« Fake news », bobard, fausse nouvelle… (1 de 2)

Ce n’est pas parce qu’il le dit que c’est vrai! 

ou

Pourquoi ne pas pratiquer le doute systématique?

1

 

Prétendre ne jamais se faire raconter des bobards en serait déjà un en soi (1). Ce serait dire que tout ce qu’on entend ou lit est pure vérité ou, pire, qu’on est incapable de distinguer le vrai du faux. Vous avez le choix.

Nous avons tous, un jour ou l’autre, entendu raconter des sornettes, entendu des affirmations qui ne reposent sur rien, des affirmations qui sont on ne peut plus fantaisistes, pour ne pas dire ridicules. Par exemple, entendre quelqu’un s’attribuer, en 2017, le mérite de l’amélioration de la sécurité aérienne alors qu’en fait il n’a rien à voir avec ce bilan sans précédent! (Voir ICI.)  C’est ce que j’appelle prendre ses rêves pour la réalité. D’où peut-être son goût pour la téléréalité. Pour moi, ce n’est pas parce qu’il le dit que c’est vrai. Pour d’autres, c’est tout le contraire. Il suffit qu’il ouvre la bouche pour que tout ce qui en sort devienne parole d’évangile.

Comment expliquer cette divergence d’opinion?  Il y a forcément là une composante personnelle. Composante qu’il faut chercher autant chez celui qui ment effrontément (pourquoi le fait-il? que gagne-t-il à jouer ce jeu?) que chez celui qui croit tout ce qu’on lui dit.

Qu’en est-il dans mon cas? Qu’est-ce qui fait que, pour moi, une assertion, i.e. une « proposition que l’on avance et que l’on soutient comme vraie » est crédible? La réponse est double. Il faut…

  1. Que ce qui est dit corresponde à ce que je sais pour sûr ou découle logiquement de ce que je sais. Dans le cas contraire, je doute.
  2. Que la personne qui soutient comme vrai ce qu’elle avance soit reconnue par moi pour ne jamais raconter d’histoires; qu’elle soit digne de confiance. Dans le cas contraire, je doute.

Dans le premier cas, c’est moi qui sais pour sûr. Dans le second, c’est l’autre, dont l’honnêteté intellectuelle est indiscutable. C’est donc essentiellement une question de « fiabilité de la source ». Si la source est fiable, je crois; si elle ne l’est pas, je ne crois pas, ou je me fais un devoir impératif de douter tant que ce qu’elle avance n’a pas été confirmé par une source sûre.

Cette double condition ne sera pas sans rappeler à certains le premier des 4 principes énoncés par Descartes dans son Discours de la méthode(2)

Mais vous, dans quel camp vous rangez-vous? Faites-vous partie de ceux qui croient facilement, qui ne remettent que très rarement en cause ce qu’on leur dit; ou de ceux qui croient difficilement, de ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ont pris l’habitude de remettre en question presque tout ce qu’on leur dit, de pratiquer le… doute systématique?

Moi, vous l’aurez deviné, je fais partie du second groupe. Je ne saurais dire toutefois si c’est la raison pour laquelle les sciences m’ont toujours passionné ou si c’est l’inverse. Une recherche ne peut être amorcée que si une question se pose. Il ne faut donc pas se surprendre que le scientifique qui sommeille en moi s’en pose beaucoup et cherche à tout prix à y répondre.  Je ne peux tout simplement pas croire sur parole. Il me faut des faits vérifiables et vérifiés. Ce n’est donc pas parce qu’on le dit que je dois le croire. Et tous devraient, je pense, en faire autant!  Ou, du moins, essayer. Surtout par les temps qui courent…

Une question plus fondamentale se pose ici. Question à laquelle je ne tenterai même pas de répondre : « Pourquoi suis-je ce que je suis? » (3) Cela s’est-il décidé à ma naissance? Autrement dit, était-ce dans mes gènes? Ou cela m’est-il venu avec les années, à cause du milieu dans lequel j’ai grandi? Chose certaine, on ne m’a jamais appris formellement à être sceptique. Il me faut peut-être en chercher la cause dans mon vécu.

Quand je fais un retour en arrière, des événements qui se sont produits voilà de cela parfois bien des années me reviennent en mémoire. Ces événements m’ont marqué. D’une façon ou d’une autre. Sinon, pourquoi m’en rappellerais-je si facilement? Il en est certains où je suis acteur, d’autres où je suis spectateur. Mais, dans chaque cas, il y a, en jeu, une affirmation quelconque et la façon dont je la reçois. Avec, en filigrane, une leçon à tirer. Leçon qui m’est sans doute venue inconsciemment et dont le cumul aurait fait de moi ce que je suis. Voici donc quelques-uns de ces événements.

