrée consultée? Chacune de ces entrées aurait-elle été rédigée par un rédacteur différent? Si tel est le cas, cela revient à dire que la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite; que l’USAGE que l’on prétend décrire est celui du rédacteur et non celui de la majorité des francophones… Une conclusion plutôt troublante, n’est-ce pas?

(5)  Me faire dire qu’une « faute courante apparaît comme plus légitime que la bonne graphie » ne peut que m’étonner. Dois-je comprendre qu’une forme « fautive » est plus légitime que la « bonne » forme (celle imposée par le dictionnaire ou la grammaire) parce qu’elle est couramment utilisée?…

Ce serait donc l’USAGE qui légitimerait une graphie et non les régents. Bien content d’apprendre cela. L’USAGE aurait donc repris ses droits. Je dis repris ses droits, parce que, même si l’on professe que le dictionnaire est le reflet de l’USAGE, la pratique nous fait souvent comprendre le contraire. Comment expliquer autrement la présence, dans le dictionnaire, à certaines entrées, de « emploi critiqué » ou encore de « on écrirait mieux »? Si les rédacteurs du dictionnaire sentent le besoin de faire une telle mise en garde, ne serait-ce pas précisément parce que la « faute » est devenue courante? Et que, si elle est courante, elle devrait être plus légitime?… Si elle est plus légitime, pourquoi ne pas le reconnaître, sans ambages? Y aurait-il différents degrés de légitimité? Degrés qui varieraient selon la source?… Qui sait?

(6)  Aujourd’hui vient de au  jour  de hui, hui signifiant alors « le jour où l’on est ». Si ce n’est pas un pléonasme, je me demande bien quel terme utiliser pour le décrire. Puis hui fut un jour déclaré « vieux en ce sens ». On ne dit plus d’hui en un an, mais bien d’ici un an. Mais au jour de hui s’est maintenu. Ses quatre éléments ont même fusionné pour donner aujourd’hui. Et on ne voit plus le pléonasme. Pourquoi? Parce qu’arbitrairement on a décidé que cela n’en serait pas un. Parce que les régents ont fermé les yeux.

 Il s’en trouve qui condamne comme pléonastique l’expression au jour d’aujourd’hui, qu’on entend parfois. Pourtant celui qui s’exprime ainsi ne veut qu’insister sur le fait que la chose se produit aujourd’hui même. Tout comme celui qui écrivait au jour de hui. Ce dernier a pourtant été  pardonné, mais pas le premier. Autre temps, autres moeurs, dira-t-on.

Et que dire de se suicider? Ce verbe, que le Littré qualifie de néologisme dans les années 1870, est très mal construit. Il signifie : se donner la mort à soi-même. Vous conviendrez avec moi qu’il y a là redondance. Et qui dit redondance dit pléonasme. Se donner la mort suffit amplement pour dire ce que l’on veut dire. Pourquoi n’a-t-on pas condamné ce nouveau verbe quand il est apparu?…  Parce qu’il dérivait de suicide? Faible comme argument! Le substantif suicide, au sens de « Action de celui qui se tue lui-même » serait, selon Littré, apparu pour la première fois un siècle plus tôt [dans le DAF en 1762 et dans le dictionnaire Richelet en 1759]. Il aurait remplacé homicide de soi-même, formule qui était utilisée à l’époque. C’est à l’abbé Desfontaines (1685-1745) que l’on devrait ce néologisme, construit à partir de sui (de soi) et cide, emprunté à homicide.  Suicide s’explique, mais se suicider est clairement pléonastique. Mais… pas fautif!

Pourquoi, de nos jours, plus personne ne voit de pléonasme dans aujourd’hui ni dans se suicider? Parce que les régents ne s’y sont pas opposé. Et que le commun des mortels a pris l’habitude d’y recourir, n’étant pas réprimandé quand il osait le faire.

Pourquoi veut-on voir absolument un pléonasme dans voire même? Parce que les régents  ont, dans ce cas-ci, décidé que c’en était un! Ainsi va la langue…

P-S. — Si vous désirez être informé par courriel de la publication de mon prochain billet, vous  abonner est la solution idéale.

WordPress vient apparemment de simplifier cette opération. Dans le coin inférieur droit de la page d’accès à ce billet, vous devriez noter la présence de « + SUIVRE ». En cliquant sur ce mot, une fenêtre où vous devez inscrire votre adresse courriel apparaîtra. Cela fait, il ne vous reste plus qu’à cliquer sur « Informez-moi ». 

Publicités

Publicités