Déjeuner/ Dîner/ Souper (1de 4)

 

 Pourquoi ne pas dîner avec nous demain soir?

    La table est mise —

 

Si une telle invitation m’avait été lancée voilà de cela quelques décennies, je serais resté interloqué. Pour une raison fort simple. Moi, c’est le midi que je dîne; le soir, je soupe. Vous comprenez alors que me faire inviter à dîner le soir m’aurait paru pour le moins insolite, voire (ou voire mêmeincongru.

Plus tard, j’apprends qu’ailleurs le repas du midi s’appelle déjeuner et celui du soir dîner. J’apprends également que je « déjeune » quand d’autres « petit-déjeunent »! C’est comme ça! Je me suis donc habitué à cette nouvelle terminologie. Jamais toutefois au point d’y recourir moi-même. Le matin, je continue de (ou àdéjeuner; le midi, de dîner; et le soir, de souper. C’est comme ça!

Pourquoi appelons-nous  dîner ce que d’autres appellent déjeuner? Et souper ce que d’autres appellent dîner? (Voir https://rouleaum.wordpress.com/2015/06/01/) Comment expliquer qu’un même mot, dans la même langue – du moins, je me plais à le croire –, ne désigne pas la même réalité? Lequel des deux termes est le bon ou le meilleur?… Tout dépend de celui à qui l’on pose la question. Et aussi du dictionnaire auquel celui-là voudra bien faire appel.

Voyons le sens qu’avait chacun de ces termes voilà de cela un certain temps.

En 1694, le Dictionnaire de l’Académie française (DAF, 1ère éd.) les définit de la façon suivante :

  • Desjeuner  (1) Repas qu’on fait le matin avant le disner.
  • Disner                Repas que l’on fait ordinairement à midy.
  • Souper               Repas du soir.

Aucune ambiguïté possible. Chacun a une acception bien campée. Et une seule. Ça, c’était à la fin des années 1600. Qu’en est-il trois siècles plus tard?

En 1935, l’Académie française (DAF, 8e éd.) ne définit plus ces termes exactement de la même façon :

  • Déjeuner   Repas du matin OU celui du milieu du jour.
  • Dîner          Repas qu’on fait le soir. […] Il se disait autrefois du Repas du milieu du     jour. Il a gardé cette acception dans quelques provinces.
  • Souper       Repas du soir. On dit plutôt aujourd’hui, en ce sens, Dîner.                               Il se dit particulièrement d’un Repas que l’on prend à quelque heure de la nuit.

Ces trois termes ont donc vu leur acception changer avec le temps. Mais ce changement n’a pas été uniforme. Relisons attentivement chacune des définitions.

 Déjeuner a conservé son acception d’origine : repas du matin, mais il en a acquis une deuxième (ou seconde ) : repas du milieu du jour. Ce terme est donc devenu bisémique! Il y a là source potentielle de confusion, comme je l’indiquais au début de ce billet.

Dîner, lui, n’a plus du tout son acception d’origine. En 1935, dîner est devenu le repas du soir. Autrefois il désignait le repas du midi, mais les choses ont changé, nous dit-on. Ce changement est généralisé, semble-t-il, bien qu’il y ait encore, en France, quelques poches de résistance! Dîner est donc encore monosémique, mais son sens n’est plus du tout le même!

Quant à souper, il a, tout comme déjeuner, conservé son sens initial. Il désigne toujours le repas du soir, mais il est en voie de le perdre. Non seulement a-t-on tendance à lui préférer dîner, mais on lui reconnaît un nouveau sens, celui de repas de fin de soirée, sans toutefois le lui attribuer officiellement. C’est donc dire que souper, terme presque bisémique, est sur le point de redevenir monosémique, lui aussi avec un autre sens.

Mais leur évolution ne s’arrête pas là. Voyons comment, de nos jours,  le DAF (9e éd., 1985-…) les définit :

  • déjeuner        1° Repas du matin qui se prend au lever (on dit couramment Petit déjeuner). 2° Repas du milieu du jour
  • dîner              1. Anciennt. Repas qu’on prenait au milieu de la journée (on dit maintenant Déjeuner). Cette acception s’est toutefois conservée en Belgique, en Suisse, au Canada, et dans certaines provinces françaises. 2. Repas du soir.
  • souper           …  ??