  • Le quêteux

Ma mère m’a raconté — je n’avais pas 10 ans alors — qu’elle avait connu un quêteux (au sens québécois de mendiant) qui avait l’habitude, quand il passait de maison en maison, de colporter des nouvelles. Question sans doute d’entretenir la conversation. Un jour, il apprend à ma mère qu’un terrible incendie fait rage, rue Roy, près du pont Turcotte. Or, mes grands-parents maternels habitent précisément là, et ma grand-mère, qui vient tout juste de téléphoner à la maison, n’en a rien dit à sa fille. Il n’y a assurément pas d’incendie, pas même mineur. Ma grand-mère en aurait été témoin et en aurait parlé. Mais le quêteux, lui, y croit dur comme fer. À tel point d’ailleurs qu’il met subitement fin à son « colportage » pour aller constater de visu les dégâts causés par cet « important » incendie, imaginaire! Il s’était convaincu lui-même…, mais n’avait pas convaincu ma mère.

Cette anecdote, que je n’ai jamais oubliée, m’a sans doute appris deux choses : 1) qu’on n’est pas obligé de croire tout ce qu’on entend; 2) qu’on peut raconter des bobards sans avoir l’intention d’induire les autres en erreur. Il suffit d’en être convaincu.

Cette tendance à présenter comme réels des faits purement imaginaires est, en médecine, appelée fabulation. On la dit fréquente et normale, durant la petite enfance et aux débuts de l’adolescence, mais pathologique à l’âge adulte. C’est du moins ce que l’on dit! Et je n’ai aucune raison d’en douter. Ce sont des spécialistes qui le disent; des gens qui, eux, n’ont aucune raison de ne pas dire la vérité. C’est du moins ce que l’on se plaît à penser!

  • Le discours indirect

J’ai peut-être 13 ou 14 ans à l’époque. Mon professeur de latin, l’abbé Vincent, fait en classe l’analyse grammaticale et logique d’un texte que nous avions à traduire. Il y a, dans ce texte, un subjonctif que je n’arrive pas à justifier. Je lui demande alors de me l’expliquer. Sa réponse est courte et sans appel : « C’est du discours indirect. »

On m’avait appris — donc ce ne pouvait qu’être vrai —qu’en latin le discours indirect commande le subjonctif, mais il n’y a, dans cette phrase, rien qui laisse à penser que c’est le cas. Et je le lui fais remarquer, avec toute la délicatesse de l’adolescent que je suis!… Si je mets en doute sa réponse, c’est qu’il n’a jamais fait d’études en langues anciennes. En fait, il sait du latin ce qu’il a appris quand il avait mon âge. Rien de plus. Pourquoi me répond-il alors que c’est du discours indirect? En est-il vraiment convaincu ou veut-il éviter à tout prix de perdre la face? Un professeur ne peut pas ne pas savoir. Il lui faut, s’il veut maintenir sa crédibilité, avoir réponse à toutes les questions que des jeunots peuvent lui poser. Que la réponse soit bonne ou pas! S’il m’avait fait la preuve de ce qu’il avançait, je l’aurais cru sans hésitation. Alors… je ne l’ai pas cru même s’il le disait.

  • La plus belle langue du monde

Trois ans plus tard, mon professeur de grec, l’abbé Goyette, se met « surprenamment » (i.e. contre toute attente) à vanter la beauté de la langue grecque. Appelant même à la barre, nul autre que Lamartine. Il se veut convaincant. Mais l’est-il vraiment?… Là, c’est une autre histoire.

Si je me pose la question, c’est qu’en début d’année il nous a dit que ce n’est pas par choix qu’il enseigne le grec — son supérieur le lui a imposé. Il s’imaginait sans doute que cette confession allait tomber dans l’oreille d’un sourd. Ce qu’il ignorait, c’est qu’elle allait, au cours de cette même année, le desservir! La vie est parfois ainsi faite!

Passe encore qu’il prétende aimer la langue grecque, mais venir nous dire, en plus, que Lamartine en avait dit autant, c’était trop. Là, il dépassait les bornes de ce que je pouvais entendre. Je lève donc la main et lui dis, à la stupéfaction de tous mes camarades de classe, que ce n’est pas Lamartine qui a dit cela, mais bien André Chénier. Comme tout bon professeur, il se doit d’avoir le dernier mot. Il s’empresse d’ajouter : « Lamartine aurait pu en dire autant! » Je n’ai pas insisté. Le coup avait porté. Ne serait-ce qu’à cause du conditionnel  aurait pu qu’il a utilisé.

Je ne voyais vraiment pas pourquoi Lamartine aurait dit une telle chose. Mais je savais qu’André Chénier, lui, avait une très bonne raison de le faire : sa mère était grecque. Il était clairement mieux placé que Lamartine pour parler de cette langue en termes élogieux.

Le lendemain matin, au moment d’entrer en classe, mon professeur m’interpelle : « Rouleau, es-tu certain que… c’est Chénier? » Et moi de lui répondre : « Je vous en apporte la preuve si vous y tenez. » Et je lui récite ce que Chénier a dit (4) :

« Un langage sonore, aux douceurs souveraines,

Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines. »

Il n’a plus insisté.

Je n’avais aucune difficulté à croire que la langue grecque puisse être une belle langue. Les goûts ne sont pas à discuter. Mais je n’acceptais pas que mon professeur attribue à Lamartine ce qui appartient à André Chénier. Il y avait là, pour moi, conflit entre Autorité et Vérité. Le blanc-bec que j’étais a choisi la vérité. Je suis certain que mon professeur ne voulait pas nous mentir; il ne voulait qu’ajouter du poids à sa prétendue déclaration d’amour. Soit. Mais il n’en demeure pas moins que ce qu’il nous disait n’était pas exact!

Ce n’était pas parce que mon professeur le disait que je me devais de le croire.

  • Programme télévisé sur la haute cuisine

Un jour, je tombe par hasard sur un programme de télévision — dont j’ai oublié le nom — qui a immédiatement retenu mon attention. Ce n’est que plus tard que j’ai compris d’où me venait cet intérêt : à chaque émission, l’animateur, chef de son état, se faisait un devoir de démontrer que certains principes de cuisine, devenus des dogmes, ne résistaient pas à l’épreuve. Que ce n’était pas parce que les grands chefs le disaient que les petits chefs étaient tenus d’en faire autant.

Chaque émission démolissait un dogme. L’animateur suivait à la lettre une recette « officielle » et, l’instant d’après, il faisait la même recette en ne respectant pas les directives, auxquelles il ne fallait, en aucun temps, déroger si l’on ne voulait pas que la recette soit ratée. Immanquablement, les deux produits, soumis à une dégustation à l’aveugle, se révélaient aussi bons l’un que l’autre!

La preuve était faite : certains interdits ne sont pas infranchissables. Pour l’être, il faut qu’ils reposent sur des faits vérifiables. Ce qui n’était clairement pas le cas. Les grands chefs, eux, y croyaient dur comme fer. Sinon ils ne s’en seraient pas faits les hérauts. Ils devaient vouloir établir leur autorité.

  • « La clinique du cœur »

Au milieu des années 60, j’ai alors une vingtaine d’années, il y a une émission radiophonique quotidienne, La clinique du cœur, animée par le père Marcel-Marie Desmarais, o.p. Émission que je me fais un devoir d’écouter, non pas par conviction, mais par besoin d’alimenter mon rejet de tout ce qu’on m’avait forcé à croire jusque-là.

Un jour, une auditrice demande au bon père, reconnu pour avoir une certaine largeur d’esprit, ce que, lui, pense du mariage civil, que l’Église, évidemment, condamne. Il se met alors à rappeler aux auditeurs l’enseignement officiel : Deux personnes ne peuvent vivre comme mari et femme (comprendre : avoir des relations sexuelles) que si leur mariage a été célébré par un prêtre. Le mariage est un sacrement! En toute autre circonstance, les soi-disant mariés vivent dans le péché. Ils sont condamnés aux flammes éternelles de l’Enfer! De quoi, vous en conviendrez, dissuader même les plus osés…

En entendant cela, je ne fais ni un ni deux [je reviendrai sur cette expression très bientôt]. Je prends le téléphone à mon tour. Et  lui pose en rafale quelques questions, que je savais embarrassantes :

1- Étant donné qu’un sacrement est, selon ce qu’on dit, un « rite institué par Jésus-Christ », les Évangiles ne devraient-ils pas faire mention de celui du mariage? On y parle certes des Noces de Cana, mais jamais de l’institution du mariage en tant que tel. Comment expliquez-vous une telle lacune?

Et, sans lui laisser le temps de répondre, j’enchaîne :

2- Le mariage n’était-il pas, au début de la chrétienté, la simple bénédiction  d’un mariage civil, le seul qui existait alors, par quelqu’un qu’on appellera plus tard « prêtre »?… C’est dire que les nouveaux mariés « civilement » pouvaient fort bien, avant de faire bénir leur union, « consommer leur mariage » (façon puritaine ou catholique de dire : faire l’amour), sans pour autant vivre dans le péché, comme vous le dites.