            Déjeuner a toujours les deux acceptions qu’on lui attribuait en 1935. Mais, au sens de repas du matin, on lui préfère maintenant petit déjeuner. Donc, déjeuner est presque REdevenu monosémique! Presque, mais pas tout à fait, car il a toujours deux sens. Quant au terme petit déjeuner, il serait apparu entre 1935 et 1985. Ce serait donc une création récente. À l’horloge de l’Académie, cela s’entend.

            Dîner, au sens de repas qu’on prend au milieu de la journée, est dorénavant stigmatisé. On lui accole la marque d’usage Anciennt. À noter que c’est le seul des trois termes à être ainsi étiqueté. Sans que l’on sache pourquoi, car le DAF ne précise nulle part – du moins je n’ai pu le trouver – le sens attribué aux marques d’usage qu’il emploie. Dîner est donc devenu, lui, carrément monosémique. Il désigne dorénavant le repas du soir, sauf en quelques endroits du globe, là où le changement ne s’est toujours pas imposé.

            Souper?…  Il faudra attendre encore quelques années avant de connaître le point de vue qu’adoptera l’Académie. Les Immortels, qui travaillent à la 9e éd. du DAF depuis 1985, ne sont pas encore rendus à la lettre S. À l’heure actuelle, leur dictionnaire «  Contient les mots de A à RÉGLAGE ». 

Voilà comment les Académiciens voient la chose. Mais qu’en est-il des dictionnaires courants de langue?

Le NPR et le Larousse font-ils, eux aussi, le même constat? Cette question ne devrait pas se poser, car l’usage – ce que prétend décrire tout dictionnaire – ne devrait pas varier selon les observateurs. Mais tel n’est pas toujours le cas, comme nous l’avons déjà démontré. Voyons donc  ce que ces ouvrages disent de ces termes.

Commençons par le NPR 2010.

déjeuner

  1. Vieilli ou région. (Nord; Belgique, Canada, Suisse, Congo, Burundi, Rwanda) Repas du matin. ➙1. petit-déjeuner.
  2. Repas pris au milieu du jour. ➙région.2. dîner.

dîner 

  1. Vx ou région. (Canada, Belgique, Suisse, Congo, Burundi, Rwanda) Repas de midi. ➙2.déjeuner.
  2. Repas du soir. ➙1.souper.

souper

  1. Vx ou région. (Belgique, Canada, Suisse, Congo, Burundi, Rwanda, etc., là où dîner s’emploie pour « repas de milieu du jour ») Repas du soir. ➙2.dîner.
  2. (1830) Mod. Repas ou collation qu’on prend à une heure avancée de la nuit.

Ce dictionnaire attribue à chacun des termes les deux acceptions connues. Toutefois, les sens originels se voient tous accoler une marque d’usage. Mais pas la même : déjeuner est dit vieilli et région.; dîner et souper, eux, sont dits Vx et région. Que cache donc cette différence d’étiquetage? Pour le savoir, il faut se référer au sens que le Robert attribue à chacune de ces marques.

Si l’on emploie déjeuner au sens vieilli , « on serait encore compris même si, dans la langue courante, ce mot ne s’emploie plus dans ce sens ». Par contre, si on utilise dîner ou souper, avec leur vieux sens, « on serait incompris ou difficilement compris ». C’est du moins ce que nous dit le NPR. Mais est-ce vraiment le cas? Je serais curieux de le vérifier. Mais, à propos de cet étiquetage, une question plus fondamentale se pose : est-ce que tout mot classé Vx par le NPR est vraiment incompris? Est-ce que tout mot qualifié de vieilli est encore compris?…  Je me le demande parfois (2).

Et le Larousse en ligne, comment  définit-il ces termes?

Il leur attribue, lui aussi, les deux acceptions connues.

déjeuner 

  • Repas de midi.
  • En Belgique et en Suisse, petit-déjeuner.

dîner 

  • Repas du soir ; moment où l’on dîne.
  • En Suisse, en Belgique et au Canada, repas de midi.

souper     

  • Vieux ou régional. Repas du soir ; dîner (aujourd’hui encore en Belgique, en Suisse et au Canada).
  • Repas ou collation qu’on fait dans la nuit.

Contrairement au NPR, le Larousse ne leur accole pas de marque d’usage. À une exception près : souper est dit Vieux ou régional. Pourquoi seulement lui? Pour les deux autres, on se contente d’indiquer les pays où ces termes sont encore utilisés dans leur sens initial. Sans pour autant les qualifier « formellement » de régional.