3- Le mariage, tel que vous le décrivez, ne serait-il pas plutôt une invention de l’Église pour mieux contrôler la vie intime des gens? Tout comme la confession, d’ailleurs. Ce n’est certainement pas saint Joseph, charpentier de son état, qui a construit le premier confessionnal! Les évangiles n’en parlent pas non plus…

4- Pourquoi alors parler de sacrements et contraindre tous les catholiques à s’y soumettre à défaut de quoi ils seront condamnés aux flammes éternelles?

Le bon père avait à peine commencé à bafouiller une réponse qu’il a dû s’arrêter :  le temps de l’émission était écoulé. Il venait d’être sauvé par la cloche!

Ce n’était pas parce que l’Église le disait que je me devais de le croire.

Et ce doute systématique, je le pratique chaque fois que j’ai l’impression qu’on veut abuser de ma crédulité. Et je n’ai pas la crédulité facile. Encore moins aujourd’hui.

  • La publicité

ANTHELIOS, une crème à haut pouvoir de protection contre (ANTI-) les rayons solaires (HÉLIOS : soleil en grec) est, nous dit la publicité, recommandée par les dermatologues canadiens. Soit.

La question que je me pose ici n’est pas de savoir si cette crème est efficace ou pas, mais de savoir si ce sont vraiment les dermatologues canadiens qui la recommandent.

Ce qui me chicote dans cette phrase, c’est l’emploi de l’article défini les. Selon le Bon Usage (# 596, 11e éd., 1980), est dit article défini

« celui qui se met devant un nom pris dans un sens complètement déterminé; il individualise l’être ou l’objet nommé, le suppose identifié : Donnez-moi la clef (c.-à-d. la clef que l’on sait; Le livre de Paul. Aimer les pauvres (tous les individus de l’espèce pauvres). »

Fort de cette connaissance, je peux donc dire, sans risque de me tromper, que cette crème est recommandée par tous les individus de l’espèce dermatologues. Mais est-ce bien le cas?…  Grammaticalement parlant, OUI. Mais dans les faits?…

Il est bien connu que les publicitaires n’ont pas une attitude frileuse en matière de grammaire. Ce qui leur importe le plus, c’est d’obtenir l’assentiment, rapide pour ne pas dire instantané, de la clientèle visée.  Et quel meilleur moyen d’y parvenir que de dire (prétendre serait sans doute un meilleur choix) que tous les dermatologues recommandent cette crème!

Le Thomas que je suis se demande si vraiment tous les dermatologues ont été consultés. S’il se pose la question, c’est qu’il a des doutes. Si l’on lui avait dit « recommandée par LES dermatologues qui sont consultants pour le laboratoire La Roche-Posay »  ou encore qui ont été consultés, il ne douterait pas un seul instant que cela soit vrai. Mais de proposition relative déterminative (5), il n’en voit aucune. Cette absence, volontaire ou pas, l’agace. Au point qu’il ne peut pas croire, sans réserve, ce que dit cette publicité. Même en donnant la chance au coureur. Même en supposant que tous les dermatologues ont effectivement été consultés. Car, si tel est bien le cas, pourquoi, alors, n’a-t-on pas dit que cette crème est recommandée par l’Association canadienne de dermatologie? Cela aurait, me semble-t-il, plus de poids, car elle est seule autorisée à parler au nom de tous ses membres. Serait-ce que l’Association n’a jamais été appelée à se prononcer sur le sujet? La question se pose. Du moins, moi, je me la pose.

De plus, on précise que ces dermatologues sont canadiens. Dois-je comprendre que ceux de France ou des États-Unis, par exemple, ne partagent pas le même enthousiasme pour cette crème? Grammaticalement parlant, OUI. Mais dans les faits?…

Il se peut fort bien que cette crème fasse des miracles. Je ne m’y connais pas en la matière. Ce sur quoi je peux me prononcer, c’est sur la façon dont on en fait la promotion. Elle ne rencontre pas mes standards de fiabilité. Ce n’est pas parce que la publicité le dit que je dois le croire.

Ouvrons une parenthèse

Seriez-vous du genre à dire, par exemple, que manger des croustilles (qu’ailleurs on appelle chips) est bon pour la santé parce qu’elles ne contiennent pas de cholestérol? — On venait de découvrir le « mauvais » cholestérol, quand cette publicité est apparue. — On ne peut pas accuser le publicitaire de mentir; les croustilles n’en contiennent effectivement pas. On peut toutefois lui reprocher de jouer sur la crédulité des gens. Étant donné que le cholestérol a mauvaise presse, il est de bonne guerre de faire valoir l’absence d’un si mauvais produit… même dans les croustilles! Tout ce qu’on veut, c’est que les gens en achètent, convaincus qu’elles sont même bonnes pour la santé.