Il y a, dans ces entrées, deux éléments qui retiennent mon attention.

  1. Canada est absent à l’entrée déjeuner, mais présent dans les deux autres. Comme si nous nous étions convertis à l’orthodoxie française! Comme si nous utilisions maintenant déjeuner au sens de repas du midi! Rien n’est moins vrai. On pourrait même à la limite parler de mésinformation.
  2. Nord, qu’on retrouve pourtant dans le NPR, est également absent. Cette région de la France, la seule qui faisait bande à part, se serait convertie, semble-t-il. Mais est-ce le cas?

Clairement, l’évolution de chacun de ces termes ne s’est pas faite à la même vitesse, ni de la même façon. Pourquoi d’autres appellent-ils aujourd’hui déjeuner ce qui autrefois s’appelait disner? Ou encore dîner ce qui s’appelait souper? Quel serait donc le facteur responsable d’un tel changement? Facteur qui est resté inopérant chez nous, est-il besoin de le préciser. Le moteur de ces changements est-il le même dans les trois cas? À première vue, je dirais non, car ces trois termes n’ont pas évolué de la même façon.

La table est mise, pourrait-on dire. Mais je me pose encore bien des questions. Dans les prochains billets, je m’attarderai successivement sur déjeuner, dîner et souper, car je veux savoir ce que ces termes ont dans le ventre.

Maurice Rouleau

 (1)  En 1762, l’Académie (DAF, 4e éd.) modifie la graphie : deSjeuneR→ déjeûné (ou déjeûner). Elle lui enlève son S – et facultativement son R – et le remplace par un accent aigu. Elle lui ajoute même un accent circonflexe sur le U. Cet accent se voulait sans doute un rappel de celui que portait et porte toujours le mot jeûne. Toujours est-il que, dans l’édition suivante, celle de 1798, les Académiciens se ravisent. Ils en changent à nouveau (ou de nouveau) la graphie. Ils lui enlèvent l’accent circonflexe qu’ils lui avaient ajouté trente-six plus tôt. La dernière syllabe peut toujours s’écrire des deux façons : avec un R ou avec un accent aigu. Ce n’est que dans l’édition de 1878 (7e éd.) qu’ils optent pour déjeuner. Ils prennent toutefois soin de préciser que « certains l’écrivent encore déjeuné ». C’est donc depuis lors que le terme a la graphie qu’on lui connaît : déjeuner.

(2)  D’après le NPR, vous seriez compris si vous utilisiez affûtiaux au sens de « outils » (il est dit Vieilli). Par contre,vous seriez incompris si vous osiez utiliser accordailles au sens de « fiançailles » (il est dit Vx). Pour moi, ce serait exactement le contraire. Clairement, tout est fonction de la richesse du vocabulaire de celui qui juge! De plus – est-il besoin de le dire? –, le Larousse en ligne ne voit pas la chose du même oeil.

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20 commentaires pour Déjeuner/ Dîner/ Souper (1de 4)

  1. antoine mercier dit :