Pourtant, même si le bois d’œuvre contient autant de cholestérol que les croustilles, il n’en est fait aucunement mention dans sa publicité. Miser sur cette caractéristique pour en vendre plus serait tout simplement ridicule. Personne ne se laisserait piéger. C’est donc dire qu’abuser de la crédulité des gens joue en publicité un rôle parfois méconnu; que ce n’est surtout pas parce que la publicité le dit que tout un chacun doit le croire.

Récemment je lisais cette boutade qui tient un peu du même esprit : I don’t care how much I have to pay for boneless watermelon. It’s worth it! 

Fin de la parenthèse

  • La recherche universitaire

La semaine dernière, je suis tombé sur la citation suivante, que l’on attribue, à tort ou à raison (6), à Andrew D. Atiemo, cardiologue :

« une étude récente réalisée à l’université Johns Hopkins, dans le Maryland, a révélé que, si un régime riche en calcium est une bonne chose, absorber ce nutriment sous forme de supplément pourrait présenter un risque accru de calcification des artères. Mieux vaut manger des aliments pleins de calcium – produits laitiers et verdure – et laisser tomber les comprimés. »

Venant apparemment de la bouche d’un cardiologue, un tel conseil se doit d’être pris au sérieux.  J’en suis presque sûr, certaines gens, après avoir lu cela, délaisseront les comprimés pour des aliments riches en calcium, car ils craignent, maintenant qu’ils le savent, de faire une embolie. Dans un avenir plus ou moins rapproché. Cette crainte est-elle justifiée? Autrement dit, ces conclusions sont-elles bien établies, sont-elles indiscutables? Je ne saurais dire.

Il est bien évident que, si une telle étude avait été financée par une entreprise spécialisée dans la vente de produits laitiers ou maraîchers, je me permettrais, sans hésitation, de prendre à la légère cette recommandation. Mais ce n’est pas le cas. Cette étude a été menée par des chercheurs de la John Hopkins University, une université très bien cotée (elle occupe le treizième rang). De plus, sa marque de commerce, pourrait-on dire, est : We’re America’s first research university.  Qui dit mieux?…

Une étude menée dans une telle université ne peut donc être que crédible! Mais l’est-elle? Peut-être. Élargissons le débat. Demandons-nous si toute étude est irréprochable, inattaquable, sur la seule base qu’elle a été menée par des scientifiques, par des universitaires. Elle devrait l’être, mais… la réalité est tout autre. Marie-Claude Malboeuf nous en parle dans un article intitulé Les tricheurs de la science (12 sept. 2017) :

« Ils [les scientifiques] devraient être des modèles de rigueur. Ils ont plutôt truqué leurs résultats, détourné des fonds, menti ou volé des écrits. Depuis cinq ans, près d’une centaine de scientifiques canadiens ont été punis pour malhonnêteté, révèlent des données obtenues par La Presse. Et ils sont de plus en plus nombreux à se faire prendre. »

Ce constat n’est pas pour moi une révélation. J’ai été sensibilisé à cette réalité [qui ne touche pas que les scientifiques canadiens], voilà de cela bien des années, plus précisément en 1987, après avoir lu La souris truquée. Enquête sur la fraude scientifique (7).

Il n’y a pas que les chercheurs qui soient en cause. Les revues scientifiques, qui publient des études prétendument sérieuses, peuvent aussi se faire piéger. Il suffit que les membres du comité de lecture n’exercent pas leur jugement critique; qu’ils croient tout ce que l’article dit. C’est ce que nous apprend le journal Le Monde. (Voir ICI.)

Pour être crédibles, les résultats d’une étude scientifique doivent pouvoir être reproduits par d’autres chercheurs. Il est un principe en sciences qui dit : à conditions identiques, résultats identiques. Autrement dit, une observation ne fait jamais loi!

Des conclusions dites scientifiques, surtout préliminaires, font immanquablement la manchette, car le journaliste est à l’affût de la nouveauté. Et, là, il y en a une. Faut-il nécessairement y croire? NON. Il faut se garder une petite gêne à colporter une telle nouvelle. Ou si on le fait, toujours prendre soin de préciser que cela devra être confirmé par des études ultérieures. Ce qu’évidemment personne ne fait!