    Déjeuner / Petit-déjeuner, etc.
    Une nouvelle fois un sujet tout à fait passionnant pour quiconque souhaite connaître de l’histoire des mots et de leur sens un peu plus que leur simple usage tel qu’attesté par les dictionnaires usuels.
    A propos du glissement progressif des heures des repas au cours de la journée, en France, on raconte – et ceci bien avant wikipédia – qu’en 1789, l’Assemblée Constituante avait pris l’habitude de prolonger les séances de délibération au Jeu de Paume au-delà du raisonnable. Les députés, qui avaient fait le serment éponyme de ne plus se séparer avant d’avoir terminé leur Constitution mettaient les bouchées doubles ( !), sauf en ce qui concernait leur alimentation. Il leur arrivait même de siéger toute la nuit et d’enchaîner le matin suivant. L’heure du déjeuner (premier repas du jour, puisqu’il rompt le jeûne) s’en trouva retardée au point qu’on se mit à ne le servir que vers onze heures, voire midi et que le dîner, tout en conservant son sens de deuxième repas de la journée s’en retrouva repoussé vers la fin de l’après-midi. Pour tenir le coup, certains prirent l’habitude de se faire servir, à l’heure traditionnelle du déjeuner, un léger repas pris en vitesse, sucré de préférence, souvent une simple tasse de chocolat ou de café, d’où le nom utilisé quelque temps de ‘déjeuner à la tasse’, et que l’on appela décemment ‘petit déjeuner’. Le déjeuner ‘à la fourchette’ avec viande, charcuterie et/ou fromage (cf. Breakfast) suivait alors en fin de matinée.
    Le régime très centralisateur de la France autant que la prééminence notoire des modes parisiennes ont permis à ce changement de sens de se répandre sans difficulté à tout le territoire francophone français (politiquement parlant), avec les exceptions que vous avez relevées, auxquelles on pourrait ajouter, pour les personnes âgées, la Savoie qui n’est devenue française qu’après 1850.
    Un cas intéressant est le Congo : l’ancien Congo belge pratique l’usage ‘à la belge’ ; son voisin le Congo ‘Brazzaville’, ancienne colonie française ‘petit-déjeune’ comme les Parisiens…
    En Suisse romande, c’est un casse-tête quotidien : les Genevois, plus ‘proches’ de la France que les Vaudois ou le Fribourgeois, ont largement adopté la terminologie française. Nous autres (je suis Lausannois), pour éviter les quiproquos, dirons par exemple : « Et si vous veniez dîner demain ‘soir’ chez nous ? » ou alors : « Que dirais-tu d’un déjeuner mardi ‘à midi’ ? » Et il y a les très nombreux Français qui vivent et travaillent parmi nous et qui ont décidé de se fondre dans le moule et qui utiliseront déjeuner, dîner et souper comme tout bon vieux Suisse, de même qu’ils ont adopté le ‘septante’ ou le ‘nonante’.
    La langue est vraiment très vivante !

    • rouleaum dit :

      J’ai idée, dans un prochain billet, d’aborder le changement d’horaires comme moteur de l’évolution de ces termes.
      Je trouve fort intéressant ce que vous dites à ce sujet. Auriez-vous une source à me suggérer, car c’est la première fois que j’entends parler de ces députés qui travaillaient si fort? J’aimerais bien me documenter davantage sur ce point.

      • antoine mercier dit :

        L’explication en question m’a été donnée il y a plus de 50 ans par un historien parisien, ami de mes parents, qui s’était chargé de me piloter dans ma découverte de Paris lors de ma toute première visite. Je suis bien sûr parfaitement incapable de citer ses sources…
        Cependant, en feuilletant la toile, j’ai trouvé chez Google books un ouvrage numérisé qui conforte la thèse qui m’avait été donnée dans ma jeunesse. Il s’agit de :
        ‘Mémoires pour servir à l’histoire des mœurs et usages des Français (tome second), Antoine Caillot, chez Dauvin, Paris 1827 ; pages 142 ss.
        Je pense que vous n’aurez pas de difficulté à retrouver ce livre et ne vous encombre donc pas de la transcription de l’url, qui prend une demi-page ( !), et n’est peut-être utilisable qu’en Suisse.
        Par ailleurs, le glissement temporel des autres repas, tel le dîner, semble avoir commencé dès le moyen-âge, puisque, d’après le CNRTL, il désignait à l’origine le premier repas de la journée, dîner ayant la même étymologie que déjeuner :
        CNRTL (Extrait de l’article ‘dîner’) : Étymol. et Hist. a) Ca 1131 « prendre le premier repas de la journée » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, 2089 : [Al matin monte]… quant ont disné li noble chevalier); b) 1532 « prendre le repas de midi » (RABELAIS, Pantagruel, éd. V. L. Saulnier, XVIII, p. 146 : qu’il luy aprestast au lendemain, sur le midy, à disner); c) av. 1747 « prendre le repas du soir » (Lesage ds Lar. 19e: Mon maître donne à dîner ce soir)

        • rouleaum dit :

          J’ai, comme vous le supposiez, retrouvé sans difficulté cet ouvrage de A. Caillot. Comme je l’ai déjà mentionné dans mon billet, je vais, dans un avenir rapproché, examiner les différents hypothèses avancées pour expliquer le recul des heures des repas. Je pourrai ajouter à celles que j’ai déjà débusquées celle dont vous me fournissez les coordonnées. Je vous en remercie.

  2. RICHARD isabelle dit :

    Quel article intéressant et très bien documenté. Je m épuise à dire aux gens de parler correctement et je vous confirme que mon professeur de français qui était très à cheval sur la langue française nous punissant si nous faisions l erreur car selon lui :
    Le matin on prend le petit déjeuner
    le midi on dejeune
    le soir on dîne entre 19 et 20hoo ou
    on soupe de 22 à minuit par ex à la sortie du théâtre. …
    voilà comment tous les jours à midi je dejeune …. et le soir je dîne!
    Bien cordialement

    • rouleaum dit :

      Votre commentaire est très révélateur de l’influence, souvent indue, de tout professeur.

      Il se croit mandaté par le Seigneur Dieu pour remplir une mission, qui n’admet aucun écart. Lui, sait comment dire. Vous, non. Vous devez donc vous plier à ses exigences, sinon vous serez punie!
      Cela me rappelle une question que ma fille m’a un jour posée : « Est-ce vrai qu’il y a des thermomètres à mercure gris et d’autres à mercure rouge? » C’est ce que son professeur venait de dire en classe. Je lui répondis : « Si ton prof pose la question à l’examen, réponds ce qu’il veut entendre. Mais, dépêche-toi d’oublier cette connerie. »

      La crainte de la férule est assez forte pour corriger toutes les habitudes, ne fussent-elles que linguistiques.

      Mais, à bien y penser, pourquoi devrait-il, lui et lui seul, avoir raison? Parce qu’on lui laisse le chemin libre, qu’on ne conteste pas son autorité. Résultat : on change ses habitudes pour ce qui, apparemment, est meilleur. Mais la preuve reste à faire.

    • Felip maurici dit :

      Je trouve assez étonnant qu’un article sur le sujet n’évoque à aucun moment la dimension dialectale… Traditionnellement on «déjeune, dîne et soupe» dans toutes les régions, de la moitié sud, de tradition occitanes car la langue autochtone – l’occitan – emploie successivement «dejunar, dinnar et sopar»… C’est la pression du français tel qu’il est parlé en région parisienne qui nous fait oublier cet usage !
      (J’avoue avoir beaucoup de tristesse lorsque j’entends de jeunes gens de Marseille, Montpellier ou Toulouse, parler de leur «pause dej’»…).

  3. Vitor Bueno dit :

    Je viens de découvrir votre blog et de lire votre texte. Il est super ! Je me suis toujours demandé comment les personnes qui écrivent les définitions dans les dictionnaires faisaient pour classer les mots (vielli, vieux, etc). Maintenant (ou non pas maintenant, mais il y a quelques mois), vous y avez répondu : il n’y a pas trop de logique finalement. 😉
    J’espère que vous n’avez pas écrit trop d’articles, sinon je vais être obligé à passer trop de temps à les lire =P
    Vivement les changements de la langue (ainsi que les détails et éléments qui restent inchangés) !

    • rouleaum dit :

      Je crains de vous décevoir, car j’ai écrit beaucoup de billets. J’en écris depuis octobre 2010. ET les sujets sont très variés.

      J’espère que vous prendrez également plaisir à lire les autres. Bonne lecture.

  4. Claire Ancelle dit :

    Merci pour ces fines recherche de langue qui me ravissent… bien que je fasse partie des profs de français que vous honnissez !
    Auriez-vous des lumières sur les dérives de construction du verbe « hériter » ?
    Il semble que l’on ait actuellement piqué aux anglais leur construction transitive… mais peut-être que je me trompe !

    • rouleaum dit :

      Vous me prêtez de bien mauvais sentiments à l’égard des professeurs. Ils sont simplement ce que le système veut qu’ils soient. J’en sais quelque chose. J’ai moi-même été prof d’université durant plusieurs années. Mais passons!

      Il semblerait donc qu’entendre dire : « La vertu est le seul bien qu’il a hérité de son père » agace votre oreille**. Pour vous, c’est un abus de langage que de l’utiliser comme transitif direct. Vous le préférez transitif indirect (hériter de).

      Vous avez le droit. Mais votre préférence ne doit pas vous amener à condamner l’utilisation que d’autres en font. Vous semblez vouloir en faire un anglicisme. En supposant que ce soit le cas, ce ne serait pas « la faute aux Anglais », comme on dit chez-nous. Ce sont les Français qui l’ont emprunté, sans y avoir été contraints. La faute leur revient donc.
      Mais est-ce vraiment un anglicisme? Faudrait d’abord s’entendre sur le terme. Je me contenterai ici de vous dire que la phrase citée précédemment en exemple, je l’ai empruntée à la 1ère éd. du Dictionnaire de l’Acad. française, parue en 1694. http://artflsrv02.uchicago.edu/cgi-bin/dicos/pubdico1look.pl?strippedhw=h%C3%A9riter

      C’est donc dire que cet emploi de hériter (v. tr. dir.) ne date pas d’hier.