Rappelez-vous l’histoire de la margarine. Un jour, on décrète — on incluant des médecins — que sa consommation est préférable à celle du beurre, car elle contient des acides gras insaturés (d’origine végétale) et non des acides gras saturés (d’origine animale), reconnus pour causer des maladies cardio-vasculaires. Les gens ont cru que c’était vrai, parce qu’on le leur disait ou parce que cela leur convenait de le croire. Bien des années plus tard, un chercheur, un sceptique assurément, a voulu savoir ce qu’il advenait de ces « bons » acides gras insaturés quand on les utilisait pour la cuisson. Il a pu démontrer, et d’autres par la suite, que ces « bons » acides gras insaturés se transformaient, sous l’effet de la chaleur, en acides gras aussi peu recommandables que ceux d’origine animale! La margarine venait de tomber de son socle. On nous avait induit en erreur. Pas sciemment, j’en conviens, mais on l’avait quand même fait. Les gens l’ont cru; ils n’ont jamais même pensé en douter. On le leur a répété ad nauseam. Et c’est devenu Vérité! Une vérité qui s’est révélée fausse! C’était une fake news avant l’heure, pourrait-on dire.  Même si personne ne l’a alors vue comme telle.

Depuis l’apparition des réseaux sociaux, les fake news (les vraies autant que celles qui n’en sont pas mais qu’on dit telles parce qu’elles font l’affaire) se multiplient. Chacun peut y publier tout ce qui lui passe par la tête, sans restriction. Que cela soit risible ou pas. Et bien des « followers » (abonnés, amis) se croient investis d’une mission : « transmettre la bonne nouvelle »! Surtout si celle-ci est un tant soit peu scandaleuse. Dans un tel cas, la fake news se propage à une vitesse vertigineuse. L’Organisation pour la science et la société (OSS) de l’Université McGill en a fait récemment la démonstration. (Voir ICI.) D’une façon on ne peut plus convaincante. En moins de deux semaines, une VRAIE « fausse nouvelle » [i.e. qu’on a inventée pour les besoins de la cause]  a été visionnée par des millions d’internautes. Comment expliquer qu’une nouvelle (fausse, vraie ou prétendue vraie) devienne virale?  — Le choix de l’adjectif viral est très révélateur de la nature de cette transmission : incontrôlable, comme une infection virale. — Je ne saurais dire. Chose certaine, elle circule… et berne tous les gens qui n’ont pas le doute facile.

À la fin de la vidéo, les concepteurs de cette arnaque, de cette VRAIE « fausse nouvelle », font la recommandation suivante : Soyez sceptiques. Autrement dit, ne croyez pas tout ce qu’on vous dit. On aurait peut-être dû ajouter, pour être de son époque : « Ne le répétez surtout pas. » Si on ne l’a pas fait, c’est peut-être qu’on pensait que ce serait peine perdue.

Comme vous avez pu le constater, je pratique le doute systématique depuis fort longtemps. Et encore plus aujourd’hui. Il y a toujours une question qui me vient à l’esprit, une question qui ne vise qu’un objectif : valider l’information reçue, car être abusé m’est insupportable.

Pourtant, il est un domaine où j’ai tardé à le faire. C’est celui de ma langue maternelle. J’ai gobé, pendant des années, tout ce qu’on m’en disait. L’idée ne m’est jamais venue de mettre en doute ce qu’on m’enseignait.

Je devais, pour réussir, faire la preuve que j’avais bien appris (i.e. mémorisé) ce qu’on m’avait enseigné, car on ne pouvait pas m’avoir enseigné autre chose que la vérité. Mais tel n’est pas toujours le cas. Un jour, mon aînée, alors adolescente, me demande s’il est vrai qu’il existe deux types de mercure, le mercure gris et le mercure rouge. C’est ce que son professeur de physique vient de lui enseigner. Et clairement elle en doute. Je lui réponds que, si on lui pose la question à l’examen, mieux vaut répondre ce que le professeur croit. C’est lui qui donne les notes. Mais qu’en toute autre circonstance, mieux vaut rayer de sa mémoire une telle affirmation, pour ne pas dire une telle connerie.

L’idée ne m’est jamais venue, non plus, du temps que j’enseignais, de professer autre chose que ce que j’avais appris. Je leur enseignais la vérité, ou plutôt ce que je croyais telle. Mes dictionnaires ou ma grammaire étaient des ouvrages intouchables. C’était pour moi des bibles. Ils ne pouvaient contenir autre chose que la vérité. C’est ce que je croyais!

Quand on me posait une question, j’avais toujours une référence en mémoire sur laquelle m’appuyer. Autrement dit, ce n’était pas moi qui prescrivais telle ou telle façon de faire, mais bien telle ou telle source. Source inattaquable, évidemment!