      Maurice Rouleau

      ** Si vous voulez en savoir plus sur l’importance de l’oreille dans la langue, je vous invite à lire l’article suivant :
      http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2guides/guides/chroniq/index-fra.html?lang=fra&lettr=indx_autr8O-Cww1W6Hm8&page=9Gw2xQQx7CB4.html#zz8O-Cww1W6Hm8

  5. Brigitte rouquairol dit :

    Merci monsieur pour cette lecture fort intéressante. Je n’ai pas eu la chance de faire des études mais néanmoins très impressionné par la richesse de la langue française. Bien cordialement

  6. Artières dit :

    Dans ma famille les termes de déjeuner, dîner et souper étaient toujours en usage jusqu’aux années 2000 mais désormais les jeunes générations ont imposé à tous le nouvel usage de petit-déjeuner, déjeuner et dîner.

  7. RAMPAL André dit :

    Souvenir de ma grand-mère (née en 1894) pour laquelle le repas du matin était le déjeuner, celui
    de midi le dîner et celui du soir le souper . En Provence, l’ acception classique résistait encore dans mon enfance (fin des années 50) !

  8. Patrick IZ dit :

    Je déjeune le matin, je dine à midi et je soupe le soir. C’est ce que j’ai appris à mes enfants et que je continue de diffuser autour de moi. Dé-Jeuner c’est tellement clair, casser el jeûne de la nuit. Nos amis anglais disent break-fast. On peut pas trouver mieux. Petit-déjeuner n’a pas de sens, c’est comme on dirait d’une femme qu’elle est « petitement-enceinte ». Elle est enceinte ou elle ne l’est pas. C’est à dire elle est fécondée ou non. Ensuite quand on sait qu’on dé-jeune le matin, le reste suit. Il est vrai que le soir on ne se nourrit plus toujours d’une soupe, mais tous les diététiciens le diront : c’est bien dommage.

    • Eva Frankenreiter dit :

      Voilà qui est pertinent. Je rajouterai que l’adage veut qu’on mange « comme un roi le matin [donc pas de « petit » déjeuner!], comme un prince le midi et comme un pauvre le soir. » quoiqu’on observe plutôt la tendance inverse en France (du moins dans les grandes villes) et que l’estomac endormi nous déconseille fortement de nous bourrer de haricots rouges au sortir du lit.
      Mais contre l’étymologie s’impose toujours l’habitude, historiquement justifiée par le décalage des horaires de repas. D’ailleurs l’étymologie met en concurrence « desjeuner » et « disner » issus tous deux de « dis(je)junare ». Eh oui, ça ne se voit plus dans le mot, mais au « dîner », on cesse encore de jeûner… (puisque, comme l’a fait remarquer Antoine Mercier plus haut, le « disner » était le premier repas de la journée au Moyen-Âge).
      Pour l’anecdote: Je suis de la région parisienne, j’ai toujours été environnée du « petit-déjeuner ». Mais la famille de mon compagnon vient du sud, et il dit « déjeuner ». Je peux vous assurer que ça a donné lieu à de jolis quiproquos, surtout que lui mange rarement le matin! Maintenant je lui demande toujours de préciser s’il parle du matin ou du midi.
      Moi, ce que j’en dis: le matin on break un petit peu le jeûne mais pas trop d’un coup (parce que faut pas pousser non plus -> « petit-déjeuner »), et le midi on le casse joyeusement! Et encore, les gens affairés du XXIe siècle (ce n’est pas bien d’être pressé) ont tendance à ne casser le jeûne qu’à midi, comme ces chers Messieurs de la Constituante. DONC: Vive la pause déjeuner!
      Quant au « souper » qui fait penser à la soupe du « pauvre le soir », honnêtement à part ma mère qui tenait à faire de la soupe le soir au dîner en hiver…
      Conclusion:
      – les Anciens: 1) cassent le jeûne, 2) cassent le jeûne, 3) mangent de la soupe
      – les Modernes: 1) cassent un peu le jeûne, 2) cassent le jeûne, 3) cassent le jeûne
      Franchement, l’étymologie j’adore mais l’argument ne tient dans aucun des cas.

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