Ce n’est que bien plus tard que j’ai pris conscience qu’on avait fait de moi un chien de Pavlov. S’il en est qui croient que je fais exception,  ceux-là y gagneraient à lire l’article publié dans L’Actualité langagière, intitulé La langue et Pavlov.

C’est, en fait, dans les années 1990 que je commence à me poser de sérieuses questions sur ce que la grammaire ou le dictionnaire appellent la NORME. Par exemple, comment justifie-t-on que seules les prépositions à, de et en doivent être répétées devant chaque complément? (Voir ICI.) Pourquoi doit-on utiliser deuxième s’il y a plus de deux choses; et second s’il n’y en a que deux? (Voir ICI.)Pourquoi faut-il écrire millionnaire mais millionième? Pourquoi dois-je écrire honneur, mais honorer? Et bien d’autres encore. Autrement dit, tout ce qu’on m’a enseigné, à moi et à tous les autres, est-ce que ce ne serait que des ukases, des décisions purement arbitraires imposées par des gens qui se croient maîtres, après Dieu, de la langue? La question se pose, je vous l’assure.

Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai intitulé mon blogue : La langue française et ses caprices ou Les caprices de ceux qui la régentent.

Je me demande bien pourquoi j’ai tant tardé à remettre en question tout ce qui touche à ma langue maternelle!…

À SUIVRE

Maurice Rouleau

(1)    Un bobard, c’est, selon le Petit Robert, un « Propos fantaisiste et mensonger qu’on imagine par plaisanterie pour tromper ou se faire valoir; fausse nouvelle ». Soit. Mais quel mot devrais-je utiliser si ce n’est pas par plaisanterie que l’on tient de tels propos? La question se pose, car une définition est généralement la somme des caractéristiques essentielles, et non accidentelles, de la chose décrite. C’est du moins ce qu’on m’a appris.

Le Petit Larousse, lui, est plus laconique : « Fausse nouvelle, propos mensonger ». C’est dire qu’un propos mensonger n’a pas à être tenu par plaisanterie pour être dit bobard. Ah bon!…

Qui dois-je croire? Le Larousse ou le Robert? Ce sont eux qui ici sèment le doute dans mon esprit. Auraient-ils, bien malgré eux, contribué à faire de moi un sceptique?… Je peux dire, pour sûr, qu’ils ne m’ont pas détourné de ma soi-disant mauvaise  habitude de douter le tout. Loin de là.

(2)   Extrait du Discours de la méthode :

« Et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en sorte qu’un État est bien mieux réglé lorsque, n’en ayant que fort peu, elles y sont fort étroitement observées ; ainsi, au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j’aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.

Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute. »  (Source)

(3)    Ceux que la problématique intéresse pourraient se référer à l’étude dite de Dunedin. (Voir ICI.) C’est une étude longitudinale et multidisciplinaire — sans doute la plus longue à avoir été menée — qui étudie l’évolution de la santé physique, psychique et sociale de la population de cette ville de Nouvelle-Zélande, et ce, depuis 1972. L’objectif ambitieux de cette étude est de « comprendre ce qui fait de nous qui nous sommes ». Et les résultats déjà publiés jettent un éclairage fort révélateur sur la nature humaine. Sur l’inné et l’acquis, que les anglophones appellent nature et nurture.

(4)    Je vous fais grâce des circonstances qui ont amené un jeune blanc-bec de 16 ans à confronter ainsi son professeur. Ce serait trop long. J’avais 11 ans quand j’ai, pour la première fois, lu ces deux vers, sans qu’ils soient attribués à un auteur particulier. Deux vers que je n’ai jamais oubliés. C’est à 14 ans que j’ai su qu’ils étaient de Chénier et que la langue en question était le grec. Et à 16 ans, pourquoi Chénier les avait écrits.

(5)      Maurice Grevisse (Le Bon Usage, 11e éd., 1980, # 2608) nous apprend qu’il existe deux types de propositions relatives.

1° Les relatives déterminatives qui précisent ou restreignent l’antécédent en y ajoutant un élément indispensable au sens : on ne saurait les supprimer sans nuire essentiellement au sens de la phrase. Ces propositions ne se séparent pas de l’antécédent par une virgule. Ex.: « Mes dictionnaires qui étaient sur mon bureau ont été volés. » Uniquement ceux-là.

2° Les relatives explicatives qui ne servent jamais à restreindre l’antécédent; elles ajoutent à celui-ci quelque détail, quelque explication non indispensable : on pourrait les supprimer sans nuire essentiellement au sens de la phrase. Ces propositions se placent ordinairement entre virgules. Ex. « Mes dictionnaires, qui étaient sur le bureau, ont été volés. » Tous mes dictionnaires l’ont été et ils se trouvaient, cette journée-là, sur mon bureau.

(6)     Je dis à tort ou à raison parce qu’une autre source attribue cette même citation à Olivia Gadenne, diététicienne, porte-parole de la Fédération française de cardiologie.

(7)    D’autres ouvrages se sont penchés sur le sujet. En voici quelques-uns :

 

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7 commentaires pour « Fake news », bobard, fausse nouvelle… (1 de 2)

  1. Gilles Colin dit :

    Bonjour, monsieur Rondeau
    Par un cheminement différent, je suis aussi arrivé à la conclusion qu’il n’est rien de pire que les certitudes (l’humour de cette formulation est rarement ressenti…) concernant la langue française.
    Depuis une dizaine d’années, je rassemble des moyens et des approches, notamment les vôtres, pour donner une vision plus globale de notre langue et permettre de comparer les points de vue afin de mieux la comprendre.
    Mais c’est un combat très difficile face à la marchandisation induite par l’internet. Comment le faire connaitre en dehors des circuits commerciaux ? Comment assurer la pérennité de ces ressources ?
    Cordialement.

  2. rouleaum dit :

    Ce que j’ai été négligent, cette fois-ci!

    Toutes les corrections ont été apportées. Même : je ne fais ni unE ni deux. Pourquoi utiliser le féminin? Quand je compte, je dis : un, deux, trois et non pas une, deux, trois. Devoir écrire une est pour moi une décision arbitraire.

  3. François dit :

    Bonjour M. Rouleau

    je suis abonné à votre blog dont j’apprécie beaucoup les articles.

    Comme vous faites mention des définitions de « bobard » dans le Petit Larousse (PL) et Petit Robert (PR), je me suis livré à une petite analyse diachronique dans les versions que je possède de ces deux ouvrages et dans d’autres dictionnaires ayant pu servir de sources à ceux-ci.

    Malheureusement, le format technique de cette zone « commentaire » ne permet pas de coller des « ikmages » (scans) ou de faire usage des marqueurs typographiques (gras, italique, souligné, etc.)
    Si cela vous intéresse, je peux vous envoyer un fichier attaché à un courriel (mon adresse : francois@edemay.com)

    En ce qui concerne le PR, il reprend largement la définition du Grand Robert avec une modification (intentionnelle ou accidentelle) qui change le sens.

    Fam. Propos fantaisiste et mensonger qu’on imagine par plaisanterie, pour tromper ou se faire valoir.
    La virgule après « plaisanterie » a disparu.

    Si je reprends la définition j’y vois
    – une pratique (« imaginer » (?) un (ou des ?) propos « fantaisiset » ((?) et mensonger (OUI)
    – trois objectifs possibles pour cette pratique :
    — plaisanter
    — tromper
    — se faire valoir

    La disparition de la virgule a changé complètement la « lecture » de ce texte.

    Dans un courriel plus développé je pourrai(s) vous en dire beaucoup plus.

    François Demay (ancien responsable éditorial chez Encyclopaedia Universalis; Larousse, Encarta)

  4. François Demay dit :

    François Demay

    >

  5. Francois Demay dit :

    Bonjour M. Rouleau

    j’espère que ce courriel vous parviendra.

    J’y ai attaché un fichier contenant (sans commentaire ni jugement) les copies de l’article « bobard » de divers dictionnaires (ou de leur états successifs) ainsi que les adresses de quelques sites qui permettent, me semble-t-il, d’éclairer et situer dans son contexte historique la remarque judicieuse faite dans votre dernier billet à propos de ce terme.

    Je reste à votre disposition pour vous donner, si vous le souhaitez, de plus amples explications et informations sur ce sujet comme sur bien d’autres relatifs aux dictionnaires de langue française.

    Cordiales salutations de la part d’un ex-encyclopédiste et lexicographe

    François Demay

    Ancien élève de l’Ecole normale supérieure (Sciences, 1958) Ancien rédacteur et responsable éditorial d’Encyclopaedia Universalis (1965-1977), Larousse (1977-1997) et Encarta (1997-200)

    François Demay

  6. margueritedesmondes dit :

    Merci ! C’est très important pour moi que vous alliez au fond de cette question d’autorité y compris en matière religieuse. La question de l’autorité dans des textes trasnmis , en Histoire ou autre, a évolué avec nos capacités à vérifier. Autrefois , il y avait des conditions différentes, des exigences différentes et la notion de vérité était différente : si un auteur était de bonne foi il pouvait s’autoriser à compléter des trous historiques. Autrefois on les lisait en le sachant . ( D’oùimpoortance des symboles que chacun savait décrypter ou déceler s oes des

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